Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Badia

24 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie

Depuis des siècles, l'aride steppe syro-jordanienne ne vit passer que troupeaux et bergers. Qui eût cru qu'elle serait un jour le point focal du grand échiquier eurasiatique ? Le contrôle sur la frontière irako-syrienne et le devenir de l'arc chiite qui en découle doivent y être pour quelque chose...

En l'état actuel des choses, le magistral blitz loyaliste du 9 juin a profondément changé la future donne moyen-orientale, au détriment des Saoudiens et des Israéliens, donc de l'empire américain ou de ce qu'il en reste. Ayant de la suite dans les idées, l'armée syrienne et les milices chiites pro-gouvernementales ont enclenché la marche avant :

Selon certaines sources, les loyalistes ont pris 85 km de frontière et ne seraient plus qu'à 12 km du T2. Objectif : le noeud stratégique et frontalier d'Al Boukamal / Al Qaïm sur l'Euphrate, que d'aucuns prétendent être la nouvelle capitale officieuse de l'Etat Islamique après l'encerclement désormais complet de Raqqa par les forces kurdes, la libération très prochaine de Mossoul et l'impossibilité répétée pour les petits hommes en noir de venir à bout de Deir ez Zoor.

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C'est bien possible... A moins que tout n'ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l'on pourrait assister à une détonante convergence de l'armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l'armée irakienne. Deux contre un si l'on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l'armée irakienne restera neutre : le rapport de force n'est de toute façon pas en faveur de l'empire. Le tout face à une résistance désespérée de l'EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant...

La position de faiblesse stratégique des Etats-Unis, dont les proxies "modérés" semblent définitivement bloqués dans la coquille vide d'Al Tanaf, explique peut-être la dernière provocation en date. Jeudi, un avion de la coalition US a effectué un bombardement sur une position daéchique dans la région de Palmyre, assistant de facto les loyalistes qui avancent lentement mais sûrement dans la zone.

Si l'empire voulait aider Assad, ça se saurait. Il s'agit bien évidemment ici d'une bravade vis-à-vis de Moscou qui a cadenassé le ciel syrien à l'ouest de l'Euphrate après l'incident du Su-22. Message subliminal : Puisqu'on aide l'armée syrienne contre l'EI, vous seriez mal inspirés de nous descendre... On imagine que pendant quelques secondes, les officiers russes du système de défense anti-aérien ont été placés dans une expectative assez troublante. Rien de bien méchant en soi, c'est simplement le petit jeu d'agaceries qui continue.

Au Kremlin, on se doit de garder la tête froide - ce qui ne devrait pas être trop difficile pour le judoka joueur d'échecs. La situation sur le terrain est éminemment favorable, ce n'est pas le moment de gober les grossiers hameçons américains.

Si la mort du "calife Ibrahim" se confirme, ce serait une énorme victoire en terme de relations publiques (d'où le silence assourdissant de la MSN occidentale qui a fait le strict minimum sur ce sujet pourtant ô combien médiatique). Pendant que l'Idlibistan est à nouveau le théâtre de bisbilles intra-barbues, l'armée syrienne avance partout : outre les fronts déjà mentionnés ci-dessus, la route Ithriya-Resafa devrait bientôt être contrôlée, créant un appétissant kotel daéchique qui commence d'ailleurs à être réduit.

Le 4+1 est en pleine bourre tandis que le Conseil de Coopération du Golfe n'en finit pas de s'enfoncer dans la crise. L'ultimatum de 10 jours (dont la fermeture de la base turque !) lancé par l'Arabie saoudite et ses alliés au Qatar est évidemment inacceptable pour Doha et ne peut qu'être refusé. Si un conflit ouvert reste tout de même improbable à ce stade, une guerre froide de quelques années est tout à fait possible au sein de la filiale moyen-orientale du camp autoproclamé du Bien, ce qui met Washington dans un embarras extrême.

A Moscou et à Téhéran, au contraire, le sourire va jusqu'aux oreilles. Aussi, dans le contexte actuel, tout le jeu pour l'ours consiste à montrer les dents sans utiliser ses griffes, en se laissant simplement porter par le vent de l'Histoire. Nul doute que d'autres provocations auront lieu, auxquelles il faudra ne pas répondre tout en grognant assez fort pour qu'elles ne se répètent pas trop souvent.

A l'instant, Israël a d'ailleurs bombardé des positions syriennes dans l'extrême-sud alors que l'armée est aux prises avec Al Qaeda. Réaction infantile, sur un théâtre secondaire faut-il préciser, de Bibi ben Laden, impuissant devant la reconstitution de l'arc chiite.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

samuel 25/06/2017 08:21

Bonjour,

Merci de nous tenir informé, mais voilà à la lecture de tous les propos forts judicieux des uns et des autres sur l'évolution des lignes, je ne peux m'empêcher de me poser une question, que vont devenir tous les mercenaires et autres barbus à la solde de l'empire décadent, si par exemple les choses devaient se gâter, c'est ce que je retiens le plus en l'état actuel de la discussion.
Je ne sais si d'anciens généraux Français se sont penchés sur la question, c'est pourquoi je pense que Madudu fait bien de revenir là dessus selon Machiavel. Je vous fait part de cela, car dans un tel monde au bord de l’effondrement économique, tous les mercenaires de l'empire pourraient pas moins en finir par faire chanter les États les plus impliqués faute de soutien aérien sur le terrain. Et puis il faut bien essayer de donner du sens à tout ce qui se passe, sinon on se raconte pas la cata économique.

la grive 26/06/2017 08:14

Pour rebondir sur votre remarque OG, je pense qu'on peut pousser la distinction plus loin et que, selon l'interlocuteur, on peut séparer les indésirables des potentiellement utiles.
En se mettant à la place des chefs de projets des département des nuisances occidentaux, il y a des profils qu'il serait dommage de perdre. Je pense aux barbus du Caucase, les ouighours voir les indonésiens...

samuel 25/06/2017 21:35

En l'heure actuelle je vois mal l'économie mondiale repartir, surtout que tout cet effondrement civilisationnel pourrait pas moins produire d'autres métastases plus ou moins incontrôlables, comme si la tournure des événements pouvait de nouveau nous amener à se dire que ce n'est pas encore l'escalade la plus signifiante.
Néanmoins, n'étant pas de nature pessimiste, j'essaie malgré tout de suivre l'optimisme ambiant, cad médiatique, car c'est important pour l’utopie Européenne.
Après nous ne pouvons pas toujours voir les choses en noir ou en rose lorsque tout devient pas moins impossible dans le tout relativisme général, hum pas évident de rester lucide ou prolixe au sujet de la tournure des événements, comme je ne peux m'empêcher de penser au tableau périodique des éléments. Vous imaginez la déflagration si cela devait empirer, à vrai dire tout cela n'augure rien de bon, je me demande si toutes ces zones de désescalade pourront suffire, avec des forces qui tiennent pas parole.

Madudu 25/06/2017 20:02

Il y a quand même quelques métastases dispersées ici et là, Daesh est présent en Afrique via Boko Haram, aux Philippines, en Afghanistan, ...

Après, est-ce que ces métastases représentent un problème significatif en dehors d'Afrique noir ? Je ne sais pas.

Observatus geopoliticus 25/06/2017 16:24

@ Samuel
Salammbô... ^^
Il convient de distinguer entre barbus nationaux et barbus internationalistes. Dans la première catégorie, Ahrar al-Cham, l'ASL et ses innombrables groupuscules plus ou moins islamisés... Eux resteront vraisemblablement en Syrie, dans les zones de désescalade tant qu'elles tiennent. La question intéressante est : que fera Damas une fois l'EI vaincu dans l'est et son territoire repris ? La Syrie conservera-t-elle longtemps ces zones ou l'armée s'attachera-t-elle à les réduire ? A voir...
Dans la deuxième catégorie (les internationalistes), on a principalement deux groupes : Daech et Al Qaeda. Le premier est totalement encerclé par des forces hostiles. Direction : le paradis aux 99 vierges. Le second pourra sortir des zones de désescalade via la Turquie, le Liban ou Israël. Pas rassurant...

Ady85 24/06/2017 23:00

Même si je sais qu'en Syrie les barbus tiennent encore de gros morceaux de territoires (Deir Ez Zor notamment), s'ils venaient à perdre de plus en plus de territoires, de villes, de lieux stratégiques , un retrait / repli du SYRAK est-il possible ?

Si oui, vers ou toute ces masses jihadistes pourrait affluer ? Turquie ? Asie ? Afrique ? Europe ?

Merci :)

Observatus geopoliticus 25/06/2017 16:15

@ Ady
Massivement, ils n'afflueront nulle part car ils sont totalement encerclés par des forces hostiles (loyalistes syriens, Kurdes, UMP et armée irakiennes, Iraniens). Une minorité réussira forcément à se faufiler à travers les mailles du filet, mais pour la majorité, ce sera le paradis aux 99 vierges...

Nour 24/06/2017 19:57

Pardon pour les fautes d'orthographes... et Salutations à tous les lecteurs et à notre pourvoyeur de régalades géopolitique O.G. !

Nour 24/06/2017 19:54

1) MSN = MainStream (Fake)News (corporations)) a.k.a. la propaganda staffel qui après tant d'années à expliquer qu'elle était le camp du bien de la liberté et des chatons se retrouve à supporter les wahhabites buveurs de sang et les néo-nazis ukrainiens pour satisfaire les maîtres pourvoyeurs de fond... cependant pour éviter le dédoublement de personnalité les journalopes de la presstituée ont trouvé le moyen de d'auto-persuader que leurs maîtres étant intrinsequement bons et pour la liberté tous leurs ennemis devaient forcément être des tyrans tortionnaires de leurs propres peuples... l'élection du Donald et les bisbilles des chameliers les forcent à utiliser des miracles de contorsions psychologiques pour éviter l'hôpital psychiatrique...

2) Les provocations saoudo-américano-israeliennes vont augmenter leur armée de mercenaires s'écroulant partout... Les Kurdes syriens vont devoir réfléchir à deux fois avant de prendre la décision de suivre le maitre américain jusqu'au bout de ses plans... Evidemment ils ne pouvaient dire niet aux américains sachant que dans ce cas-là le Sultan Gollum aurait eu toute liberté pour donner du travail à son armée d'Afrin à Hassaké...

3) MBS a.k.a. le prince Abdallah dans Tintin semble avoir poussé à la guerre au Yémen, en Syrie et maintenant avec le Qatar seulement pour allumer des contrefeux et resserrer son pouvoir sur le clan Saoud et acccéder au trône sans guerre intra-saoud... Maintenant qu'il semble aller tout droit au trône va-t-il calmer le jeu ou doubler la mise... Le Moyen-Orient semble vraiment etre une véritable tragédie grecque pour l'Empire US/Saoud/Israël : Ne rien faire et voir un bloc uni se former là où l'investissement consenti devait à jamais désunir, Jouer leur va-tout et voir Poutine distribuer les armes de pointe ? That is the question.

Observatus geopoliticus 25/06/2017 16:12

De toute façon, on ne voit pas trop ce que les Kurdes syriens ont à gagner à se plier ainsi aux exigences saoudo-américaines.
L'indépendance formelle semble hors de question puisque aucun Etat de la région ne l'acceptera. Aussi peuvent-ils viser réellement l'autonomie... qu'ils ont déjà et que personne ne leur reprendra (à moins de plusieurs années supplémentaires de guerre, ce que ne veut vraisemblablement pas Damas).
Donc pourquoi ne pas rester tranquillement sur son quant-à-soi et, au contraire, jouer aux hommes de paille de l'empire ?

Madudu 25/06/2017 10:48

Les kurdes font partie des forces les plus efficaces et les plus "propres" politiquement en Syrie, alors pourquoi paieraient-ils quoi que ce soit ?

Qu'il y est des tensions est dans l'ordre des choses, surtout dans des moments comme celui-ci où se jouent les rapports de force futurs entre les uns et les autres.

Les gens de guerre réalistes ne s'en vont pas saboter une paix chèrement payée pour des escarmouches faites en temps de guerre, ça n'a pas de sens.

Alaric 24/06/2017 23:41

Je pense au contraire que leur agressivité actuelle vis à vis des loyalistes se paiera très cher une fois le brouillard de guerre levé . les états unis les utilisent et les jetteront plus tard comme ils l'ont fait tant de fois avec leurs alliés


Sans l'appui américain, ils ne peuvent peser sur rien : ils n'ont pas de frontière internationalement reconnue , pas de ressources (à qui vendre leur pétrole chèrement repris à l'EI ? Assad paye toujours les salaires des fonctionnaires travaillant dans le Rojava ... )

Madudu 24/06/2017 22:23

Ils font des compromis, mais des compromis au profit du projet indépendantiste kurde.

Lorsque les frontières intérieures de la Syrie seront établies, après la guerre, les tenants de ce projet auront à faire des compromis probablement très différents, et sans doute dans un autre sens que celui de la diplomatie du deep state US.

Alaric 24/06/2017 21:32

Les kurdes aux services de l'empire font déjà beaucoup de choses contraires à leurs intérêts (provocations envers les loyalistes et les russes, compromissions avec l'arabie saoudite , tentatives de freiner l'avancée loyaliste vers Deir ezzor ...)

Ils ont très peu de marge de manoeuvre, étant entouré d'etats ou de groupes hostiles: Turquie et ses proxies, Etat Islamique, Barzani, loyalistes ) et dépendent totalement des USA pour l'appui aérien et l'armement

Madudu 24/06/2017 21:07

Vous faites bien de faire remarquer que l'Empire se bat par l'intermédiaire de "proxies", terme qui devrait être remplacé par le plus ancien et plus transparent, ainsi que vous le faîtes, "mercenaire".

Machiavel déjà prévenait dans "Le prince" : les mercenaires coûtent cher, servent toujours leurs intérêts en premier lieu et ne sont fiables que lorsque la victoire semble promise.

Les mercenaires en position de force n'écoutent pas leur maître, le reste du temps leur réputation est très surfaite.

Aussi Machiavel conseillait de n'avoir jamais recours aux mercenaires, qu'il valait mieux une armée régulière loyale et efficace que l'on entretien en permanence.

Et effectivement nous verrons bien ce que les kurdes feront le moment venu, lorsque les US leur demanderont ce faire ce à quoi ils n'ont pas directement intérêt ^^

la grive 24/06/2017 19:47

Quelqu'un aurait de l'info sur Akashat en Irak ? Sur certaines cartes récentes (comme la 1ère du billet) elle apparaît en rouge mais il ne me semble pas avoir vu passer la nouvelle de sa libération. D'ailleurs, la jonction est-elle clairement établie ?

la grive 26/06/2017 08:16

Oui c'est vrai, j'avais oublié la visite de Soleimani au front. Je me demande où en sont les irakiens sur la route d'al Qaim.

Observatus geopoliticus 25/06/2017 16:08

@ La grive
La jonction a eu lieu puisque des vidéos ont émergé auxquelles j'ai renvoyé ici même. Il y a quelques jours, Daech avait lancé une contre-attaque éclair sur un poste irakien, mais sans lendemain apparemment...

Zebulon 24/06/2017 18:47

c'est quoi, au fait, la "MSN" ?

Madudu 24/06/2017 22:26

Il a demandé la signification de "MSN" et non pas de "MSM" !

Quand bien même, encore une fois, c'est la même chose ^^

Charles Michael 24/06/2017 21:25

Zebulon, Madudu,

MSM : main Stream Media
littérallement: Media du courant principal.

dans son usage le courant principal (Main Stream) est le reflet de la pensée dominante reprise en choeur par les media. Nettement péjoratif surtout après les concentrations type Murdoch, Altice, Berlusconni, etc...
pensée et media dominants donc car aussi de plus grande circulation/audience et ancrés dans les habitudes de fréquentations ou de consommation.
d'où le concept de Pensée Unique et de Ministère de la Vérité (Orwell)

tout ça, tout ça jusqu'à Internet et des cites comme Chroniques du Grand Jeu.
héhé.

Madudu 24/06/2017 19:46

J'aurais dis "Main Stream Network", mais ça correspond bien à la même chose ^^

Nicolas 24/06/2017 19:14

Main Stream News
les nouvelles grand public (TF1, CNN, AFP... la grande journalopperie quoi)

Charles Michael 24/06/2017 18:02

Devant la cavalcade des nettoyeurs Harpic, Monsieur Propre perd ses part de marché. Qu'il est doux le glou-glou du bidet daeshique quand il se débouche.

Bon, le Qatar vient de refuser, en termes diplomatiques, les 13 conditions des ennuques associés qui ne parlent plus trop de réactions militaires (bbc world news).
Week end à la plage ?
ou Tweetos de l'homme orange ?