Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Sykraine

10 Février 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Moyen-Orient

 

Depuis des années, les deux principaux théâtres d'opérations militaires du Grand jeu sont l'Ukraine et la Syrie. Adeptes des acronymes géographiques, les stratèges parlent depuis longtemps déjà d'AfPak et de Syrak. Peut-être pourrait-on également évoquer le Sykraine tant ces deux conflits, au-delà de leur éloignement géographique et leurs spécificités locales, contiennent les mêmes ingrédients : déstabilisation américaine, réaction russe, gaz... Et entre 2013 et 2016, un étonnant jeu de vases communiquant, la tension grimpant mécaniquement sur l'un des fronts quand elle s'apaisait (relativement) sur l'autre.

L'élection de Trump a brouillé toutes les cartes, la tête de l'empire souhaitant se désengager de ces deux dossiers au grand dam des tenants du système impérial, soudain orphelins : War party, OTAN, euronouilles, Saoudiens, CIA, junte ukrainienne, Qataris... la brochette des suspects habituels. Toutefois, désengagement ou pas, ces conflits existent depuis trop longtemps pour s'arrêter du jour au lendemain ; ils ont leur propre dynamique désormais et risquent de perdurer encore un certain temps.

En Ukraine, la junte et ses soutiens jouent sans doute leur dernière carte pour provoquer l'embrasement et empêcher la normalisation des relations américano-russes. Notons au passage un nouveau signe de la prise de distance du Donald : le leader nationaliste Oleg Lyashko a vu la nouvelle administration annuler son visa long séjour américain, ce qui a provoqué la fureur de l'intéressé.

Sur le terrain, le relatif calme de ces deniers jours a été brisé par l'assassinat, avant-hier, d'un des derniers grands commandants encore en vie du côté séparatiste : le célèbre Givi. Inséparable compagnon de Motorola, lui aussi tué en octobre lors d'un attentat, il était téméraire au point de susciter une pointe d'admiration dans la presse anglaise :

A la tête de son bataillon Somali, il a été de tous les combats : Ilovaïsk (la première grande branlée prise par l'armée ukrainienne), l'aéroport de Donetsk, Debaltsevo... Fin janvier, il était encore blessé à Avdeïevka. Convalescent, il officiait dans son bureau de Donetsk mercredi matin quand une roquette thermobarique a dévasté les lieux (l'occasion pour nous de faire découvrir ce blog d'un volontaire français dans le Donbass).

Trois jours de deuil national ont été décrétés dans la République Populaire de Donetsk et les hommages pleuvent.

Si des doutes ont toujours fleuri sur les nombreuses morts mystérieuses des commandants novorussiens, cela semble exclu dans le cas présent : Givi était un fidèle soutien de Zakharchenko, le président de la RPD. Plus certainement en cause : l'incompétence notoire des services de sécurité de Donetsk et, forcément, l'existence de taupes. A ce titre, il est incompréhensible que Moscou n'ait pas envoyé d'instructeurs mettre sur pied un service de contre-espionnage et de contre-terrorisme efficace.

Surprise, Nadia Savchenko, la plus tout à fait folle aux pieds nus, accuse vertement le gouvernement ukrainien d'inconséquence :

Porochenko fait tout pour provoquer un nouveau massacre dans le Donbass. Après l'attaque terroriste [!] d'aujourd'hui, il n'y a plus aucune chance pour que le Donbass revienne sous le ciel ukrainien.

Nous avions expliqué à quel point sa libération avait été un cadeau empoisonné du Kremlin à Kiev, menaçant de semer le chaos parmi la junte hétérogène qui a pris le pouvoir suite au Maïdan. Un mois après être débarquée, la pasionaria ukrainienne prit d'ailleurs tout le monde de cours en proposant de faire la paix avec les séparatistes pro-russes ! Elle remet ça après la mort de Givi, ce qui jette un crabe de plus dans le panier oligarcho-nazi. Nadia a-t-elle atteint l'âge de raison ? Pas impossible...

Quant aux conséquences de l'attentat, elles sont somme toute mineures. Givi était un commandant de terrain, un meneur d'hommes charismatique, mais il ne prenait pas les décisions opérationnelles. Si, dans le contexte de dangereuse flambée de tension pouvant mener de nouveau à la guerre, les Ukies pensaient démoraliser leur adversaire, le calcul n'a peut-être pas été le bon : nul doute que les Novorussiens seront galvanisés par cet assassinat.

Passons en Syrie où le noeud coulant autour d'Al Bab se resserre :

Jeudi noir pour l'armée turque : cinq morts dans les combats contre Daech, plus trois dans un bombardement accidentel de l'aviation russe, apparemment sur mauvais renseignements fournis par l'état-major ottoman lui-même. Avant l'admission de Moscou, les Turcs avaient accusé l'aviation syrienne de les avoir arrosés. Il est vrai que la tension monte à mesure que les nouveaux vrais-faux alliés se rapprochent les uns des autres :

C'est la dèche pour Daech, les petits hommes en noir al-babiens étant en passe d'être coupés du reste de leur territoire. Mais la question à un million concerne évidemment la "rencontre" entre l'armée loyaliste et le duo ASL-Turcs, mortels ennemis d'hier. Certes, tout cela a forcément été préparé en amont lors des discussions Poutine-Erdogan, mais il y a un monde entre les corridors du pouvoir et la réalité du terrain, et les haines tenaces ne s'effacent pas du jour au lendemain. Les généraux syriens font d'ors et déjà monter la pression, se disant prêts à en découdre avec l'ASL et les Turcs si nécessaire. Ambiance, ambiance...

Des rapports faisaient d'ailleurs état de premières escarmouches entre l'armée syrienne et l'ASL hier, et l'escalade est maintenant en vue, ce qui semble indiquer qu'Erdogan et Poutine, pourtant en contact quasi journalier, ne contrôlent pas entièrement leurs protégés. Attention, c'est parfois de ces petits accrochages que sortent les grands conflits ; la poudrière d'Al Bab n'a pas encore dit son dernier mot. Et c'est sans compter les Kurdes, à 10 km à l'ouest et à l'est, qui observent, pour l'instant sagement, ce maelstrom...

Sur l'ensemble de la Syrie, les Russes ont globalement la main. Le Donald change le fusil d'épaule de l'empire, les pétromonarchies et leurs laquais européens sont soudain inaudibles, le sultan a fortement rabaissé ses prétentions. Moscou se sent comme un poisson dans l'eau et vient de fournir à Damas la plus grosse quantité de missiles jamais livrée entre les deux pays, ce qui est un sûr indicateur de la confiance du Kremlin dans la victoire finale.

L'ambassadeur russe à Téhéran a indiqué que l'aviation russe utiliserait des bases iraniennes si nécessaire. Le fait qu'il l'affirme publiquement est d'autant plus surprenant que des problèmes de prestige et de face étaient apparus l'année dernière :

Toujours au Moyen-Orient, nous avions évoqué l'utilisation de la base iranienne d'Hamadan par les bombardiers mastodontes TU-22m3 et le fait que Téhéran ne s'opposait pas à l'emploi d'autres pistes d'envol. Depuis, quelques bisbilles sont apparues, non pas sur le fond mais sur la forme ; des députés iraniens ont blâmé le ministère russe de la Défense pour avoir divulgué l'information, véritable coup de tonnerre puisque aucun pays ne s'était jamais vu accorder ce privilège depuis la Révolution khomeïniste de 1979. Le Perse est fier et, officiellement, l'ours n'utilise plus cette base. Derrière ce sauvetage de face, difficile d'imaginer toutefois que l'activité n'a pas repris depuis, mais ça, on ne le saura pas...

Décidément, Moscou doit se sentir drôlement en confiance désormais. Et ce ne sont pas les déclarations d'Assad qui doucheront son optimisme. Lors d'une rencontre avec une délégation de députés de la Douma, il a affirmé que les Russes auraient la part belle dans la reconstruction énergétique de l'après-guerre. Jusqu'ici, rien que de très normal, mais l'argument avancé a dû fait sourire jaune à Téhéran et à Pékin, pourtant eux aussi alliés de Damas : "Ni la Chine ni l'Iran n'ont de compagnies ayant suffisamment d'expertise pour concurrencer les sociétés russes".

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Eszwal 15/02/2017 08:36

Donald want Crimea back ! Finalement pas si différent des autres. Pourra t'il résister a l'écrasant rapport de force auquel doit faire face ?

Chris 15/02/2017 13:54

Je crains que le départ de Flynn n'accélère le retour russophobe US. Le Saker annonce carrément que c'est cuit !
http://lesakerfrancophone.fr/les-neocons-et-l-etat-profond-ont-chatre-la-presidence-de-trump-cest-cuit-les-gars
Deux éléments m'intéressaient dans la présidence Trump :
l'ouverture de dialogue avec Moscou
un coup de frein au libre-échange mondiale suicidaire
Tout part en quenouille.

Chris 12/02/2017 11:42

Un développement inquiétant en Ukraine :
https://rusreinfo.ru/fr/2017/02/kiev-deploie-90-000-soldats-sur-le-front-de-la-novorossya/
A propos de la Crimée :
http://www.strategic-culture.org/news/2017/02/08/how-ukraine-annexed-crimea-frank-conversation-with-nikki-haley.html
Est-ce que Nikki Halley sait seulement que son propre gouvernement a reconnu l’indépendance de la république du Donbass, en la séparant de l’Ukraine, il y a 57 ans ?
En effet, le 17 Juillet 1959, le Congrès américain à l’unanimité des 2 chambres, a voté l’indépendance de la Cossackia (actuellement république indépendante de Donetsk, et république indépendante de Lougansk).
Il s’agit de la Loi Publique n° 86-90, dite de la semaine des nations captives.
Chaque année à la date anniversaire, cette loi a été prorogée, et le 17 Juillet 2015, Barack Obama l’a de nouveau entérinée ! (https://obamawhitehouse.archives.gov/the-press-office/2015/07/17/presidential-proclamation-captive-nations-week-2015)
http://www.globalresearch.ca/us-congress-and-president-obama-officially-recognize-donbass-public-law-86-90-1959/5467942
Situation actuelle :
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/agonie-des-accords-de-minsk-a-qui-188897

Chris 12/02/2017 13:59

Oui... Des milliers de mercenaires de Deach/Al Qaïda/CIA/MI6 sont disponibles ! Il leur suffit juste d'endosser l'uniforme ukrainien

Alaric 12/02/2017 13:43

L'Ukraine a les moyens de mobiliser 90 000 hommes ?

E. 12/02/2017 10:45

Et les Kurdes sont à 5 km de Raqqah...

Euclide 12/02/2017 01:42

Pour rebondir sur les propos de " bluetonga" et OG ci-dessous.
Dans le livre publié en Aout 2016 " Comprendre le malheur français" l'intellectuel de centre gauche Marcel Gauchet, écrit que l'EU est la zone mondiale pratiquant l'Ultra-libéralisme à outrance contrairement aux States. Cet aveuglement idéologie économique fait que l'UE ne sait pas ce que sais qu'un rapport de force ni comprend l'importance d'avoir une politique étrangère commune ainsi qu'une défense commune.
Si l'Amérique de Donald se retire partiellement de l'OTAN. L 'UE va devoir réagir rapidement face aux conflits qui la menace. L'UE devra définir ses frontières et indiquer quelle population elle reçoit sinon c'est une grande guerre civile qui va se jouer comme la guerre de trente temps au XVI èmes siècle; Voir ce début de guerre civile en RP ( région parisienne) cette nuit.

Alaric 12/02/2017 11:26

Je pense que c'est pire que ça : les eurocrates se foutent complètement d'avoir une quelconque vision stratégique . Ils ne sont pas là pour ça : ils ont été mis en place pour servir leurs maîtres (banksters ,néoconservateurs américains ... ) .

Il n'y a selon moi aucune chance que l'UE se réforme en profondeur comme vous le souhaitez : depuis l'élection de trump c'est un bateau sans capitaine qui est voué à couler .

bluetonga 11/02/2017 02:12

Une petite pépite :

https://www.youtube.com/watch?v=SZEG8lPYFZk

Un journaliste belge interviewe El Assad et lui demande s'il est content que le gouvernement belge contribue au combat contre Daesh avec ses F16. El Assad remet les pendules à l'heure en très peu de temps. La coalition alliée n'a en rien contribué à contenir Daesh, elle l'a aidé à se répandre, le poids politique de l'Europe est nul, elle se contente de suivre les directives de son maître américain, les parlementaires belges venus en Syrie sont venus observer sans plus, car auparavant, l'occident était aveugle à ce qui s'y passait. Tout ça très posément. Le journaliste ne se démonte pas, mais je me demande s'il s'attendait au moins un petit peu à ce type de réponse. Pas sûr.

Observatus geopoliticus 11/02/2017 20:43

Oui, j'avais vu ça. Avec un calme olympien, Assad sort effectivement toutes leurs vérités aux euronouilles.

Eric83 10/02/2017 21:03

@ la grive.
J'ai indiqué "les vassaux atlantistes" qui ont suivi les US dans une coalition pour mener une guerre d'agression contre l'Etat Syrien afin de renverser Assad. Il me semble que ce renversement était l'objectif premier duquel découlait d'autres objectifs. De ce point de vue, c'est une cinglante défaite, après plus de 5 ans de conflit militaire.
L'autre défaite cinglante - voire plus cinglante symboliquement - pour les atlantistes, c'est le leadership que la Russie a pris au fur et à mesure depuis son intervention dans le conflit, évinçant même quasiment aujourd'hui les US et la coalition des négociations sur le devenir de la Syrie.

Cependant ceci n'est en rien comparable et n'éclipse absolument pas le fait que c'est le peuple Syrien qui a subi cette guerre effroyable et qui en subira encore malheureusement les conséquences pendant des années.

Observatus geopoliticus 13/02/2017 15:12

@ la grive
Ah ? Les armes/mercenaires saoudiens/qataris continuent d'affluer vers les barbus ? J'ignorais...
Ne vous entêtez pas, subtil oiseau.

la grive 12/02/2017 19:03

Ils ont peut-être perdu la guerre mais pour l'instant personne n'a pensé à les prévenir parce que sinon, ça fait des mois qu'ils auraient pris leurs billes et seraient rentrer chez eux.
Pour l'instant, les FDS poussent vers le sud sous la garde bienveillante de F18, Typhoon, Rafales et autres.

Observatus geopoliticus 11/02/2017 20:52

@ la grive
"certains préféreront une Syrie découpée plutôt qu'entière"
>>> Ce que vous semblez ne pas comprendre, c'est que ces "certains" viennent de perdre la guerre à Alep (et avec l'élection de Trump) ; ce qu'ils préfèrent ou pas, Damas s'en tape joyeusement le coquillard désormais...
Les pétromonarchies et les euronouilles sont hors-jeu. Ne restent plus que deux facteurs : Erdogan et Trump. Le Kremlin a acheté le premier avec l'opération Bouclier de l'Euphrate pour empêcher la jonction kurde. Quant au second, ses vues sont relativement communes à celles de Poutine. On ne peut tout à fait exclure une surprise kurde de dernière minute du Donald mais...

la grive 11/02/2017 13:37

Eric, je pense que la priorité des objectifs ne fait pas l'unanimité des belligérants et que certains préféreront une Syrie découpée plutôt qu'entière (même si acquise au camp occidental). Dans tous les cas, atteindre l'un ou l'autre des objectifs reste une victoire.

Concernant le rôle des américains, Il faudra bien traiter de nouveau avec eux pour régler le statut du territoire kurde. La question était soigneusement évitée jusqu'à maintenant mais il va bien falloir s'y coller. Ca vaut aussi pour tout l'est du pays.

marie 10/02/2017 16:04

Qui autorisera l'otan a intervenir dans le regain de conflit à l'heure actuelle,cette dame doit-elle s'en référer en haut lieu ?
https://www.rtbf.be/info/monde/detail_l-otan-soutient-l-ukraine-confrontee-a-une-flambee-de-violences?id=9526204

Observatus geopoliticus 11/02/2017 20:54

@ Marie
L'OTAN est l'une des niches du système impérial en reflux, donc ce genre de déclarations n'a rien d'étonnant. Pour l'intervention, c'est une autre paire de manches, il doit y avoir unanimité...

Yom 10/02/2017 14:18

Pékin allié de Damas, sur le papier, je veux bien. Mais concrètement, quelle forme cela prend, à part peut être un coup de pouce supplémentaire sur le front (déjà bien investi par le grand frère russe) des résolutions que l’on voudrait faire passer aux nations unies ?

Les contributions militaires russes et iraniennes sont indéniables et même franchement spectaculaires pour celles venues du froid (la haute technologie, ça épate toujours). Mais la Chine, en apporte t’elle de si discrètes qu’elles passeraient sous tous les radars médiatiques.

La Chine m’apparaît comme le pays le plus non-interventionniste au monde, surtout quand on rapporte cela à sa puissance. Le jour où ils s’y mettront, je me demande à quel point cela changera la donne.

Ou peut être que je me fais des idées sur leur réelle puissance militaire et qu’ils repoussent au plus tard possible toute clarification décevante à ce sujet.

On verra peut être ce qu’il en est dans la décennie en mer de Chine orientale.

Observatus geopoliticus 11/02/2017 20:59

@Yom
Bien sûr, la contribution de Pékin ne peut être mise au même niveau que celle de Moscou ou Téhéran, m'enfin les Chinois sont clairement du côté d'Assad, le soutenant diplomatiquement et économiquement.
Quant au traditionnel non-interventionnisme chinois, vous avez tout à fait raison, c'est une constante historique et même culturelle. Ce n'est pas pour rien qu'on l'a appelé l'Empire du Milieu : tout va toujours de l'extérieur vers le centre.

Eric83 10/02/2017 13:57

La Syrie avait effectivement disparu des radars médiatiques MSM puisque les vassaux atlantistes ne peuvent concéder ouvertement la défaite. Cependant il leur faut continuer à marteler que la guerre d'agression Us-vassaux en Syrie était juste parce qu'Assad est un dictateur sanguinaire...d'où la sortie très opportune des "informations" d'Amnesty International.

Le devenir de l'Ukraine devrait être une des préoccupations majeures des euronouilles qui ont participé à la situation issue du Maïdan. Situation devenue potentiellement explosive car l'Ukraine, pays de plus de 40 millions d'habitants, en faillite mais sous perfusion du FMI, gangrèné par la corruption et les extrémistes, est aux portes de l'UE. Si un conflit militaire d'envergure a lieu en Crimée, que se passera-t-il, quel est le "plan" des euronouilles... et de l'Otan ?
Un leader, un dirigeant a deux fonctions essentielles : anticiper et décider. Quelles sont leurs anticipations ?

Observatus geopoliticus 11/02/2017 17:12

@ la grive
" il faudra attendre le Yalta du Levant pour connaître la manière dont les grands de ce monde ont prévu de partager une galette qui ne leur appartient pas."
>>> C'est précisément ce que je dis, sauf que tout indique maintenant que la galette ne sera pas dépecée.

"Mais à cet instant précis, on constate que la croissant chiite est coupé et qu'une continuité sunnite nord/sud existe."
>>> A ce moment précis, oui, mais sans doute pas dans le futur. Quant à l'axe sunnite nord/sud, il n'existe pas non plus puisque les Kurdes font tampon. Rien n'existe en ce moment, c'est une macédoine...

"Il ne faut pas oublier non-plus que la destruction est un but en soit qui est partagé par au moins trois des belligérants que vous citez."
>>> Ces belligérants ont perdu, la partie est finie pour eux.

"Il suffit de faire un tour à Gaza pour en apprécier le concept."
>>> Certes mais... je ne vois pas trop le rapport entre Gaza et la division de la Syrie.

Alaric 11/02/2017 15:10

@ la grive :

Ce qui me fait dire que l'armée syrienne n'aura aucun mal à reprendre Al Tanf c'est que les forces de l'EI et des rebelles dans le Qalamoun et le désert qui l'entoure sont d'une faible valeur militaire . Comme ces territoires sont désertiques et très peu peuplés il n'est pas intéressant pour l'armée syrienne de s'y attaquer maintenant mais je doute qu'ils résistent à une offensive .

Actuellement la ville d'Al Tanf est tenue par un groupe vestige du programme de "train and equip " catastrophique monté par les USA : la nouvelle armée syrienne (NSA) : https://en.wikipedia.org/wiki/New_Syrian_Army

complètement chapeauté par les USA et la Jordanie , le groupe a lancé une attaque désastreuse sur Abukamal :

https://en.wikipedia.org/wiki/2016_Abu_Kamal_offensive

où l'EI a récupéré du matériel flambant neuf . La NSA s'est dissoute peu après et ses restes seront sans doute balayés en cas d'attaque sérieuse . Donc je pense que de toute façon les loyalistes pourront contrôler un minimum de frontière .

N'oubliez pas que les PMU chiites sont les alliés d'Assad et qu'ils pourront attaquer à travers la frontière une fois l'EI affaibli en Irak

la grive 11/02/2017 14:43

OG,
il faudra attendre le Yalta du Levant pour connaître la manière dont les grands de ce monde ont prévu de partager une galette qui ne leur appartient pas.
Mais à cet instant précis, on constate que la croissant chiite est coupé et qu'une continuité sunnite nord/sud existe.

Il ne faut pas oublier non-plus que la destruction est un but en soit qui est partagé par au moins trois des belligérants que vous citez. Il suffit de faire un tour à Gaza pour en apprécier le concept.

la grive 11/02/2017 13:54

>Alaric :" il y a quand même eu un retournement stratégique majeur avec l'élection de Trump . A quoi lui servirait le potentiel de nuisance (qui je suis d'accord avec vous est énorme ) du Rojava ? Il n'a à priori pas l'intention de faire quoi que ce soit contre Assad , encore moins contre l'Irak et il n'a pas encore de raison de vouloir déstabiliser Erdogan et son vassal Barzani du kurdistan irakien . Trump est quelqu’un de pragmatique et pourrait très bien lâcher les kurdes en échange d'autre chose"

Le retournement stratégique que vous évoquez, je ne le vois nulle part. Le potentiel de nuisance est un instrument préféré des américains car il sert à faire marcher au pas alliés et adversaires. 'L'ennemi de mon ami est mon ami'. Un protectorat kurde serait bien utile pour rappeler à l'ordre une Turquie à la loyauté vacilante.
Il y a aussi l'Iran. Si au début de la primaire républicaine, Trump se démarquait par l'absence de rhétorique anti-Iran, un revirement complet s'est effectué pendant la campagne présidentielle et aujourd'hui son équipe fait beaucoup de bruit à ce sujet.

Il n'est pas exclu que le prochain chantier de démolition soit prévu en Iran.

Observatus geopoliticus 11/02/2017 13:51

@ la grive
Vous dites des vérités indéniables mais il y a cependant quelques petites erreurs qui changent tout de même le tableau général.
- les grandes manoeuvres auxquelles on assiste depuis 2 ans visent à savoir qui remplacera l'EI dans l'Est mais cette région n'est pas perdue. Chacun s'accorde sur le fait que la Syrie sera plus ou moins fédérale, donc toujours sous direction damascène pour les questions de sécurité et de logistique. Aussi le croissant chiite n'est-il pas fini.
- la conquête de l'Est syrien n'a pas encore débuté et on ne sait absolument pas qui s'y collera. Les Kurdes restent (pour l'instant ?) au nord où ils s'occupent de Raqqa (vu le précédent Mossoul ou Al Bab, ils en auront sans doute pour des mois). Qui reprendra l'Est ? Armée syrienne ? Milices chiites irakiennes ? Les populations sunnites locales craignent beaucoup moins les chiites syriens que les milices kurdes, ce qui pèsera également dans la balance : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/02/10/31002-20170210ARTFIG00126-syrie-six-mois-pour-liberer-raqqa-de-l-etat-islamique.php
- les Kurdes syriens sont extrêmement partagés et il n'est pas du tout dit qu'ils soient favorables aux intérêts US.

Maintenant, voyons quels étaient les buts stratégiques des fauteurs de guerre :
PETROMONARCHIES
1° Casser le croissant chiite
2° Créer un sunnistan par où passeraient les pipelines qataris et saoudiens vers l'Europe.
>>> Raté dans les deux cas.
ISRAËL
1° Affaiblir la Syrie
2° Casser l'arc chiite
>>> 1° réussi (en 2013, date à laquelle Tel Aviv a plus ou moins cessé de s'immiscer dans le conflit) et 2° raté.
ETATS-UNIS
1° Créer un sunnistan par où passeraient les pipelines qataris et saoudiens vers l'Europe afin d'isoler énergétiquement la Russie.
2° Soutenir ses alliés.
3° Exclure les Russes et les Iraniens de Syrie.
>>> Raté dans les trois cas.
EUROCRATES
1° Créer un sunnistan pour recevoir les pipelines qataris et saoudiens.
2° Aider les suzerains américain et pétromonarchiques.
>>> Raté
TURQUIE
1° Créer un sunnistan par où passeraient les pipelines qataris et saoudiens vers l'Europe et devenir de fait la plaque tournante de l'énergie sud-eurasienne.
2° Redessiner les frontières syriennes dans une perspective néo-ottomane.
>>> Raté

On le voit, la Syrie a été un cuisant échec pour le système impérial. Hélas, cela s'est fait au détriment des Syriens eux-mêmes et le pays mettra des années à recouvrer la santé, nous sommes bien d'accord. Mais l'échec est là, bien réel et la situation a même empiré pour le système impérial : présences russe et iranienne accrue, fortification à terme de l'arc chiite, dégringolade financière de l'Arabie saoudite, tensions et méfiances jamais vues entre alliés impériaux, décrochage de la Turquie, défaite dans la guerre de l'information (où beaucoup d'Occidentaux ont réalisé de quel côté étaient leurs dirigeants)...

la grive 11/02/2017 13:44

Alaric, idéalement, une zone verte de l'est devrait être attenante à la zone jaune du nord, couvrir la frontière irakienne de manière hermétique et arriver jusqu'à la frontière Jordanienne. Ce dernier point me semble essentiel car non seulement il permet le désenclavement vers un pays allié, mais il assure la continuité d'un cordon sunnite de la péninsule arabique à la Turquie. Concernant la ville d'At Tanf, qu'est ce qui vous fait penser que sa reprise est acquise aux loyalistes ?

Comme vous le remarquez, à force de tirer vers le sud, les kurdes sont maintenant hors territoire et quand ils se replieront, ils laisseront une FDS entièrement verte. J'imagine que les syriens voudrons reprendre le control de la route de Deir ez-Zor à Mosul mais là ils pourraient se heurter aux avions de la coalition occidentale.

Alaric 11/02/2017 00:15

@ la grive

Oui je me fais les mêmes réflexions : il est de moins en moins probable
que ce soient les loyalistes qui reprennent l'est syrien, au profit des FDS/YPG ( on verra peut être aussi une offensive des PMU irakiennes à travers la frontière ) .

De ce fait la légitimité d'Assad chez les tribus sunnites de l'est qui n'ont pas vu un fonctionnaire ou un soldat de l'état syrien depuis bientôt 3 ans sera très fragile .

Cependant :

-les loyalistes n'auront aucun mal à reprendre au moment venu le poste frontière Iraq-Syrie d'Al Tanf (tout au Sud de la frontière ) et de garder ainsi un contact territorial minimum avec le croissant chiite ;

-on ne sait pas encore si le Rojava peut être un territoire stable et viable . Au rythme des conquêtes il comprend de plus en plus d'Arabes alors que le noyau dirigeant est essentiellement kurde. D'autre part la présence des guérilleros du PKK ne va rien faire pour stabiliser le pays

- il y a quand même eu un retournement stratégique majeur avec l'élection de Trump . A quoi lui servirait le potentiel de nuisance (qui je suis d'accord avec vous est énorme ) du Rojava ? Il n'a à priori pas l'intention de faire quoi que ce soit contre Assad , encore moins contre l'Irak et il n'a pas encore de raison de vouloir déstabiliser Erdogan et son vassal Barzani du kurdistan irakien . Trump est quelqu’un de pragmatique et pourrait très bien lâcher les kurdes en échange d'autre chose

A moins bien sûr que le Deep state ne tente quelque chose via la très opaque Intelligence Community américaine ...

la grive 10/02/2017 18:48

Pardon, ma boussole est faussée. Il fallait lire 'est' et non 'ouest' syrien, évidemment.

la grive 10/02/2017 18:45

>Eric83 :"La Syrie avait effectivement disparu des radars médiatiques MSM puisque les vassaux atlantistes ne peuvent concéder ouvertement la défaite. "

Le conflit syrien se joue sur plusieurs plans : militaire, évidemment, mais également économique, diplomatique et médiatique. Actuellement, les occidentaux ont la maîtrise de l'espace médiatique (mais pas tout à fait la suprématie, ce blog en étant la preuve). L'arme est déployée selon l'opération en cours et la stridence de la campagne d'Alep était à l'échelle de l'importance de la ville à leurs yeux. Le conflit n'est pas terminé et elle ressortira.

Vous parlez de défaite du camp atlantiste mais alors quels étaient ses objectifs ? Je fais le constat suivant :
- La Syrie est un pays dévasté.
- La Syrie est diminuée. Le nord est déjà perdu et il y a de bonnes chances que l'ouest le devienne prochainement. Sur ces territoires se trouvent des ressources indispensables à la reconstruction. Des puits de pétrole, par exemple.
- Si l'ouest tombe, c'en est fini de la continuité du croissant chiite et du débouché sur la Méd.
Quand on ajoute à cela un régime de sanctions économiques qui sûrement va perdurer encore quelques temps, le pays mettra des décennies à se relever. N'était-ce pas un des principaux objectifs des architectes de cette guerre ? Et non seulement ils ont réussi cette affaire à moindre coût sur le plan militaire et diplomatique, mais quand tout sera terminé, ils pourront se féliciter de l'acquisition d'un pied à terre de 1er choix. Le potentiel de nuisance depuis un protectorat kurde est quand même formidable.

Posadagr 10/02/2017 18:35

Quelles sont leurs anticipations des "euronouilles" ?
A priori on pourrait dire qu'il n'y en a pas ^^
Le bateau prend l'eau de toute part. Ils prennent les ordres en espérant que celui ci restera à flot.. De toute manière, ils n'ont pas le choix... ont été recrutés pour cela.
Triste Europe

E. 10/02/2017 13:26

Cher OG,
Merci comme toujours ! Un point que je soumet à votre expertise: d'après un "journaliste" turc https://twitter.com/metesohtaoglu, des éléments d'Ahrar al Sham aideraient l'Euphrate Shield à al Bab. Si confirmé, ce ne serait pas pour plaire à Assad, j'imagine ?

Observatus geopoliticus 11/02/2017 21:02

Oui, bien sûr, j'en avais même parlé il y a quelques mois. Si les rebelles accompagnant l'armée turque viennent principalement de l'ASL, il y a des éléments d'Ahrar al-Cham.
Du point de vue d'Assad, plus les barbus se foutent sur la g.... et s'entretuent, mieux c'est.