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Chroniques du Grand jeu

Nouvelles mossoulo-alépinnes

1 Novembre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Ca chauffe autour des deux villes syrakiennes, ça brûle même, et les développements que nous annoncions sont en train de se réaliser. Ainsi, sur le théâtre nord-irakien, nous évoquions :

un dernier aspect de la bataille de Mossoul, qui n'est pas le moins important et que l'on pourrait résumer par cette question toute shakespearienne : porte ou pas porte de sortie ?

Selon un certain nombre d'observateurs, l'empire ayant vu son plan A (Assad doit partir) tomber complètement à l'eau et assistant impuissant à la reconquête d'Alep par les loyalistes, il active un plan B à minima : laisser une porte ouverte à l'ouest à Daech pour qu'un flot de djihadistes fuyant Mossoul s'engouffrent en Syrie et y renforcent le sunnistan. Une source anonyme russe confirme (ça vaut ce que ça vaut).

C'est également indirectement corroboré par le comportement d'une partie des combattants de la coalition, ce qui met une nouvelle fois en lumière l'invraisemblable bric-à-brac de celle-ci. Peut-être soupçonneux des intentions américaines et fermement décidées à éviter des difficultés supplémentaires à leur allié Assad, les milices chiites irakiennes annoncent qu'elles vont couper toute retraite possible aux petits hommes en noir du califat. De fait, certaines se dirigent déjà vers Tal Afar, prenant à revers Mossoul et isolant la ville. Si les Américains pensaient utiliser la grande bataille du nord de l'Irak pour mettre Damas en difficulté, leurs "alliés" au sein de la coalition sont en train de court-circuiter le stratagème...

Eh bien nous y sommes ! Il y a trois jours, les milices chiites ont lancé le grand mouvement d'encerclement à l'ouest de Mossoul, libérant un territoire conséquent. Le but est de faire la jonction avec le territoire kurde au nord (en jaune sur la carte), en prenant notamment la ville de Tal Afar (cercle rouge), et de tuer ainsi dans l'oeuf toute possibilité de retraite de Daech vers la Syrie.

Sauf que, Moyen-Orient oblige, les choses ne sont évidemment pas si simples. Si la "rencontre" entre chiites et Kurdes barzanistes ne devrait pas trop poser de problème (quoique, à voir...), Erdogan refait des siennes ! Le sultan avale couleuvre sur couleuvre ces temps-ci, notamment en Syrie (nous y reviendrons plus bas) et il voit avec horreur les cartes lui échapper en Irak.

En l'occurrence, c'est la course des milices chiites vers Tal Afar qui le préoccupe, du moins officiellement. La raison invoquée est la protection de l'importante population turkmène de la ville, qui avait d'ailleurs fourni certains des plus hauts cadres de Daech. Derrière se cache évidemment une lutte d'influence irano-turque (notez que même les rares fois qu'elle informe relativement sérieusement, la MSN ne peut se départir de son habituel ton pro-sunnite, c'est-à-dire pro-pétromonarchique et anti-iranien). Mais c'est plus globalement le futur des frontières irakiennes qui est en jeu ainsi que l'avenir de la guerre en Syrie voisine.

Toujours est-il que le sultan éructe et, comme d'habitude, menace d'intervenir, sans que l'on sache s'il est vraiment sérieux (voir cette concentration de tanks turcs à la frontière) ou si c'est un énième coup de voix dans l'eau. Le führerinho d'Ankara semble de plus en plus allumé. Ne vient-il pas d'ailleurs de déclarer que les îles grecques de la mer Egée étaient turques ? Il n'arrive décidément pas à tenir sa langue, quitte à se couper de tout et de tous. Car si, de manière ponctuelle, des réconciliations peuvent avoir lieu, plus aucun dirigeant ne lui fait confiance. Témoin, le nord syrien...

Nous avons décrit la course vers Al Bab entre les YPG kurdes et l'ASL soutenue par les Turcs, ainsi que les coups bas que se donnent joyeusement les deux groupes chemin faisant. Nous avions aussi évoqué :

le ton très menaçant du gouvernement syrien. Après les bombardements aériens turcs sur les Kurdes, Damas (et Moscou derrière ?) a sèchement averti que tout avion turc serait désormais purement et simplement abattu et que les troupes turques seraient considérées comme des "forces d'invasion". Lavrov n'est pas non plus resté muet, mettant en garde Ankara que toute nouvelle incursion aérienne "rencontrerait une résistance", sans préciser s'il s'agirait des systèmes anti-aériens russes ou syriens.

Chose promise, chose due : les avions turcs ne s'aventurent plus en territoire syrien depuis le 22 octobre ! Les S-300 et 400 refont parler d'eux... Il se dit même que des F16 ottomans téméraires se sont retrouvés nez à nez avec quelques Sukhois venus faire la causette et ont fait demi-tour. Le sultan en a avalé son loukoum de travers. S'il pensait que, sous couvert de réconciliation, Poutine lui avait donné carte blanche, il a dû sérieusement déchanter.

Conséquence immédiate sur le terrain : l'ASL fait du surplace tandis que les Kurdes, en coopération avec l'armée syrienne, ont sécurisé leur flanc sud - et le flanc nord des loyalistes qui font le siège d'Alep - et ont les mains libres pour avancer vers Al Bab. Sur la carte ci-dessous, les hommes de paille d'Ankara sont au même endroit que la semaine dernière (Tal Jijan, Ablah) alors que les YPG ont largement rattrapé leur retard :

Aux toutes dernières nouvelles, elles ont même pris un peu d'avance, bloquant partiellement la route à leur concurrent. Rappelons que de l'identité de celui qui occupe Al Bab dépendra une partie de la recomposition syrienne d'après-guerre...

Ca ne sera en tout cas vraisemblablement pas l'armée syrienne, hypothèse que nous évoquions la dernière fois sans lui donner d'ailleurs beaucoup de crédit. Les loyalistes sont en effet trop occupés à Alep où la grande offensive djihadiste annoncée a débuté et où d'importants moyens ont été mis en oeuvre afin de la repousser.

Car le premier jour, Al Qaeda, Ahrar al-Cham & co ont quelque peu semé la panique dans les rangs gouvernementaux, envoyant bulldozer piégé sur bulldozer piégé et réussissant à percer et même à mettre la main sur quelques points importants. Cela faisait craindre le pire pour le million et demi d'habitants de la zone gouvernementale (ceux dont la presstituée ne parle jamais) où des obus de mortier commençaient à tomber (on a également relevé une attaque au gaz).

Dès le deuxième jour cependant, l'armée, le Hezbollah et autres alliés réussissaient à stopper l'avance barbue et même à contre-attaquer, mouvement amplifié par la suite. La situation semble désormais stabilisée et le terrain perdu presque repris. Surtout, les djihadistes, qui avaient tout mis dans la bataille, doivent avoir pris un petit coup au moral en réalisant qu'il leur sera quasiment impossible de rompre le siège d'Alep.

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Zuglub 04/11/2016 22:09

Bonsoir cher Observatus. Je suis à nouveau ravi de lire vos articles.
Auriez-vous par hasard conservé la source de l'image que vous utilisez en tête de cet article ? Je serais curieux d'en apprendre plus à son sujet.

Observatus geopoliticus 05/11/2016 01:23

Bonoir cher Zuglub.
Ce fier coq est un membre d'une milice chiite. Voici l'article source : https://www.almasdarnews.com/article/erdogan-threatens-intervene-pmu-liberated-isis-held-town/
Bien à vous

Grognard 03/11/2016 18:15

Observatus geopoliticus
Bonsoir,
Cela n'a rien à voir avec le sujet.
N'avez-vous pas été victime d'une attaque hier?
La rançon de la gloire peut-être?

Observatus geopoliticus 03/11/2016 18:21

Ha ha, je l'ai pensé un moment mais c'est en fait une vulgaire histoire de renouvellement de nom de domaine et de retard à l'allumage d'Overblog. Tout est rentré dans l'ordre...
Bien à vous, cher Grognard

Loic 02/11/2016 12:37

Bonjour,

Il semblerait que les sbires du sultan soient en difficulté vers Al Bab. Une contre attaque de l'EI leur a fait perdre plusieurs villages qu'ils avaient conquis les jours précédents et même s'ils en ont repris depuis, ce contretemps et cette résistance de l'EI risquent d'être fâcheux si dans le même temps les kurdes en profitent. La course poursuite vers Al Bab continue et ne veux pas livrer son verdict décidement.

A Mossoul, la manoeuvre d'encerclement est plutôt bien engagée, les milices ont fait la moitié du chemin pour atteindre Tal Afar, à ce rythme ça pourrait se faire d'ici quelques jours, ceci enfermant les combattants daeshiques dans Mossoul pour de bons. L'armée irakienne est entré dans Mossoul, c'est surtout symbolique mais on va donc bientôt pouvoir juger de la résistance des djihadistes.

Pour rebondir sur les guerres urbaines et ce qu'il se passe à Alep, il est évident que le régime aura bien du mal à réduire la poche d'Alep est, en ville l'appui aérien n'est guère décisif et les batailles de rues seront très longues car l'armée de Bachar n'est plus ce qu'elle était, affaiblie par des années de guerre. Sans une alliance efficace avec les forces kurdes, il n'y a guère de victoire possible sur Daesh et Al Nosra pour moi, en tous cas ça prendrait des années peut-être...

Je ne croyais guère à une offensive loyaliste sur Al Bab contre les méchants djihadistes parce que les djihadistes "qui font du bon travail" à Alep leur posent bien trop de soucis pour sacrifier des forces sur Daesh. Damas doit espérer maintenant un statut quo qui s'éternise ou une victoire kurde à Al Bab en tous cas pour eux tout sauf une victoire du Sultan.

Observatus geopoliticus 02/11/2016 13:15

Bonjour Loïc.
Les rapports sont contradictoires... Daech a effectivement contre-attaqué et pris plusieurs villages au sud d'Akhtarin. Selon certains sites pro-barbus FSA (https://syria.liveuamap.com/), toutes les pertes ont été effacées. D'autres, plus neutres, sont moins affirmatifs.
Passionnante course à Al Bab en tout cas.

Yom 02/11/2016 10:27

Je crois me souvenir que l’aviation irakienne avait réalisé un sacré carton sur un convoi Toyota fuyant Fallouja à toutes roues.

Ne peut on rêver de pareil évènement sur la route qui mène de Mossoul à Raqqa, si un corridor de fuite est laissé aux barbus ?

Observatus geopoliticus 02/11/2016 11:27

Il est tout de même plus sûr de boucler la zone, les échappées sur les routes secondaires étant toujours possibles.

Grognard 02/11/2016 00:24

Bonsoir à tous,

Entièrement d'accord avec les propos Hamilcar barca.
J'avais moi même évoqué le fait que des bombardements trop massifs sur une ville rendaient sa conquête plus difficile dans un fil précédent.

Ce qui compte en priorité ce sont:
- les renforts humains
- la logistique

Justement en parlant de logistique ; l'arrivée de la flottille russe joue aussi ce rôle.
Personne ne parle jamais du boulot des mécaniciens.
Pourtant ils le mériteraient.
Organiser une boucle de rotation plus longue devrait leurs permettre de souffler un peu.

Observatus geopoliticus 02/11/2016 11:25

Oui, mon cher grognard, quelque chose se prépare. Renforts conséquents de l'armée syrienne convergeant vers Alep, flottille russe arrivant bientôt... Pour l'instant, Poutine fait montre de grande modération, refusant de bombarder, multipliant les ouvertures humanitaires. Il semble vouloir épuiser toutes les voies avant de lancer la cavalerie.

Madudu 01/11/2016 23:02

Rien à voir, mais ça commence à parler du Maroc comme si une révolution colorée se préparait. Je sur-interprète peut-être, mais ça y ressemble fort.

Et puis ça fait déjà quelques temps que France Info diffuse de temps à autres des critiques à l'encontre de la monarchie marocaine, qui sont tout-à-fait typiques des efforts de préparation mentale auxquels ce média participe toujours à l'encontre des futurs révolutionnés.

Qu'en pensez-vous ?

Ercole 07/11/2016 11:42

Madudu

Le fait que le monde.fr ait fait des rapprochements entre la mort horrible de ce pauvre marocain avec la mort du tunisien "à l'origine" - mouais... - de la révolution en Tunisie, alors que ces deux morts n'ont aucun rapport (pauvreté vs négligence) en dit long sur le fond de la pensée des banquiers journalistes et surement à propos de leurs intentions cachées... On ne rappellera jamais assez que notre révolution a donné 10 années de vaches maigres à notre peuple qui soulagé a accueilli De Gaul... Bonaparte avec moults applaudissements, rejetant une première fois l'extrème gauche dans son marigot sanguinaire...

Observatus geopoliticus 01/11/2016 23:33

Je ne peux vous répondre, cher Madudu. Je vous avoue que le Maroc est bien loin de l'échiquier énergético-eurasiatique et je ne suis pas vraiment spécialiste de la question.

Hamilcar Barca 01/11/2016 21:51

@Observatus geopoliticus

Bonsoir OG,

Grâce à votre "dissection" de la situation militaire syro-irakienne, j'y vois un peu plus clair dans ce pandémonium. Encore que les manoeuvres désespérées de l'Empire fassent plutôt penser à "Hellzapoppin".

J'ai creusé cette histoire de Su-30 allant flairer des F-16 de la TuAF. Il y a eu effectivement un - long - verrouillage des radars de Su-30 - qui étaient entrés de qq pouyèmes dans l'espace aérien turc - sur des F-16 turcs venant les intercepter, mais c'était à l'automne 2015. Je n'ai rien trouvé de plus récent, mais cela a très bien pu m'échapper.

Bien cordialement

Observatus geopoliticus 02/11/2016 00:01

@ Hamilcar
Bonsoir cher Punique,
ce sont des rumeurs que j'entends de-ci de-là, mais rien d'officiel. Je ne crois de toute façon pas que Moscou et Ankara veuillent voir cette histoire, si elle a bien eu lieu, à la une des journaux. Ce qui est sûr et certain, c'est que les S-300/400 ont été activés et ont poussé le sultan en touche.

simplet 01/11/2016 18:25

Nabuco-Erdodo a chaud aux fesses à l'intérieur. Manifestations, contestations se suivent et ne se ressemblent pas. Qu'y a-t-il de mieux pour diminuer la pression que des discours et une politique extérieure très agressifs et nationalistes basés sur un passé certes riche, mais passé quand même.
Le sentiment patriotique turc me semble être aussi intense que la foi musulman. Ils vivent encore sur le tapis d'espoir ottoman du Grand Turc. Cinq siècles quand même.

simplet 02/11/2016 14:01

Effectivement cher OG, j'attends avec la plus grande impatience votre analyse à ce sujet.

Observatus geopoliticus 01/11/2016 18:44

C'est vrai, mon cher Simplet, mais ça cache quelque chose dont je vais bientôt parler (je l'avais promis il y a de nombreuses semaines) : la disparition du peuple turc ! Montre-moi une classe dirigeante qui délire (USA, Turquie, Arabie saoudite) et je te montrerai un pays qui va mal...

UltimaRR 01/11/2016 17:36

Il est vraiment difficile de savoir sur quel pied danse Erdogan, il donne l'impression de jouer un double jeu avec tout le monde.

Je croyais que l''intervention russe en Syrie et la crise russo-turque qui a suivi le Soukhoï abattu avaient définitivement dissuadé Erdogan de toute velléité néo-ottomane dans la région. Il me semblait même que la réconciliation avec la Russie, parachevée par la signature du Turkstream le mois dernier, allait précipiter l'intégration économique, énergétique, et donc politique, de la Turquie dans le nouvel ensemble eurasien qui se dessine, ce qui est, à mon avis, une des meilleures cartes qu'Erdogan ait à jouer. A terme elle pourrait même être un élément stabilisateur du Moyen-Orient.

Au lieu de cela Erdogan recommence à se mettre à dos tous les acteurs de la région par ses interventions et ses déclarations. Jouer la carte du protecteur des sunnites, à l'heure actuelle, en rappelant le passé ottoman sur un pays souverain majoritairement arabe et chiite, soutenu par l'Iran perse... c'est très délicat. Idem en Syrie, comme vous le relevez,non content d'avoir pu instaurer sa zone tampon et de taper les kurdes.

Quant à la Grèce, ces déclarations étaient prévisibles. C'était Madudu, je crois, qui avait demandé il y a quelques temps comment se traduisait les aspirations impérialistes et néo-ottomanes d'Erdogan. Nous y voici.

Néanmoins il ferait bien de ne pas trop sous-estimer ce pays. Si la Grèce est actuellement exsangue et fait partie d'un ensemble mou qu'il se plait à faire chanter, elle n'en demeure pas moins un pays dont la mémoire des conflits passés reste vive, attaché à son identité, sa culture et ses valeurs. Et elle eu la grande présence d'esprit, elle, de ne jamais faire d'économies sur ses dépenses militaires. C'est d'ailleurs assez intéressant de savoir que la Grèce est le premier budget de Défense de l'U.E. et le deuxième de l'OTAN, derrière les Etats-Unis, en fonction du PIB (~2.4 - 2.6% pour un pays d'un peu moins de 11 millions d'habitants, et en crise !). La moyenne européenne est de 1.5%.

Mais ces déclarations ne visait pas que la Grèce, il évoque un peu tout l'ancien Empire Ottoman : Syrie, Irak, Afrique du Nord, Europe balkanique, Caucase, Asie centrale et même la... Crimée !
http://www.courrierinternational.com/article/turquie-les-frontieres-du-coeur-derdogan-herissent-ses-voisins

Non vraiment, suite au Coup d'Etat je croyais avoir sous-estimé son génie politique, mais là... de telles déclarations... si elles flattent la base nationaliste qui le soutien, le moment est des plus mal choisis !

Observatus geopoliticus 02/11/2016 11:22

@ Ultima
J'avais évoqué le fait cet été et promis un billet mais, depuis, les événements ont accaparé l'actualité. Patience, mon cher Ultima...

UltimaRR 02/11/2016 01:27

@Observatus

Effectivement cette donnée est très intéressante, vivement votre prochain billet ! Pouvez-vous déjà nous indiquer certaines sources ou certains liens ?

Il est vrai que la République de Turquie fondée par Atatürk, "Le Père des Turcs", a pour socle une homogénéité ethnique (la nation turque, c'est l'ethnie turque). Son projet d'une Turquie moderne est d'ailleurs assez fascinant par son caractère hybride, alliant certains éléments issus des Lumières et de la Révolution française, à vocation universelle donc, à des composantes propres aux régimes autocratiques et fermés de son époque (nationalisme ethnique, populisme, culte du chef). On voit dans quelle impasse cela peut conduire, surtout avec un Erdogan qui agite en plus la bannière d'un certain islam politique.

Il convient également de rappeler que l'Anatolie a été "nettoyée" par les Jeunes-Turcs afin de procéder à l'unification ethnique d'un futur Etat-nation : génocide des Arméniens certes, mais aussi de ceux dont on entend moins parler, Assyriens et Grecs pontiques. Sans oublier les échanges de populations consécutifs au Traité de Lausanne... ("Istanbul was Constantinople, now it's Istanbul not Constantinople" comme le dit la chanson)

Selon vous la question kurde serait à lire dans cette continuité (inquiétude à immédiate vis-à-vis du PKK, mais crainte d'une masse critique kurde à moyen-long terme menaçant l'unité de la nation) ?

C'est étrange car alors que la Turquie possède (possédait ?) malgré tout une société plurielle et relativement stable, Erdogan semble tout faire pour la jeter dans les troubles communautaires (ethniques et religieux) qui agitent les pays voisins.

@Eric

Je vous rejoins sur cet exemple. Et comme vous le soulignez, pour être un homme politique, il faut avoir quelque chose qui ne tourne pas rond haha ^^
C'est là bien souvent la source de leurs succès, et presque toujours celle de leur perte.

Observatus geopoliticus 02/11/2016 00:08

J'ajouterai tout de même, pour être tout à fait honnête, qu'Erdogan (et tout l'establishment turc avec lui) est avant tout paniqué par la situation intérieure de la Turquie à moyen terme et la disparition progressive du peuple turc au profit des allogènes et particulièrement des Kurdes. J'avais promis d'en parler il y a bien longtemps mais je ne l'ai malheureusement pas fait. Au rythme démographique actuel, les Turcs seront minoritaires en Turquie dans une génération ! C'est à prendre en compte quand on analyse la politique du sultan car cela peut expliquer plusieurs éléments : l'islamisation de l'AKP, la politique néo-ottomane dans l'étranger proche, la hantise des Kurdes syriens, la proposition de naturalisation de millions de réfugiés syriens...

Eric83 01/11/2016 20:20

"Il est vraiment difficile de savoir sur quel pied danse Erdogan, il donne l'impression de jouer un double jeu avec tout le monde".

Cela s'explique "simplement". Erdogan fait partie des pervers-narcissiques ou autrement nommés manipulateurs destructeurs, comme nombre de dirigeants politiques. ( Killary par exemple ).

Un des traits marquants et visibles est justement celui que vous mentionnez, ils jouent des doubles-jeux en permanence selon leur seul intérêt personnel du moment. Ils peuvent s'associer avec quelqu'un aujourd'hui pour le trahir demain car cela n'a aucune importance du moment qu'ils contrôlent et gardent leur pouvoir.

Un des autres traits aussi marquent et visible est la victimisation, très utilisée par Erdogan comme par Killary, alors que leurs manipulations destructrices provoquent les conséquences dont ils se plaignent d'être les victimes.

Le problème, c'est qu'il est très difficile de se sortir de leur emprise à titre individuel alors lorsqu'ils occupent un poste de sultan, de ministre ou de président, le problème devient un énorme problème pour tous les citoyens. Si vous en avez déjà eu affaire à un/une PN, vous savez ce qu'il en est.

Observatus geopoliticus 01/11/2016 18:33

C'est une toupie folle, incapable de s'arrêter. Je suis retombé sur des articles de la fin des années 2000 : "amitié éternelle" avec Assad, "rupture définitive" avec Israël, symbiose avec Moscou... Amusant.

Ady85 01/11/2016 17:12

Comment analysez la demande de l'armée Russe de reprendre les bombardements sur Alep est et le refus de Poutine à cette demande ?

Je trouve que la prise d'Alep est est tout de même assez longue. Est-ce volontaire ? En partie volontaire ?

Grognard 03/11/2016 18:32

@ Ady85 bonsoir,

Je m'aperçois que ma réponse était incomplète.
Un des B A BA de la "stratégie" consiste à créer une sorte de point de fixation qui a pour but d'attirer des forces de l'adversaire pour ensuite l'empêcher de disposer des forces en question pour renforcer les troupes qui subiront l'attaque principale.

Il n'est pas interdit de penser que c'est l'option choisie par l'état-major russe.
Ce qui n'exclut pas que cela permette au gvt russe de se donner les gants.
Après tout ce serait, à mes yeux tout du moins, bien joué.
En effet qui arme les barbus d'Alep si ce n'est ceux qui les combattent à Mossoul?

"Simple et de bon goût".

Grognard 02/11/2016 00:47

Je n'en sais pas plus que vous bien qu'il y ai des motifs purement militaires.
Ce qui m'a le plus surpris c'est que l'information au fuitée comme on dit.
Je ne pense pas qu'il y ai la moindre dissonance entre Poutine, Choïgou et Guérassimov.

Observatus geopoliticus 01/11/2016 23:50

Bonsoir à tous !
Il est clair qu'Alep ne sera pas libérée du jour au lendemain, même si les barbus sont quand même bien moins nombreux que les Soviets de Stalingrad.
Ce qui est intéressant dans l'offensive djihadiste à l'ouest de la ville, c'est qu'ils ont mis le paquet, rameutant le ban et l'arrière-ban de leur province d'Idlib, la seule qu'ils tiennent encore. Pour rien, puisque leur offensive patine... C'était un quitte ou double risqué et, s'il est trop tôt pour dire qu'il est perdu, il est quand même mal barré.

Ouas 01/11/2016 23:47

Quelque chose me dit que russes et syriens attendent de voir comment les anglo-saxons et leurs alliés irakiens vont s'y prendre pour "libérer" Mossoul. Peut-être que les deux villes seront prises d'assaut concomitamment, Mossoul couvrira Alep, médiatiquement et diplomatiquement s'entend

Kevin 01/11/2016 22:42

Donc on a toutes les raisons de croire qu'Alep ne sera pas une promenade de santé non plus. Les allemands avaient pourtant la maitrise totale du ciel, comme l'armée d'Assad aujourd'hui. Les soldats russes se battaient jusqu'à la mort, car s'ils se rendaient, ils finissaient dans les camps de concentration, et s'ils essaient de fuir, ils étaient abattus par leur propre officiers. Les djihadistes "modérés" d'Alep, eux, se battront jusqu'à la mort pour bénéficier des 70 vierges au paradis...

Hamilcar barca 01/11/2016 21:50

@ Kevin

Bonsoir Kevin,

Tout à fait d'accord avec vous. Les combats urbains de la WWII ont bien montré que, dès qu'une ville était réduite à un champ de ruines du fait de l'artillerie et/ ou des bombardements aériens, ce type de terrain bouleversé offrait un avantage indéniable à la défense.
Cela avait été à Stalingrad (2.2M habitants à l'époque) une des erreurs majeures des Allemands, qui pensaient avoir écrasé la défense russe par leur aviation, et en 44 Montgomery devant Caen avait refait la même bévue. Quant à la prise de Berlin par une Armée Rouge bien supérieure en nombre et matériels aux débris de la Wehrmacht et des SS, tout le monde sait que cela n'a pas été une promenade de santé.

Bien cordialement

Kevin 01/11/2016 19:04

Lors des batailles de ville, lorsqu'il n'y a pas une force sur le terrain qui a un énorme avantage numérique ou technologique sur l'autre, les combats peuvent durer des mois: 2 exemples: Paschaendale, un minuscule village en Belgique a vu en 1917 les britanniques et les allemands se massacrer durant des mois, faisant des centaines de milliers de morts. En 1943 à Stalingrad, une ville sans doute pas plus grande qu'Alep, la bataille a aussi duré de long mois et les morts se comptaient par millions...

Observatus geopoliticus 01/11/2016 18:31

En fait, ce sont les bombardements sur Alep-est qui ont été stoppés, pas ceux sur l'arrière-pays à l'ouest d'Alep.
Coût diplomatique trop grand, relative inefficacité (l'enclave est à prendre en mettant les bottes sur le terrain), pause afin de diviser les barbus... Beaucoup d'explications possibles et valables.

zinou Djelloul 01/11/2016 17:11

Les irakiens recuperent ce qu'ils ont perdu mais ce qu'il y a lieu de comprendre c est que ce sont les brigades chiites réputées pour leur extrême violence. Surtout que le nord abrite pour la plupart des Sunnites honnis par le regime de Baghdad , chiites a 100 pour cent. Des exactions ont ete signalees dans d autres localités libérées contre des populations Sunnites. Tout ceci explique l agitation Turque et Saoudite qui font que défendre, un tant soi peu , ces populations qui risquent d être exterminées et répandre la doctrine Iranienne dans ces vastes étendues

Observatus geopoliticus 01/11/2016 18:29

Sortez de la propagande saoudienne... Si certaines milices chiites ne sont pas des enfants de choeur, il n'y a jamais eu aucune "extermination", seulement fantasmée dans les salons dorés de Riyad. Par contre, des exactions dans certaines villes, des expulsions, des meurtres, oui.

florian 01/11/2016 17:06

http://www.yenisafak.com/en/world/turkey-russia-sign-landmark-agreement-on-syria-2556332

que penser de cette info d'un journal turc qui ne me plait guerre ?

Observatus geopoliticus 01/11/2016 23:59

Poutine nous préparerait un petit quelque chose de derrière les fagots que je ne serais pas étonné... D'autant que la flottille arrive très bientôt pour renforcer la bulle d'exclusion aérienne (sans compter les avions supplémentaires).
Ceci dit, des bombardements dans un périmètre de combat très serré ne servent pas à grand chose. Il se peut d'ailleurs qu'un avion syrien ait bombardé par erreur ses propres soldats il y a quelques jours. Par contre, les Sukhois ont bien arrosé Khan Touran et alentours.
Quelques légères divergences (sort des Kurdes ?) entre Assad et Moscou ne sont pas non plus à exclure.
Bref, on en saura plus ces prochains jours, mais la thèse de ce tabloïd turc est à oublier.

florian 01/11/2016 20:47

j'ai ris aussi à la première lecture, puis j'ai vu que c’était pris au sérieux par certains, puis j'ai vu que les russes ne bombardent pas cette nouvelle offensive, puis j'ai vu que les turcs rendaient visite aux russes aujourd'hui, puis je me suis mis à avoir un léger doute. Meme si je continue de ne pas y croire, j'aimerai comprendre pourquoi les russes ne bombardent plus, pour ce qui est de la partie est de la ville je comprend, mais ils ne bombardent pas non plus l'offensive jihadiste, seul l'aviation syrienne s'en charge, pour quelle raison ?

Observatus geopoliticus 01/11/2016 18:24

Ca m'a fait rire et j'ai très vite arrêté la lecture quand j'ai "appris" que Damas allait donner Alep à Erdogan. LOL