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Chroniques du Grand jeu

La nouvelle guerre perdue de l'oncle Sam

1 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Asie centrale, #Etats-Unis, #Russie, #Chine, #Gaz

Afghanistan. Dix-sept ans de guerre. 3 500 soldats de l'OTAN tués dont 2 400 Américains. Des dizaines voire des centaines de milliers de morts civiles. Coût : 800 milliards de dollars. Résultat : xxxxx. Le tombeau des empires, coeur géographique du Grand jeu et de l'Eurasie, a encore frappé...

Britanniques, Soviétiques et Américains s'y sont cassés les dents, Gengis Khan lui-même a dû s'y reprendre à deux fois. Royaume de l'insolence, uni et génial quand il s'agit de bouter l'ennemi étranger, désuni et en guerre civile le reste du temps, l'Afghanistan se retrouve aujourd'hui à la croisée des chemins entre l'OCS sino-russe, qu'il veut rejoindre, et les Etats-Unis, qui se retirent du pays après quatorze années de non-victoire.

Les Talibans sont partout à l'offensive, malgré des pertes parfois importantes, malgré aussi leurs récentes divisions. Ils contrôlent tout le sud (leur vivier pachtoune), apparaissent à l'extrême nord-est (en bordure du Tadjikistan), à l'extrême nord-ouest (à la frontière du Turkménistan), à Kaboul qu'ils attaquent régulièrement...

Il ne fallait pas être grand clerc pour annoncer la couleur ; la dynamique du conflit et l'histoire afghane ne pouvaient qu'aller dans le sens taliban. Le retrait officiel de l'ISAF fin 2014 ne faisait qu'entériner l'échec et ce ne sont pas les quelques 10 000 militaires encore sur place qui pourront vaincre la guérilla alors que 130 000 n'avaient pu le faire au plus fort du Surge décidé par Obama.

Les forces de sécurité afghanes payent le prix lourd : 4 600 morts en 2014,  5 000 en 2015, 6 800 en 2016. Ces pertes étaient déjà qualifiées « d’insoutenables » à moyen-terme par les généraux américains il y a deux ans. Or il n'y a aucune raison que la tendance s'inverse, bien au contraire...

Les Talibans sont à l'offensive et les seules victoires dont peut se targuer Kaboul ont lieu... au cricket. Un district stratégique - Sangin - a encore été conquis la semaine dernière malgré l'infantile sauvetage de face US ("Le retrait de Sangin était prévu de longue date") et 2017 devrait voir une attaque générale des capitales provinciales.

Récemment, une agence américaine révélait que le gouvernement central ne contrôlait plus que 57% du pays. Cela corrobore plus ou moins un rapport taleb qui, loin de tomber dans la propagande habituelle de cette mouvance, est considéré comme relativement mesuré et objectif par les observateurs. Sur les 350 districts étudiés, les Talibans en contrôleraient totalement ou partiellement entre 171 (estimation basse) et 211 (estimation haute) :

Noir : contrôle total. Rouge : 70-99%. Orange : 40-69%. Jaune : 10-39%. Vert : 0-9%.

On le voit, l'avenir est sombre pour le pouvoir à Kaboul. Les Talibans sont tellement confiants de leur reprise du pouvoir qu'ils s'engagent d'ors et déjà à "protéger" les infrastructures du pays (dont le fameux TAPI, nous y reviendrons).

Il n'en fallait pas plus pour que certains généraux américains s'en prennent à devinez qui, accusant à demi-mot la Russie de soutenir les Talibans, s'attirant une réponse cinglante de Moscou : "élucubrations visant à justifier l'effondrement américain en Afghanistan". Assiste-t-on à un énième épisode de la guerre rhétorique du système impérial contre l'ours, selon la simplissime formule De toute façon, c'est la faute à Poutine ?

Il y a de cela, mais les choses sont tout de même un peu plus compliquées... Les premières accusations ont fleuri en décembre, venant à la fois des Etats-Unis mais aussi d'officiels afghans, parfois en des termes quelque peu délirants pour ces derniers. Si les rumeurs sur des livraisons d'armes sont presque certainement à exclure - les Américains et leur soutien matériel aux inénarrables "modérés" de Syrie sont de toute façon mal placés pour faire la morale -, Moscou ne cache aucunement ses ouvertures aux Talibans, peut-être via l'ISI pakistanais d'ailleurs :

Les intérêts de la Russie "coïncident objectivement" avec ceux des Taliban dans la lutte contre l’organisation de l’État islamique, a déclaré, mercredi 23 décembre, Zamir Kabulov, chef de département au ministère russe des Affaires étrangères. D’après ce dernier, le Kremlin a ouvert des canaux de communication avec les Taliban pour procéder à des échanges d’informations.

"Les Taliban d'Afghanistan comme les Taliban du Pakistan ont déclaré qu'ils ne reconnaissaient pas (le chef de l'EI) Al-Baghdadi comme calife, qu'ils ne reconnaissaient pas l'EI (...) et ils portent déjà des coups durs à l'EI", a justifié le diplomate. Contactée par l’AFP, la porte-parole du ministère de Affaires étrangères Maria Zakharova a confirmé l’existence d’intérêts communs entre Russes et Taliban. "Cela entre dans le cadre de la lutte contre l’organisation de l’État islamique " a-t-elle précisé.

(...)

Toutefois la Russie continue de considérer le mouvement Taliban comme une organisation terroriste, interdite sur son sol, au même titre que l’EI. D'ailleurs, Moscou le qualifie régulièrement de menace, surtout depuis que les Taliban contrôlent des territoires afghans proches de la frontière avec le Tadjikistan, ex-satellite de l’Union soviétique et allié de la Russie.

Le Kremlin a récemment renforcé sa présence au Tadjikistan, avec la livraison de nouveaux hélicoptères en octobre pour sa base militaire située à proximité de Douchanbé, la capitale tadjike.

Tout est dit. La Russie, comme l'Iran d'ailleurs qui a lui-aussi ouvert des canaux de communication, n'ont, c'est le moins qu'on puisse dire, aucun sympathie particulièrement pour le fondamentalisme sunnite taleb, mais celui-ci est vu comme un moindre mal face à l'Etat Islamique. Moscou craint plus que tout une infiltration djihadiste dans le ventre mou centre-asiatique et les Talibans apparaissent naturellement comme le meilleur bouclier. C'est d'ailleurs ce dont se plaignait le commandant US en Afghanistan, le général John Nicholson : "La Russie a donné une légitimité aux Talibans, évoquant l'idée que ce sont eux, et non le gouvernement afghan, qui luttent contre l'EI".

En l'occurrence, il est difficile de donner tort aux Russes : si Daech n'a pas pris son envol au royaume de l'insolence, c'est principalement dû aux Talibans, ainsi qu'aux milices privées et aux drones US, pas à l'armée afghane. La contradiction de voir ces deux groupes fondamentalistes en découdre n'est qu'apparente comme nous l'expliquions :

Ce qu'on appelle "islamisme" est tout sauf uni. Sans entrer dans le détail des innombrables écoles et obédiences qui passent leur temps se chamailler - et quand ces gens-là se chamaillent, c'est généralement à la kalachnikov -, on peut très schématiquement diviser le mouvement en deux : les islamistes "nationaux" et les islamistes "internationalistes". Les premiers ont un agenda purement national et se moquent comme d'une guigne des rêves de califat universel ou de terrorisme global : Hamas palestinien, Talibans afghans et pakistanais, Armée Islamique en Irak dans les années 2000... Les seconds, djihadistes planétaires, passent d'un pays à l'autre, d'un combat à l'autre : Al Qaida et plus récemment Etat Islamique. Ces deux branches de l'islamisme n'ont jamais fait bon ménage et ça ne date pas d'hier. On se rappelle par exemple les combats enragés entre Al Qaida en Irak et l'Armée Islamique d'Irak ou le massacre de centaines de djihadistes qaédistes par les Talibans dans les zones tribales pakistanaises. Aujourd'hui, l'Etat Islamique s'en prend régulièrement aux rebelles syriens pourtant islamistes eux aussi, le Hamas combat l'émergence de l'EI dans la bande de Gaza, tandis que les Talibans et ce même EI s'envoient des bourre-pifs en Afghanistan. Ce ne sont pas seulement deux mouvements concurrents qui s'affrontent, ce sont deux conceptions du monde, toutes deux islamistes certes, mais très différentes par ailleurs.

Ajoutons que les Talibans se sont d'une certaine façon "responsabilisés" depuis leur première domination des années 1996-2001, comme le montre l'épisode suivant que nous rapportions il y a deux ans :

L'expansion de l'EI est prise tellement au sérieux que les Hazaras chiites, pourtant peu amis des fondamentalistes sunnites, ont demandé la protection des Talibans face à cette nouvelle menace. Aux dernières nouvelles, les Talibans ont accepté, ce qui ne manque pas de sel quand on sait qu’ils ont brimé pendant des années ces Hazaras, considérés comme "hérétiques". Le mouvement du mollah Omar (celui qui a échappé à moto aux bombardiers US en 2001) est-il en train de s’embourgeoiser, de devenir le garant de la sécurité afghane ?

Nous y sommes peut-être. Protection non sectaire des minorités (un comble pour les destructeurs des Bouddhas de Bamiyan !), protection des infrastructures (voir plus haut) : le mouvement taleb veut maintenant apparaître comme le gardien de l'intérêt national. Et vu qu'il contrôle peu ou prou la moitié du pays, il est illusoire de parier sur sa défaite. C'est sans doute le calcul qui a été fait à Moscou, Téhéran et Pékin. Et Islamabad bien sûr, qui reste congénitalement liée au mouvement qu'elle a créé il y a plus de deux décennies.

Lors d'un sommet tripartite en décembre à Moscou, Russes, Chinois et Pakistanais se sont accordés sur la nécessité d'une "approche flexible visant à retirer de la liste de sanctions certains membres du mouvement afin de favoriser un dialogue pacifique". Notons que ni les Américains ni les dirigeants afghans n'étaient invités...

De leur côté, les Talibans ont connu une frénésie diplomatique, envoyant des émissaires rencontrer des officiels iraniens, chinois, russes et, chose intéressante, des -stan d'Asie centrale, ce qui pourrait sous-entendre la promesse de ne rien entreprendre au-delà des frontières afghanes en échange, à terme, d'une reconnaissance officielle. Une délégation se serait même rendue à Pékin à l'invitation du gouvernement chinois début mars.

Le même jour, prenant prétexte d'une brève incursion de soldats chinois en territoire afghan à la poursuite de militants séparatistes ouïghours, l'EI a publié une vidéo au ton menaçant : "Vous les Chinois qui ne comprenez pas le langage des autres gens [sic], nous viendrons chez vous et déverserons des torrents de sang". Nul doute qu'au-delà du prétexte initial, le flirt entre le dragon et les Talibans doit être très mal vécu chez les petits hommes en noir. Et pour cause : Pékin comme Moscou ou Téhéran veut l'éradication de Daech en Afghanistan, étant prêt pour cela à s'allier aux Talibans.

Dans un contexte de reflux de l'empire américain, le triangle eurasien souhaite mettre un terme à cette guerre sans fin au coeur du continent-monde, cette tache rouge au centre de l'Organisation de Coopération de Shanghai...

Un Afghanistan apaisé profiterait aux Routes de la Soie chinoises comme au projet russe de corridor Nord-Sud, pour l'instant obligé de longer la Caspienne. Gazprom rêve d'une route vers le Pakistan et l'Inde pour y lancer ses pipelines et passer par l'Afghanistan permettrait d'éviter les toits du monde - Himalaya et Pamir.

Mais ironie du sort, la paix serait également susceptible de permettre enfin le passage de l'ineffable, l'indescriptible TAPI. Un petit retour s'impose sur l'histoire rocambolesque de ce gazoduc qui mêle Grand jeu, terrorisme et empire :

Avec la Russie, l'Iran et le Qatar, le Turkménistan fait en effet partie du carré d'as de l'or bleu, dont les fabuleuses réserves de gaz représentent jusqu'à 2/3 des réserves mondiales selon certaines estimations. Dès la chute de l'URSS, les Américains, soucieux d'enfoncer un coin au coeur du Heartland, ont vu dans le pays des Turkmènes une carte à jouer pour leur grand projet de désenclavement des richesses énergétiques de la Caspienne. N'est-ce pas Dick Cheney, futur vice-président de Bush junior et grand pétrolier devant l'éternel, qui déclarait en 1998 :

« A ma connaissance, l'émergence soudaine d'une région comme la Caspienne en tant qu'acteur stratégique n'a pas d'équivalent historique. »

Le plan US consistait (et consiste toujours si tant est qu'il se réalise un jour) à créer deux routes d'évacuation - une à l'ouest et l'autre au sud-est (en bleu sur la carte), court-circuitant comme de bien entendu la Russie et l'Iran et divisant l'Eurasie :

(...)

La route ouest étant quasi certainement définitivement bloquée pour le gaz turkmène (rendant illusoire le corridor sud rêvé par les eurocrates, comme nous l'avons expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog), reste la route sud-est, autre mirage s'il en est. Le fameux TAPI, gazoduc devant passer par le Turkménistan, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde. Celui-ci aussi, nous l'avons évoqué plusieurs fois...

Le projet débute dans les années 90, l'âge d'or de l'empire (ou de la folie impériale) comme nous l'avons vu. Chose curieuse, c'est une compagnie argentine, Bridas, qui la première en eut l'idée. Très vite cependant, la texane Unocal rejoignait la danse, supportée par les poids lourds du lobbying diplomatico-énergétique US ainsi que par la famille royale saoudienne (présence de Delta Oil dans le consortium). Le petit poucet Bridas réagit alors en s'alliant avec une autre compagnie saoudienne, Ningarcho, alignée sur le prince Turki el-Faisal, le tout-puissant chef des services secrets de Riyad, puis fusionnant l'année suivante avec l'américaine Amoco, elle-même liée à BP.

Voilà qui rééquilibrait singulièrement le poids des lobbyistes. D'un côté, l'alliance Bridas-Ningarcho-Amoco-BP soutenue par Turki, Brzezinski (conseiller d'Amoco !) ou encore James Baker, l'ami de toujours de la famille Bush. De l'autre, Unocal, parrainée par Dick Cheney, le roi Fahd, Kissinger (conseiller d'Unocal !), Hamid Karzaï (futur président afghan) ou Armitage. L'establishment américain mais aussi saoudien étaient divisés : un vrai panier de crabes...

La passe d'armes déjà complexe était rendue encore plus ardue par la confusion et les intrigues sur le terrain. Le Pakistan et le Turkménistan de notre fameux Niazov (celui qui aimait tant sa maman) furent retournés par Unocal après d'intenses séances de "persuasion". Restait l'Afghanistan où Bridas possédait encore une longueur d'avance. Ben Laden lui-même s'en était mêlé, conseillant à ses hôtes talibans de signer avec la société argentine. Mais les enturbannés du mollah Omar préféraient attendre et faire monter les enchères ; c'est à cette époque qu'une délégation talibane fut invitée au Texas et à Washington (ainsi qu'à Buenos Aires pour bien faire).

Elu fin 2000, Bush junior prit le parti d'Unocal et relança les négociations avec les Talibans, mais celles-ci butèrent sur les frais de transit exigés par les "étudiants" en théologie. Furieuse, l'administration américaine envoya un émissaire de la dernière chance début août 2001 pour rencontrer une ambassade talibane à Islamabad. C'est au cours de cette réunion qu'aurait été prononcée cette fameuse phrase : "Acceptez notre tapis d'or ou nous vous enterrerons sous un tapis de bombes". Un mois plus tard, les tours du World Trade Center tombaient et il n'était plus question de négociations ni de tapis d'or...

Mais de TAPI de gaz, il était toujours question ! Certains des principaux soutiens d'Unocal étaient installés au pouvoir (Karzaï à la présidence, Khalilzad comme envoyé spécial puis ambassadeur US à Kaboul) avec pour mission de mener le projet à bien. Toutefois, ce n'est pas pour rien que l'Afghanistan est surnommé le tombeau des empires. Quinze ans après, la guerre fait toujours rage, les Talibans contrôlent des provinces entières tandis que l'Etat Islamique a réussi à s'implanter partiellement. Dans ces conditions, faire passer un gazoduc est aussi probable que de voir le Vatican battre la Nouvelle-Zélande dans un match de rugby...

Exit, donc, la route sud-est, même si Washington et ses officines font encore semblant d'y croire. L'ours peut dormir sur ses deux oreilles. De toute façon, le gaz turkmène alimente désormais principalement la Chine (en rouge sur notre première carte). Le CAC (Central Asia-China) a été inauguré en 2009 et des lignes supplémentaires ont été ajoutées les années suivantes, pour une capacité totale de 55 Mds de m3 par an. Du moment que ça se passe au sein de l'OCS, ça ne gêne pas vraiment les Russes qui ont d'ailleurs débuté les gigantesques chantiers du Force de Sibérie et de l'Altaï, contrats monstrueux signés en 2014 et 2015. L'appétit énergétique du dragon et sa volonté de remplacer impérativement le charbon qui rend ses villes invivables sont tels que ces trois gazoducs ne se feront pas concurrence. Il se peut même qu'ils ne suffiront pas.

Afin de déjouer les plans de l'empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l'habitude d'acheter d'importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l'or bleu d'Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

Verra-t-on, grâce à la complicité passive de Moscou, Téhéran et Pékin, une victoire talibane définitive contre le gouvernement afghan pro-américain, victoire qui permettrait, avec 20 ans de retard et à un moment où Washington est passé à autre chose, la réalisation du TAPI, projet chéri par feu le système impérial ? Les Dieux géopolitiques sont décidément bien facétieux...

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Lodhar 25/04/2017 16:56

Belle recherche historique. Toujours très intéressant, merci.

Observatus geopoliticus 25/04/2017 23:13

@ Lodhar
Merci à vous. Effectivement, la géopolitique et les évolutions internationales ne sont intelligibles que si l'on a un logiciel historique (et je dirais aussi géographique) pour les décrypter. L'un comme l'autre manquent cruellement dans la "presse" française...

patrick 04/04/2017 17:29

Bonjour O.G
Je vous suis depuis un bon bout de temps mais jusqu'ici en mode "liseur". MERCI de nous sortir de la caverne dans laquelle les grands médias nous y ont longtemps maintenus.
Vos billets me permettent d'avoir une meilleure compréhension des batailles géopolitiques en cours. La justesse de vos analyses ainsi que la qualité des intervenants rendent ce blog encore plus passionnant. VIVE l'INFORMATION, LA VRAIE.

Observatus geopoliticus 04/04/2017 18:32

Merci à vous, cher Patrick. Et n'hésitez pas à commenter plus souvent.

Posadagr 03/04/2017 23:07

Bonjour,

Une petit commentaire en lien avec l'actualité (rien à voir avec l’Afghanistan mais avec la guerre des tubes et le projet ue-israël de gazoduc de l'EastMed).
Quelques heures avant l'effroyable attentat de St Petersbourg ... L'UE, la Grèce, Chypre, l'Italie et Israël ont annoncé la réalisation de ce gazoduc méditerranéen ambitieux. Qui vise à exploiter des stocks très important de gaz dans la région (L'article ne parle pas des réserves au large de la Crète qu'il faut également prendre en compte). On peut difficilement contredire le Figaro sur le fait qu'il viserait "à réduire la dépendance européenne au gaz russe"..
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/04/03/97002-20170403FILWWW00142-futur-gazoduc-sous-marin-en-mediterranee.php

On remarquera sur cette map une flèche rouge partant de Syrie... bien optimiste ...
http://www.capital.gr/Content/ImagesDatabase/p/620x380/crop/both/1b/1bb7e6e47ee14119addd53261066f0a4.jpg

Posadagr 04/04/2017 14:50

Génial :-)

Observatus geopoliticus 03/04/2017 23:20

@ Posadagr
Normalement, j'en parle demain. laissez durer le suspense... ^^

Euclide 03/04/2017 09:23

Erreur de ma part en ce qui concerne le livre de Jean Luop Izambert sur Metamag du 30 mars;
C'est " Trump face à l'Europe" Ou comment les Etats Unis menent leurs guerres depuis le continent européen.
Bonne semaine à tous et toutes.

Euclide 03/04/2017 07:22

Revue de presse de la semaine..
Vu sur le blog " Metamag" du 28 mars 2017 , 2 articles plus promo pour 1 livre;
L'un de Jean Claude Empereur avec comme titre " Atlantisme et eurasisme. Encerclement et contre-encerclement du monde au XXIème siecle";
L'autre de Argoul avec comme titre " tectonique migratoire".
Il y aussi un autre article de JC Izambertà propos de la sortie d'un livre sur la politique d'hégémonie des States à travers l'OTAN en Europe. Ah ! si les allemands savaient .

Observatus geopoliticus 03/04/2017 23:29

@ Euclide
"Atlantisme et eurasisme. Encerclement et contre-encerclement du monde au XXIème siècle"
C'est pile-poil notre problématique. J'y jetterai un oeil (ou les deux).

Euclide 03/04/2017 07:07

Pour vous OG ,
Un nouveau géopoliticien découvert récemment qui s'appelle Pierre- Emmanuel Thomann président du blog " Eurocontinent" à propos des 60 ème anniversaire du traité de Rome et du Brexit.
Titre du billet " la rivalité géopolitique franco-allemande est au coeur de l'Union Européenne"
Il traite ,aussi, de l'Eurasie mais c'est en english.

Observatus geopoliticus 03/04/2017 23:30

@ Euclide
Bof, aucune rivalité réelle, ce sont deux sages pions du système impérial mis en place en Europe dès la fin de l Seconde Guerre Mondiale.

jef 03/04/2017 02:38

@ theuric
"La féminisation de l'homme" ou la négation du sexe.
" L'infantilisation de l'homme et de la femme" ou la négation de l'âge.
" L'animalisation et/ou la chosification de l'homme, de la femme et de l'enfant" ou la négation de la raison et d'abord de la pensée. Primat donné à la sensibilité , voire à l'existence massive (si l'on préfère: conditionnante: gloire à Gaia! Mort aux humains qui la pollue!)

1) J'ai une estime mesurée pour René Girard. Philosophiquement, je suis hégélien. Enfin, dans la mesure où je comprends Hegel.
2) Je remercie notre hôte d’accueillir nos échanges. D' où pirouette: l'Oncle Sam perdra les guerres à venir comme d'habitude par manque de mesure!
Bien à vous.

theuric 03/04/2017 13:21

Cher Jef,
Je suis personnellement de ce que nous pourrions appeler un penseur brut, à l'image d'un facteur Cheval ou d'un douanier Rousseau qui, eux, étaient dé signés comme étant des artistes brut.
Bien que lecteur d'essais, je n'aborde pas vraiment la philosophie mais plutôt les sciences dans toutes leur dimensions.
Ainsi, je pense que la dernière guerre que mènera Tonton Sam sera interne, civile, bien que longtemps je tergiversais entre un éclatement apaisé, un coup de force militaire, un délitement anarchique voire une continuité légaliste.
Saviez-vous que nombre de personnalités font bâtir des abris souterrains aux U.S.A.?
C'est parait-il un marché florissant là-bas.
Les chinois disent quelque chose du genre: "les murailles enferment autant qu'elle protègent."
Intéressant, non?
Bien à vous.

fb67 02/04/2017 23:33

@OG
Virtuose, vous l'êtes sans aucun doute, j'ajouterai magistral, et vous me redonnez goût à l'histoire!

J'ai jeté un oeil à l'histoire de l’Afghanistan ces deux derniers siècles, digne de l'amérique latine avec en plus le contexte plus vaste de l’Eurasie (bon, on ne connait pas trop l'histoire pré-colombienne, çà n'a pas du être triste non plus)

Et les commentaires auxquels vous répondez ajoutent encore à l'intérêt de la chose: un blog irremplaçable, sans troll, que nous défendrons au mieux.

Une dernière question: j'ai entendu parlé de réserves de gaz assez importantes, sont-elles exploitées, et par qui?

Observatus geopoliticus 03/04/2017 23:25

@ Fb
Merci, cher Fb.
Noooon, l'Afghanistan n'a qu'environ 50 milliards de m3 de réserves gazières. Ce n'est même pas une année de Nord Stream...
Pour donner un ordre de grandeur, Gazprom toute seule a 36 000 milliards de m3 sous le coude !

jef 02/04/2017 22:14

@ theuric
"1) les êtres humains ont l'absolu nécessité de donner du sens à ce qu'ils vivent et perçoivent, au risque, sinon, du désarroi, de la dépression de la folie et de la violence, individuel et collectif, par la douleur mentale que cela induit;
2) Le cerveau humain ne supporte pas les paradoxes(...)"

Il y a des limites naturelles. Nous-mêmes en avons ou nous n'en relèverions pas. Tout le leurre de ce siècle est de nous faire croire que non et de nous en imposer de subreptices. D'où notre effroi devant ces négations des différences naturelles et l'amer constat que nos libertés se réduisent en peau de chagrin. Il est facile de s'en rendre compte en se demandant à quel portrait répondrait l'homme idéal de notre cycle politique et économique... Tout système totalitaire se reconnaît à sa promotion d'un homme nouveau...

theuric 02/04/2017 23:19

Cher Jef,
Je vous suis totalement, l'homme nouveau étant la représentation archaïque de la tentative de se représenter soi en tant qu'être humain par l'appartenance à un groupe dans la reconnaissance de soi-même par sa ressemblance à ceux qui en font parti.
Une tentative de se sentir être humain, non pas en se sachant tel, mais par l'exclusion de l'autre.
Tous les autres êtres humains disparaissant de l'humanité de par leur simple différence.
Moi et mes semblables sont les seuls humains, les autres sont autre chose, chose ou animal suivant les époques et la situation du moment.
Ce leurre conceptuel, tracé par la déstabilisation psychique des individus et de son groupe d'appartenance, ne peut que mener à la violence, parce que c'est un leurre inconscient venant d'un rétrécissement morbide de la perception de soi dans son humanité.
Qu'il soit religieux, politique, d'apparence physique, hiérarchique ou de n'importe quel autre discours porté et de sentiment animé, le fait est là, chacun de ceux le portant sait, au fond de lui-même, que celui-ci est faux par nature, que chaque être humain est être humain par nature.
C'est pourquoi l'infantilisation, la chosification, l'animalisation, et au pire l'assassina de cet autre devient nécessaire, puisque cela permet d'écarter l'angoisse existentiel que pose cet autre.
De plus, en phénomène de bouc émissaire, cet autre s'approprie de ce fait, par projection, tous les défauts, fautes, vilénies et faiblesses que le sujet, nommons le homme nouveau, ou plutôt sujet, puisqu'il s'agit de cela, d'un sujet d'étude (renvoyons à l'envoyeur), ne peut pas et veut pas reconnaître en soi et qu'il reporte sur cet autre.
L'infantiliser, l'animaliser, le chosifier ou le tuer permettant au sujet de se débarrasser à bon compte, bien que superficiellement, de ses propres manquements, ses propres complexes d'infériorités, ses propres vices, qui, dans le secret de sa psyché, il sait qu'ils ne disparaîtront jamais.
C'est pourquoi il y a toujours une autodestruction latente chez tout personne, dans toute société portant un tel rejet de la différence, cause, sûrement, de ce suicide lent des allemands par refus de l'enfantement en raison de l'immense culpabilité due aux exactions de leurs aînés lors de la seconde guerre mondiale, mais sans qu'ils puissent remettre en question leur structure sociale qui en avait généré l'avènement.
Trois aphorismes de mon cru pour conclure:

Dis moi ce que tu hais, je te dirais ce que tu es!

Tout projet de destruction provient de la fascination qu'exerce sa propre annihilation.

Toutes dominations emploient trois subterfuges sous des formes parfois subtiles, parfois vulgaires, parfois violentes:
-La féminisation de l'homme;
-L'infantilisation de l'homme et de la femme;
-L'animalisation et/ou la chosification de l'homme, de la femme et de l'enfant.

theuric 02/04/2017 21:35

Une crise économique n'arrive pas par hasard mais, à mon sens, est la résultante, certes, de déséquilibres des échanges marchands et des flux monétaires, mais aussi de bouleversements tant technologiques que conceptuels.
Or, tout ceci génèrent une déstabilisation sociétale menant à des tensions sociales pouvant facilement dégénérer en conflits tant larvés que réels, à l'intérieur d'un pays ou entre des nations.
Il est à remarquer, par exemple, l'effondrement idéologique actuel, phénomène ne touchant pas seulement la France et l'Europe, provenant de cette refondation conceptuelle.
Nous pouvons tout autant remarquer la destruction progressive, par l'empire U.S., de ce qui fut l'ensemble des institutions régulatrices mises en place, dès la fin de la deuxième guerre mondiale, par ces mêmes Etasunis, cette destruction étant généré par l'utilisation, par les U.S.A., de ces organes internationales pour leur seuls fins et intérêts de court terme.
La particularité de l'effondrement économique en cours c'est qu'il touche, à des degrés divers, toutes les régions du mondes et l'ensemble des strates sociales.
Là encore, nous pouvons percevoir autant l'extraordinaire révolution technologique de notre modernité que des violents basculements sociétaux, entre-autre politiques, qui traversent les sociétés, quand bien même cela puisse être le fait de plans longuement ourdis, l'intrigante concomitance du brexit et de l'élection de Monsieur Trump en étant un exemple magistral (je sentais venir un truc de ce genre).
En la matière, une bouleversement conceptuel ne peut qu'atteindre l'ensemble de la société et, ce, à tous ses niveaux hiérarchiques (cela voulant dire que nous en sommes naturellement tous atteint).
Plus même, les forces conservatrices et réactionnaires sont également touchées par les mêmes mouvements, ces forces s'exprimant de ce fait sur un présent et/ou un passé fantasmé et non pas réel.
Plus encore, les réflexes de type d'une rétrogression historique (retour à la religion, aux prises de positions politiques, aux convenances passées...), pouvant emporter une nation toute entière, voir tout un continent et même toutes les sociétés humaines, sont, là encore, sur une recherche collective de stabilité face aux bouleversements engendrés par ces tensions sociétales, qu'un retour sur un passé plus ou moins collectivement imaginé.
Une crise économique n'arrive donc pas seule mais est bien la résultante du bouleversement de nombreux paramètres sociaux dont nous ne sommes, le plus souvent, incapable d'en percevoir consciemment les fondements, mais qui agissent sur nous comme autant de stress collectifs pouvant être, pour chacun d'entre-nous, d'une violence inouïe.
Là se trouve la cause des risques de conflagrations pouvant, par le le lent enflement de ce phénomène dès ses débuts, traverser des décennies entières, ainsi pouvons-nous trouver l'origine des deux guerres mondiales dès l'orée de la moitié du XIX° siècle.
Ainsi pouvons-nous tout autant saisir les réflexes agressifs de l'empire U.S., déjà terriblement affaibli, dès l'effondrement de l'U.R.S.S., époque qui vit l'enflement graduel des dettes d'état et le début de perte de valeur des monnaies, au moment même où l'électronique et l'informatique commençaient à envahir autant les strates sociétales que la moindre des technologies.
A la différence près que nous ne vîmes que peu, et parfois pas du tout, émerger de nouveaux concepts qui nous auraient facilité notre adaptation à ces technologies émergentes.
Hormis un monétarisme idéologique qui n'est, à tout prendre, que l'aboutissement logique des diverses hypothèses et théories politico-économiques qui s'étaient développées depuis le XVIII° siècle, censément créé pour justifier la position sociale de chacun et les raisons pour lesquelles les sociétés ont pris la forme qu'elles ont actuellement.
Parce que n'oublions pas deux choses importantes:
1) les êtres humains ont l'absolu nécessité de donner du sens à ce qu'ils vivent et perçoivent, au risque, sinon, du désarroi, de la dépression de la folie et de la violence, individuel et collectif, par la douleur mentale que cela induit;
2) Le cerveau humain ne supporte pas les paradoxes, et si il s'y trouve confronté sans pouvoir les réduire, ce qui veut dire de trouver une cohérence entre ce qui est vécu et le sens qui en est donné, sera déstabilisé jusqu'au point de la violence meurtrière.
Sauf si les représentations mentales archétypales, les symboles, en viennent à compenser cette contradiction entre vécu et sens, ce qui est le fait du fait religieux.
D'où ce retour naturel à la religion originelle du pays et dès lors du peuple devenu séculier, ce phénomène, lié à la rétrogression historique, est observable en Russie et est en toute petite progression en France, ce qui ne pourra que s'accentuer rapidement.

UnLorrain 02/04/2017 11:30

Impeccable OG merci ! :-)

michel 01/04/2017 22:54

Bonsoir,
Quels sont les velléités américaines dans l'affaire Afghane? Je ne vous suit pas. Ce n'est donc pas plié? N'ont' ils pas fini leur paquetage?

Observatus geopoliticus 02/04/2017 00:26

C'est-à-dire que le système impérial a perdu en Asie centrale depuis longtemps. On peut même dire que l'invasion de l'Irak en 2003 avait, d'une certaine façon, déjà entériné cet échec avec une redirection partielle vers le Moyen-Orient. C'est à la fin des années 90 que l'empire a été atteint de folie des grandeurs, rêvant de s'immiscer très avant dans le coeur de l'Eurasie. Je me permets de me citer moi-même :

"En mars 1999, au moment même où les premières bombes s'abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l'OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l'URSS - les trois du Caucase et les cinq -stan d'Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique Est-Ouest et d'arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n'était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.
Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine... Europe de l'est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l'Eurasie divisée pour toujours.
C'est tout sauf un hasard si l'Organisation de Coopération de Shanghai fut créée deux ans plus tard, en réaction aux prodigieuses velléités de l'empire. Quinze ans après, où en sommes-nous ? L'Europe orientale est certes passée sous la coupe états-unienne mais pas le Caucase, la Turquie s'éloigne inexorablement, l'Asie centrale est solidement amarrée à l'OCS, le Pakistan est perdu, le couple sino-russe plus soudé que jamais, l'Iran en passe de le rejoindre, l'Afghanistan un indéfinissable merdier ayant coûté des centaines de milliards de dollars pour rien... Sans compter la banque des BRICS, la dédollarisation, l'UE qui tangue, la poussée russe au Moyen-Orient, la perte ou l'éloignement d'alliés traditionnels (Philippines, Israël, Egypte, Irak, Arabie saoudite même). N'en jetez plus ! Guère étonnant que Zbig veuille jeter l'éponge...

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/11/sous-le-pont-mirabeau-coule-la-caspienne.html

michel 02/04/2017 00:16

Oui, je manque de clarté.. Votre titre: "la-nouvelle-guerre-perdue-de-l-oncle-sam". Ce n'est pas une option, il me semble, pour le deep state. Ou alors c'est un casus belli.
La situation stratégique au MO des USA leur permet-il de tenir ce coeur du rimland?

Observatus geopoliticus 01/04/2017 23:46

C'est votre question que je ne comprends pas, cher Michel.

michel 01/04/2017 23:15

Cher Observatus, votre rappel est bien circonstancié, seulement je ne comprends pas le titre. Si Carthage est loin de ressembler à Kaboul, c'est sûrement aussi centré pour un empire en devenir..

Dagobert 01/04/2017 21:11

Juste un détail (qui n'en est pas un , à mes yeux ). Vos cartes laissent la Crimée en Ukraine . Ce n'est aps correct , après un referendum pour la réintégration ds la mère patrie russe gagné à plus de 95% .. Je me doute bien que c'est du copié/collé , mais à l'avenir , pourriez-vous corriger les cartes que vous utiliserez ds ce sens ? C'est déjà bien assez de devoir supporter les cartes d'agenda et autres avec la Crimée ukrainienne , (et le Kossovo non serbe ..) .Sinon , bravo pour cet article de fond extraordinairement bien documenté .

Observatus geopoliticus 01/04/2017 23:45

@ Dagobert
Vous avez l'oeil perçant... Cette carte date en effet de 2013 ou (début) 2014.

bertrand 01/04/2017 17:58

juste une remarque, les Russes/Soviétiques n'ont pas envahi l'afghanistan comme les U.S et occidentaux le font depuis 16ans: les Russes ont répondu à l'appel à l'aide du gouvernement légal, et légitime, afghan au début des années 1980.
le parti démocratique populaire, communiste, prend le pouvoir, légalement. comme Salvador Allende au Chili.
bref, encore et toujours une falsification de l'histoire par les usual suspects.
début 1979, la CIA forme + 10.000 Contras au pakistan, allié/pantin/laquais des états-uniens. ils passent la frontière, attaquent le gouvernement afghan.
le gouvernement afghan, qui a apporté le *progrès* social et un partage des terres agricoles, appel l'Urss à l'aide, et voilà, invasion soviétique..

juste un rappel pour les autres lecteurs, j'imagine bien que vous connaissez l'histoire, OG..

Bertrand 02/04/2017 11:47

a. narrative officielle: intervention U.S. en 1980.
b. Brzezinski admet dans l'interview de 1998 que les U.S étaient présents dès 1979 avec notamment l'executive order du 3 juillet 1979.

c. l'ingérence des U.S. ne démarre pas le 3 juillet 1979, comme l'affirme Brzezinski dans son interview, mais bien en mai 1978. dès la prise de pouvoir par les communistes, un groupe d'agents de la CIA, sous la direction de Louis Robinson, Roger Brook et Venan David, est envoyé à Islamabad afin de déclencher la guerre depuis l'afghanistan.

tiré de *pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l'air* de Peter Franssen et Pol de Vos, 2002.

Franssen explique que les U.S. ont pris la suite des anglais après 1945..

de toute façon, lire Les Cavaliers de Joseph Kessel est nécessaire et suffisant pour comprendre que l'afghanistan ne sera jamais colonisée par quelque pouvoir impérialiste que ce soit: Russie, Anglais, États-Uniens : )

Observatus geopoliticus 01/04/2017 23:53

Moui, c'est un peu compliqué car l'Afghanistan des années 70 connaît une suite de coups d'Etat. Gouvernement "légal et légitime" ? Difficile à dire...
Ajoutons par contre que les Américains sont intervenus en Afghanistan avant les Soviétiques comme l'a reconnu Brzezinski :
"Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent, est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques (...) Nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu’ils le fassent."
http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/documents/008877/oui-la-cia-est-entree-en-afghanistan-avant-les-russes.html
(Notez que le Nouvel Oups faisait encore de l'information à l'époque)

bertrand 01/04/2017 19:16

coup d'état ou révolution? cela ressemble bien à la *révolution* d'octobre 1917 en Russie, non?
dans le bouquin de peter franssen (2002) c'écrit: *le 27 avril 1978 le parti communiste prend le pouvoir*. pas de détail, c'est vrai.
réformes du pouvoir communiste, d'après ce bouquin:
réforme agraire, dettes des paysans annulées, 350.000 parcelles de terrain partagées aux paysans, l'État augmente le prix du coton, blé qu'il achète aux paysans, tandis que les prix de l'engrais et du matériel agricole sont revus à la baisse.
création de coopératives agricoles
féodalité disparait peu à peu. création de syndicats par les ouvriers.
les femmes et les jeunes ont leur propres organisations.
campagne d'alphabétisation. (tiens tiens, comme Hugo Chavez..)

je cite: *le sociologue britannique fred halliday affirme qu'entre avril 1978 et mai 1979, plus de choses ont changé dans les campagnes afghanes qu'au cours des 200 années écoulées*

mais, ce n'est qu'un sociologue : )

Alaric 01/04/2017 18:12

Oui ils prennent le pouvoir par un coup d'état légal et légitime le 28 avril 1978 ^^

Alaric 01/04/2017 15:09

Pensez vous que les talibans disposent d'un réel soutien populaire en Afghanistan, malgré leur brutalité (attentat suicides en milieu urbain etc ) et leur téléguidage depuis depuis Riyad et Islamabad ?
vous parlez d'un pays uni contre l'envahisseur malgré les fragmentations ethniques et religieuses
Il faut espérer qu'ils aient changé depuis les années 90 où ils avaient renvoyé le pays à l'âge de pierre
( ils ont déjà changé d'avis sur la culture du pavot , ils ont au moins le sens des affaires ^^ )

Pour parler des Hazaras chiites , beaucoup ont émigré en Iran semble t il , où ils sont utilisés comme main d'oeuvre pas chère et plutôt maltraités par les autorités .
C'est d'ailleurs dans ce vivier que le corps des gardiens de la révolution va chercher des jeunes hommes pour les envoyer sur le front en Syrie
(principalement dans la milice Liwa Fatemiyoun càd armée des Fatimides ) en faisant miroiter l'attribution de la nationalité iranienne à eux mêmes et leurs familles .
De l'aveu même de sources pro loyalistes, la Liwa Fatemiyoun est utilisée comme chair à canon dans les rudes combats en Syrie


La position Russo-chinoise en Afghanistan relève t elle de la politique du moindre mal, où la stabilité est érigée valeur suprême de la nation qui s'enrichit grâce au commerce (OCS ) et lutte dans ses frontières contre des guérillas , sources de déstabilisation (Tchétchénie pour les russes , Ouighours turcophones pour la Chine et donc état islamique pour les talibans afghans ? )


Oui je pars dans tous les sens mais ce billet m'inspire ^^

Observatus geopoliticus 02/04/2017 00:16

@ Alaric
Feu d'artifice alaricois en effet ^^
- Soutien populaire. Je pense qu'il est impossible de répondre complètement à cette question. Dans les zones pachtounes, évidemment. Dans le nord, beaucoup moins quoiqu'ils se sont implantés relativement facilement dans certaines zones proches du Turkménistan et du Tadjikistan, ce qui ne laisse pas de me surprendre... Dans les villes, non plus je pense. Mais ça va dépendre aussi du leadership taleb lui-même. Il semble plus ouvert qu'il y a vingt ans, moins sectaire voire même plus "féministe" (un mollah dirigeant avait appelé au droit de vote des femmes il y a deux ans !)
- Oui pour les Hazaras mais attention, ils étaient quand même près de 8 millions en Afghanistan et tout le monde n'a pas émigré, loin de là ! On retrouve même beaucoup d'Hazaras à Kaboul où ils constitueraient (conditionnel de mise) jusqu'à un quart de la population.
Ceux que les Iraniens ont envoyé en Syrie ont souvent été pris parmi les clandestins vivant en Iran.
- Moindre mal ou stabilité ? Les deux, mon Commandant !
Bien à vous

sapeur 01/04/2017 14:23

Un grand merci cher OG pour vos analyses qui sont d'une grande clarté! Vous arrivez à remettre dans le bon ordre une multitude d'informations que j'avais plus ou moins entendu dans le passé (ex: les relations entre USA et talibans dans les années 90) et à créer un ensemble logique et cohérent! Quant à votre "vista" sur l'évolution des évènements en Syrie, Turquie etc.... impressionante!

Observatus geopoliticus 01/04/2017 23:57

Merci, Sapeur et Geronimo. Il est vrai que l'histoire passée et actuelle du Moyen-Orient et de l'Asie centrale est d'une richesse à donner le vertige.

geronimo 01/04/2017 18:53

Bonjour, je plussoie sur votre commentaire. Encore un article de fond qui permet de mieux comprendre l'histoire récente du moyen-orient.

Frank eka 01/04/2017 09:08

Virtuose vous êtes ! Ya rien à dire observatus ! Ce qui explique les convoitises que suscitent vos travaux.

Observatus geopoliticus 01/04/2017 23:55

@ Frank eka
Ha ha, virtuose carrément... Merci, cher lecteur, mais je ne suis somme toute qu'un observateur attentif.

Euclide 01/04/2017 03:29

Bonjour Observatus
J'ouvre le bal de ce billet en me référant à un article paru dans Science humaine ( sauf erreur de ma part)en Septembre, Novembre ou Décembre 2009 " De la crise à la guerre".
Je post" pendant que les économistes disputent de la sortie de la crise, les géopoliticiens s'interrogent, précédents historiques à l'appui , sur son rapport à la guerre.
Ils ont un peu de temps devant eux. Car, si l'on accepte l'idée d'une relation causalité entre la récession de 1870 et la première guerre mondiale , ou entre 1929 et la Seconde, il faut prendre acte d' UNE LATENCE DE UNE A TROIS DECENNIES dans son actualisation. Se poser une telle question a l'avantage de qu'elle n'est pas simple.
De qu'elle crise parle t'on. si c'est celle du néolibéralisme , elle n'a pas éclaté l'année dernière ( Septembre 2008) mais au moins en Afrique dans les années 1980/1990 avec l'échec des programmes d'ajustements structurel. Son lien avec la guerre est assez clair. mais de qu'elle guerre parle t'on ? Des conflits" de basse intensité " qui tuent des centaines de victimes civiles sans déranger ou d'un nouvel embrassement interétatique généralisé...........................
La disjonction entre entre l'intégration des marchés internationaux des biens et des capitaux, d'une part et le cloisonnement policier et militaire du marché international de la force de travail nous conduit dans le mur. S'imaginer que la majorité de la planète va se contenter de regarder la vitrine du magasin de la globalisation sans vouloir y entrer est une aimable utopie. Cette guerre ( la Troisième) a peut etre déjà commencé en Afghanistan car l'une des bases sociales et financières des talibans est la diaspora pachtoune et baloutche est dans le Golf. Or l'OTAN l'a déjà perdue. "
etc..............................
D'après Jean François Bayart chercheur au CNRS

Observatus geopoliticus 02/04/2017 00:01

@ Euclide
Oulah, voilà qui me semble bien complexe (le texte est un peu confus) et pour ainsi dire impossible à vérifier. La crise mène-t-elle obligatoirement à la guerre ? La guerre n'est-elle pas plutôt une constante de l'humanité ? Prochain sujet au bas philo ^^