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Chroniques du Grand jeu

Ca se gâte en Syrie

14 Avril 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

Ca se gâte en Syrie

Un mois après le vrai-faux retrait russe et six semaines après la trêve qui avait étonnamment plutôt bien fonctionné, les choses semblent dégénérer à nouveau en Syrie.

Erdogan a-t-il lâché Daech pour Al Qaeda ?

La prise d'al-Raï à la frontière syro-turque par les "rebelles" syriens sur l'EI avec l'aide de l'artillerie turque est peut-être un tournant dans la politique du sultan, marquant sa rupture définitive avec le bébé daéchique qu'il a nourri au sein pendant tant d'années. Qui sont donc ces fameux rebelles que les canons ottomans ont aidés ? Al Qaeda et ses affiliés, tout simplement...

Erdogan a utilisé Daech jusqu'à la corde. Il semble désormais jeter son encombrant allié pour s'appuyer sur plus "présentable" afin d'empêcher la réalisation de son cauchemar : la jonction entre les deux parties kurdes le long de la frontière turque et la fermeture de ce fameux corridor entre Azaz et Jarablus dont nous parlons depuis des mois. Certes, Al Nosra (la branche locale d'Al Qaeda) et Ahrar al-Cham n'ont pas grand chose à envier à l'Etat Islamique, mais les chancelleries et médias occidentaux les appellent "rebelles modérés" depuis des années, alors pourquoi se gêner ? On comprend en tout cas mieux pourquoi Ankara a retiré Al Nosra de sa liste des organisations terroristes il y a dix jours...

Ca se gâte en Syrie

Schizophrénie irrémédiable des Américains ?

Washington et toutes ses agences continuent d'envoyer des signaux plus que contradictoires, ce qui n'est guère étonnant vu qu'elles se tirent dans les pattes. Alors que, dans un rare accès de franchise, Kerry loue le rôle constructif des Russes en Syrie, la CIA a livré 3 000 tonnes d'armes à Al Qaeda & Co ces dernières semaines et menace même de livrer des armes anti-aériennes à ses chers terroristes modérés si les pourparlers de paix échouent.

A se demander qui dirige vraiment les Etats-Unis... En 2012, Obama avait réussi à mettre son véto à un plan visant à renverser Assad. Résiste-t-il toujours autant à sa surpuissante agence de renseignement ? Pour ajouter à la confusion, le Congrès US pourrait remettre en cause le soutien aux YPG syriennes, pourtant principal candidat du Pentagone.

Hezbollah vs Al Qaeda

Les combats redoublent dans la région d'Alep où Al Nosra a déployé 10 000 combattants. Les copains d'Erdogan ont pour l'occasion abandonné plusieurs autres fronts, de toute façon gelés en raison de la trêve (erreur des Russes ?)

La lutte est acharnée entre le Hezbollah et Al Qaeda autour de la position stratégique d'Al-Eis, au confluent des provinces d'Alep et d'Idlib, la dernière tenue par la rébellion. Début avril, les djihadistes avaient pris le village et les nombreuses tentatives des forces loyalistes pour le reprendre ont, depuis, échoué.

Cette grossière violation du cessez-le-feu, qui ne concernait de toute façon pas Al Nosra, a peut-être entraîné la décision du régime et de ses alliés de lancer enfin la grande offensive pour encercler la grande ville du nord. Un centre d'opérations a été installé en ce sens, comprenant des représentants russes, syriens, iraniens et du Hezbollah, tandis que le commandant de l'opération a déjà été nommé.

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stephane 16/04/2016 09:46

je crois que vous n'avez pas tout compris
Poutine n'a commis aucune erreur et bien au contraire , est dans sa logique du droit international .
Une treve est signée grace a la diplomatie russo américaine
Poutine ne croit pas un seul instant a cette trêve , mais il joue le jeu.
Le Kremlin retire donc des hommes sur le front ou la trêve a été signée , pour en faire rentrer soit a la maison , soit pour les replier sur les autres fronts (palmyre , deir ezzor)
Le Kremlin a d'ailleurs annoncé que toute la région était sous surveillance des moyens humains et technologiques habituels a savoir récolte de renseignements via les forces pro régimes et les amis historiques kurdes , et via les drones et satellites.
Poutine va ensuite attendre sagement que la situation dégénère autour d'alep pour ensuite intervenir de facon massive

Poutine reprend a son compte le plan britannique "nid de frelons" : un plan britannique qui visait a se débarasser des islamistes de la terre en créant un conflit , pour les attirer tous dans ce conflit et les éliminer un par un"
Poutine laisse tranquillement les rebelles s'installer autour d'alep , et quand ceux ci vont commettre l'erreur de plonger dans le pot de confiture , poutine n'aura qu'a balancer quelques centaines de bombes pour les anéantir..j'ajoute quand meme que le chiffre de 10 000 combattants est largement sur estimé , le chiffre étant dix fois moindre , mais suffisant pour reprendre alep

Poutine n'étant plus présent militairement dans la région , personne ne pourra l'accuser d'interrompre la trêve: la faute en sera donné.. aux turcs qui ont continuer a armer les rebelles du front al nosra durant cette trêve
Kerry n'a d'autres choix que de louer l'action des russes , mais louer les russes c'est mettre les US échec et mat

Observatus geopoliticus 16/04/2016 12:43

Tout ça a été dit et redit depuis des semaines sur ce blog. Je crois que vous feriez bien de le lire plus attentivement...

Alx 15/04/2016 14:21

Bonjour,

Une question.
Qu'est-ce qui sépare Al-Nosra (i.e. Al Qaida) de l'EI au-delà d'une guerre des chefs, d'une guerre de personnes?

Pourquoi ces deux groupes ne s'allient-ils pas? Ils doivent avoir des points communs...

Si ma question semble naïve, c'est que je me demande vraiment pourquoi ne font-ils pas front commun.

sergio 16/04/2016 03:49

Votre question est au contraire tres pertinante, Al-Qaeda est une créature des Saoudiens,tant dit que l'EI est sponsorisé par les Qataris ...

Ymastachi 15/04/2016 14:54

Ils étaient alliés mais en 2014 je crois lorsque l'EIIL a proclamé le Califat, Al Qaïda a refusé la légitimité du Calife sous prétexte qu'il n'y a pas eu de consensus pour l'élire (donc c'est bien une guerre des chefs). De ce fait l'EI a attaqué Al-Qaïda et a perdu de ce fait le soutient de l'Arabie Saoudite.

Ensuite Al-Qaïda a commencé à dire qu'il était extrémiste et égaré (l'Hopital qui se moque de la charité...).

Mais le fond idéologique est le même (salafisme + djihadisme offensif + takfirisme).

Francois 15/04/2016 11:47

Désolé c'était une réponse au premier commentaire, pas un nouveau sujet

Francois 15/04/2016 11:46

Je ne suis pas sur qu’Erdogan soit vraiment la source du problème. Ce qui ronge les USA, et les pays européens c’est l’érosion du pouvoir centrale, le gouvernement n’est que symbolique, et gouverne en fonction des contraintes imposée par différents acteurs : multinationales, agences type cia, armée…
Du coup les pantins prennent le vent des décideurs et appliquent leurs décisions, ou quand ils ont une idée, ils demandent validation. Le pb c’est que les multinationales sont dirigées par des indicateurs boursiers courts termistes, donc sans vue globale ni de long terme.
L’érosion du pouvoir centrale est souvent une dynamique du déclin des empires. Prenez les dynasties françaises : les mérovingiens. Ils se taillent un énorme empire en europe, puis le divisent entre leurs rejetons, donnent des fiefs énormes à des vassaux totalement indépendants. Le territoire se couvre de forteresse, et le roi devient un pantin, puis un vassal très puissant (qui detient le pouvoir réel) le dépose tranquillement tout en douceur avec la bénédiction de tout le monde.
Voilà ou nous en sommes, nos vieux empires occidentaux faiblissent depuis 1945 et la décolonisation, de nouveaux empires puissants et dotés d’un pouvoir forts surgissent.
Nos élites vivent dans une sorte de monde artificiel bourrés d’indices boursiers, mais sont déconnectées du monde réel (s’ils n’ont pas de pain qu’ils mangent de la brioche comme dirait l’autre).
Et la chute d’un empire peut entrainer son renouveau : URSS corrompue, bureaucratique et inefficace, remplacée par une russie qui fait feu de tout bois.
Pour en revenir aux USA : ils soliloquent absurdement car les différentes puissance qui se disputent le gouvernail vont dans des directions différentes. Erdogan n’est qu’un déclencheur, pas une cause. Un pays uni avec la puissance des USA lui aurait mis une bonne fessée après la destruction du SU-24 et tout serait rentré dans l’ordre. Après la chute peut être plus ou moins lente, ou un leader peut reprendre le pays en main.

heuric 14/04/2016 23:21

Au-delà de la reprise de la guerre en Syrie, bien que la première idée que j'ai eu en lisant vos lignes fut: "Il risque d'y avoir des renversements d'alliance très étonnantes là-bas!", ce qui est à noter est le risque immense que Monsieur Erdogan fait courir aux U.S.A..
Avec un pouvoir exécutif affaiblit à tel point qu'il n'arrive plus à contenir les désaccords entre ses différentes administrations, c'est ce pays lui-même qui risque sa désintégration, d'en rajouter en terme de déstabilisation, Monsieur Erdogan met bien des choses auxquelles il tient en danger.
Nous vivons une période étrange où nous pouvons observer bien des acteurs de la scène internationale se mettre dans des situations, comment dire, entre le saugrenu, l'extravagance, l'inconséquence et le démentiel, pour ne pas dire, de tous point de vu, du déraisonnable au dangereux

Observatus geopoliticus 16/04/2016 12:41

C'était la politique israélienne jusqu'en 2013. Depuis, Tel Aviv s'est largement désolidarisé de cette position et, à tout prendre, ne serait pas contre un Assad affaibli restant au pouvoir.

Chris 16/04/2016 11:56

Erdogan "marche" avec la politique américano-israélienne dans le cas syrien : pas question qu'Assad reste au pouvoir après fait des pieds et des mains pour le déloger.
Erdogan est allé tellement loin qu'il n'a plus le choix : la fuite en avant. Pour l'instant, la fessée aux Européens semblent marcher du tonnerre...