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Chroniques du Grand jeu

Deir ez-Zoor

18 Septembre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

Deir ez-Zoor

La poussière retombe peu à peu sur Deir ez-Zoor, les langues se délient, l'image devient (légèrement) plus nette. En cette période de rentrée scolaire, rendons hommage à nos chères têtes blondes en suivant dans ce billet l'indémodable plan causes-conséquences.

Que s'est-il passé ?

Ce blog n'a jamais prétendu détenir la vérité révélée, particulièrement mal venue dans l'analyse de la chose géopolitique. Aussi présentons-nous toutes les hypothèses, de la moins plausible à la plus crédible :

  • Acte délibéré de Washington. Peu probable.

L'administration Obama s'est platement excusée : "Les Etats-Unis ont fait part de leur regret par le biais de la Russie [Washington et Damas n'ont pas de contact direct, ndlr] pour la perte de vies au sein des forces armées syriennes". Le Centcom va plus loin : "Les forces de la coalition pensaient qu’elles frappaient une position de combat de l’EI, qu’elles suivaient depuis un certain temps avant le bombardement. La coalition ne ciblerait jamais intentionnellement une unité militaire syrienne."

Certes, il y a le précédent de l'ambassade chinoise de Belgrade en 1999. Les serviles excuses de Bill Clinton n'avaient pas chassé les suspicions. Et de façon générale, les déclarations des autorités US ne doivent jamais être prises à la lettre, c'est le moins que l'on puisse dire... Mais ici, quel intérêt auraient eu les Etats-Unis à bombarder ce bataillon syrien sur un théâtre d'opération très secondaire, loin des rebelles modérément modérés, loin de tout noeud stratégique ? Barack à frites s'est toujours gardé d'attaquer l'armée syrienne, même au plus fort de la tension, en 2013, et il le ferait maintenant, devant les yeux du monde entier, pour en faire profiter Daech, la bête noire de l'opinion mondiale ? Cette thèse tient difficilement debout et c'est un euphémisme...

Alors évidemment, les Russes sont dans un fauteuil. Maria Zakharova : "Nous arrivons à une conclusion terrible pour le monde : la Maison Blanche défend l'Etat Islamique". Qui peut jeter la pierre à la Russie, diabolisée depuis des années par l'appareil médiatico-politique de l'empire ? Juste retour à l'envoyeur, mais qui ne doit peut-être pas nous tromper sur la réalité de l'événement.

  • Règlement de compte à OK Corral ou désobéissance à l'intérieur de la hiérarchie US. Possible.

Voilà une hypothèse que vous ne retrouverez jamais dans les médias officiels et qui est pourtant tout à fait pertinente. Ce blog a maintes fois montré à quel point le pouvoir américain est divisé, éclaté. CIA et Pentagone se battent par groupe syrien interposé, des fonctionnaires du Département d'Etat entrent en fronde et Obama est baloté entre les néo-cons et les réalistes. Le Centcom lui-même est extrêmement tiraillé, cinquante analystes du centre de commande déclarant l'année dernière que leurs rapports sur le danger djihadiste en Syrie ont été occultés ou caviardés. L'empire n'a plus réellement de tête, c'est une gorgone.

L'on sait que certains au Pentagone ont accepté du bout des lèvres le cessez-le-feu russo-américain de la semaine dernière, que les néo-cons sont furieux tandis que la CIA reste silencieuse mais n'en pense pas moins. Est-il aberrant d'imaginer qu'un maillon de la chaîne de commande est sorti des clous afin de forcer la main du gouvernement ? Après tout, ça ne serait pas la première fois... En 1999, le bombardement déjà cité de l'ambassade chinoise de Belgrade fut apparemment le fait de "coordonnées erronées" fournies par la CIA. Plus près de nous, lors de son rabibochage avec Poutine, Erdogan a expliqué l'incident du Sukhoi par la désobéissance du général turc d'Incirlik, proche de l'OTAN et d'ailleurs arrêté après la tentative de putsch. Bien sûr, il est déconseillé de croire le sultan sur parole, mais on ne peut exclure qu'il ait dit la vérité pour le coup.

L'incident intervient deux jours avant la possible mise en place d'une coordination russo-américaine prévue par l'accord de cessez-le-feu. On aurait voulu torpiller ce projet qu'on ne s'y serait pas pris autrement... C'est d'ailleurs ce qu'a fait remarquer l'envoyé russe aux Nations-Unies, relevant la bizarrerie de l'intervention US dans une zone où ils n'avaient jamais rien bombardé auparavant. Le bombardement de Deir ez-Zoor est-il une tentative dangereuse et désespérée des faucons visant à faire dérailler une coopération entre les deux grands contre les djihadistes ? Plausible. Il serait par contre ahurissant de voir le couple Kerry-Obama saboter l'accord qu'il a lui-même signé il y a quelques jours.

  • Erreur. Possible.

L'aviation américaine a une telle expérience de bavures et bourdes en tout genre qu'une erreur de bonne foi est tout sauf impossible. Irak, Afghanistan... les friendly fire sont légion (les Britanniques en savent quelque chose !) En Syrie même, l'USAF a bombardé à plusieurs reprises ses propres milices.

Le ton des excuses américaines va dans ce sens ainsi que l'explication du Centcom : "Le bombardement a été immédiatement arrêté quand la coalition a été informée par des responsables russes que les cibles appartenaient peut-être à l'armée syrienne". Chose intéressante, le ton de la presse du système est également gêné, presque repentant, semblant donner, une fois n'est pas coutume, raison à Moscou et Damas qui se déchaînent en accusations. CNN, BBC, l'imMonde, Al Jazeera, Fox News... si penauds soudain.

Quelles sont les conséquences ?

Les Russes sont furieux et le font savoir. Les oreilles sifflent à Washington... Accusations ouvertes de soutenir l'EI, moqueries mordantes, explications exigées sur un ton que la Maison Blanche a rarement entendu, convocation d'une session extraordinaire du Conseil de sécurité de l'ONU la nuit dernière. A cette occasion, la pimbêche de service, l'inénarrable Samantha Power n'a pu s'empêcher d'ironiser sur le "numéro de Moscou". La réponse ne s'est pas faite attendre. La belle Maria, encore une fois : "Chère Samantha, je vous conseille un petit voyage en Syrie pour connaître la signification du mot "honte". Parlez avec les habitants. Pas avec les gens d'Al Nosra ni les dissidents syriens vivant en Occident, mais avec les gens qui vivent dans ce pays touché depuis six ans par une sanglante guerre avec la participation active de Washington. Si vous voulez, nous irons ensemble, je paye le voyage. N'ayez pas peur, avec moi personne ne vous fera du mal, à moins bien sûr que vos compatriotes ne commettent un nouveau bombardement "accidentel". Il vous en restera un bon souvenir et, de plus, vous apprendrez ce que veut dire le mot honte". Pan, sur le bec...

Au-delà des mots, cet incident place les Etats-Unis en position très délicate. Moscou peut désormais tout à fait publier les termes de l'accord de cessez-le-feu que Washington cherche tant à cacher, car vraisemblablement favorable au 3+1. Ou simplement le considérer comme nul et non avenu puisque les djihadistes modérés ne le respectent globalement pas (responsabilité US) et qu'en plus les Américains bombardent une armée souveraine en train de combattre l'EI, ce qui, en termes de relations publiques, est désastreux. Dans tous les cas, la légitimité des Etats-Unis en a pris un sérieux coup et leur marge de manœuvre s'est considérablement amoindrie. Le Kremlin joue maintenant sur du velours et je vois bien les Russes exiger sans cesse plus et les Américains reculer à mesure.

Sur le terrain, la reprise des hostilités est déjà là. L'armée syrienne, qui a d'ailleurs tiré sur un drone US à Deir ez-Zoor, relance une offensive partielle dans le sud d'Alep. Le cessez-le-feu est au bord de l'implosion et les Américains, humiliés en plus par leurs "alliés modérés", ne semblent plus être en position d'influer réellement sur les événements. Triste fin de règne pour Barack à frites...

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Silk 22/09/2016 21:23

Nous avons fait un travail reprenant un article de l'orient le jour ainsi que nos propres arguments concernant le bombardement.
Nous arrivons à la conclusion que le bombardement délibéré serait au contraire la piste privilégiée :
https://blogs.mediapart.fr/pascal-eychart/blog/210916/en-syrie-cest-complique
https://blogs.mediapart.fr/jpm2/blog/220916/la-coalition-occidentale-prete-ses-avions-daech
Basé sur l'analyse de
http://www.lorientlejour.com/article/1007902/maintenir-lei-a-deir-ez-zor-pour-une-victoire-a-mossoul.html
Votre avis ?

Pendule de Newton 19/09/2016 20:21

Observatus
J'adore la photo du billet, joli montage de très bon goùt et qui reflète l'hystérie saupoudré d'un soupçon de pied d'argile rongé par ses propres hérésie...

Observatus geopoliticus 23/09/2016 22:10

Merci, Pendule. Mais le montage n'est pas de moi ; on trouve des choses très amusantes sur le net...

germaine 19/09/2016 18:10

Les avions ont poussé la barbarie jusqu’à abattre les soldats syriens blessés avec des mitrailleuses.Aussitôt après le raid aérien, les djihadistes sont partis à l’assaut des positions des militaires syriens.« Daech a attaqué nos positions, nos soldats ont été capturés. J’ai eu l’impression qu’il y avait un accord entre les Etats-Unis et Daech. " Témoignage d'un rescapé selon la television syrienne !!!

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:24

En tout cas, l'armée syrienne ne s'est pas laissé démonter et a repris les positions perdues.

Grognard 19/09/2016 16:15

Il est à noter les réactions rapides des gvt anglais, australien, et danois dans la reconnaissance de leur participation au raid.
Cherchent-ils à éteindre préventivement un incendie via les réseaux sociaux?
Affaire à suivre selon moi.

Ensuite les élections législatives russe sont terminées.
Russie Unie détient la majorité des sièges.
V.Poutine est donc conforté.
A suivre également.
Il faut aussi avoir à l'esprit que l'engagement russe est planifié dans une enveloppe budgétaire que le gvt n'a pas l'intention de dépasser si je me fie à des articles publiés sur le site du Saker.

N'oublions jamais que le volet militaire n'est qu'une facette de ce qui se joue.
Il y a des conditions liées à l'économie qui si elles n'occupent pas le devant de la scène ont un impact majeur sur les différents théâtres économiques, militaires et diplomatiques.

Je suis également réservé quant à la position chinoise.
Ils n'oublieront certainement pas le conseil de Sun Tsu: "Dans un combat de marionnettes le marionnettiste ne doit pas descendre dans l'arène".

Actuellement c'est peut-être Sergueï Lavrov qui est à la manoeuvre.
Tout bon négociateur sait, qu'un des moyens d'obliger un adversaire à modifier sa façon de jouer c'est de dénoncer ou dévoiler, comme vous voudrez ses méthodes.
Hors si l'on lit attentivement les différentes déclarations russes, si elles vont dans le même sens ; elles ont en commun de mettre en porte à faux les différentes "naratives" US.

Le coup tordu en réaction serait de faire parvenir de l'armement aux Houtis.
Une façon indirecte de taper sur le bailleur de fond.

@ Laissez donc les P-8A Poseidon se balader au moins tant que les russe n'auront pas décortiquer toutes leurs capacités.
Vous savez un bon moyen de désinformer un adversaire est de lui laisser collecter des informations destinées à devenir caduques. Autrement dit à se tromper lui même.

Comme disait l'Empereur:"On ne peut pas être le plus fort partout. Il faut être le plus fort là où se joue la bataille".

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:21

Je rebondis sur un point de votre excellente analyse. Le budget alloué à l'opération syrienne est de 3 millions de dollars par jour, ce qui est tout à fait raisonnable. D'autant plus que c'est plus que largement compensé par les ventes d'armes russes qui ont augmenté exponentiellement depuis l'opération en Syrie.

simplet 19/09/2016 16:03

Constat dur parce que parfaitement réaliste et belle analyse en découlant. Chapeau.
Plusieurs options, toutes aussi probables les unes que les autres

Comme formulé précédemment le boxon évolue vers le méga boxon.
Les clefs ne sont pas sur le terrain, mais qui les tient réellement ?
Bien que très agitées dans la politique intérieure des cowboys, ils ne les ont manifestement pas.
Et on n’est pas loin du coup d’état militaire. Surtout si Donaldo est élu…

Le conducatore de la Grande Porte pas plus. Il est mort de trouille et a dû trouver le moyen de s’abriter en faisant allégeance au Tsar. Au passage, cela indique sa confiance dans la puissance de l’OTAN.
Situation assez comique. Le plus important pilier oriental de l’OTAN protégé par les Russes.

Ne parlons pas des pâles alliés de l’empire. Heureux qu’ils soient d’avoir un gps pour situer la Syrie !

Putine est en fait ravi de la situation et de son évolution.
- Il améliore l’image de la Russie (aussi efficace qu’un abonnement de 10 ans chez Sputnik et RT réunis).
- Il fortifie sa propre image de légalité et d’homme de paix face au chaos génocidaire créé par les occidentaux, en tous cas vus par les victimes berbères du coin. Surtout ceux qui sont sous les bombes us. Très important pour sa poursuite de « sage incontournable » au moyen orient. Apprécié autant pas les sunnites que shiites et baasistes.
- Appréciation prépondérante dans l’union eurasiatique.
- Desserrement stratégique contraint de l’étau OTAN. Vu bientôt l’installation définitive de S 500. Un comble ! Un Cuba réussi cette fois. Contrôle de toutes les trajectoires d’attaque méditerranéen de Suez, mer Rouge et océan Indien. Gros coup de main à l’Iran. Echecs des puissances thalassiques. Qui dit mieux ?
- Cela devrait aussi mener l’opinion, plus tard, à considérer autrement le dossier ukrainien.
- Il doit avoir encore en stock quelques coups malicieux à jouer face à des adversaires aussi piètres.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:17

Dans votre excellent message, je retiens le constat suivant : "Le plus important pilier oriental de l’OTAN protégé par les Russes."
Avouez que la géopolitique nous offre de délicieux renversements...

Eric83 19/09/2016 16:01

Au vu du renversement de situation en Syrie en une année depuis et grâce à l'intervention russe, je ne partage pas du tout les commentaires sur la soi-disant faiblesse russe. La partie d'échecs est de plus en plus tendue car les US ont sacrifié des pièces sans contrepartie, ce qui est fort déroutant car sauf erreur "d'enthousiasme" ou de "négligence" des russes, la partie est perdue. Dans ce contexte, la prise de recul des russes est d'autant plus nécessaire. Jusque présent, les russes maîtrisent la partie, attendons leur prochain coup.
Je joins la vidéo "surréaliste" de Samatha Power à l'ONU. Mon niveau d'anglais n'est pas très bon mais il est suffisant pour comprendre la tentative de manipulation grossière et déplacée pour dévier l'attention des médias et du public du sujet réel, présent et grave qui est une attaque militaire par l'USAF de l'armée de l'Etat syrien en Syrie livrant bataille à l'EI.
http://webtv.un.org/watch/samantha-power-usa-on-syria-security-council-media-stakeout-17-september-2016/5130062236001

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:15

Tout à fait d'accord avec vous, cher Eric. Même la presse de l'empire se plaint de la chute américaine au Moyen-Orient et de la montée en puissance russe : https://www.washingtonpost.com/opinions/global-opinions/in-syria-putin-has-the-upper-hand/2016/09/18/1aa8b504-7b52-11e6-beac-57a4a412e93a_story.html?utm_term=.1b0265c2320d

theuric 19/09/2016 15:37

En vrai, ce qui m'inquiète le plus c'est cet affaiblissement continuel des U.S.A..
Certes, je peux gloser sur l'empire, lancer quelques blagues sur lui, en faire preuve d’ironie, mais, en réalité, le développement continuel en un accroissement quasiment exponentiel de ses faiblesses déstabilise plus que nous pourrions le croire autant les populations que leur gouvernement, mondiaux, certes, mais surtout dans l'ouest-eurasiatique et un peu au-delà.
Avec au premier chef, les pays européens, cette déstabilisation nous mène à un affolement et/ou à un aveuglement faisant que quasiment toutes les approches et décisions prises, à tous les niveaux, se révèlent le plus souvent en une totale inadéquation d'avec la réalité des événements, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, ces réactions se révèlent même le plus souvent néfastes.
Comprenons bien ce processus, parce que cet affolement va s’amplifier au-delà de l'imaginable (enfin pas tant que ça puisque j'écris cela) dès que cette indigence impériale croissante deviendra évidente pour tous.
N'oublions pas qu'à son époque, les années 60,, Jacques Brel chanta que: "Madeleine est son Amérique à lui", ce qui, symboliquement, l'artiste véritable qu'il était avait su exprimé.
A tord ou à raison, pour les européens, les États-Unis-d'Amérique représentent l’Éden sur Terre, d'autant plus à la suite de la disparition de l'Union-Soviétique, ainsi que la paix perpétuelle, mais, de plus, ils représentent inconsciemment le retour de l'empire romain par sa pax américana et sa domination censément confraternelle (mon œil).
La disparition des Etasunis, réelle ou seulement crainte, va faire monter, toujours inconsciemment, en Europe, au Maghreb et au Machrek, mais surtout en Europe, la crainte en de vieux démons qui n'étaient refoulés que depuis peu, qu'il puissent se réveiller ou pas, la question ici n'étant pas là..
Le temps de mémoire des sociétés n'étant pas la même que celle d'une personne, l'inconscient social n'étant pas de même constitution que celui d'une personnalité, je comprends parfaitement que l'on ne puisse inscrire comme décrivant une réalité ce que je viens d'écrire.
Songez toutefois que des questions comme le foulard islamique et le burkini peuvent aussi s'inscrire comme la remonté très anciennes des peurs de nos ancêtres pour les barbares germaniques lors de ce qui est appelé les grandes invasions, voir même des remontés arabes dans le royaume Franc, enfin, plutôt mauresques à l'époque, jusqu'en 732 après la bataille de Poitiers.
N'oublions pas que le nom de notre pays, la France, vient du nom de ce peuple germain, les francs saliques, et que les allemands l'appelle Frankreich, soit le royaume franc, faits qui, ma foi, me plonge dans de délicieuses réflexions.
Enfin, réfléchissons à cette étrange similitude entre une Byzance qui sut, à l'époque, prendre la continuité de Rome lorsque l'empire romain d'occident disparut dans les méandres du haut moyen-âge, et la monté en puissance de la Russie, se considérant toujours gardienne de l'orthodoxie chrétienne, au même rythme que l'empire U.S. s'altère, se consume et, à mon sens, s'éteint.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:12

Ta ta ta, pas de burkini ici, mon cher Theuric, s'il vous plaît, d'autant plus que l'explication est peut-être bien plus simple qu'une supposée phobie...
Vous sentez très bien, je pense, le changement de paradigme devant lequel se trouve l'Europe, endormie et irresponsable depuis 1945. La belle au bois dormant se réveille, ouvre les yeux sur le monde et va devoir sortir de sa torpeur pour redevenir responsable de son destin. Effrayant pour cette petite vieille habituée à être bordée par tonton Sam depuis des décennies.

theuric 19/09/2016 17:32

J'oubliais le retour du catholicisme me semblant logique qui pourrait se révéler très social, socialisant, voire socialiste dans le premier sens de ce terme, idée qui m'amuse beaucoup.

theuric 19/09/2016 17:28

Eszwal,
Intéressante, votre observation, en effet l'empire n'a eu, depuis des décennies, de cesse que de fragmenter les états-nations européens.
De fait, sa disparition ne pourra qu'entrainer la disparition de l'Union-Européenne et une déstabilisation des pays européens, même ceux n'étant pas entrés dans l'U.E..
J'émets en cela deux hypothèses de la façon avec laquelle cela se passera: celle d'une "rétrogression historique" et "l'étrange attraction des peuples pour leur inconscient social", dont vous trouverez les définitions ici :( http://nouvelhumanisme.hautetfort.com/archive/2016/09/16/troisiemes-aphorismes-et-quelques-billevesees-5848694.html#more ).
A mon sens et suivant ces deux hypothèses, nous devrions nous retrouver face à une exacerbation du nationalisme des peuples européens plutôt qu'à un délitement de leur pays et là, pour le coup, à une sorte de retour momentané de ce qui constituait l'Europe, de ce qu'il me semble, de la fin du XIX° siècle, vers les années 1880:1890, peut-être même un petit peu avant.
Avec, bien entendu, la conservation d'une bonne part des évolutions tant techniques, technologiques que scientifiques, voire philosophique, qui se développèrent depuis lors jusqu'à aujourd'hui.
Le problème, à mon sens, ne viendra pas, dans notre proche futur, du délitement des nations, mais bien plutôt d'une inflation du sentiment national et à un retour de certains présupposés racialistes nauséeux, ce qui est, en ce moment même, en train de monter sous des formes diverses.
Étant donné que c'est toujours celle de la frange de la société la plus fragile (quel qu'en soit le niveau social) que cela s'exprime au mieux et que ceux se trouvant au plus haut de la hiérarchie sociale font, quoi que nous puissions en dire, partis de la même société que ceux qu'ils gouvernent, et dans laquelle, naturellement ils vivent, quel que puisse être leurs utopies fantasmatiques ils ne peuvent en être que touchés d'une même manière.

Eszwal 19/09/2016 16:20

Les US font pression depuis 60 ans pour "casser" les nations européennes. Que va t"il se passer le jour ou ils se retireront ? tout dépend de l'état de délitement des dites nations. Plus d'industrie, plus de culture, immigrations massives etc..
Les US seront en déclin le jour ou ils n'auront plus le dollar comme monnaie de singe et c'est justement là ou la Russie et la Chine les attaquent. D'accord avec votre analyse sur la faiblesse des US : s'ils ne trouvent pas de solution ils seront de plus en plus enclin à utiliser la stratégie du chaos.

Eszwal 19/09/2016 14:31

Moi je pencherai pour la deuxième hypothèse. Surtout en considérant les derniers développement de l'affaire, qui montre bien la volonté d'attaquer et de détruire les troupes syriennes.
https://fr.sputniknews.com/international/201609191027813451-bombardement-armee-syrienne-coalition-temoignage/

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:06

C'est effectivement plausible. Il faudrait écrire un livre d'histoire sur les désobéissances des généraux ou des services de renseignement, on aurait des surprises. Ils constituent parfois un véritable Etat dans l'Etat...

masikab 19/09/2016 14:31

derniere minute: on apprend que meme les avions espoins amercains P-8A Poseidon commencent a se ballader comme chez eux au dessous des bases militaires russes en Syrie. S-400 quand tu nous tient!!!!

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:02

Non, il s'agit d'un vol comme les Russes le font aussi.

masikab 19/09/2016 14:24

Je viens de lire sur RI un article de Paul Craig Roberts qui fustige la naivete des Russes par rapport aux mensonges, promesses et accords avec les americains depuis la reunification allemande. Il se pose bcp questions. Je me les pose aussi. Et je ne comprends pas cette confiance "aveugle" des Russes envers les USA. Il est vrai que Poutine avait les cartes en mains en Syrie. Je pense qu'il ne les a plus. Regardez, il ya qlqs semaine aucun avion de la soi-disante coaltion occidentale ne se permettait de pointer son nez dans le ciel syrien. Maintenant, non seulement que ses avions se permettent de frapper (avec aisance) l'AAS mais aussi Erdogan se permet tout ce qu'il veut, couvert par l'OTAN (haha!!) et ses avions qui se terraient loin de la vue de la la Syrie commencent a s'y ballader. Et d'ailleurs, notre cher Sultan declare meme qu'avec ses amis de l'Armee Syrienne Libre il fera une offensive au Sud d'Alep pour chasser les "terroristes" (ah bon??). Quelqu'un peut m'expliquer qu'est ce se passe vraiment? Poutine joue-t-il le jeu? Ou plutot a-t-il une derniere tour magique dans sa poche? Est-il en train de perdre une bataille ? Pour moi la strategie des US est claire: ils vont pas lacher le morceau syrien et profiteront toujours de la naivete des Russes pour les leur "briser menu" comme le dirait Audiard.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 19:01

Mais non, mais non, Roberts se trompe. Poutine n'a aucune illusion sur les Etats-Unis et, en bon judoka, les laisse venir pour mieux les renverser. Jamais les Russes n'ont eu autant de cartes en main en Syrie. La rébellion est totalement décrédibilisée et même les Américains ne peuvent plus rien faire pour la sauver. Chaque cessez-le-feu permet de saucissonner le camp adverse et détacher ses alliés.
Le seul point à surveiller est effectivement l'incursion turque de l'imprévisible Erdogan. On a montré sur ce blog qu'elle est vraisemblablement la conséquence d'un accord avec Damas et Moscou, mais la vigilance reste de mise.

Eszwal 19/09/2016 15:13

la Russie et la Chine joue la solidité et surtout veulent pousser les US à montrer leur vrai visage. Ils ne tomberont pas dans le piège. Cela dit tout piétine en ce moment, et tactiquement ce sont les US qui marquent des points.
Je suis aussi perdu quant à Erdogan... Certains disent que Poutine laisserait faire car il a l'assurance que Turkishstream se fera. Mais je pense qu'il n'est pas né de la veille et qu'il doit surveiller le sultan de près...

Euclide 19/09/2016 12:46

Brillante analyse du créateur de ce site.
Ce qui est inquiétant dans ces évènements est de constater les échecs des States. Car si l'US Army s'effondre ( je parle de l'armée américaine en général) l'Europe va se retrouver en première ligne face à la déferlante islamique. Seul 2 pays peuvent répondre : la France et le Royaume Uni.
Wait and see.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:57

Merci, cher Euclide.
N'oubliez pas que depuis 1945, les Etats-Unis sont le meilleur allié de l'islamisme sunnite...

Loic 19/09/2016 12:14

Bonjour,

Je ne sais pas à quoi jouent les américains mais ils font décidement tout à l'envers. Depuis de nombreux mois, ils ont le cul entre plusieurs chaises et ne parviennent pas à tenir une quelconque cohérence dans leurs discours et leurs actions. Pour eux du coup, il faut :
- ménager la Turquie, ils ne peuvent pas se permettre de perdre un élément de l'OTAN à l'heure où il y a déjà de nombreuses fissures dans le monde occidental.
- ménager l'allié saoudien de plus en plus encombrant lui aussi
- soutenir les kurdes, les YPG, la seule entité qui a été véritablement efficace dans la lutte contre Daesh mais les turcs ne veulent bien sûr pas en entendre parler.
- trouver des compromis avec les russes parce que ce climat de mini guerre froide n'est bon pour personne et qu'il y a en parallèle toujours le différend ukrainien à solder.
- continuer à pousser Assad vers la sortie pour pas perdre la face.
Perdre la face c'est déjà fait de toute façon, les américains n'arrivent de toute façon même pas à se mettre d'accord entre eux, l'intervention turque a déjà fait éclater au grand jour ces contradictions, maintenant ça ne cesse de prendre de l'ampleur. L'article précédent juste avant l'incident l'évoquait, le divorce entre la coalition et les ex-rebelles modérés ne semble plus très loin. En même temps comment faire autrement, l'ASL est devenue irrécupérable.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:55

Bonjour Loïc,
je ne suis pas tout à fait d'accord avec tout ce que vous dites (par exemple sur l'Ukraine où les Américains n'ont aucun envie de solder quoi que ce soit) mais vous posez le doigt sur deux points importants, régulièrement abordés sur ce blog.
1. A mesure que l'empire reflue, les alliances totalement contradictoires sur lequel il se basait apparaissent au grand jour.
2. L'empire est pleinement entré dans l'ère du virtuel, où la communication guerrière devient aussi importante que la guerre elle-même et tend même à la remplacer. D'où cette obsession de ne pas perdre la face.

Hamilcar Barca 19/09/2016 11:53

Bonjour à tous
Excellente analyse fouillée que j'ai lue avec un grand intérêt.
J'ajouterai seulement ceci, même s'il n'y a pas une relation directe avec "the Deir ez-Zoor incident".
La lecture régulière de revues anglo-saxonnes d'aviation militaire m'a montré qu'il y avait une fracture nette au sein du Pentagone et des différents état-majors - sauf pour l'US Army où je n'ai pas d'information - entre les généraux/amiraux "de bureau", tenants néocons d'une fuite en avant technologique, coûteuse et hasardeuse (voir le cas du F-35) et des généraux/ amiraux en prise sur les réalités du terrain.
Ces derniers ont l'oreille de nombreux congressmen (voir l'affaire du sort de l'A-10 "Warthog") et s'indignent de la perte d'efficacité des forces armées US due à l'obsolescence des matériels existants et à la non adéquation/ non disponibilité immédiate des matériels de remplacement ("the fighter gap", par exemple).
C'est de toute évidence à eux que Trump s'est adressé récemment, lors de son intervention devant la Garde nationale.
Maintenant, je ne me risquerais pas à imaginer que ces "centurions" auraient pu organiser une bavure histoire de déconsidérer les "prétoriens" de Washington.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:49

Bonjour Hamilcar.
Vous avez tout a fait raison et j'en parlais déjà l'année dernière. Ce qui m'avait mis la puce à l'oreille, c'est la véritable fronde d'une partie des officiers et des simples soldats en 2013 lorsqu'il était question de bombarder Assad. Une vague de photos était apparue sur internet de militaires affichant une pancarte : "Je n'irai pas combattre pour Al Qaeda en Syrie".

Furax 19/09/2016 08:46

La bonne hypothèse paraît à l'évidence devoir être la deuxième, celle d'une division au sein du pouvoir US avec la faction la plus extrémiste des bellicistes qui pousse à l'escalade.

L'élément qui plaide fortement en ce sens, c'est la coordination avec les troupes de l'Etat Islamique qui ont contre-attaqué en direction de Deir ez Zor quasi-simultanément avec le bombardement "accidentel".

Ce qui est le vrai "accident", c'est qu'Obama ne maîtrise plus ni le Centcom ni même le Pentagone. Il préfère jouer au golf, faire campagne pour l'inéligibilité Hitlery, et faire ratifier le partenariat tyrans-pacifique dans le cadre de son pivot vers l'Asie.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:46

Cela pose le problème du rôle réel d'un président US. Il y a soixante ans déjà, Eisenhower soulevait la question.

Charles Michael 19/09/2016 06:13

En l'absence de toute certitude, je n'ai pas de jugement définitif pour choisir une de ces 3 possibilités.
je penche pour un compromis formulé ainsi:

C'est une erreur en toute mauvaise foi.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:44

Ha ha, pas mal. Plus sérieusement, la mauvaise foi US étant ce qu'elle est, il est impossible de savoir s'ils disent ce qu'ils pensent, ne disent pas ce qu'ils pensent, disent ce qu'ils ne pensent pas ou ne disent pas ce qu'ils ne pensent pas.

Anonymus 19/09/2016 03:54

le bombardement "n'était pas intentionnel" il faut oser un tel argument.Les morts ne sont pas non plus des volontaires...

Cosinus 19/09/2016 03:28

Franchement, une erreur ? C'est indigne à l'intelligence humaine. Une erreur de tir !! Il y a quelques mois, c'était une erreur de largage qui a permis aux terroristes de récupérer armes et munitions.
Tout le monde se rend compte que les terroristes ont un soutien par des états siégeant à l'ONU.. C'est pathétique..!!!

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:43

Quand ils bombardaient des soldats british ou leurs propres milices syriennes, c'était voulu aussi ?

iznogoud 19/09/2016 03:13

Une erreur à $250.000 la bombe et $70.000 l'heure de vol en F16, avec des bombes qui frappent au centimètre près.
Crédible !!

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:42

Ils ont déjà perdu des dizaines de millions de dollars en bombes et en heures de vol quand ils bombardaient les soldats britanniques en Irak, l'armée afghane ou leurs propres milices en Syrie... Ca ne prouve pas que ce fût le cas cette fois-ci mais ça montre que c'est possible.
Par ailleurs, il faut arrêter avec le mythe de la technologie ultra-performante. Aucun avion, aucun missile ne frappe au centimètre près.

Grognard 18/09/2016 23:34

Observatus geopoliticus,

Espérons que vous ayez raison.
Tout ce qui peut amener Washington à ne plus jouer les gâte-sauce est bienvenu.

En attendant Maria Zakharova s'en est donné à coeur joie semble-t-il.
Entre nous elle l'a bien mérité.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:39

Il est vrai que la partie russe a vengé des années de dénigrement systématique. Ah mes aïeux, ça faisait longtemps que les oreilles américaines n'avaient pas autant sifflé...

Ady85 18/09/2016 23:14

Merci pour cet article ! :)

Et en plus , l'EI qui frappe dans le Minnessotta...décidément !

Zuglub 18/09/2016 22:57

Excellent article, plus encore que d'ordinaire. Vous lire est toujours aussi plaisant et rafraîchissant, cher Observatus.

Observatus geopoliticus 19/09/2016 18:38

Merci, cher lecteur, c'est un plaisir.