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Les derniers jours ont procuré quelques intéressantes nouvelles dans notre Grand jeu énergético-eurasien. Quelques confirmations également.

Nord Stream II : cette fois, c'est la bonne ?

La palpitante telenovela baltique se dirige-telle vers son clap de fin, au grand dam de ses téléspectateurs toujours plus nombreux ? Gazprom vient en tout cas d'engranger quelques points précieux.

D'une part, l'autorité maritime allemande a décidé, le 17 mai, d'autoriser la construction des deux kilomètres manquant dans les eaux allemandes, temporairement stoppés pour cause de plainte écologiste.

Surtout, petite info passée inaperçue mais aux conséquences gigantesques, Joe l'Indien semble avoir finalement jeté l'éponge : son administration va, selon toute probabilité, lever les sanctions frappant le consortium en charge du projet. Pour les observateurs, cela signifie qu'il a choisi de ne pas se mettre à dos le pion impérial allemand sur le Vieux continent. Le fidèle lecteur, lui, était informé il y a quelques temps déjà que...

... c'est paradoxalement Biden qui, soucieux de ne pas s'aliéner les vassaux euronouilliques, pourrait permettre la réalisation du tube qu'il déteste.

Fin du feuilleton ? Mmm...

Eldoradeau de la méduse

Les "fantastiques" découvertes gazières ont le don d'agacer votre serviteur, obligé...

... de lire des articles, écrits par des plumitifs qui ne comprennent généralement rien à ce qu'ils pondent, s'extasiant sur la découverte de "fabuleuses" réserves énergétiques qui vont "bouleverser" la donne géopolitique.

Du côté de la MSN, il s'agit souvent (mais pas toujours) de propagande, comme nous l'expliquions il y a déjà bien longtemps (...) Quant aux médias dits alternatifs, ils se contentent de reprendre benoîtement les informations de ceux qu'ils sont censés combattre pour faire le buzz et se targuer de comprendre quelque chose à un domaine où ils nagent en pleine ignorance.

Une certaine zone de la Grande bleue avait particulièrement le chic pour échauffer Observatus Gazonicus :

Ce n'est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l'ours. Que n'avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? Découverte historique, Réserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique... Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d'Israël, ne méritaient pourtant pas autant d'attention. Cela aussi, nous l'expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n'est pas une "trouvaille" de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d'un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (...)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l'exportation vers l'Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d'une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l'Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l'échiquier énergétique.

Non seulement les réserves est-méditerranéennes sont relativement chastes mais elles ont, de plus, le malheur de se trouver dans une zone fort remuante. Ca aussi, nous en avons parlé quand nous évoquions, il y a cinq ans, la menace que faisait peser le Hezbollah et le Hamas sur les champs gaziers offshore israéliens.

Bingo ! La flambée de tension que connaît actuellement la Palestine et son lot de bombardements meurtriers sur Gaza ont poussé le mouvement palestinien à diriger ses drones sous-marins et ses roquettes sur les plateformes israéliennes. Si celles-ci n'ont pas (encore ?) été touchées, Chevron a dû stopper de toute urgence son activité sur le champ Tamar.

Bisbilles turco-azéries

Le titre a de quoi étonner quand on sait à quel point ces deux-là sont copains comme cochons, ce que l'on a encore constaté il y a peu dans le Caucase.

Pourtant, sur le plan énergétique, la "grande amitié" fait soudain place à une courtoise indifférence et Bakou se retrouve bien embêtée  : la partie turque ne se presse vraiment pas pour renouveler le contrat portant sur le gaz caspien, signé en 2001 et expiré ce printemps. Résultat : les Azéris sont en train de perdre beaucoup de sous.

Qué pasa à Ankara ? Rien que de très simple en réalité et qui montre que, si l'échiquier énergétique est éminemment géopolitique la plupart du temps, il peut également parfois obéir à des impératifs bassement commerciaux. La Turquie étant dans l'ornière financière, BOTAS, le principal importateur du pays, veut renégocier le contrat à la baisse. Et en attendant, il laisse le temps filer, au grand dam de Bakou, de plus en plus sous pression.

Peut-on y voir également, de manière sybilline, une certaine mauvaise humeur du sultan, vexé, après avoir remporté la guerre du Haut Karabagh pour son poulain, d'avoir été exclu de la paix ? Qui sait...

 

Tag(s) : #Gaz, #Europe, #Moyen-Orient, #Caucase

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