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Chroniques du Grand jeu

Multi-niveau

30 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Moyen-Orient, #Russie

Une énorme partie d'échecs se joue actuellement sur plusieurs niveaux et en différents lieux, tant dans les couloirs de la Maison blanche et du Kremlin que dans la steppe désertique syro-jordanienne. Comme le dit un fidèle lecteur, il est bien difficile de s'y retrouver sur le tapis vert syrien entre les innombrables combinaisons pair-impair, rouge et noir, manque ou passe, d'autant que l'équation est encore compliquée par les traditionnels retournements et enchevêtrements moyen-orientaux. Par où commencer ?

"L'attaque chimique" n'a pas (encore ?) eu lieu et Washington plastronne. J'invente une menace imaginaire, elle ne se matérialise pas, c'est grâce à mon avertissement, applaudissez-moi. Connaissant le Donald, la gloriole gratuite à usage interne n'est certes pas à exclure. Mais toute cette affaire cache bien autre chose, et notamment les fractures béantes au sein de la nouvelle administration.

Derrière le damage control mâtiné de sauvetage de face du Pentagone, il apparaît clairement que les militaires n'étaient pas au courant de l'explosive déclaration de la Maison blanche, le Centcom allant jusqu'à dire publiquement qu'il n'a "aucune idée" des raisons qui ont conduit à cette annonce.

Fait intéressant, tout ceci est intervenu seulement trois jours après que le colonel Dillon, porte-parole de la coalition contre l'Etat Islamique, a déclaré que les Etats-Unis voyaient d'un bon oeil les efforts de l'armée syrienne et des milices pro-iraniennes dans le combat contre Daech. Des faucons (McMaster ?) voulant torpiller les ouvertures faites par les colombes ne s'y prendraient pas autrement...

Mais le panier de crabes impérial est encore plus méphistophélique. Il n'a échappé à personne que la crise a éclaté peu de temps après la visite du beau-fils Kushner en Israël. Le mari d'Ivanka (appelons-le Ivanko), qui se revendique presque ouvertement sioniste, a-t-il été chargé par Bibi la Terreur d'un message ainsi que de quelques "renseignements de première main sur une prochaine attaque chimique" - inventés - à destination du Donald ?

Pas impossible, d'autant que le président semble plus faire confiance à son gendre post-pubère qu'à ses secrétaires d'Etat aux Affaires étrangères et à la Défense. De par son amitié avec l'ambassadeur émirati à Washington, Kushner aurait par exemple eu un rôle crucial dans la tempête twittique du Donald contre le Qatar lors du conflit du Conseil de Coopération du Golfe. Au grand dam de Mattis et Tillerson, plutôt sur la ligne de Doha et qui passent leur temps à nettoyer les bêtises du gamin. On dit d'ailleurs T. Rex fatigué de voir son travail systématiquement saboté par la famille Trump et peut-être même sur la sellette. A suivre...

Ainsi donc, Ivanko aurait été mandaté par l'establishment israélien, paniqué devant la constitution de l'arc chiite, pour convaincre son beau-père de menacer Assad, menaces qui seront évidemment considérées comme un feu vert par les barbus modérément modérés ? L'hypothèse paraît plausible et séduisante, et la seconde partie de la proposition est même indiscutable. Sauf que... Quelque chose ne cadre pas tout à fait avec la première partie.

Kushner était apparemment totalement opposé à la frappe tomahawkienne d'avril :

Un passionnant article du toujours très informé Robert Parry dévoile de l'intérieur la prise de décision. Il y aurait eu une vive lutte dans les hautes sphères du pouvoir et une gêne évidente parmi la communauté du renseignement, persuadée de l'innocence d'Assad dans l'événement chimique. A la Maison Blanche, un combat à couteaux tirés eut lieu entre d'un côté Steve Bannon et Jared Kushner (!) et, de l'autre, le conseiller à la sécurité nationale, le néo-con McMaster. Finalement, Cretinho s'est rangé à l'avis de la clique de ce dernier, souhaitant alléger la pression du Deep State à son égard.

Arrêtons-nous un instant sur Kushner, gendre juif orthodoxe de Trump et sioniste fervent, qui a pourtant pris le parti de son ennemi personnel Bannon et conseillé à son beau-père de tout déballer sur la Syrie : l'intox de la Ghouta et la manip de Khan Cheikhoun la semaine dernière.

Ajoutons qu'Ivanko est également accusé par la MSN de sympathies pro-russes, ce qui, comme chacun sait, constitue de nos jours l'acte d'accusation le plus grave que peut trouver le système impérial. Non décidément, quelque chose ne colle pas. Nous parlions plus haut d'insolubles combinaisons rouge, impair et passe...

A Moscou, on ne perd en tout cas pas son temps avec de telles subtilités et promet une réponse "proportionnée" en cas d'attaque américaine suite à un éventuel nouveau false flag chimique. Lavrov, qui ne parle jamais pour ne rien dire, a donné une intéressante conférence de presse dans laquelle une phrase intrigue :

"J'espère que cette fois, les Etats-Unis prendront en compte la nécessité de vraiment lutter contre la prolifération d'armes chimiques."

Serait-ce à dire que le facétieux Sergueï accuse les USA d'avoir permis la prolifération d'armes chimiques en Syrie par le passé ? En fournissant, exemple pris au hasard bien entendu, les barbus de Khan Cheikhoun juste avant le bombardement syrien ?

Le risque d'escalade est en tout cas pris au sérieux et l'on note une forte recrudescence de cargos russes qui passent et repassent le Bosphore en faisant l'aller-retour Russie-Tartous. On imagine que ce n'est pas pour débarquer des cargaisons de chocolats...

En un temps d'incertitude sur les intentions de Washington - même la vraie presse d'information s'y perd, le d'habitude pessimiste Moon of Alabama y voyant la fin de l'aventure US, Russia Insider prédisant au contraire une attaque imminente -, il est en effet plus prudent d'accumuler les joujoux militaires pour faire face à toute éventualité.

Dans notre grand jeu Qui mettra la main sur le territoire califal ? - question qui sous-tend à vrai dire tout le conflit syrien -, les loyalistes ont marqué plusieurs dizaines de points depuis un mois, pour le plus grand malheur de l'axe israélo-saoudien. Le blitz royal vers la frontière syro-irakienne a évidemment fait sonner toutes les alarmes à Riyad et Tel Aviv, permettant l'accès à la Méditerranée pour l'Iran (et même, dans le futur, pour les routes de la Soie chinoises).

Il y a quelques heures, toute la poche à l'est de Khanasir a été libérée - les petits hommes en noir en passe d'être totalement encerclés se sont retirés -, mettant définitivement fin à la présence de Daech dans la province d'Alep et permettant la jonction stratégique entre Ithiya et Rusafa. Sur la carte, cela représente un gain énorme pour Damas :

Désormais, les bases sont jetées pour la réduction du saillant à l'est de Hama et surtout la grande offensive orientale vers Deir ez Zoor et, plus loin, vers la frontière irakienne, où les bataillons du blitz sont d'ailleurs en train d'avancer de leur côté.

C'est le moment que choisit le sultan pour lancer une attaque très sérieuse contre le canton kurde d'Afrin (une semaine d'intenses bombardements et maintenant une forte concentration de troupes) dans le but semi-avoué de faire la jonction avec l'Idlibistan, ce qui serait évidemment totalement inacceptable pour Damas et Moscou.

Où l'on constate une nouvelle fois l'invraisemblable noeud gordien de la région : les Russes sont plus ou moins alliés aux Kurdes et depuis un an aux Turcs, qui se détestent pourtant les uns les autres. L'empire américain n'est pas le seul à allier les contraires...

Des rumeurs infondées faisaient état du retrait du contingent russe de la petite base que Moscou avait établie dans la zone kurde ; en réalité, 160 soldats supplémentaires ont apparemment été envoyés en renfort pour bien montrer qu'il est hors de question de désenclaver l'Idlibistan.

Se dirige-t-on alors vers une confrontation russo-turque ? Improbable au vu du tectonique rapprochement entre Moscou et Ankara. Il se pourrait même que Poutine ait en réalité donné un feu vert tacite (et partiel) à Erdogan, histoire de calmer les ardeurs américano-saoudiennes des Kurdes de l'autre partie du Rojava, proxies que l'empire utilise pour descendre vers le sud et tenter de réduire le corridor chiite :

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C'est bien possible... A moins que tout n'ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l'on pourrait assister à une détonante convergence de l'armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l'armée irakienne. Deux contre un si l'on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l'armée irakienne restera neutre : le rapport de force n'est de toute façon pas en faveur de l'empire. Le tout face à une résistance désespérée de l'EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant...

De fait, des voix kurdes commencent à se faire entendre, menaçant d'interrompre l'opération pour la prise de Raqqa - sans parler d'une descente méridionale - si le sultan continue de bombarder leurs frères d'Afrin. Casse-tête pour Washington. Aux dernières nouvelles, Erdogan vient de s'entretenir au téléphone pendant trente longues minutes avec le Donald puis a appelé Poutine dans la foulée. Ce qui s'est dit vaut de l'or mais nous ne le saurons pas tout de suite...

Notons en passant, afin de montrer le degré incomparable des intrications auxquelles nous assistons en spectateur comblé, que les récents ronds de jambe kurdes aux Saoudiens wahhabites que nous avions relevé la dernière fois sont également la contrepartie de la "tolérance" de Riyad vis-à-vis des idées indépendantistes kurdes. Non pas que les grassouillets cheikhs fondamentalistes se soient soudain pris de passion pour le crypto-marxisme du Rojava mais dans un but tout ce qu'il y a de machiavélique : mettre un gros caillou dans la chaussure turque et punir Ankara pour son soutien au Qatar. Le Moyen-Orient ne changera jamais...

Revenons à notre guerre syrienne. Les possibles futures tergiversations kurdes expliquent peut-être pourquoi les Américains auraient (le conditionnel reste de mise) transféré une partie de leurs "rebelles" de la poche désormais inutile d'Al Tanaf vers le nord, dans le Rojava, avec le but évident de redescendre ensuite le long de la frontière. Pour résumer :

Si la rumeur est confirmée, et il convient d'être encore prudent, il serait amusant de voir cohabiter ne serait-ce qu'un temps les YPG kurdes et les "rebelles modérés", qui se détestent cordialement. Plus sérieusement, cela signifierait que l'empire n'a pas lâché l'affaire et a toujours pour but d'appliquer la politique israélo-saoudienne de réduction même partielle de l'arc chiite, bien que l'on parle ici seulement de quelques centaines de combattants.

Tout cela se décidera sur le terrain mais aussi dans les couloirs du pouvoir. A Washington, la discorde règne en maître, on l'a vu. Le Centcom tire dans les pattes de la Maison blanche qui torpille le Pentagone et le Département d'Etat. Quelle cabale prévaudra ? A Moscou, l'ours attend de pied ferme une éventuelle provocation chimique de l'un des clans américains (lequel ?) Ajoutez les facteurs turco-kurde et qataro-saoudien, mélangez et servez.

On le voit, le jeu sur le subtil échiquier multi-niveaux (local, régional, global) est d'une complexité extraordinaire...

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Rouget 04/07/2017 09:31

Votre humilité est bienvenue, car en effet difficile de décrypter mais c'est en même temps passionnant.

À ce propos, un article intéressant sur la montée en puissance du Hezbollah face à Tsahal (et le rôle prépondérant des missiles) : http://www.newsweek.com/middle-east-war-hezbollah-israel-syria-630990

Observatus geopoliticus 04/07/2017 19:10

@ Rouget
Article étonnamment neutre et objectif, même si les affirmations selon lesquelles Israël l'emporterait aisément paraissent plus basées sur du vent qu'autre chose (UN chercheur de l'université américaine de Beyrouth).
Confidences intéressantes d'officiers du Hezb : “Since we went into Syria, we became much stronger,” the older officer says. “What was Hezbollah before? We were defenders. Now, we’ve learned how to attack offensively (... ) Hezbollah now has weapons that we never dreamed of,” he says proudly. When Syria was at peace, we could never have had access to such weaponry, especially at these low prices.”

ZZZ 03/07/2017 19:54

@OG,l'interview de M.Poutine par O.Stone est à voir absolument même si je n'ai pas toujours apprécié les montages censés illustrer les propos du président russe.Stone,malgré des qualités certaines et du courage,porte un regard états-unien.Quant au dirigeant russe,il reste égal à lui-même:pédagogue,tantôt charmeur,tantôt ferme,parfois rusé mais toujours courtois et maître de lui-même.La classe.

Observatus geopoliticus 03/07/2017 22:56

Oui, je l'ai vue. Vladimirovitch reste très mesuré dans ce qu'il dit, moins incisif que dans ses marathons (Valdai, St Pétersbourg, interview de décembre). Quand il dit qu'il ne sait pas pourquoi les Américains font ce qu'ils font, c'est évidemment une blague : les Russes ont tous en tête le Grand jeu et la bataille pour le contrôle de l'Eurasie. Mais à regarder bien sûr.
Intéressant de noter que c'est passé sur une chaîne publique française, au grand dam de la volaille néo-con(ne).

Madudu 03/07/2017 20:00

Je me permets de remettre le lien ici, mieux en évidence qu'au milieu des commentaires :

https://rutube.ru/video/1f255342207e428bb21cb7eaa4a0fc0f/?pl_type=user&pl_id=1479035

Pas besoin de s'inscrire à quoi que ce soit et ce n'est pas limité à quelques jours ! :)

Lea 03/07/2017 16:40

J'ajoute deux éléments au tableau de la pétaudière générale :
D'abord, selon Pepe Escobar, Jared Kushner ferait face à une banqueroute et dépendrait de l'argent saoudien, ce qui en ferait leur pantin :
http://www.entelekheia.fr/chateau-de-cartes-saoudien-de-linterieur/

Ensuite, l'annonce fracassante de la « prévision d'une attaque au sarin par Assad » a peut-être aussi un rapport avec la publication de dimanche dernier, dans Die Welt, du journaliste prix Pulitzer Seymour Hersh selon laquelle il n'y a pas eu d'attaque au sarin à Khan Cheikhoun, ce qui ridiculise les missiles Tomahawk de Trump. La relation de cause à effet est possible : Trump marche à la communication beaucoup plus qu'à n'importe quoi d'autre. La géopolitique, connaît pas. En revanche, ce qui se dit de lui dans les médias, ça, c'est important dans sa tête.
http://www.entelekheia.fr/apres-lenquete-de-seymour-hersh-connivence-medias-guerre-de-propagande-contre-syrie/

Observatus geopoliticus 03/07/2017 22:58

@ Lea
Pour le deuxième élément, évidemment.
Pour le premier, mouais... Et encore une fois, d'après Parry, Ivanko n'est pas du côté des false flagueurs et autres joyeux lurons barbus.
Bien à vous, chère Lea.

LBP 03/07/2017 14:51

Si j’essaye de résumer ce que je perçois des faits sur le terrain en Syrie :
Côté pile:
- Les loyalistes ont réduit la poche d'Alep -> Des km de fronts en moins, des troupes qui vont pouvoir être redéployées
- La poches de Hama devrait pouvoir se refermer (mais ce n’est pas fait)
- Les loyalistes avancent au sud et ont fait la jonction avec les chiites d'Irak
Côté face:
- L'offensive à l'Est depuis Palmyre patine, il n'y a plus d'avance au sud de Tacqba... Comme si une force surnaturelle permettait à DAECH de résister
- Israël fout le bordel au Goland
- Erdogan va réactiver le front nord pour faire la jonction avec l'Idlibistan
- Les US via leurs proxy vont créer un nouveau front au Nord vers Deir er Zor / Al - Bukamal. Au passage, région je crois très riche en pétrole
Je me pose deux questions:
1- Ne vas-ton pas vers un effondrement pur et simple de DAECH ? Et sinon comment tiennent-ils encore ?
2- Certes la progression ces dernières semaines des loyalistes est impressionnantes, mais l'empire n'a pas l'air de vouloir laisser la situation en l'état. N'est-il pas à craindre que ces derniers ne mettent cette fois "le paquet" pour renverser la situation ?

Encore un grand merci à OG et à tous les contributeurs pour la qualité et la tenue des débats.

la grive 03/07/2017 19:41

Madudu, il n'y a pas d'urgence pour les loyalistes dans la mesure où ils renonceraient à l'est Euphrate. C'est peut-être la manière que les américains et russes voient les choses, mais les syriens le voient sûrement autrement.

Et je suis d'accord avec vous qu'il y a plus urgent que DeZ.

Madudu 03/07/2017 19:32

Apparemment il n'est pas absolument urgent de rejoindre Deir Ezzor, il semble plutôt que les loyalistes continuent à réduire la longueur de front pour le moment.

Le prochain mouvement devrait plutôt être la reprise sur Daesh de la poche située au Nord de Palmyre et au Sud de Hama.

Le mouvement suivant, si la logique de minimisation de la longueur du front prévaut toujours, devrait être -enfin !- la ruée vers Deir Ezzor depuis Palmyre, et pour terminer seulement la prise d'Al Qa'im.

Je me dis qu'il n'y a finalement pas d'urgence à court terme pour les loyalistes car ils procèdent plutôt comme s'ils cherchaient à maximiser l'efficience de leurs ressources à l'échelle de la guerre.

En réduisant toujours plus la longueur de front ils augmentent leurs ressources disponibles par unité de longueur de front, et donc l'efficience moyenne des ressources humaines et matérielles mobilisées.

C'est finalement une stratégie bêtement thermodynamique qui ne peut se justifier que s'il n'y a pas d'urgence à court terme, optimisant plutôt les ressources de telle sorte à terminer la guerre le plus rapidement possible.

Eric83 03/07/2017 10:11

Au vu des glissements tectoniques en de multiples régions de la planète et des tensions géopolitiques croissantes entre les "grands", le G20 qui aura lieu en fin de semaine à Hambourg s'annonce chaud-bouillant.

Le Qatar - qui a 48 heures de plus... pour refuser de nouveau l'ultimatum qui lui a été fixé - sera vraisemblablement l'un des sujets centraux de ce G20.

Certains observateurs avancent l'hypothèse que le Qatar subirait les foudres "soft pour le moment" des US - par l'intermédiaire de l'AS - pour oser commercer avec la Chine en Yuan et non plus en dollars.
Au vu des précédents à l'encontre notamment de la Libye, cela semble plausible.
Qu'en pensez-vous, cher OG ?

Observatus geopoliticus 03/07/2017 23:07

@ Eric
J'en pense qu'il n'y a plus "les US", mon cher Eric...
Le Qatar subit les foudres de Donaldinho mais pas du Pentagone ou du Dep d'Etat qui penchent sincèrement pour Doha. Empire irrémédiablement divisé.

la grive 03/07/2017 09:43

Je me demande si Deir ez-Zor reste une priorité. Dorénavant, toute tentative SDF sur la ville profiterait aux forces loyalistes et accélérerait sa libération. Ils ne sont pas là pour ça.

Je verrais plus une course SDF vers le sud pour bloquer toute tentative rouge de traverser l'Euphrate et s'approprier le plus de territoire intéressant. Je pense aux gros champs de pétrole à l'est de DeZ, notamment. Les rumeurs de déploiement US à Shaddadi peut indiquer une intention de descendre la vallée du Kabur. Ca décourage également toute tentative irakienne de venir donner un coup de main aux alliés syriens.

Le communiqué de Moscou suivant l'incident du sukhoi syrien il y a deux semaine a clairement établi l'Euphrate comme ligne de partage et les américains vont certainement défendre "leur" territoire. Quant à l'occupation de la base de Tabqah, elle suggère que le barrage ne sera rendu qu'à un prix très élevé.

Pendule de Newton 03/07/2017 06:51

Cher O.G.,

veuillez m'excuser pour ce HS

Même s'il est vrai que le maelstrom syrien suffit à lui seul pour analyser les évolutions géopolitiques et les effets boule de neige (ou ondes), préparez-vous car ses derniers temps la valse diplomatique des plaques (qui se couronnera par le sommet du G-20) vont mettre votre sens aiguisé de l'analyse à forte carburation.
De la séquence du voyage de Modi jusqu'au G-20, il s'en est passé des choses dans le petit monde des chancelleries.
Les actions US (vente d'armes à Taïwan, banques chinoises sous sanctions...), après que leur tentative de petit gros bras est fait un flop en Corée du Nord, montrent une infantilisation dans l'approche de l'Asie de l'est.

Bien à Vous

alioune 03/07/2017 01:08

Je ne veux pas crier victoire tout de suite sur les intentions de macron quant à sa politique étrangère mais cet homme va bousculer très sérieusement l'ordre des choses en Europe atlantiste. Dans son interview du Fig-à-rot du 21 juin il prétend "s'écarter du néo conservatisme importé en France il y a 10 ans" (Allô Sarko!!!). Je pense que son discours au congrès inquiete les néo-cons car il y declinera sa politique etrangère et ça risque de faire des dégâts. Personnellement, il m'intrigue, on l'a toujours assimilé à une marionnette du système impérial mais il prend beaucoup de libertés ces temps ci.

Observatus geopoliticus 03/07/2017 23:09

@ Alioune
Le dernier billet est fait pour vous dans ce cas...

demoscou 02/07/2017 15:00

J'ai participé vendredi au gala pour les 20 ans de la CCIFR, auquel participant l'ambassadeur intérimaire francais. Il a indiqué dans son discours qu'il y avait une grosse impulsion pour une collaboration franco russe. Suite à la visite de Poutine a Versailles, il y a visiblement de gros workshops en cours entre les deux diplomaties :
- visite de Le Drian il y a 10 jours
- Lavrov sera a paris le 18 Juillet
- 48h après, Poutine et Macron se rencontreront en bilateral en marge du G20

Il a insisté sur le fait que les relations seraient maintenant "accés sur le REALISME" (c'etait ces mots).

J'ai trouvé tout cela assez convainquant... mais pas sur que cela fasse plaisir a la clique des néocons francais... a suivre

Kevin 03/07/2017 13:53

Bonjour,
Les embargos sont faits pour etre contournés: les entreprises US n'ont pas le droit de vendre en Iran, donc Elle vendent aux EAU, qui revendent à l'Iran. Les flics US ferment les yeux sur tous les délits qui sont bénéfiques pour l'économie US... L'hypocrisie est totale quand on voit Dubaï lancer des ultimatums a Doha pour faire cesser son business avec l'Iran...

Observatus geopoliticus 03/07/2017 01:34

@ Chris
C'est-y-pas ce que nous disions il y a un mois, hé hé...
"Autre motif de dégel : les Russes, dont l'alliance notamment énergétique avec Téhéran, n'est plus à démontrer, sont susceptibles d'ouvrir les portes de l'Iran à Total, plus précisément de faciliter l'interminable finalisation de l'accord portant sur une parcelle du gisement gazier géant South Pars. Ce dernier, l'un des plus grands champs d'or bleu de la planète, est à cheval sur les eaux territoriales du Qatar et de l'Iran."
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/05/debilandia.html

Chris 02/07/2017 23:37

Un réalisme peut-être pas étranger à cette nouvelle :
https://www.romandie.com/news/L-Iran-et-le-francais-Total-vont-signer-un-accord-gazier-de-4-8-mds-USD/811081.rom
La position hostile des États-Unis a rendu difficile la normalisation des relations économiques de l'Iran avec le reste du monde, notamment à cause de la réticence des grandes banques internationales de travailler avec Téhéran par crainte de sanctions ou de mesures punitives de Washington.
Total détiendra 50,1% des parts du consortium qui exploitera le champ gazier, suivi du groupe China national petroleum corporation (CNPCI) avec 30% et de l'Iranien Petropars (19,9%), avait annoncé à l'époque Gholamreza Manouchehri, vice-président de la Compagnie nationale iranienne de pétrole (NIOC) dont dépend Petropars".
Macron a tout intérêt à soigner Moscou, partenaire de l'Iran dans le règlement du conflit syrien...

Observatus geopoliticus 02/07/2017 19:52

@ Demoscou
Très intéressant témoignage de première main, qui confirme peu ou prou ce que nous disons ici.
Merci, cher ami

Grognard 02/07/2017 17:19

Bonjour demoscou;

Le réalisme est bien aidé par les contrats comme le précise Eric83.
Vu son parcours Macron comme Pompidou d'ailleurs devrait savoir compter.
Au moins l'effet Trump a cela de positif: rappeler à certains que ce n'est pas très finaud d'avoir tous ses oeufs dans le même panier.

demoscou 02/07/2017 15:02

je précise : "accès sur le Réalisme sur la Syrie ET sur l'Ukraine"

Eric83 02/07/2017 13:43

Les accords commerciaux qui sont en train de se conclure entre l'Iran et des Etats de l'UE et/ou la Russie et/ou la Chine risquent de grandement compliquer la politique étrangère US de déstabilisation/ostracisation de l'Iran.

Exemple : l'accord gazier entre Total, CNPCI et Petropars pour la phase 11 de South Pars.
https://www.romandie.com/news/L-Iran-et-le-francais-Total-vont-signer-un-accord-gazier-de-4-8-mds-USD/811081.rom

Observatus geopoliticus 02/07/2017 14:39

@ Eric
Ah mais Total est l'ennemi de l'empire ; ce n'est donc pas étonnant de voir le géant français côtoyer Petropars et CNPC.
Boeing par contre être bien embêté...

EllemKah 02/07/2017 11:55

C'est vous qui avez dessiné cette bebête américaine ? :D
Merci toujours pour ces articles que qualité.
Comme dit dans votre conclusion, il est difficile d'amener de nouvelles personnes sur le sujet tant il est complexe, si ce n'est en lisant tous vos articles depuis quelques années !

Observatus geopoliticus 02/07/2017 14:36

@ EllemKah
Non, ce n'est pas moi, je donne d'ailleurs le lien vers la source.
Bien à vous

Eric83 01/07/2017 18:34

Au vu des propos de Kissinger lors de son entrevue avec Lavrov, rapportés par RT, il semble bien que Kissinger soit venu en Russie pour amorcer la désescalade dans les relations US-Russie, tant la tension croissante était devenue dangereuse...du fait des US.
Wait and see ?
https://francais.rt.com/international/40438-kissinger-idee-dominer-monde-fait-presque-partie-adn-etats-unis

Je profite de ce commentaire pour inviter chacun à regarder - si ce n'est déjà fait - les conversations avec Poutine réalisées par Oliver Stone. ( Disponibles en replay pendant quelques jours )
De nombreuses mises au point de Poutine permettent de mieux comprendre certains événements.

On comprend très bien, notamment, pourquoi la Russie lutte véritablement - à l'inverse de la "coalition" menée par les US - pour éradiquer l'EI...mais je n'en dis pas plus.

Madudu 03/07/2017 19:02

Pour ceux qui ne veulent pas s'inscrire au "truc" ou qui veulent le voir plus tard, voilà un lien RuTube :

https://rutube.ru/video/1f255342207e428bb21cb7eaa4a0fc0f/?pl_type=user&pl_id=1479035

Et je plussoie, il s'agit d'une belle pièce de journalisme engagé. Je dis engagé car Oliver Stone est en terrain ami et n'est pas là pour demander des comptes à Poutine, en ce sens il est orienté.

Pour autant je le trouve honnête intellectuellement, le cheminement des entretiens (étalés sur 2 ans) est structuré, tout est fait pour que la position de la Russie et de Poutine soit rendue compréhensible à un public non-averti.

Du très bon travail qui gagne à être partagé autour de soi :)

ZZZ 01/07/2017 18:29

Oui, cher OG,la chakchouka est un plat typiquement tunisien (même si elle se prépare également en Algérie,en Turquie et ailleurs). Cependant ce serait avec plaisir que je demanderais à...ma femme de la préparer.Ah ces Méditerranéens sont d'incorrigibles machos...
Quant à Amilcar Barca,je parie qu'il doit lézarder sur quelque plage de Sousse,Hammamet ou Jerba et il aurait bien raison.En parlant de civilisation carthaginoise,à une question d'Oliver Stone sur Mc Cain,le président russe a rappelé la locution qui concluait toutes les interventions de Caton l'Ancien :" Carthago delenda est". Seulement cette fois,j'ai comme l'impression que Mc Cain et sa clique seront détruits tandis que Moscou et St Petersbourg survivront,l'Empire US,héritier de l'Empire romain, annihilé sera notre vengeance symbolique.Du moins,je l'espère.Bien à vous.

Observatus geopoliticus 02/07/2017 14:37

@ ZZZ
Ha ha ha, excellent...
Pas encore vu le documentaire de Stone : qu'en avez-vous pensé ?
Bien à vous

Bernard 01/07/2017 13:21

Bonjour et un grand merci pour vos lumières dans ce jeu d'ombres et de dupes.

concernant je vous cite "Kushner était apparemment totalement opposé à la frappe tomahawkienne d'avril "

Nous pouvons lire source: Die Welt, Seymour M. Hersh, le 25/06/2017
http://www.les-crises.fr/la-ligne-rouge-de-trump-par-seymour-m-hersh/
Concernant réunion par Trump des responsables de la sécurité nationale dans sa propriété de Mar-a-Lago en Floride.« Le président avait été émotionnellement galvanisé par la catastrophe et il voulait des options. » Il en a eu quatre, par ordre de gravité croissante.
L’option 1 était de ne rien faire.
L’option 2 était une tape sur le poignet : bombarder un aérodrome en Syrie, mais seulement après avoir alerté les Russes et, à travers eux, les Syriens, pour éviter de nombreuses victimes. Certains des planificateurs l’ont appelé l’« option gorille »
L’option 3 était d’adopter le programme de frappe qui avait été présenté à Obama en 2013 et qu’il avait finalement choisi de ne pas poursuivre. Ce plan prévoyait le bombardement massif des principaux aérodromes syriens et des centres de commandement et de contrôle, en utilisant des avions B1 et B52 lancés depuis leurs bases aux États-Unis.L’option 4 était la « décapitation » : supprimer Assad en bombardant son palais à Damas, ainsi que son réseau de commande et de contrôle, et tous les bunkers souterrains dans lesquels il pourrait éventuellement se réfugier en cas de crise.
« Trump a exclu d’emblée l’option une, » a déclaré le conseiller principal, et l’assassinat d’Assad n’a jamais été pris en considération. « Mais il a déclaré, en substance : “Vous êtes l’armée et je veux une action militaire”. » Le Président était également opposé, au début, à l’idée de donner aux Russes un avertissement préalable avant la frappe, mais il l’a accepté à contrecœur.

Si Kushner était apparemment totalement opposé à la frappe tomahawkienne " Gorille" cela pouvait venir du fait soit qu'il souhaitait peut être l'option 3 ou qu'il souhaitait l'option 2 mais sans prévenir les russes.
Il faut reconnaitre que Trump avait été chauffé par son entourage familiale et je pense que Kushner et Bibi envisageaient beaucoup plus que l’« option gorille ».

Observatus geopoliticus 01/07/2017 15:46

@ Bernard
D'après Parry, Ivanko était réellement opposé à cette frappe et voulait même sortir publiquement le false flag de Khan Cheikhoun, donc ni option 3 ni option 2 sans prévenir les Russes. Plutôt l'option 1 avec en prime un grand déballage.
Bien à vous, cher Bernard.

samuel 01/07/2017 12:58

Je comprends pourquoi vous avez préféré retirer en surface mes deux derniers commentaires, d'un autre coté vous ne faites que confirmer sur le fond ce que je pressens au sujet du devenir du monde moderne.

Observatus geopoliticus 01/07/2017 13:03

@ Samuel
C'est un site de géopolitique ici, et vous partez dans de grandes considérations socio-philosophico-culturelles. C'est bien gentil mais il faudrait peut-être songer à ne pas envahir le forum avec ça... Une fois de temps en temps, d'accord. Plusieurs fois à chaque billet, non.

jef 01/07/2017 03:21

Au delà de la question kurde, je m'interroge sur la nature des contrats négociées par la FDR.

Et je ne peux m'empêcher de rapprocher Turkish Stream, North Stream2, vente de système S 400 pour la Turquie (sans ouverture de crédit) ou contrat pétrolier avec une faction kurde... Tous ces contrats ont fait l'objet de scepticisme.

Les principes qui guident la FDR sont connus car affichés. Son pragmatisme, également. Ses paris semblent à la fois prudents ( l'engagement est toujours limité et conditionné) et audacieux ( les désaccords de fond n'empêchent pas la recherche d'intérêts convergents).

Le maillage diplomatique russe est assez fin pour saisir une question aussi complexe que la question kurde. Leur dernier contrat doit anticiper sur le rapport de force qui surgira de la reconquête de la quasi-totalité de la Syrie par Damas comme de la solidarisation de la Syrie et de l'Irak.

Alaric 01/07/2017 01:23

@OG

Vous parlez souvent de la division irrémédiable du Kurdistan irakien entre l'axe ouest du KDP de Barzani et l'axe est du PUK de Talabani . En conséquence , comment se passe la signature d'accords ou de contrats comme celui de mi juin avec les russes ?


J'imagine que le parlement du Kurdistan n'a qu'une valeur de vernis démocratique ( 38 sièges pour le KDP et 18 pour le PUK sur 111 sièges ) ?


En consultant des cartes pétrolières/gazières de l’Irak , j'ai l'impression que les gisements se trouvent plutôt dans le territoire ouest du PUK , pourtant c'est bien Barzani l’interlocuteur privilégié d'Erdogan et les pipelines vont en Turquie



Merci pour vos lumières et pour vos articles toujours passionnants

Observatus geopoliticus 01/07/2017 02:16

@ Alaric
Ah oui, vous m'aviez déjà posé la question dans un autre billet, je crois...
C'est assez compliqué. Les deux parties du Kurdistan irakien ont même été en guerre civile entre 94 et 97, et se sont donc développées séparément. chacune sous la domination d'un clan/parti. Ce n'est qu'au cours des années 2000 (2005 ou 2006 si ma mémoire est bonne) que les deux administrations ont enfin fusionné... en théorie. Le but était de présenter un front commun face à Bagdad pour favoriser l'autonomie kurde voire une future indépendance. Dans les faits, ça n'a pris qu'à moitié. Chaque partie a sa propre armée, ses propres services de sécurité. Par contre, si je ne m'abuse, les contrats pétroliers sont bien signés avec l'administration centrale d'Erbil qui en reverse une partie au PUK de Sulaymaniyah. Disons que tout cela n'est pas très transparent...
La situation a de nouveau dégénéré en 2014-2015. Chute des prix du pétrole et émergence de l'EI : le gouvernement n'a plus un rond et les fonctionnaires (plus de 60% de la population active à Sulaymaniyah !) ne sont plus payés, l'argent disponible étant principalement consacré à la guerre contre Daech. Mais de cette partie du Kurdistan, les critiques fusent contre Barzani accusé d'avoir détourné des sommes considérables (sans doute vrai). Pour couronner le tout, le sieur Barzani aurait dû quitter le pouvoir en 2015 mais... il est toujours là. Dans la partie Talabani/PUK, le ressentiment est pour le moins marqué.

ChristineG 01/07/2017 00:17

Bonjour à tous,
J'ai découvert ce blog très récemment, et j'ai déjà dévoré beaucoup d'articles et apprécié les commentaires. Un très beau travail, merci ! Maintenant pour vraiment bien éclairer ma lanterne j'ai besoin d'un peu plus, à savoir sur les Kurdes : qui sont-ils, qui soutiennent-ils, qui les soutiennent (il semble que ce soit les US et les Russes ... qui ont dû leur promettre des choses tout à fait différentes --- ou pas ? Quelle est leur rôle dans cette partie d'échecs à n-dimensions ? Quelle est leur destinée, vont-ils ou non se voir attribuer un territoire ? Vous voyez, je me pose des questions ...

Observatus geopoliticus 01/07/2017 01:03

@ Christine
Ah les Kurdes, vaste question... Je ne sais pas si vos interrogations portent spécifiquement sur les Kurdes syriens ou les Kurdes en général. Les Kurdes vivent sur quatre pays : Turquie, Iran, Irak et Syrie. Laissons de côté les Kurdes iraniens qui sont un peu dans leur monde et occupons-nous des autres en restant un peu schématique.

Le mouvement indépendantiste kurde de Turquie est le fameux PKK. En Syrie, les Kurdes sont grosso modo (car tout n'est pas homogène) représentés par le PYD (branche politique) et les YPG (unités militaires). PKK et PYD sont presque une seule et même chose (même idéologie politique etc.), d'où la fureur pour une fois justifiée d'Ankara vis-à-vis des Américains qui considèrent le PKK comme groupe terroriste mais soutiennent à fond les YPG en Syrie, alors que ce sont les mêmes !
Pour compliquer encore un peu les choses, les Kurdes syriens n'ont pu établir leur rêvé Rojava (Kurdistan syrien autonome/indépendant d'un seul tenant) car Erdogan est intervenu pour le couper en deux : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/08/le-vaudeville-de-jarablous.html
La partie ouest (Afrin) est la plus petite et sous protection russe. La partie orientale (celle qui tente de prendre Raqqa) est la plus grande et sous parrainage américain. Avouez que ça ne manque pas de sel... On parle des mêmes Kurdes aux mêmes idées, mais dont l'allégeance diffère à cause des aléas de la guerre !

Compliquons encore un peu les choses avec le Kurdistan irakien ^^ Après les guerres du Golfe contre Saddam, celui-ci a obtenu une très forte autonomie tout en restant théoriquement au sein de l'Etat irakien. Je dis théoriquement car il a une armée, une police, des institutions différentes, un gouvernement... Le problème est que ce Kurdistan irakien est grosso modo divisé en deux entités qui se détestent, autour de deux clans, deux villes, deux partis politiques : Barzani/Erbil/PDK contre Talabani/Sulaymaniyah/PUK.
Barzani est main dans la main avec Erdogan et, fut un temps pas si lointain, a eu des accointances dangereuses avec Daech. Il déteste cordialement le PKK et les Kurdes syriens. Le PUK de Talabani est plus proche de l'Iran et surtout du PKK et du PYD.

Donc vous le voyez, c'est un maelstrom impossible... Pour aller plus loin, quelques anciens billets :
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/06/casse-tete.html
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/12/erdogan-perd-la-boule-ou-pas-tout-a-fait.html
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/12/le-grand-coup-de-poutine.html
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/08/le-grand-marchandage.html
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/07/un-suicide-des-tubes-et-des-avions.html

Bien à vous, chère Christine

jef 01/07/2017 00:50

@ ChristineG

Nous sommes plusieurs à nous poser cette question (Cf l'article sur le Pipelinestan et la question décisive posée par Alaric). Toute la difficulté est que d'ores et déjà nous sommes dans l'après des événements en cours. Il ne s'agit pas de formule: des contrats sont déjà signés ou vont l'être, contrats consacrés à la reconstruction de la Syrie (la Russie et la Chine sont bien placées. L'Iran, aussi malgré sa faiblesse actuelle d'investissement), de ses infrastructures en particulier. Aussi la situation des Kurdes me semble à projeter dans les trois dimensions temporelles: passé pesant (la division des Kurdes s'enracinent dans le passé lointain et récent), présent compromis (par des alliances opposées), avenir dépendant (des contrats à venir).

amine 01/07/2017 00:16

merci infiniments pour cet article pour moi ca vaux plus que de l'or !!

Observatus geopoliticus 01/07/2017 00:22

@ Amine
... et pourtant c'est gratuit ^^
Bien à vous

António Lico 30/06/2017 23:50

Bonsoir a tous., bonsoir cher Observatus,
Mais oui, le JEU peut maintenant tourner violent. Mais soyons pas pessimistes.
Le premier à frapper sera celui qui va perdre. La Russie a de bonnes raisons pour se garder des excès de langage et de comunication. Les paroles de Lavrov son sufisantes.
Bien à vous.

Observatus geopoliticus 01/07/2017 01:14

@ Antonio
Ne pas gober l'hameçon tout en donnant des coups de griffe suffisamment rudes pour affirmer sa force : subtile quadrature du cercle.

Jean 30/06/2017 23:40

Excellent travail, cher O.G.

Observatus geopoliticus 01/07/2017 01:15

Merci, Jean, c'est un plaisir de vous revoir.

jef 30/06/2017 22:56

Bonsoir à tous.

Il est bien entendu prématuré de se risquer à un bilan mais je ne puis résister à quelques retour en arrière.

Ainsi je me souviens que l' ON promettait à la FDR un bourbier comparable à celui qu'avait connu l'URSS en Afghanistan. On soulignait (à juste titre) la modestie du déploiement russe sur le terrain, la proximité de ses deux bases avec la Turquie (l'Otan) et la "rébellion", sa doctrine militaire défensive, le nombre considérable de bases américaines, la puissance de la sixième flotte comme l'écrasante supériorité de la technologie militaire... On parlait aussi de la faiblesse de l'économie russe en cette période de sanctions et de baisse du prix des énergies et de l'impact qu'aurait sur l'opinion russe le retour de ses soldats dans des sacs mortuaires ou des vidéos d’exécutions...
Je me souviens aussi de ce que l'on disait de l'armée syrienne, de l'ampleur de ses pertes, de son épuisement et de sa démoralisation, enfin de son incapacité à mener bataille sur plusieurs fronts (à propos les Faucons du Désert sont de retour et, semble-t-il en grande forme) comme à maintenir un contrôle suffisant sur les territoires qu'elle libérait (n'avait-elle pas dû plusieurs fois faire retraite?).
Je rappelle enfin que j'ai découvert ce site à cette époque et que j'y ai appris et continue à y apprendre comment démêler éléments d'analyses certains et conclusions prématurées ou biaisées...

Pour terminer sur une note pessimiste, la bêtise à front de taureau ne m'a jamais fait aussi peur. Et le nom du nouveau prince héritier d'Arabie Séoudite n’est pas le seul à me venir à l'esprit.

Observatus geopoliticus 01/07/2017 01:12

@ Jef
L'empire... du blabla communicatif. L'Occident ne semble plus gagner ses batailles que sur ce terrain là. Richelieu et Charles Quint doivent se retourner dans leur tombe.
J'ai parfois envie de faire quelques recherches sur cette véritable maladie de la com' qui a "tsunamisé" l'Occident. Ses origines, son développement. Une vraie pandémie.
Bien à vous, cher Jef.

Pendule de Newton 30/06/2017 21:59

Là cher O.G,

vous venez de donner raison à mon fils avec qui je viens de perdre ce pari. Il m'a assuré que vous pourriez coudre une logique dans ce gros feuilleton brésilo-indien qu'est la géopolitique de la région (on en perd son latin et on rentre dans une nouvelle dimension.....Chapeau ).

La force des russes, dans ce jeu, c'est leur culture à savoir savamment mettre dans la même cocote des atomes répulsifs hautement explosifs. Le liant est basé sur une culture diplomatique ancienne tandis que si vous regardez de l'autre côté de la rive (mes bras m'en tombent) c'est un maelstrom d'intérêts personnels et de manque de cervelle au détriment de la facilité (la force militaire, les sanctions, le blabla médiatique...sans colonne vertébrale)

D'ici qu'il y ai moins de fumée, un peu plus de lecture ( de vos liens, des contributions...) ferait du bien dans cette magnifique région

Bien à Vous

Observatus geopoliticus 01/07/2017 01:09

@ Pendule
Il faut toujours écouter son fils, hé hé...
Je ne peux qu'être d'accord avec ce que vous dites ensuite, cher Newton. D'un côté, des joueurs d'échecs qui savent peser et soupeser. De l'autre, xxxxx...
Bien à vous et un salut encore plus amical que d'habitude au fiston !

pacsal 30/06/2017 20:28

Là, je l'avoue! Je suis impressionné par cette synthèse du conflit syrien au 30 juin 2017, précisons-le quand même. Observatus Politicus aurait, dans une autre dimension, obtenu un prix Nobel du journalisme.
Ici, je vous félicite humblement.

Observatus geopoliticus 30/06/2017 21:13

@ Pacsal (ou Pascal ?)
Le Nobel, rien que ça...
Vous avez raison d'appuyer sur la date car tout bouge très vite en ce moment, au profit des loyalistes. Juin 2017 restera un mois en or pour Damas. Que de chemin parcouru depuis 30 jours.
Bien à vous

ZZZ 30/06/2017 20:25

C'est ce qu'on appelle chez nous une chakchouka géante,un mets très apprécié en été.
O.G. a le mérite de défricher le terrain -malgré des données manquantes et dont ne disposent que les pontes des puissances régionales et mondiales- pour une meilleure compréhension.
Quant à nous autres pauvres mortels à l'influence limitée,ils ne nous reste plus qu'à prier pour que la chakchouka ne tourne pas.Les conséquences seraient terribles en ces temps d'armes nucléaires miniaturisées ou pas.

Observatus geopoliticus 30/06/2017 21:17

@ ZZZ
Vous nous en préparez une, cher ZZZ ? Je viens de lire par curiosité que le nom serait d'origine punique, ce qui fera plaisir à notre ami Hamilcar Barca qui se fait bien désirer ces derniers temps... (Admirez l'habileté tactique : utiliser un délicieux plat de cuisine pour faire un appel du pied à un lecteur).

simplet 30/06/2017 20:20

Si cela est vérifié, le Vlad aura changé totalement la politique au Moyen-Orient. Il sera positionné au nord pour calmer les turcs, les kurdes et au sud pour calmer toute reprises des combats dans le Goland. Vlas protecteur d'Israël...! Le Donald et les marais washingtoniens renvoyés à la maison avec sa houppette entre les fesses. Que dira, fera le lobby sioniste americain pendant le reste du mandat et pour les prochaines élections.Cela pète en Syrie et cela pue à Washington pour paraphraser un dicton.

Ady85 30/06/2017 20:13

Merci Observatus :)

Par ailleurs, que pensez-vous des multiples bombardements Israéliens survenus contre l'armée Syrienne depuis 2 jours ?

Peuvent-ils aller plus loin, et surtout, est-ce que ces frappes stoppent vraiment l'avancée de l'armée Syrienne et milice chiites affiliés ?

jef 01/07/2017 00:01

L'intérêt vital d’Israël se résume dans la conservation du Golan occupé. Il a tout à fait conscience du risque immense d'aller au-delà de ce qu'il accordait avant l'intervention russe à la "rébellion". Les bombardements récents signifient donc quelle est selon lui la ligne rouge à ne pas franchir par ses ennemis les plus redoutés (Hezbollah et Iran en premiers). Maintenant si d'autres allaient plus loin et avaient besoin d'un petit coup de main en douce, Israël serait évidemment preneur.C'est un redoutable connaisseur des rapports de force et de son propre intérêt. On peut le reconnaître sans être partisan.

Observatus geopoliticus 30/06/2017 21:09

@ Ady
Je plussoie Alaric : ces bombardements ont lieu sur un front totalement secondaire, dans l'extrême-sud-ouest de la Syrie, et ne concernent aucunement l'avancée chiito-loyaliste vers Deir ez Zoor et la frontière.
Et même sur ce front secondaire (Quneitra), ils n'ont pas de réelles conséquences. Il faut plutôt voir ces frappes comme des provocations israéliennes testant la patience de Damas.
NB : Si un false flag chimique made in Israël a lieu, il aura vraisemblablement lieu dans cette zone.

Alaric 30/06/2017 20:47

", est-ce que ces frappes stoppent vraiment l'avancée de l'armée Syrienne et milice chiites affiliés ?"


Pas le moins du monde . L'offensive rebelle dans la gouvernorat de Quneitra (là où ont eu lieu les frappes ) , pompeusement baptisée "route de Damas " est un fiasco total : les rebelles sont déjà sur la défensive . Et à l'est, comme le montrent les cartes , ça roule pour Assad .


Il faut autre chose que quelques bombardements sporadiques pour renverser la situation ultra favorable du gouvernement syrien

simplet 30/06/2017 20:13

Israël est très perturbé au point de demander ( par la voix de Bibi) aux russes d'occuper le Golan en lieu et place des autrichiens.
De fait si l'axe chiite est finalisé, c'est l'Iran qui aura une frontière avec Israël en plus de l'accès à la mer.
De longues nuits de cauchemar pour les trois acteurs Israël, Washington et les Saouds.

la grive 02/07/2017 08:11

Simplet, je ne trouve pas d'info sur cette demande israélienne faite aux russes. Avez-vous un lien ?

simplet 01/07/2017 17:31

Cher @O.G.
Vous avez à la réflexion tout à fait raison, vos arguments sans discussion aucune.
Cela pourrait être même un piège pour les Russes.
Car en effet, ils pourraient interdire à Damas de menacer Tel Aviv, mais du coup perdraient tout le prestige recueillis lors de cette guerre et rendre leur raisonnement caduque ( Damas est un gouvernement légal et donc pas d’intervention, etc…) Plus un gros malaise dans les pays musulmans qui ont force considération pour Putine
A rebours, ils empêcheraient Tel Aviv d’attiser le feu sur le Goland, mais avec le risque de se faire piéger, puis dénoncer par Israël qui dans ce cas lanceraient sans hésitation le …_... vers W’n.D.C.

Observatus geopoliticus 30/06/2017 21:25

@ Simplet
Ah oui, la possibilité de voir les Russes sur le Golan : avouez, qui l'eût cru il y a encore quelques mois... Mais il ne faudrait pas que Bibi ben Laden joue à la roulette russe avec son soutien actuel un peu trop grossier aux barbus de Quneitra, auquel cas Moscou laissera les Iraniens et leurs milices investir la frontière.