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Chroniques du Grand jeu

Chroniques du Grand jeu

La géopolitique autrement, pour mieux la comprendre...

La sangsue djihadiste

S'il y a une chose qu'il faut reconnaître aux djihadistes, c'est bien leur qualité guerrière et leur résilience, qui ne le cèdent en rien aux grandes guérillas communistes du vingtième siècle, notamment au Vietnam. Fanatisme à toute épreuve, esprit de sacrifice, souplesse tactique, auxquels les barbus ont ajouté des techniques de combat bien à eux comme les attentats-suicide. A l'instar d'un cancer, leur expansion est soudaine alors que la cure est ô combien longue et difficile. Le Syrak est un cas d'école.

Commencée dans les flonflons médiatiques il y a deux mois et demi, la bataille de Mossoul ne fait plus la une et la journaloperie est soudain bien silencieuse... En octobre, la consigne était de dresser un parallèle entre la supériorité morale du camp du Bien et les crimes contre le cosmos des méchants Syro-russes à Alep. Aujourd'hui, il s'agit surtout de cacher le quasi surplace de la campagne et ses innombrables ratés.

Fin octobre :

Début décembre :

Fin décembre :

On le voit, c'est pour le moins poussif, au prix pourtant de pertes colossales et de bavures américaines soigneusement passées sous silence par la presse aux ordres. Sur le terrain, les djihadistes se défendent comme des beaux diables, utilisant tous les moyens, y compris les corans piégés ou les fausses funérailles.

Mis à part le judicieux mouvement tactique des milices chiites vers Tal Afar pour couper la route syrienne, les autres gains ne consistent qu'en quelques champs poussiéreux, villages perdus et quartiers de la banlieue orientale de Mossoul, les plus faciles à prendre d'ailleurs car peuplés d'habitants peu liés au sunnisme arabe de l'Etat Islamique :

Ainsi, des prévisions bisounoursement optimistes du début de la campagne sommes-nous passés à des constats bien plus prudents, tant du côté des milices chiites que des généraux US, tous membres de l'hétéroclite et improbable coalition tentant de reprendre Mossoul. Quand on pense qu'en juin 2014, l'EI avait pris la ville en quatre petits jours...

A 500 kilomètres de là, dans le nord syrien, les Turcs rencontrent les mêmes difficultés devant Al Bab. Ayant changé son fusil d'épaule dans un retournement dont il a le secret, Erdogan a lancé en août l'opération Bouclier de l'Euphrate contre ses anciens protégés daéchiques, et bien sûr contre les Kurdes. Il a fallu plus de trois mois (!) au tandem ASL-armée turque pour "libérer" une portion de territoire de 20 km sur 50 km et arriver devant Al Bab. Depuis, plus rien...

Mi-novembre :

Fin décembre :

L'ASL turquisée a tout le mal du monde à venir à bout des petits hommes en noir. Certes, elle doit tenir en respect les YPG kurdes sur ses flancs, ce qui disperse quelque peu son effort, mais la garnison de l'EI n'est pas non plus celle de Mossoul, Raqqa ou même Palmyre.

En réalité, le sultan s'est peut-être mis dans un sacré bourbier. Ses alliés "rebelles" font parfois penser à une armée de carton-pâte (témoin, leur fuite pure et simple devant la contre-attaque de Daech la semaine dernière), la population "libérée" ne semble pas toujours comprendre sa chance (protestations à Jarablous contre la présence des barbus pro-turcs il y a deux jours) et les combats sont bien plus durs que prévus.

Il a même fallu, ô ironie, que les avions russes viennent en aide pour stopper la débandade ASL-turque à l'ouest d'Al Bab ! Simple coup sans lendemain afin de sauver la face du sultan ou pièce d'un échafaudage bien plus vaste faisant suite à la rencontre Russie-Iran-Turquie et début d'un règlement du conflit syrien entre les trois boss ? Les Kurdes doivent regarder tout cela avec beaucoup d'attention et un brin d'inquiétude. Quant à la camarilla américano-européo-saoudienne, on ne lui a même pas demandé son avis...

Le système impérial s'est presque exclu de lui-même avec l'affaire de Deir ez-Zoor comme nous l'expliquions :

  • Règlement de compte à OK Corral ou désobéissance à l'intérieur de la hiérarchie US. Possible.

Voilà une hypothèse que vous ne retrouverez jamais dans les médias officiels et qui est pourtant tout à fait pertinente. Ce blog a maintes fois montré à quel point le pouvoir américain est divisé, éclaté. CIA et Pentagone se battent par groupe syrien interposé, des fonctionnaires du Département d'Etat entrent en fronde et Obama est baloté entre les néo-cons et les réalistes. Le Centcom lui-même est extrêmement tiraillé, cinquante analystes du centre de commande déclarant l'année dernière que leurs rapports sur le danger djihadiste en Syrie ont été occultés ou caviardés. L'empire n'a plus réellement de tête, c'est une gorgone.

L'on sait que certains au Pentagone ont accepté du bout des lèvres le cessez-le-feu russo-américain de la semaine dernière, que les néo-cons sont furieux tandis que la CIA reste silencieuse mais n'en pense pas moins. Est-il aberrant d'imaginer qu'un maillon de la chaîne de commande est sorti des clous afin de forcer la main du gouvernement ? Après tout, ça ne serait pas la première fois... En 1999, le bombardement déjà cité de l'ambassade chinoise de Belgrade fut apparemment le fait de "coordonnées erronées" fournies par la CIA. Plus près de nous, lors de son rabibochage avec Poutine, Erdogan a expliqué l'incident du Sukhoi par la désobéissance du général turc d'Incirlik, proche de l'OTAN et d'ailleurs arrêté après la tentative de putsch. Bien sûr, il est déconseillé de croire le sultan sur parole, mais on ne peut exclure qu'il ait dit la vérité pour le coup.

L'incident intervient deux jours avant la possible mise en place d'une coordination russo-américaine prévue par l'accord de cessez-le-feu. On aurait voulu torpiller ce projet qu'on ne s'y serait pas pris autrement... C'est d'ailleurs ce qu'a fait remarquer l'envoyé russe aux Nations-Unies, relevant la bizarrerie de l'intervention US dans une zone où ils n'avaient jamais rien bombardé auparavant. Le bombardement de Deir ez-Zoor est-il une tentative dangereuse et désespérée des faucons visant à faire dérailler une coopération entre les deux grands contre les djihadistes ? Plausible. (...)

Au-delà des mots, cet incident place les Etats-Unis en position très délicate. Moscou peut désormais tout à fait publier les termes de l'accord de cessez-le-feu que Washington cherche tant à cacher, car vraisemblablement favorable au 3+1. Ou simplement le considérer comme nul et non avenu puisque les djihadistes modérés ne le respectent globalement pas (responsabilité US) et qu'en plus les Américains bombardent une armée souveraine en train de combattre l'EI, ce qui, en termes de relations publiques, est désastreux. Dans tous les cas, la légitimité des Etats-Unis en a pris un sérieux coup et leur marge de manœuvre s'est considérablement amoindrie. Le Kremlin joue maintenant sur du velours et je vois bien les Russes exiger sans cesse plus et les Américains reculer à mesure.

Sur le terrain, la reprise des hostilités est déjà là. L'armée syrienne, qui a d'ailleurs tiré sur un drone US à Deir ez-Zoor, relance une offensive partielle dans le sud d'Alep. Le cessez-le-feu est au bord de l'implosion et les Américains, humiliés en plus par leurs "alliés modérés", ne semblent plus être en position d'influer réellement sur les événements. Triste fin de règne pour Barack à frites...

Nos prédictions d'alors sont confortées par une analyse du toujours excellent Moon of Alabama qui, reprenant les déclarations officielles et lisant entre les lignes, montre comment certains faucons du Pentagone ont torpillé le rapprochement russo-américain et de facto exclu la Maison Blanche de toute négociation future sur la Syrie.

Mais revenons à Al Bab... De plus en plus fébrile devant l'incapacité de ses forces à prendre la ville, le sultan envoie des centaines de soldats supplémentaires - ce qui est risqué dans le contexte d'une Turquie désorientée, où l'opinion commence sérieusement à douter et où le nationalisme et l'islamisme commencent peut-être à lâcher Erdogan. Ne manquant visiblement pas de culot et jouant son va-tout, il en rajoute une couche en accusant ouvertement les Etats-Unis de soutenir l'EI ! Plutôt gonflé de la part de celui qui a bichonné Daech pendant des années...

Voir son ex-bébé se mettre en travers de sa route et dégommer les soldats turcs avec des armes auparavant fournies par Ankara doit mettre le sultan dans tous ses états. Sur ses vieux jours, il pourra toujours écrire ses mémoires intitulés Du danger d'instrumentaliser les djihadistes. Et ce ne sont pas les Américains qui diront le contraire en Afghanistan. Le "royaume de l'insolence" est sans doute le meilleur de ce que nous écrivions au début.

Le djihadisme s'y est implanté au début des années 80 avec l'active participation américano-pakistano-saoudienne afin de faire tomber l'Armée rouge. Un tiers de siècle plus tard, malgré le retournement de veste US et une guerre de 15 ans, l'Afghanistan n'en est pas sorti loin s'en faut. Les Talibans évoluent comme des poissons dans l'eau, vont jusqu'à attaquer des députés chez eux et contrôlent des pans entiers de territoire :

Rappelons en souriant que c'est par là qu'est supposé passer le TAPI, soutenu de manière si véhémente par Washington pour isoler gazièrement la Russie et l'Iran...

L'Afghanistan ou le Syrak reviendront-ils un jour à la normale ? Dans le cas du premier, on peut en douter. Quant à la Syrie et à l'Irak, il faudra encore vraisemblablement quelques années pour éradiquer le cancer. A défaut de réellement en bénéficier, les incendiaires de la planète que sont l'Arabie saoudite et les Etats-Unis peuvent jubiler : la graine qu'ils ont semée est devenue une mauvaise herbe ô combien tenace.

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Youssef 30/12/2016 11:25

On aimerait bien avoir votre avis OG par rapport au cessez-feu considéré comme historique en Syrie?
C'est quoi l'objectif stratégique derrière. J'ai du mal à comprendre puisque l'armée syrienne après Alep a l'avantage et elle peut se déferler sur Idlib car les Djihadiste sont dans une très mauvaise postures

Observatus geopoliticus 31/12/2016 11:24

@ Yann
Les fauves s'entre-déchirent depuis déjà belle lurette à Idlib et ce blog l'a à plusieurs reprises documenté...
Pas plus tard qu'hier : https://southfront.org/infighting-erupts-between-ahrar-al-sham-jund-al-aqsa-in-hama/

Yann 30/12/2016 17:12

Difficile de penser que les Russes et les Syriens aient l'intention de faire de la province d'Idlib une fosse aux fauves qui s'entredéchireraient. Personne n'y gagnerait et l'image internationale de Poutine y perdrait beaucoup. Il est néanmoins possible qu'un des effets escomptés soit le regroupement géographique naturel de ces armées par affinités religieuses ou idéologiques, peut-être ne serait-ce qu'entre modérés réels (s'il y en a) et modérément modérés, entre Syriens et non-Syriens, par décantation, et aussi parce que les uns et les autres n'ont pas vécu la même histoire dans Alep.
Il est très probable qu'il y ait de réelles négociations, avec les Syriens et les Russes, qui séparent la population de la province d'Idlib entre ceux qui veulent la paix et ceux qui veulent continuer la guerre, s'il y en a, là elle pourrait reprendre contre les jusqu'au-boutistes qui ont déjà subit une défaite à Alep. Cela dépendrait de la qualité et de l'honnêteté des propositions de tous les camps lors des négociations.
Mais bon, je suis un indécrottable optimiste, vaguement au courant des mentalités russes et mais peu syriennes. Je suppose que beaucoup de gens commencent à en avoir sérieusement marre de ce chaos permanent

Observatus geopoliticus 30/12/2016 16:44

@ Youssef
C'est la suite logique de ce qui est dit dans ce billet : le djihadisme est une mauvaise herbe extrêmement difficile à éradiquer. Plutôt que de continuer la guerre contre tout le bloc "rebelle", ce qui prendrait des années, il est tactiquement plus intelligent de les diviser, de les saucissonner.
Dans les faits, il est effectivement gênant de voir Ahrar al-Cham (qui n'est pas l'ex Al Qaida, attention), groupe djihadistes tendance Frères musulmans, inclus dans la liste des interlocuteurs. Mais si cela peut enfoncer un coin entre cette organisation et Al Nosra (ce qui semble d'ailleurs déjà le cas à Idlib) pourquoi pas ? L'approche russe est extrêmement pragmatique : monter l'un contre l'autre ces groupes djihadistes/salafistes pour qu'ils s'entretuent.

Youssef 30/12/2016 14:44

Ils ont tous une connotation histo-religieuse ex:
Jaysh al-Mujahidin= L'armée des martyrs
Jaysh al-Islam= L'armé de l'islam
Ahrar al-Cham sont les ex Alnosra.
Le mot Cham a une particularité historique qui regroupe actuellement les pays Palestine , Liban et Syrie
La doctrine de ces groupes dont la plupart ne sont pas des syriens est de rétablir le calife dans tous les territoires musulmans. Pour eux la Syrie n'est que le début.
Le fait de signer un accord , ils admettent qu'ils vont se limiter à la Syrie et laisser tomber leur rêves d'un grand pays calife islamique qui le coeur même de leur doctrine.
Cet accord ne tiendra pas soit ils vont s'exterminer entre eux. Est ce que c'est la tactique russe?

Yann 30/12/2016 14:26

Youssef, connaissez-vous la traduction des noms de ces groupes ?

Youssef 30/12/2016 14:17

Apparement non . Il suffit de voir la liste des groupes armés concernés par l'accord.

- 1. Faylaq al-Cham (4 000 combattants)
- 2. Ahrar al-Cham (16 000 combattants)
- 3. Jaysh al-Islam (12 000 combattants)
- 4. Suar al-Cham (12 000 combattants)
- 5. Jaysh al-Mujahidin (8 000 combattants)
- 6. Jaysh Idlib (6 000 combattants)
- 7. Jabhat al-Chamiyah (3 000 combattants)

Jean 30/12/2016 14:05

Les djihadistes sont exclus de cet accord.

Hamilcar Barca 30/12/2016 09:20

@Alaric et Observatus Geopoliticus

Merci de vos longues réponses à mon post. Ce thème mériterait un débat IRL, de préférence avec un verre à la main :-)

Pour OG: j'admets volontiers devoir améliorer ma connaissance de l'EI, mais malheureusement je ne lis pas l'espagnol. Par contre, je pense connaître assez bien l'histoire politico-militaire de l'Indochine puis du Vietnam, et j'ai du mal à trouver beaucoup de similitudes entre l'EI et le Viêt-minh/ Viêt-cong. A débattre ... :-)

Pour Alaric: ce que vous écrivez est fondé, mais ne se rapporte plus à l'état nazi qu'à la Waffen SS, à la quelle j'ai comparé l'EI.
Je me permets de ne pas être d'accord avec votre argument "aucune religiosité". Un des aspects de la Waffen SS relevait d'une secte ésotérico-mystique, au moins dans les échelons supérieurs. Faites une recherche avec SS/ religion/ mysticisme, et vous serez étonné de ce que vous allez découvrir.
Autre point. Vous dites à propos de la SS: "concerne les européens parlant allemand (les auxiliaires étrangers ont été incorporés par pure nécessité". Voir la liste des unités SS
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_unit%C3%A9s_de_la_Waffen-SS
Vous y trouverez un certain nombre de divisions "statut plein" (pas auxiliaires) composées de non-Allemands. Les plus connues étant les SS Viking et Charlemagne.

N'allez surtout pas croire que j'ai une quelconque sympathie pour cette organisation!

Bien cordialement

jef 30/12/2016 05:45

Cher OG,
je crains que, dans ce monde de Strangelove, vous ne bichiez un peu....
Avouez!
Ce que vous peignez en noir depuis des mois prend la couleur même du réel.
Plus personne n'ose aujourd'hui aventurer ce genre de propos mais... nous sommes entre nous:
le mal existe. La bêtise également.
Obama nous régale. Barack à frites, dîtes-vous? C'est plutôt indulgent!

Observatus geopoliticus 30/12/2016 17:00

"Bicher" dans quel sens, cher Jef ?

Canut 29/12/2016 22:03

Bonsoir,

Au passage, petite nouvelle supplémentaire du Caucase. Ce matin échauffourée sur la frontière de l'Arménie (non pas la région disputée du Karabagh mais bien l'Arménie) :
http://www.armenews.com/article.php3?id_article=136085

L'Arménie qui est membre de OTSC dont les dirigeants ont réagit sur le sujet :
http://www.armenews.com/article.php3?id_article=136086

Je sais qu'on voit les US derrière tous les mauvais coup en ce moment, mais ne serait-ce pas une énième tentative de nuire (au frontière proche de la Russie) de l'administration Obama avant de quitter la Maison Blanche ?
Car d'expérience on sait que Aliyev d'Azerbaïdjan ne met les bouchés doubles sur les attaques à la frontière arménienne que quand il a l'aval soit de la Turquie, soit des USA. Le dernier gros échauffourée d'Avril au Caucase avait eu lieu dès le lendemain de la visite d' Erdogan aux USA (ou pendant je ne me souviens plus).


Et je suis tout comme Euclide attristé de la disparition de Jean-Christophe Victor, l'une des rare personnes à dire des choses intéressantes sur le petit écran et ailleurs.

Observatus geopoliticus 31/12/2016 11:26

Merci, cher Jef, c'est un plaisir.
Effectivement, l'honnêteté intellectuelle est la première condition d'une analyse juste de la situation.
Bien à vous

jef 31/12/2016 04:15

A OG. Bicher = Se régaler/ déguster. Je vous suis depuis plus d'un an maintenant et votre blog est l'un des trois que je connaisse capables/dignes de s'auto-référencer. J'ajouterai à ce très sincère compliment que vous êtes le seul (ou le plus récent, si vous préférez) à avoir citer l'insuffisance d'une de vos analyses. Chapeau!

Observatus geopoliticus 29/12/2016 23:43

Bonsoir Canut.
Connaissant l'histoire des menées impériales dans le Caucase, on ne serait certes pas surpris. Mais pour le coup, ça cadre mal avec le contexte actuel : rapprochement russo-turc et coup de froid entre Washington et Bakou.

Ady85 29/12/2016 19:17

Qu'en est-il de cette histoire de CAPTAGON qui serait fourni en masse aux barbus ?

Ca pourrait aussi expliquer leurs folies et leurs jusqu'au boutisme et acharnement durant les combats ?

Observatus geopoliticus 29/12/2016 23:51

C'est le genre d'information qu'on ne peut connaître que de l'intérieur. Mais les kamikazes japonais du Pacifique ou les vietcongs ont montré qu'il n'est guère besoin de "médicament"...

Eric83 29/12/2016 18:42

RT titre «Pire qu’une bombe nucléaire» : la rupture d'un barrage menace Mossoul à la veille d'une offensive.
https://francais.rt.com/international/31502-pire-bombe-nucleaire-rupture-barrage-menace-mossoul
Cette information, si elle est exacte, est aussi alarmante qu'effrayante pour les populations compte tenu des conséquences exposées.
La rupture de ce barrage est-elle réellement plausible ?

Observatus geopoliticus 29/12/2016 23:31

On m'avait parlé de ce barrage il y a quelques mois. L'un de mes interlocuteurs assurait qu'il allait bientôt se rompre ; l'autre était plus confiant, se basant sur une étude de résistance du barrage effectuée par l'armée américaine.
A noter que la question revient régulièrement sur le devant de la scène.
En mars : https://www.theguardian.com/world/2016/mar/02/mosul-dam-engineers-warn-it-could-fail-at-any-time-killing-1m-people
En octobre : https://english.alarabiya.net/en/perspective/features/2016/10/20/Is-Mosul-hosting-one-of-most-dangerous-dams-in-the-world-.html
Maintenant : http://www.newyorker.com/magazine/2017/01/02/a-bigger-problem-than-isis

Hamilcar Barca 29/12/2016 19:33

@Eric83

Bonsoir Eric,

On peut toujours faire sauter un barrage, mais c'est plus facile quand on en contrôle les accès (cas de DnieproGUes par les Soviétiques durant la WWII). Sinon, c'est parfois très compliqué (voir "Dam Busters" sur Wikipedia [Eng]).

Les dégâts varient bien sûr selon la taille de la retenue du barrage et ce qu'il y a en aval: voir "barrage de Malpasset" à Fréjus, et Longarone en Italie
Si c'est une grande ville, possible qu'on s'approche des dégâts d'une arme nucléaire type Hiroshima (donc pas très puissante).

Bien cordialement

E. 29/12/2016 16:11

A noter également que l'aviation russe continue aujourd'hui à aider les turcs à al-Bab. La "porte" n'est pas sublime pour le nouveau Sultan...

E. 29/12/2016 16:08

Ca bouge à Mossoul. Offensive en court sur les quartiers de l'est de la ville toujours aux mains des barbus. Par contre hier une brève faisait état de la destruction du dernier pont sur le Tigre par la "coalition". Si c'était confirmé, ça n'aurait aucun sens...du moins si l'objectif est de reprendre rapidement la partie ouest de la ville. Un nouvel avatar du "laissons partir l'EI en Syrie" (d'ailleurs ca barde aussi sur la route de Tal Afar au même moment) ?

E. 30/12/2016 18:49

Cher OG,
Cette fois-ci, ce sont au moins 3 secteurs qui ont été attaqués, avec l'appui de B-52, apparemment. Je trouve tout de même que ça "bouge" (dans le sens de "se démener") un peu plus que d'habitude. Qui sait si Obama ne souhaite pas pouvoir déclarer que "Moussoul-est est libérée des djihadistes" avant son départ ? Sinon, l'info sur le pont: http://www.lorientlejour.com/article/1026332/irak-le-dernier-pont-de-mossoul-hors-service-apres-une-frappe.html

Observatus geopoliticus 30/12/2016 17:01

Pas vraiment, cher E, ça n'a jamais cessé de bouger. Attaques, contre-attaques...

E. 30/12/2016 00:42

Bien sûr, ca ne "bouge" que par rapport à l'immobilité des dernières semaines.

Observatus geopoliticus 29/12/2016 23:20

@ E
Moui, mais ça ne cesse jamais de bouger... La ville finira bien par être prise, au prix d'efforts et de pertes considérables. L'EI avait pris la ville en quatre jours ; si l'on table sur juillet, il aura fallu une dizaine de mois pour la libérer. Avouez que le ratio est impressionnant.

Hamilcar Barca 29/12/2016 14:25

Cher Observatus Geopoliticus

Merci pour cet "état des lieux". Pas réjouissant mais pas surprenant.

Je réagis sur votre introduction: "S'il y a une chose qu'il faut reconnaître aux djihadistes, c'est bien leur qualité guerrière et leur résilience, qui ne le cèdent en rien aux grandes guérillas communistes du vingtième siècle, notamment au Vietnam. Fanatisme à toute épreuve, esprit de sacrifice, souplesse tactique, auxquels les barbus ont ajouté des techniques de combat bien à eux comme les attentats-suicide."

Je partage votre constat, mais pas vraiment votre conclusion. Pour être comparable aux guérillas communistes et notamment à la plus fameuse, le Viêt-minh / Viêt-cong, il manque à Daech 3 choses:
- une idéologie construite, expliquant la société dans laquelle le mouvement vit et les changements qu'il veut y apporter;
- la dialectique, qui analyse les arguments de l'ennemi pour y apporter sa réponse propre;
- l'enracinement dans la population, au début en partie par adhésion mais aussi par la terreur, pour évoluer vers une adhésion totale des masses contrôlées: "Le révolutionnaire [l'armée] doit être dans le peuple comme le poisson dans l'eau" (Mao-ze-dong).

Dans le bazar "Syrak", le YPD est très proche de cela, mais pas le mouvement djihâdiste et Daech.
D'abord, quid de l'idéologie? Une interprétation tordue du Coran, assénée comme la Vérité ultime et imposée par la terreur "Croyez ou on vous tue". De surcroit, un Coran souvent mal connu et plus que flou dans la tête des combattants venus des 4 coins de la planète. La dialectique? "Nous détenons la Vérité et vous devez tuer tous les mécréants". L'adhésion voulue des populations? Faut demander aux libérés du joug islamiste dans les villes reconquises.

En fait, Daech évoque pour moi furieusement deux structures:
- par son fonctionnement sociologique et son niveau intellectuel général (!), les gangs nord-américains. Plus près des Crips et des Bloods que des petits hommes en pyjama noir et de leurs commissaires politiques;
- par ce que vous pointez justement: "fanatisme à toute épreuve, esprit de sacrifice, souplesse tactique", la Waffen SS. Avec l'Ordre Noir, Daech partage beaucoup de choses*: une "idéologie" fumeuse, une absence totale de dialectique remplacée par des mottos primaires - l'utilisation dénaturée de l'invocation "Allahou akbar" faisant écho à "Heil Hitler", si j'ose dire - et le dévouement ultime au Chef, le seul interprète valable de la doctrine: «Meine Ehre heißt Treue » . In fine, l'Ordre Nouveau imposé par la terreur absolue, sans tenter en aucune manière de faire adhérer les populations asservies, les "Untermenschen" étant remplacés par les "mécréants".
* sauf pour la valeur au combat en espaces ouverts, point sur lequel la position de Grognard me semble proche de la réalité.

Bien cordialement

Alaric 29/12/2016 23:51

Différences fondamentale entre la ss/nazisme et l'ei :


aucune mention du religieux // religiosité extrême

vaste état nation industriel // proto état peu industrialisé reposant sur l'agriculture et le pétrole

réduction en esclavage ou massacre des peuples conquis // l'ei cherche à gagner à sa cause les populations sunnites sous son contrôle

concerne les européens parlant allemand (les auxiliaires étrangers ont été incorporés par pure nécessité ) // l'ei rejette le concept de race ou de nation

pouvoir central , armée hiérarchisée // le pouvoir est plutôt dilué dans l'ei , entre les chefs de tribus locaux, les émirs combattants , les autorités religieuses, les cellules autonomes , il y a fréquemment des querelles intestines




On ne peut pas non plus reprocher à l'ei de manquer de cohérence idéologique étant donné la quantité énorme de matériau de propagande religieuse et politique qu'ils ont mis en ligne , s'adressant aussi bien au djihadiste banlieusard qu'à l'intellectuel , et faisant référence à des sujets aussi variés que l'ingénirie dans les terres du califat ou la colonisation européenne des amériques .
L'idéologie est cruelle, fermée sur elle même , mais inattaquable car reposant sur la "foi" et l'interprétation , mahomet n'étant plus de ce monde pour infirmer leurs vues.

Quant à l'intelligence du troufion de base, elle n'est sans doute pas du bon côté de la courbe en cloche, cependant un nombre surprenant de chefs de l'ei ont une formation scientifique (al anbari l'ex numéro 2 était professeur de physique) et beaucoup de commandants ont un passé militaire sous saddam



Loin de moi l'islamolâtrie (latrines ? ) gôchiste, cependant il ne faut surtout pas sous estimer l'ei sous prétexte qu'ils sont idiots ou dogmatiques.
Comme l'explique très bien Orwell le degré de délire idéologique n'a aucune importance tant qu'il n'interfère pas avec la conduite de la guerre et de l’administration . C'est exactement le cas de l'ei qui comme le dit OG fait preuve d'une résilience phénoménale malgré une faiblesse numérique et un défaut total d'appui aérien .

Observatus geopoliticus 29/12/2016 23:06

I beg to differ, mon cher Hamilcar. Il me semble que votre vision de l'EI est par trop empreinte des clichés de la presse. Pour faire vite :
- Idéologie : messianisme djihadiste + wahhabisme + salafisme des premiers temps allié à une modernité étonnante, cocktail qui a séduit des dizaines de milliers de personnes.
- Organisation de la société : la charia se suffit à elle-même.
- Enracinement dans la population : il est bien réel et les combattants de Daech ont été accueillis comme des libérateurs dans le sunnistan irakien et syrien. Le combat réel de l'EI contre la corruption et son pragmatisme social ont indéniablement plu.
Plusieurs bouquins/études expliquent bien ce phénomène profond. Je ne les ai pas sous la main mais si vous lisez l'espagnol : http://elpais.com/elpais/2015/06/27/opinion/1435427351_770200.html
On aurait tort de ne voir en l'EI qu'un gang de neuneus débiles...
Bien à vous

Grognard 29/12/2016 14:14

Je ne sais pas si l'on peut vraiment parler de qualités guerrières des barbus.
Pour le moment les engagements se situent pour beaucoup en zone habitée avec l'utilisation des populations et de certains édifices que l'on connait.

Pour ma part je me fais difficilement une idée sur leur capacité de manoeuvre dans des zones dépourvues de population.
A Mossoul je pense compte tenu des composantes de la coalition sur place que c'est la doctrine d'emploi US qui prévaut.
Oui la prise de la ville sera longue et aura un coût humain.

A mon sens il conviendrait d'envisager des tactiques indirectes.
Ce qui ne rendraient pas inutiles la mise en place de check point comme première parade aux véhicules bourrés d'explosifs.
La seconde qui me parait particulièrement appropriée consisterait à avoir un ou deux drones en permanence en l'air au dessus de la zone de combat armés de missiles hellfire pour traiter les véhicules kamikazes.

On sait que des satellites ont aujourd'hui une définition assez précise pour détecter d'anciens cours d'eau voir d'anciennes constructions.
Une cartographie de la zone des combats, notamment pour identifier entrepôts et tunnels souterrains
serait certainement des plus utiles.
A condition toutefois que la zone soit rendu étanche aux approvisionnements militaires.

Il y a d'autres pistes à explorer.
Il ne fait pas négliger la dimension psychologique.
Par exemple d'aucuns évoquent les corans piégés.
Ce n'est pas très difficile à faire.
Quelque soit l'explosif que l'on utilise il est impératif de tailler dans les pages de l'ouvrage un emplacement de la charge que l'on veut y cacher.
Pourquoi n'a-t-on pas demander à une haute autorité religieuse de se prononcer sur la destruction des corans.
Je me souviens de cet étasunien qui avait provoqué une levée de boucliers en brulant des exemplaires du dit coran.

Grognard 30/12/2016 00:31

Bonsoir Observatus geopoliticus,

Ah c'est difficile d'émettre un avis qui tient la route.
Pour les check point c'est aussi une question de profondeur du dispositif des possibilités d'aménagement du terrain du temps dont on dispose, de l'état d'esprit des chefs et j'en oublie certainement.
L'art de la guerre, pour peu que ce soit un art ne se limite pas aux manuels.

Les règlements sont fait pour les soldats, non pour les guerriers.
La bataille se rit du code.
Elle en exige un nouveau innové par elle et pour elle et qui disparait dès qu'elle est terminée".
Napoléon.

Ce qui ne rentre pas en ligne de compte dans nos propos c'est que nous n'avons pas une connaissance fine de la valeur des troupes en présence.
Il y a une grande différence entre la force et la puissance.

Par contre il y a une constante dans les conflits en milieu désertique: la vitesse.

Raphaël 30/12/2016 00:25

Ils semblent même aller jusqu'au char suicide ! Je crois que l'article montre assez bien qu'effectivement, Daech sait très bien se battre en terrain découvert, même soumis à la supériorité aérienne de l'adversaire.

http://www.francesoir.fr/politique-monde/bataille-de-palmyre-un-soldat-du-regime-raconte-la-debacle-de-l-armee-syrienne-face-aux-djihadistes-de-Etat-islamique-daech-Tiger-forces-bachar-al-assad-d%C3%A9faite-t%C3%A9moignage

Observatus geopoliticus 29/12/2016 23:14

J'aurais tendance à être d'accord avec Alaric. Les djihadistes - Daech mais aussi Al Nosra - ont montré en Syrak qu'ils savent se battre dans un environnement non urbain voire désertique. Al Anbar, Palmyre, Deir-ez Zoor même, Idlib...
Quelques remarques :
- les check-points existent déjà partout mais sont impuissants à contenir une voiture blindée bourrée d'explosifs qui fonce sur vous. A Alep, c'était carrément des bulldozers piégés : à part des tranchées ou des mines, difficile à arrêter...
- plusieurs autorités religieuses ont bien évidemment déjà condamné l'utilisation de Corans piégés. L'EI s'en fiche puisque le "califat" a ses propres autorités religieuses.

Alaric 29/12/2016 22:08

C'est justement dans le désert d'Anbar (pas du tout le milieu urbain donc) que l'armée irakienne a pris la première rouste en 2014 . l'EI a également pris Palmyre en plein désert tout récemment . Donc non leur puissance militaire ne se limite pas aux villes assiégées . N'oubliez pas leur héritage de guérilla contre les américains en iraq , qui repose sur les éléments de surprise, de camouflage et de rapidité

Euclide 29/12/2016 12:59

Je viens d'apprendre le décès de Jean- Christophe Victor ( le fis de l'explorateur des pôles ) de l'émission " Les dessous des cartes". Condoléances pour ce Monsieur qui avait comme but de rendre les gens plus intelligents et de rendre simple les choses compliqués comme vous Observatus.

Euclide 29/12/2016 12:39

PS: j'ai voulu dire que les States ont ouvert " la boite à Pandore" aux Proche et Moyen Orient comme ils ont crée un etre mutant appelé Daesch et que l'Europe subit leur besoin de puissance.
Voilà; c'est dit.

Euclide 29/12/2016 12:24

Cher Observatus, comme d'hab c'est toujours brillant.
Le pb avec l'hégémonie américaine est qu'il reproduise la même erreur que l'Empire romain. Ils ont besoin de trouver des ennemis pour exister. Résultat , ils ont ouvert" la boite à Pandore" , malheureusement pour nous l'Europe occidental.

Vu dans la revue Conflit que les States relancent la guerre des étoiles " Bouclier antimissile , le grand jeu nucléaire relancé avec la Russie et la Chine." Serait-ce l'hybris américain ?
Wait and see.

Observatus geopoliticus 29/12/2016 22:42

@ Euclide
J'en parle dans le prochain billet ou le suivant car quelques nouvelles sont tombées dernièrement.

Francois 29/12/2016 10:45

Merci beaucoup pour cet article passionnant (comme d'habitude ;-)

J'avoue que je m'y perds un peu : les djihadistes sont salafistes ou sunnites, le salafisme est-il un courant sunnite ? j'ai l'impression qu'il y a des passerelles, notamment en france entre les deux. Le salafisme est propagé par les pays du golf ? Comment la france gère ce fléau ? A coté de mon ancien domicile à paris, il y avait une mosquée salafiste, ils peuvent prêcher sans souci chez nous ?
Merci beaucoup

Observatus geopoliticus 30/12/2016 17:05

@ Bozi
Il serait trop facile et confortable de penser qu'il n'y a aucune idéologie derrière l'EI et que les petits hommes en noir sont des paumés ne sachant que faire de leur vie. Comme dit par Alaric je crois, l'EI regroupe un certain nombre de "têtes" (docteurs, ingénieurs, professeurs). Et si, Daech a été relativement bien accueilli à Mossoul au départ, par une partie de la population du moins car l'autre partie a pris le chemin de l'exil.

bozi lamouche 30/12/2016 11:39

@youssef ..."Etant musulman je peux certifié que la majorité ne connaît pas la nuance entre ces courants."
je dirai même plus !! : la majorité des non musulmans ne connait pas non plus la nuance entre ces courants...bref aujourd'hui même si on en entend parler, quasi personne ne connait la nuance entre ces courants...et si vous remontez il y a une trentaine d'années, on est carrément dans le groupusculaire...je vous laisse donc conclure sur l'apparition de ces courants...
@hamilcar, alaric : je ne crois pas qu'il y ait vraiment une idéologie à chercher chez ces gens là...à mon avis les seuls qui ont suivi une idée sont à chercher ici chez nous et ont souhaité se rendre sur place...tandis que la très grande majorité ont entrepris le chemin inverse à savoir se réfugier à l'étranger...j'ajouterai que je ne crois pas une seconde à d'éventuelle scènes de liesse à l'arrivée de l'EI à Mossoul ou ailleurs...le croire c'est bien mal connaître le monde oriental....
cordialement
cordialement

Youssef 29/12/2016 17:31

OG a bien survolé . Mais c'est plus compliqué . Etant musulman je peux certifié que la majorité ne connaît pas la nuance entre ces courants.
Mais tout ces courants ne deviennent dangereux que quand ils portent un projet politique. Leur but est d'arriver au pouvoir en instrumentalisant l'islam comme: Frère musulman , Wahhabisme , Jihadisme etc.. Bref tous les courants dites islamistes. Par exemple le Salafisme autant que tel n'est pas dangereux que quand on le couvre d'un projet politique pour arriver au pouvoir et généralement ils ne choisissent pas les voies démocratiques mais plutôt le Djihad comme moyen.

Francois 29/12/2016 12:28

Superbe, merci pour cette synthèse

Observatus geopoliticus 29/12/2016 11:59

@ François
La grande division de l'islam se fait entre le sunnisme (majoritaire à environ 85% environ) et le chiisme (15%). Ce dernier est lui-même divisé en une myriade de courants (duodécimains, ismaéliens...) et sous-courants (alaouites...).
Le sunnisme est divisé en quatre grandes écoles juridiques mais aussi traversé transversalement de multiples courants qui peuvent parfois se recouper : salafisme, wahhabisme, takfirisme... bref, ce que l'on regroupe sous le terme un peu vague et général d'islamisme ou de fondamentalisme.
Le salafisme est la volonté de retour aux premiers temps de l'islam, y compris dans l'accoutrement. Le wahhabisme est une idéologie rigoriste saoudienne. Un salafiste peut être wahhabite et vice-versa, mais pas forcément. Par exemple beaucoup de Frères musulmans sont salafistes mais pas wahhabites. L'Arabie saoudite wahhabite déteste les Frères musulmans tandis que le Qatar les soutient.
Comment la France "gère" tout cela et notamment le sunnisme (car le chiisme est ultra minoritaire en France) ? LOL. Elle ne gère pas...
En guise d'introduction, sur le chiisme, l'article Larousse est bien foutu, très didactique : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/chiisme/33316
Sur le salafisme : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/KRISTIANASEN/15574
et : http://www.canalacademie.com/ida9857-Sens-et-puissance-du-salafisme-dans-le-monde-arabe.html
Bien à vous

L'ours des P.o. 29/12/2016 10:02

"...la graine qu'ils ont semée est devenue une mauvaise herbe ô combien tenace."
N'est-ce pas ce qu'on appelle une plante invasive? Et pour ne serait-ce qu'en stopper la prolifération, car l'éradiquer est quasiment impossible, il faut déployer de gros moyens et rester en alerte permanente ad vitam aeternam...

Francois 29/12/2016 21:29

La mauvaise herbe c'est l'EI, les neocons c'est les généticiens dégénérés clonnés dans des cuves monsanto

bozi lamouche 29/12/2016 20:59

bonjour,
la mauvaise herbe c'est quoi : daesh ou les néo-cons ?

(les deux étant susceptibles de réapparaître sous un nom différent..)

Francois 29/12/2016 10:42

C'est l'algue noire du moyen orient

Jordi 29/12/2016 00:23

Il manque à mon avis une corde à votre analyse de la situation turque. Permettez-moi de vous la présenter comme hypothèse, non prouvée mais collant assez bien avec les rapports de force en Turquie.


Historiquement, l'armée est la colonne vertébrale de la Turquie. Pour ce pays fondé par les armes, et nostalgique du formidable Empire Ottoman, l'armée est tout à la fois le moyen, le ciment et le but du pays. Chaque citoyen turc est passé sous les drapeaux pour le service militaire.

Et pourtant, c'est bien au sein de l'armée qu'un coup d'état a été fomenté contre le sultan

Celui-ci n'a pas oublié, et il a entrepris des mesures de rétorsion visant à stabiliser son pouvoir civil. Les lecteurs européens doivent bien comprendre que Erdogan est un dirigeant élu, disposant du soutien affirmé d'une partie de la population. On peut discuter d'un possible trucage des dernières élection turques, mais Erdogan et sa politique sont soutenus par au strict minimum 40% des électeurs de la république de Turquie, et par une nette majorité des turcs (concernant les dix millions de kurdes ayant le passeport au croissant, sa popularité chez eux avoisinerait plutôt celle de Hitler à Tel-Aviv)

Erdogan est donc dans la situation d'un leader politique CIVIL ayant besoin de mettre l'armée au pas.

Pour celà, envoyer les kakis se faire rétamer le fion par les barbus offre un triple avantage
* les succès militaires de l'armée Turque élargissent les options diplomatiques d'Ankara. Cela profite au grand mamamouchi
* les échecs militaires de l'armée Turque la discréditent auprès de l'opinion turque, rognant sa capacité politique à réaliser un coup d'état. Cela profite au grand mamamouchi
* les challenges militaires affrontés par l'armée Turque l'oblige à se réorganiser pour optimiser ses capacités militaires de projection de puissance de feu face à un ennemi militaire puissant, plutôt que de laisser les généraux construire une armée "africaine" dont le savoir-faire se concentrerait sur la capacité d'hommes armés et loyaux à leur chefs de mater par la force des civils pour imposer un régime politique. La encore, ce troisième effet profite au mamamouchi

A l'appui de mon hypothèse, je n'ai que des faisceaux d'intérêts commun, et pas de preuves tangibles à fournir. Le point le plus important, c'est que cette stratégie est pertinente pour Erdogan, et qu'elle aura pu lui être conseillée par ses nouveaux amis venus du froid. L'intelligence politique supérieure des amis "plantigrades" ayant été maintes fois prouvée.

Libre à vous d'apprécier la pertinence de mon interprétation.

Observatus geopoliticus 29/12/2016 22:34

Pas vraiment, Bozi, la grande majorité de l'armée n'a pas suivi. Ce putschinho a d'ailleurs donné une indication très claire du degré déjà avancé de noyautage de l'armée par l'AKP, ce qui en a surpris quelques observateurs.

bozi lamouche 29/12/2016 21:06

@OG : peut être que le flop est plus dû aux "plantigrades" qu'à la fidélité de l'armée... erdogan a semble-t-il reçu un émissaire juste avant le putsch..
cordialement

Observatus geopoliticus 29/12/2016 12:05

@ Jordi
Sauf que l'armée turque est depuis longtemps plus ou moins "erdoganisée", témoin le putschinho de juillet qui a fait flop car la plupart des corps sont fidèles dorénavant. Aussi quel intérêt y aurait-il à envoyer au casse-pipe ses propres soutiens ? D'autant que nous parlons ici surtout des forces spéciales, qui ont été noyautées depuis longtemps par Erdogan.

theuric 28/12/2016 19:25

Vous souvenez-vous, cher Observatus Politicus, de ces quelques invités médiatiques, historiens ou politologues, qui, vers le début des années 90, étaient conviés par des chaînes télés à analyser la position de Tonton Sam après la disparition de l'U.R.S.S. (en une époque où les médiats ne charriaient pas encore leurs tombereaux de sottise et autres insanités)?
Ils expliquaient tous alors que l'empire, pas encore compris comme tel à l'époque, avait un impératif besoin d'un ennemi à combattre pour se stabiliser en interne.
Ce qui me paraît intéressant c'est, justement, ce parallèle que vous faites entre les troupes communistes et les guerriers djihadistes, ceci venant en écho avec ce qui se disait il y a maintenant un petit peu moins d'un quart de siècle.
D'autant plus que ce qui devient fascinant c'est que ces commentateurs de la vie politique d'alors désignaient déjà l'Islam Sunnite comme étant ce nouveau belligérant irréconciliable.
De la manière avec laquelle cela était dit, il était facile de percevoir que l'instrumentalisation, par les impérieux impériaux, de ce qui allait devenir les djihadistes, s'entendait clairement entre, si je puis dire, les lignes.
Dès lors et tel que les plus ou moins récents événements qui eurent et ont lieux le montre, je ne peux que me demander si ces fous de dieu peuvent survivre, en tant qu'organisation au moins, à la disparition de leur créateur et de la ruine de leurs souscripteurs qataries et séoudiens.
Oui, oui, je sais, je continue de ma petite marotte économique, mais que voulez-vous, quand on aime on ne compte pas, on conte.

Observatus geopoliticus 29/12/2016 22:40

Todd est un esprit extrêmement curieux que j'ai du mal à comprendre, capable de fulgurance intellectuelle mais aussi d'aveuglement invraisemblable. Dans la dernière catégorie, outre l'invention d'une supposée opposition entre l'empire et le monde musulman, ajoutons ses hallucinations ukrainiennes. Quelle n'a pas été ma surprise de l'entendre affirmer à plusieurs reprises que les Etats-Unis n'étaient pour rien dans le Maidan et que c'était un coup de l'Allemagne !

theuric 29/12/2016 13:10

Je vous avoue, cher Observatus, qu'à l'époque je ne suivais ces événements et ce qu'il s'en disait que d'une oreille distraite, une sorte de réflexe plus ou moins inconscient.
C'est pourquoi j'abonde en votre sens, d'ailleurs cet attrait de l'oligarchie et de se représentants pour l'Islam Sunnite ne cesse, depuis quelque temps, de me paraître suspect, même si cette religion est tout autant décrier par les mêmes.
Pour ma part, il me semble que cela révèle d'un processus inconscient collectif complexe, l'un de mes petits dadas, sur lequel je vais me pencher.
Quand aux positions de Monsieur Todd, je vous l'accorde, il pèche parfois en raison de ses raisonnements parfois unilatérales, en oubliant d'observer les dynamismes historiques actuels sous des angles différents.
C'est pourquoi je tiens compte de ce qu'il dit tout en conservant une observance multilatérale de ce dynamisme, ses apports restant, pour moi, importants.

Observatus geopoliticus 29/12/2016 12:42

@ Theuric
Je m'en souviens, cher Theuric, et c'est un discours qui a traversé toutes les années 90 et après. Mais, comment dire... Ce discours a été porté par ceux que j'appellerais les "anti-américains primaires de gauche islamophile" qui voulaient concilier leurs deux grandes obsessions : l'anti-impérialisme et l'amour de l'islam. On mélange tout ça, on assaisonne de sel et de poivre et hop, on sort du four une soit-disant opposition entre les Etats-Unis et le monde musulman. Le problème est que ça tombe complètement à côté de la plaque...
Il n'y a pas plus islamophile que le système impérial US. Mis à part le conflit israélo-palestinien (arbre surmédiatisé qui cache la forêt), les dirigeants américains ont TOUJOURS pris parti pour des entités musulmanes contre des entités non-musulmanes (Pakistan vs Inde dans les années 70 et 80, Afghans vs Russie, Tchétchènes vs Russie, Bosniaques vs Serbes, Kosovar vs Serbes...) et, au sein du monde musulman, pour les plus fondamentalistes contre les plus "laïcs" (pétromonarchies vs nassérisme, Talibans vs Massoud, djihadistes syriens vs Assad, Fatah al Islam au Liban dans les années 2000, Frères musulmans vs Sissi...)
La supposée islamophobie du système impérial US est un mythe, il est en réalité islamolâtre ! Et le 11 septembre n'y a rien changé : Bush a donné un blanc-seing aux Saoudiens et, après une rapide intervention en Afghanistan pour la forme, la grande affaire de sa présidence a été la chute de Saddam, bête noire du fondamentalisme islamique.
Pour toutes ces raisons, j'ai beaucoup de mal avec ce discours qui est pourtant repris par des esprits brillants comme Emmanuel Todd, complètement à côté de la plaque pour le coup.
Par contre, oui, l'empire a besoin d'un ennemi orwellien. A la toute fin des années 90, ce rôle fut tenu temporairement par la Chine puis, avec l'arrivée du méchant Poutine au pouvoir, par la Russie évidemment à partir des années 2000. Au même moment, le "terrorisme" a également tenu ce rôle, mais uniquement sur le plan de la com' médiatique comme vu plus haut. Dans le fond, l'alliance entre Washington et le fondamentalisme islamique n'a jamais cessé.
Bien à vous

Francois 29/12/2016 10:42

Très intéressant, on pourrait imaginer l’empire mourir des mains de sa créature. Frankenstein terrassé par son monstre. Comme dans 1984, il faut toujours un ennemi extérieur pour empécher la populace de trop ouvrir les placards. La chute commencera par les colonnies européennes qui sont les proies faciles d’un mouvement déterminé : effondrement du tourisme (fermeture du sheraton de bruxelles), instabilité, guerillas, puis l’empire lui-même s’effondrera, achevé par ses rivaux.
Ne vous inquietez pas pour la survie des djihadistes, ils sont habitués à vivre à la dure, ont maintenant plétore d’armes, et vivront comme tout état (ou plutôt organisation gérant un territoire) en faisant travailler la populace locale. Les afghans ont l’opium, l’EI avait le pétrole syrien. Bien sur sans papa saoud, le méchoui sera maigre, mais bon un djihadiste affamé en vaut 2 ;-)