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Chroniques du Grand jeu

Nouvelles d'Afghanistan

9 Août 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Asie centrale

Nouvelles d'Afghanistan

Fossoyeur des empires - Britanniques, Soviétiques et Américains s'y sont cassés les dents, Gengis Khan lui-même a dû s'y reprendre à deux fois - royaume de l'insolence, uni et génial quand il s'agit de bouter l'ennemi étranger, désuni et en guerre civile le reste du temps, l'Afghanistan se retrouve aujourd'hui à la croisée des chemins entre l'OCS sino-russe, qu'il veut rejoindre, et les Etats-Unis, qui se retirent du pays après 14 années de non-victoire.

Les Talibans sont partout à l'offensive, malgré des pertes parfois importantes, malgré aussi leurs récentes divisions. Ils contrôlent tout le sud (leur vivier pachtoune), apparaissent à l'extrême nord-est (en bordure du Tadjikistan), à l'extrême nord-ouest (à la frontière du Turkménistan), à Kaboul qu'ils attaquent régulièrement...

Nouvelles d'Afghanistan

L'offensive dont nous parlions, lancée il y a quelques jours par le gouvernement dans le nord, a fauché des dizaines de Talibans (il faut quand même se méfier quelque peu des communiqués officiels) mais c'est le tonneau des Danaïdes. Le vivier taliban semble inépuisable et l'information selon laquelle 4 000 soldats de l'armée afghane désertent chaque mois n'est pas faite pour rassurer : sur ce nombre, combien rejoignent les rangs talibans ?

L'EI, un temps présenté comme une menace pour les Talibans, ne donne plus trop de nouvelles ces temps-ci. De toute façon, comme l'éxpliquait le National Interest en juin, il y a peu de chances que l'EI prenne le pas sur le mouvement taleb.

Plus sérieuses sont les divisions au sein du mouvement depuis l'annonce de la mort du mollah Omar. Son successeur désigné, Mansour, a toutes les peines du monde à se faire accepter. On ne peut d'ailleurs exclure le fait que divers commandants locaux aient outrepassé leurs ordres et/ou refusé d'obéir. Le risque de fractionnement du mouvement est réel, auquel cas l'Afghanistan se retrouverait aux prises avec une kyrielle de groupes insurrectionnels, repoussant encore un peu plus la stabilisation du pays et son entrée dans l'OCS.

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H. Toin 11/08/2015 10:27

Déjà, merci pour ce blog. Je vous suis depuis quelques semaines maintenant (venant de chez Berruyer) et c'est un plaisir de trouver en français des analyses qu'on ne voit généralement qu'en rosbif. Il est vrai que certains concepts, comme le Grand Jeu, n'ont jamais vraiment traversé la Manche...

Par rapport à la succession talibane je vous propose cet article lu hier :
http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2015/07/31/why-pakistan-dumped-mullah-omar-myth/
L'hypothèse est intéressante même si elle demeurera difficilement vérifiable.

(résumé de l'article pour les non-anglophones : les US seraient en train de "radicaliser" une branche des talibans pour obtenir une scission de ces derniers. La branche radicale secessioniste rejoindrait l'EI. La présence de l'EI en Afghanistan "obligerait" les US à continuer l'occupation du pays, rendant de facto un rapprochement de ce dernier et de l'OCS problématique et bloquant les projets Russo-Chinois dans la région. Sans même évoquer les avantages pour les US à coller une branche de l'EI dans les pattes de l'ISI)

Observatus geopoliticus 11/08/2015 11:56

Merci cher ami.
Vous venez d'un site de qualité (Les Crises), gage de pertinence et d'intelligence chez ses lecteurs.
Bhadrakumar, observateur avisé de l'Asie centrale et du sous-continent, est effectivement incontournable. J'ai commencé à le lire il y a une quinzaine d'années, quand il officiait chez Atimes. Je lui reprocherais juste parfois de ramener un tout petit peu trop ses analyses à l'Inde ou au conflit indo-pakistanais.
Quant à son article sur l'Afghanistan, je suis un chouilla dubitatif. Je ne suis pas sûr que les Américains aient la capacité d'influencer de quelque manière que ce soit les Talibans ni même, plus généralement, qu'ils soient vraiment intéressés à rester en Afghanistan. Enfoncer un coin en plein coeur de l'Eurasie (Afghanistan, révolution colorée au Kirghizstan) était le rêve de l'administration Bush dans les années 2000. Mais déjà l'empire était en déclin et l'administration de Jr avait les yeux beaucoup plus gros que le ventre. Depuis, les dirigeants US sont revenus à plus de réalisme avec les retraits d'Afghanistan et d'Irak et j'ai le sentiment que les Etats-Unis ont "lâché l'affaire" : ils ont digéré le fait que l'intégration eurasienne est inarrêtable, et plutôt que de perdre leur temps et leurs ressources de plus en plus hypothétiques à tenter de diviser le Heartland et le Rimland proche, ils vont désormais jeter toutes leurs forces dans la séparation de ce Heartland d'avec le Rimland éloigné : Europe (Ukraine + bataille des pipelines), Moyen-Orient (Syrie), Japon et Corée (mer de Chine orientale). On mesure d'ailleurs le recul terrible des Etats-Unis depuis 1991. Il y a 20 ans, ils étaient sur le point de contrôler et/ou faire exploser la Russie elle-même ! Ils ont échoué et ils échouent maintenant à empêcher l'intégration de l'Eurasie d'où ils sont peu à peu expulsés et où ils perdent tous leurs alliés. Ne leur restent plus que les extrémités (Europe, Japon).