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Chroniques du Grand jeu

Cap à l'est

16 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

En Syrie, 2016 fut marquée du sceau septentrional (Alep, Al Bab). Désormais, les regards se tournent vers l'Orient où la grande explication devrait avoir lieu cette année.

Comme prévu, la poche rebelle de Qaboun a été résorbée près de Damas, ne laissant comme dernier point d'abcès dans la région que l'enclave de la Ghouta orientale, où la guerre civile inter-barbue a comme de bien entendu repris. Les combats pour la capitale ou le condensé des évolutions de la longue guerre syrienne. Deux cartes qui disent tout :

A l'est d'Alep et au sud d'Al Bab, la base de Jirah a été définitivement prise à Daech. Les opérations devraient continuer sur Maskaneh avant la jonction - amicale ou inamicale ? - avec les forces kurdes à Taqba.

Mais surtout, l'accord sur les zones dites de désescalade est tombé à point nommé - et connaissant Poutine, ce n'est sans doute pas un hasard - pour faire redescendre la tension en Syrie occidentale et profiter du cessez-le-feu provisoire afin de lancer les cohortes loyalistes vers l'est du pays. De gros renforts affluent depuis plusieurs jours à Palmyre et les Russes mettent un point d'honneur à contrôler le ciel jusqu'à Deir ez-Zoor et au-delà. 

Car l'objectif (flèches rouges) est Deir ez-Zoor, assiégée par l'EI depuis trois ans, et la frontière syro-irakienne. En filigrane, il s'agit évidemment de maintenir un continuum est-ouest (arc chiite, quand tu nous tiens) et empêcher sa coupure nord-sud par l'avancée de groupes rebelles soutenus par Washington (flèches noires).

A noter que l'armée syrienne concentre des forces et a commencé les opérations sur le chemin d'Al Tanaf, plus au sud, pour couper en deux le vaste mais désertique territoire des rebelles "américano-jordaniens".

Là, nous entrons dans le maelstrom géopolitique et il est bien difficile d'y voir clair, d'autant que les intox abondent. Il y a quelques jours, la nouvelle d'une grosse concentration de blindés US, massés en Jordanie et prêts à entrer en Syrie, a fait l'effet d'une bombe et a été reprise un peu partout. En réalité, c'est la base militaire jordanienne d'Az-Zarqa et les blindés y stationnaient déjà en 2015...

L'administration Trump a-t-elle l'intention de recréer la fameuse principauté salafiste sunnite en Syrie orientale, coupant l'arc chiite ? C'était, on s'en rappelle, l'objectif de Barack à frites et de ses amis turco-pétromonarchiques dès 2013. Les signaux sont une fois de plus contradictoires.

Le Donald a apparemment ôté le bâton de la politique syrienne des mains de ses généraux néo-cons pour le passer à Tillerson, plus russo-compatible. Moon of Alabama, pourtant généralement pessimiste, parfois exagérément, suggère également que les Américains travaillent de facto pour Assad. D'un autre côté, les Follamour du système impérial viennent d'accuser il y a quelques heures Damas de tuer et brûler des milliers de prisonniers. Notez le "crématorium", toujours susceptible de frapper les imaginations et de rappeler les z'heures les plus sombres...

Un Donald adepte du double jeu ou dépassé, incapable de contrôler son administration ? A moins que nous ne soyons ici encore dans un false flag au carré : donner des gages de fermeté aux néo-cons tout en s'entendant avec les Russes par derrière (il n'aura échappé à personne que Lavrov vient de faire une petite visite apparemment fructueuse à Washington).

Se dirige-t-on vers un choc entre forces spéciales russes et américaines vers Al Tanaf ou, au contraire, une entente secrète sur le dos de tout le monde ? Mystère, mystère... D'autant qu'entre en compte l'inconnue irakienne.

Que se passe-t-il de l'autre côté de la ligne Sykes-Picot ? L'étau se resserre autour de Mossoul, ou plutôt désormais de son centre-ville, mais ce front n'a pas d'incidence sur notre problème. On voit que la zone qui nous occupe, entre Al Tanaf et Deir-ez-Zoor, est toujours contrôlée du côté irakien par les petits hommes en noir de Daech.

Après la libération de Mossul et de la poche à l'ouest de Kirkouk, l'armée irakienne et les milices chiites  (les Unités de Mobilisation Populaire ou UMP) se dirigeront vers la frontière. La franchiront-elles ? C'est LA grande question qui risque de redéfinir la situation générale du Proche-Orient.

Si l'on répond par l'affirmative, alors la partie est finie. L'EI syrien et les djihadistes modérément modérés seront broyés, l'arc chiite totalement reconstitué et renforcé. On peut d'ailleurs se demander quelle sera la réaction des pétromonarchies et de la Turquie devant ce fait accompli cauchemardesque pour eux...

Cependant, l'affaire n'est pas encore pliée. Nous avons vu le mois dernier que Moqtadra Sadr avait apporté une note pour le moins discordante dans la symphonie chiite :

Moqtada Sadr fait encore des siennes. Nous avions parlé de ce personnage sulfureux :

En Irak, le fameux Moqtada Sadr, influent prêcheur chiite, a appelé à attaquer les troupes US. Quand on sait que les brigades "sadristes" comptent plusieurs dizaines de milliers de combattants et qu'elles ne jettent pas leur part au chien dans la guerre contre Daech, cela complique quelque peu la situation. Cette déclaration incendiaire est sans doute à relier aux grandes manoeuvres préparant l'après-guerre. (...)

Pour qui roule Moqtada ? Sans doute pour personne. On aurait tort de le considérer comme l'homme des Iraniens ; depuis treize ans, plusieurs points de tension ont éclaté entre Téhéran et cet électron libre. Le gouvernement irakien, chiite comme lui, en a une peur bleue : on se souvient de l'invasion du parlement en avril, en pleine zone verte, pour réclamer la fin du népotisme, de la corruption et mettre en place un "gouvernement de technocrates" sans affiliation politique ou religieuse (nouvelle preuve de la complexité du personnage, religieux à la politique laïque).

Nos pressentiments ne pouvaient pas être mieux illustrés, car l'ami Motqada vient encore de mettre les pieds dans le plat en appelant Assad à démissionner :

«Il serait juste que le président Bachar al-Assad démissionne (…) et évite au cher peuple de Syrie le fléau de la guerre et l’oppression des terroristes», a-t-il déclaré, dans un communiqué rendu public le samedi 8 avril 2017.
 
Trois jours plus tard, depuis la ville sainte de Najaf où il est basé, à 200 km au sud de Bagdad, il persiste et signe. «J’ai exhorté Assad à partir pour préserver l’axe de la résistance et afin de lui éviter le sort de Kadhafi», a-t-il prédit dans un nouveau communiqué.
 
Même s’il prend ses précautions en défendant «l’axe de la résistance» contre Israël, qui comprend l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, Moqtada al-Sadr est le premier haut responsable chiite à contester ainsi la légitimité du président syrien.
 
Une surprenante offensive frontale contre un des piliers de la stratégie iranienne d’exportation de la révolution islamique. Bien que formé en Iran, Moqtada al-Sadr, dont les miliciens ont combattu les forces américaines en Irak, joue en effet de plus en plus la carte nationaliste.

Il en a même profité pour condamner les représailles américaines contre Bachar al-Assad et exhorter les Etats-Unis et la Russie à se retirer du théâtre syrien.
 
Engagé à la tête d’un vaste mouvement populaire contre la corruption et en faveur de réformes dans le pays, il organise régulièrement des manifestations dans la Zone verte ultra-sécurisée de Bagdad, siège du pouvoir et du parlement irakien dominés par Téhéran.
 
Moqtada al-Sadr mobilise également ses partisans contre les milices chiites du Hachd al-Chaabi (les Forces populaires de mobilisation), alliées de l’Iran. Il s’en démarque tant en raison de leur engagement auprès d’Assad en Syrie que pour leurs exactions contre les populations sunnites en Irak, sous couvert de lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique.
 
Selon le site libanais AlKalima Online, de jeunes Irakiens ont même repris à l’université Al-Diwaniya dans le sud du pays le slogan "Iran, dehors, dehors !" contre Kaïs al-Khazaali, le chef de Aasaeb ahl al-Hak (la ligue des vertueux), venu mobiliser en faveur des milices pro-iraniennes. Un slogan que les partisans de Moqtada scandaient lors des occupations de la Zone verte.

Il ne peut pas ignorer qu'Assad n'est très certainement pour rien dans l'événement de Khan Cheikhoun. Aussi, l'explication est ailleurs et corrobore ce que nous disions de lui l'année dernière. Sa sortie a tout à voir avec des considérations intérieures :

Moqtada al-Sadr cherche à se démarquer du gouvernement irakien et des autres partis chiites au pouvoir depuis 2003. Il  est engagé depuis plus de deux ans dans une campagne anti-corruption et pro-réforme. A coup de déclarations tonitruantes ou de manifestations monstres, il critique la politique irakienne, très alignée sur Téhéran. Le chef chiite se veut Irakien. Et avec cette déclaration, il veut montrer que l'Irak peut être allié de Téhéran mais ne doit pas être son vassal. Un discours nationaliste, son fond de commerce.

Si on compare, le gouvernement irakien a appelé à une enquête internationale sur les évènements de Khan Cheikhoun... sans critiquer Bachar el-Assad. Al-Sadr va même plus loin, il cherche à incarner la voix de la réconciliation chiite-sunnite en osant critiquer un allié de l'Iran, un dirigeant soutenu par Bagdad. C'est un leitmotiv chez lui ces dernières années.

Le mois dernier, il osait déclarer que les milices sectaires n'ont pas leur place en Irak. Du miel aux oreilles des sunnites et une provocation pour les milices chiites qui participent à la lutte contre l'organisation de l'EI mais qui ont été accusées de crimes de guerre, comme des kidnappings, des exécutions sommaires et des tortures.

Moqtada al-Sadr ajoutait même qu'il craignait des tensions entre communautés après que l'organisation de l'EI a été vaincue. Car le problème politique irakien reste entier. Il y a un fossé entre les communautés. Moqtada al-Sadr suggère qu'il pourrait faire partie de la solution.

Ainsi, s'il venait à arriver au pouvoir, l'ennemi historique des Américains pourrait paradoxalement compliquer sérieusement l'après-conflit syrien et la reconstitution de l'arc chiite. Quand nous vous disons et répétons que les facétieux Dieux de la géopolitique s'amusent...

Or la position de Moqtada, faisant primer le nationalisme sur le religieux (solidarité chiite), n'est pas isolée en Irak, très divisé sur la question. D'un côté, l'ex-Premier ministre Maliki, qui a passé quinze ans en exil à Damas du temps de Saddam, déclarait en octobre : "Nous arrivons, Raqqa, nous arrivons, Alep, nous arrivons, Yémen !" Il est rejoint en cela par plusieurs puissantes milices pro-iraniennes prêtes à en découdre pour aider Assad : Asaib Ahl al-Haq, Saraya al-Kharasani, al-Nojaba et Kataib Hezbollah. De l'autre côté, outre Sadr, l'actuel Premier ministre Abadi et de grands clercs chiites dont la plus haute autorité spirituelle d'Irak, l'ayatollah al-Sistani. Quant aux commandants des UMP, comprenant l'un et l'autre courant, ils sont obligés de ménager la chèvre et le chou.

Parmi les facteurs de cette profonde fracture, il y a évidemment la position ambivalente vis-à-vis de Téhéran. Chez certains, le bon vieil antagonisme entre Arabes et Perses prend le pas sur l'appartenance religieuse et un excellent article du Monde Diplomatique l'évoquait déjà en 2006 :

Une autre école dénonce cette thèse [la tentation de concevoir les chiites comme une entité homogène, ndlr], à laquelle elle oppose celle d’un «nationalisme irakien» à toute épreuve. Tel cet observateur iranien avisé qui nous confie par exemple : «Les solidarités intrachiites ne transcenderont pas la ligne de fracture fondamentale qui sépare les Arabes des Perses. Tout le monde semble avoir oublié que les chiites irakiens ont combattu les chiites iraniens pendant les huit longues années de la guerre Iran-Irak, l’une des guerres les plus sanglantes de la seconde moitié du XXe siècle. Des informations qui nous viennent d’Irak indiquent que les Irakiens, même ceux qui ont vécu en exil en Iran, n’apprécient pas l’influence iranienne dans leur pays.» (...)

Cette situation ne transforme pas pour autant l’Iran en nation «par défaut» ou «par adoption» pour les chiites irakiens. Dans le sud du pays, on conserve des sentiments partagés à l’égard du voisin perse. M. Al-Sadr joue par exemple sur les origines iraniennes de l’ayatollah Ali Al-Sistani pour le dénigrer. Les résidents de la ville d’Al-Amara se plaisent à qualifier ceux d’Al-Kout de « Perses », un terme très péjoratif à leurs yeux. Si les portraits de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny et de son successeur Ali Khamenei foisonnent, seuls de rares acteurs de la scène politique chiite reconnaissent la conception iranienne de velayat-e-faqih («gouvernement du docte»), pilier de la République islamique. Les positions de l’ayatollah Al-Sistani vis-à-vis de ses pairs iraniens ont toujours été à la fois diplomatiques – évitant de franchir certaines lignes rouges – et farouchement indépendantes. Il semblerait du reste que, en tant que source d’interprétation des écritures, il soit davantage considéré en Iran que le «guide», l’ayatollah Khamenei lui-même.

Au-delà de la pierre d'achoppement iranienne, il y a aussi, il faut le dire, le comportement très ambigu de Damas dans les années 2000, après l'invasion de son voisin irakien. Pour une fois, les accusations américaines étaient fondées - confirmées par des officiels irakiens mais aussi par des sources bien placées à votre serviteur : Assad a, dans un dangereux coup de poker-boomerang, délibérément laissé passer (en les libérant des prisons syriennes ?) des centaines de djihadistes pour rejoindre l'insurrection sunnite en Irak. Le but : "occuper" les troupes américaines et surtout dissuader Washington d'envahir la Syrie.

Si certains - dont Maliki, le Premier ministre de l'époque et la victime directe des agissements de Damas - ont passé l'éponge et sont maintenant prêts à mettre sur pied une coalition chiite pour aider le gouvernement syrien, d'autres à Bagdad ont la mémoire plus rancunière...

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Vincent 19/05/2017 19:14

" Et d'ajouter que la lutte contre Daech serait poursuivie même en Syrie, si les djihadistes traversent la frontière syrienne, mais après concertation avec les dirigeants syriens. "
https://fr.sputniknews.com/international/201705191031454410-daech-armes-chimiques-mossoul/
Affaire à suivre ...

gebe 18/05/2017 23:29

Gaz Palestinien : Petite réserve et comme vous l'avez dit pas suffisante pour alimenter l'Europe. Et maintenant, cette dernière pourrait être accusé de pillage de gaz hilarant...

"Ces révélations surviennent un mois à peine après que les responsables israéliens et de l’Union européenne ont accepté des plans visant à développer un énorme gazoduc sous-marin de 2 200 kilomètres. Le gazoduc « EastMed » acheminerait du gaz israélien vers la Grèce et l’Italie, où il pourrait ensuite être transporté vers l’Europe.

Ces plans, qui forment l’un des 195 « projets d’intérêt commun » d’infrastructures énergétiques évalués par la Commission européenne, pourraient permettre au gazoduc d’acheminer du gaz israélien vers l’Europe d’ici 2025.
L’extraction de gaz d’un gisement aussi contigu nécessite un accord de coopération avec l’Autorité palestinienne

Une partie de ce gaz pourrait comprendre des ressources volées dans les eaux palestiniennes. C’est ce que laisse entendre un nouveau rapport publié en mai par SOMO, une organisation néerlandaise de défense des droits de l’homme qui est financée par la Commission européenne et le ministère néerlandais des Affaires étrangères."

http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/2017/05/le-gaz-palestinien-pille-l-ue-pourrait-etre-accusee-de-complicite-middle-east-eye.html

la grive 18/05/2017 20:47

Sur Reuters. La coalition frappe l'avancée loyaliste sur la route d'al Tanf.

http://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-syria-usa-idUSKCN18E2JU?

la grive 19/05/2017 13:42

Oui c'est un cap important pour les occidentaux. Sans doute auraient-ils préféré le passer plus tard mais ils n'avaient plus le choix. Les syriens étaient à deux pas de la frontière.

Les syriens ont essuyé des pertes mais d'un autre côté ils ont réussi à forcer les occidentaux à dévoiler leur véritables intentions. Cette affaire est embarrassante car elle intervient avant que le terrain médiatique ait été préparé. Les faits sont là et il n'y a pas de justification humanitaire possible pour ce qui est purement un acte de guerre sur un pays souverain.

Si les syriens persistent, la coalition devra s'impliquer d'avantage et ça, ça n'arrange pas les deux principaux alliés des américains qui voudraient éviter que ça ne devienne un sujet d'élection. La guerre, c'est pour après.

Alaric 19/05/2017 07:08

L'impact de cette frappe me parait assez énorme . J'ai du mal à croire qu'elle soit dans la droite ligne de la rencontre Tillerson - Lavrov . J'espère un billet d'OG là dessus

Posadagr 18/05/2017 23:29

A croire qu'à chaque fois que l'administration présidentielle américaine est sous pression , elle tape sur la Syrie pour lâcher du leste ^^ ça commence à devenir gros comme le nez au milieu du visage ... Va falloir que cette administration s'oppose frontalement aux forces contraires quitte à y rester..

Hamilcar Barca 18/05/2017 16:08

Bonjour à tous

Les règles de notre hôte veulent, de façon compréhensible, que l'on ne parle pas de politique nationale sur ce blog, mais les derniers développements de la période post-électorale en France pourraient avoir un impact sur nos préoccupations.
1 - La nomination de Le Drian aux Affaires Etrangères. Ministre certainement le plus respecté de la présidence précédente, la présence de cet home aux AE n'est pas sans signification. Très loin du mollusque anencéphale qui l'a précédé, et de l'activiste pro "isra

Madudu 19/05/2017 11:20

L'intervention française au Mali est en effet populaire et bien vue en Afrique de l'Ouest.

Comme quoi les populations de ces régions savent faire la part des choses avec une certaine subtilité, car en dehors de ça ils reprochent beaucoup de choses à la France.

Mais ils nous aiment bien quand même, il suffit de les voir se désoler de ce que la France est devenue pour s'en convaincre.

J'ai vécu quelques temps au Burkina Faso, et j'ai trouvé là-bas un héritage flagrant de l'esprit français. Héritage qui a presque disparu des grandes villes de la métropole, et qui a complètement disparu de nos affaires étrangères.

Alaric 19/05/2017 02:53

D'accord avec Posadagr mais le seul point positif, a mon sens , de la "politique étrangère " (si on peut encore parler de politique étrangère dans un état satellite ) française ces dernières années fut l'intervention au Mali . Quelques soit les raisons (affairistes , on s'en doute ) derrière cette intervention , on peut lui reconnaître :

-une légalité internationale (après l'appel du président dictateur malien ) ;
-un effet stabilisateur dans la région (et donc moins de migrants ;
- une véritable lutte contre le djihadisme africain ;
-une relative popularité parmi la population car les islamistes étaient souvent considérés comme des bandits .


Mais c'est bien tout ce qu'on peut reconnaître à notre soit disant diplomatie ...


(désolé OG )

Posadagr 18/05/2017 22:46

Bonsoir à tous :-)

@ Hamilcar B

Bonsoir Hamilcar. Bien étonné du soutien à Monsieur Le Drian ^^ .. un éclaircissement sur les faits qui le rendrait plus respectable que les autres sont attendus avec impatience ...
Interventions rapides en Afrique pour sauvegarder des intérêts principalement privés (Bolloré et cie).. et aux ordres atlantistes pour le reste... Je ne vois rien de plus respectable que les actions et déclarations du reste des représentants des gouvernements sous Hollande.

A propos, "ministre de l'Europe et des affaires étrangères" est un titre clair pour une fois (cela on peut leur accorder) ... les affaires étrangères se décident/décideront au niveau de l'Union Européenne. Quant au Ministère de la Défense avec à sa tête une fédéraliste (européenne également fanatique et germanophile comme plusieurs des ministres Macron I), nous pouvons présumer avec une marge d'erreur proche de zéro, que les forces de la défense nationale seront dorénavant les forces armées européennes.

Hamilcar Barca 18/05/2017 21:27

@Kevin é La Grive
Un appui malheureux sur la touche "Enter" (j'ai un portable et de grosses paluches) a tronqué mon message, mais je vois avec plaisir que vous avez rempli les blancs.
C'est beau la communauté d'esprits!
Bien cordialement

Kevin 18/05/2017 20:52

bien vu, la Grive. Je me demande quand l'armée francaise (ou US) a vraiment été utilisée pour la défense. Peut-être était-ce en 1939? Donc le ministère de la défense devrait être renommé "ministère de l'attaque". Ou alors "ministère de la défense des interêts de Bolloré et de Bouygues". Ca aurait de la gueule, mais pour ca, il faudrait un président comme Philippe Poutou ;-)

la grive 18/05/2017 20:10

Personnellement, je trouve intéressant la nouvelle appellation du ministère de la guerre. Ca sonne un peu moins faux.

la grive 17/05/2017 12:28

Comme il est question d'al Tanf, je vous soumets une petite curiosité révélée par l'imagerie satellite que propose g.maps. La photo actuelle montre un bouchon de poids lourds qui refoule sur une bonne dizaine de kilomètres depuis le poste frontière côté syrien.

La question que je me pose concerne la date des clichés. Un filigrane porte le millésime 2017 mais il ne doit s'agir que du copyright et non de la prise de vue car si elle a moins de deux ans, le convoi est en plein coeur de l'état islamique.

Kevin 18/05/2017 22:19

En tant que pauv' type derrière mon écran à 3.000 km de la Syrie, je ne prétend pas avoir d'explication. Mais j'ai un avis: Les US ont osé bombarder les loyalistes lorsque ces derniers ont attaqué les rebelles du sud (présentés comme les seuls rebelles laics, donc parfait pour éviter les accusations de soutien aux salafistes et autres fous de dieu) Ceci montre que les US sont comme une chatte avec ses petits. Pas touche à mes rebelles ou je vous griffe! Si ces faits sont confirmés, alors j'imagine que les camions peuvent être remplis de cadeaux pour leurs chatons...

la grive 18/05/2017 21:31

Merci Kevin pour le lien. Avez-vous une explication pour cet embouteillage de camions ? Cet assez impressionnant de les voir tous alignés en pleine cagne. La clim doit bien tourner.

Pour visionner, charger la carte ggl par la requête d'un lieu dans le moteur de recherche, puis cliquez sur la vue satellite.

Kevin 18/05/2017 21:01

J'aime bien sa comparaison entre la guerre civile Syrienne et la fin de la 2ème guerre mondiale: Daesh est mourant, et il s'est engagé une course à l'euphrate entre les rebelles sponsorisés par les US (le long de frontière Irako-Syrienne) et le gouvernmement syrien. Ce n'est pas sans rappeller la fin du 3ème reich, ou US et URSS essayaient aussi vite que possible d'étendre leurs zones d'influence après-guerre. Dans ce contexte, un énorme apport matériel et logistique US à la frontière Jordanienne est parfaitement logique...

Kevin 18/05/2017 20:57

Bonjour,
Par l'intermédiaire du blog "les-crises", je découvre le blog de Mme Galacteros qui semble avoir un point de vue assez proche de OG sur cette affaire:
http://galacteros.over-blog.com/2017/05/l-est-syrien-enjeu-veritable-des-quatriemes-negociations-d-astana-pour-la-paix-en-syrie

david Durand 16/05/2017 23:16

Quand je vois la facilité avec laquelle les rebelles pro US avancent autour de Raqqa et au Sud (et qu'on la compare à l'AAS+Russes (et ses avions !), on est en droit de se demander pour qui roule l'EI.
Cela me rappelle furieusement la 2eme GM ou 90% des divisions Allemandes étaient à l'Est. A l'Ouest les ricains ont avancé très vite de facto, hors bocage normand). Bref c'est une bien étrange affaire, je fais le pari de l'EI va se volatiliser aussi vite qu'il est apparu. Son chef sera tuer par les navy seals et son corps jeter à la mer, ni vu ni connu..

Observatus geopoliticus 17/05/2017 20:26

@ David
Je pense que vous faites erreur, cher David. Certes, les Kurdes sont des combattants nés, mais il n'y a en réalité aucune facilité dans leur progression. Rappelons quand même que ça fait deux-trois ans que les Kurdes reconquièrent pas à pas leur territoire en Syrie. Et durant tout ce temps, ils n'ont avancé que de 100 km vers Raqqa ! Ils ont également mis plus de deux mois à prendre Manbij.
Quant à l'avance des "rebelles sud", elle se fait en plein désert contre personne...

Alaric 17/05/2017 13:30

C'est également une réflexion que je me fais depuis pas mal de temps . Je veux bien que les YPG soient d'excellents guerriers, mais cela soulève des questions .
Depuis la bataille de Kobané en 2014 les YPG :
-gagnent toujours contre l'EI ;
-conservent leur gains ;
-semblent moins efficaces contre les rebelles pourtant réputés moins efficaces .


De son côté l'armée syrienne :
-a souvent perdu contre l'EI ;
- est toujours sujette à des contre offensives qui parfois défient la logique stratégique (Palmyre )



Plusieurs hypothèses :
-l'armée syrienne est moins efficace que les YPG ;
-l'armée syrienne accorde moins de ressources au combat contre l'EI .
- L'ei préfère combattre l'armée syrienne que les YPG

et celle qui me parait la plus invraisemblable , mais qu'on ne saurait totalement écarter :
- l'ei s'entend (peut etre tacitement ) avec la coalition/ les YPG




Je peux aussi complètement me tromper sur tous les tableaux ^^

Enlil 16/05/2017 19:08

Cher Scrutateur, loin de moi l'idée de nier la beauté des sirènes que vous avez coutume de présenter à nos mirettes, mais le comparatif des deux premières photos sont source en mon âme d'un plaisir presque ("presque") équivalent.

Excusez cette jouissance intempestive, si rare en ces temps de tempêtes. L.

Observatus geopoliticus 16/05/2017 22:32

@ Enlil
Ha ha, je vous comprends pleinement. En voyant ces cartes, on se demande parfois comment le gouvernement a pu tenir en 2013...

serge 16/05/2017 18:11

Il reste quand même une inconnue, Israël. Il semble très tenté d'intervenir maintenant contre le Hezbollah dans la zone du Golan qui, ayant pas mal de troupes occupées contre Daesh, serait moins apte à se défendre contre une grosse opération militaire. Accessoirement, une emprise vers le sud syrien et la frontière jordanienne leur donnerait une tête de pont pour taper les iraniens qui, pour eux, sont quand même ceux qui les vomissent le plus. Reste à obtenir l'accord (ou le fermage d'yeux) des russes et des US.

la grive 17/05/2017 14:07

A ma connaissance, ni l'armée syrienne, ni ses alliés n'ont à ce jour riposté aux attaques d'Israel qui sont pourtant assez régulières. C'est tout de même un sacré luxe. J'imagine que ces attaques vont continuer avec comme objectif de compliquer la reprise des zones actuellement aux mains des rebelles et de mener la vie dure aux loyalistes qui tiennent les dernières positions frontalières sur la montagne.

Kevin 17/05/2017 13:32

Ceci dit, le Golan est bien une région syrienne occupée par Israel? Donc on peut très bien imaginer une "invasion défensive à titre préventif" ;-) des territoires occupés par Daesh. Tant que c'est Daesh, personne ne trouvera rien à redire. Ensuite, continuer à destabiliser un maximum les alentour, pour justifier le non-retrait de l'armée. Les camps militaires deviennent permanent, on construit des petites maisons pour les familles de militaires autour...Après tout, plus c'est gros, plus ca passe :)

Alaric 17/05/2017 13:14

C'est une chose de coloniser des territoires sans défense et sans représentation internationale (cisjordanie ) , c'en est une autre d'envahir carrément un pays arabe qui dispose d'une armée et de la protection de la Russie . Le meilleur moment pour envahir aurait été 2013 - 2014 quand Assad (qui n'avait pas encore l'allié russe sur le terrain ) perdait l'est syrien et était débordé .
Maintenant il y a les russes , et les djihadistes sont en pleine débandade . Israel étant détesté dans le monde arabe, on trouverait sans doute pas mal de milices pour venir harceler l'armée israelienne , dont le puissant Hezbollah .

Israel a quand même dû se retirer du Liban en 2006 alors que l'intensité des combats était bien moindre qu'en Syrie

J'ai du mal à voir la faisabilité d'une invasion mais je me trompe peut être dans les grandes largeurs

Kevin 17/05/2017 07:44

Israel meme depuis 60 ans une politique expansioniste (colonisatrice). S'ils peuvent gratter quelques km carrés à leurs voisins ou que ce soit, ils ne vont pas s'en priver...

Alaric 17/05/2017 03:46

@OG pensez vous qu'israel oserait intervenir directement dans le golan ?! sous le nez des russes ?

Observatus geopoliticus 16/05/2017 22:33

@ Serge
Vers le Golan, peut-être, mais ça reste un front secondaire. La grande affaire, c'est le continuum Est-Ouest.

Freddi 16/05/2017 13:57

Puisque vous évoquez Mossoul, impossible de savoir si la coalition fait mieux que l'armée syrienne et les russes à Alep.
Heureusement qu'il y a un contrefeu avec la Corée pour éviter de dénombrer les victimes civiles.

Observatus geopoliticus 16/05/2017 22:40

@ Freddi
Mossoul est une boucherie, malgré une réelle volonté de l'armée irakienne de limiter les pertes civiles. Comme le dit Alaric, ne comptez évidemment pas sur la presstituée pour rapporter ce qui s'y passe. Et les rares articles sur le sujet sont empreints d'une soudaine pudeur...

Alaric 16/05/2017 14:52

En fait il y a de bonnes raisons de penser que l'aviation US a déjà tué plus ou autant de civils à Mossoul et Raqqua que les Russes à Alep . Que même un journal atlantiste comme le guardian commence à se poser des questions
https://www.theguardian.com/world/2017/mar/25/mosul-airstrikes-aleppo-vladimir-putin-donald-trump-islamic-state

est assez révélateur , et vient s'ajouter à de fréquents rapports sur de grosses bavures US. (Exemple ici :
http://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-iraq-mosul-idUSKBN16W0DZ )

Mossoul est à la fois plus dense et plus peuplée que ne l'était Alep est, et les hommes de l'EI ont encore moins de scrupules que leurs confrères rebelles à se servir de la population comme bouclier .

Notons aussi que les médias système n'avaient aucun scrupule à ouvrir leurs colonnes aux revendications de sources pro rebelles (casques blancs , OSDH ... ) , là où évidemment les déclarations de l'EI sur les pertes civiles ne sont pas prises au sérieux .

Tout cela donne du piquant au commentaire de Poutine quand l'offensive sur Mossoul fut lancée "Nous espérons que nos partenaires de la coalition feront tout pour minimiser, et même mieux, pour éliminer , les pertes civiles "
On était alors en pleine bataille d'Alep et les médias se répandaient en condamnations de l'armée russe . Evidemment , les Russes savaient bien que les américains ne pourraient pas faire beaucoup mieux qu'eux en matière de pertes civiles . C'était un clin d’œil ironique à l'hystérie médiatique occidentale .


Cela dit, je trouve ça assez mesquin de se quereller pour savoir qui a tué le plus (ou le moins) de civils . C'est une conséquence inévitable de la conduite de la guerre . Ce qui est dérangeant , c'est l'hypocrisie qui accompagne leur considération dans les médias.

la grive 16/05/2017 13:54

Je pense qu'al-Sadr reconnaît que la division sectaire est le principal danger pour son pays. Je me rappelle de son entrée en scène il y a une douzaine d'années. A l'époque un vent mauvais soufflait sur les braises du sectarisme pour achever l'oeuvre de destruction amorcée par l'invasion américaine et britannique. Il sait que l'ennemi est toujours là, briquet à la main. On comprend alors sa méfiance des milices sectaires.

Youssef 16/05/2017 11:53

Très bonne analyse à completer aussi avec l'excellent Galectoros : http://galacteros.over-blog.com/2017/05/l-est-syrien-enjeu-veritable-des-quatriemes-negociations-d-astana-pour-la-paix-en-syrie

LMD3014 16/05/2017 08:47

Est-ce que, à vos avis, les soldats des PMUs sortiront de leurs maisons et laisser leurs femmes déprotégés pour aider leurs collègues syriens? J'en doute. Les commandants sont inutiles sans soldats.

Faut plutôt trouver le support des russes, des iraniens, des libanais et - si absolument nécessaire - même des kurdes (mais oui, faut donner des concessions mais les kurdes de PKK iront au bout du monde pour une opportunité d'avancer la cause: ils n'ont rien à perdre).

Observatus geopoliticus 16/05/2017 22:37

De toute façon, la famille n'a jamais empêché de combattre, en tout cas dans la région. Il n'y a qu'à voir les "rebelles" syriens lors des accords d'évacuation : ils partent avec leur famille, donc ils combattent avec leur famille. En Syrie, en Irak, au Kurdistan, les veuves sont légion...

Alaric 16/05/2017 15:10

Ce serait plutôt le contraire : des troupes chiites assez fanatisées, impatientes d'en découdre avec l'EI , et des commandants inquiets des conséquences politiques . Il y a déjà en Syrie des milices afghanes , iraniennes et irakiennes qui se battent loin de leur patrie .

Je peux me tromper mais il me semble qu'il y a beaucoup de jeunes célibataires désœuvrés dans le monde arabe (crise économique/démographique ,considérations religieuses et problèmes de dot ) . Je pense que c'est aussi pour ça que les milices de tout bord (qui n'oublions pas payent des salaires ) ont rarement du mal à trouver des combattants . L'argument des femmes et des enfants laissés sans protection me paraît donc faible .