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Chroniques du Grand jeu

Syriebambelles

4 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Au nord de Hama, le front s'est plus ou moins stabilisé. L'aviation syro-russe poursuit son travail de sape avant d'avancer plus au nord tandis que les rares contre-attaques barbues se soldent par des fiascos.

Plus au nord, les zones kurdes sont le témoin d'évolutions intéressantes. Nous avions vu la semaine dernière que Russes et Américains avaient déployé des troupes pour servir de bouclier aux YPG et empêcher les Turcs de les bombarder. Des photos ont abondé sur le net pour bien montrer au sultan que l'affaire était sérieuse.

La réaction d'Ankara ne manque pas de sel et ce sont de véritables menaces à mots couverts contre tonton Sam qu'un collaborateur d'Erdogan a brandies :

Si les milices kurdes vont trop loin, nos forces armées les bombarderont, peu importe si des soldats américains s'y trouvent. Un accident est si vite arrivé...

Oups. OTAN contre OTAN et l'on ne sait pas qui emportera le vent. Cette brusque poussée de fièvre est à comparer avec la bienveillance affichée vis-à-vis des Russes qui font pourtant la même chose. Erdogan a été tout miel à Sochi lors de sa rencontre avec Vladimirovitch et les deux ont décidé, avec l'Iran, de "zones de désescalade" - seulement si les rebelles luttent contre Daech et Al Qaeda, précision importante - immédiatement actées à Astana.

Il est vrai que l'économie turque est au bord du gouffre et que la Russie est l'une de ses seules planches de salut. Comme de bien entendu, le Kremlin en profite pour commencer la construction du Turk Stream. Pas de nouvelles par contre des S400, dont il se pourrait d'ailleurs que ce soit un simple moyen pour les Turcs de faire monter les enchères dans leurs négociations avec les Américains.

Mais revenons en Syrie...

A l'est de Damas, les loyalistes dansent la bamba. La poche de Qaboun devrait bientôt être résorbée étant donnée l'inexorable avancée gouvernementale. Restera le gros morceau : la fameuse Ghouta orientale, lieu de la vrai-fausse attaque chimique de 2013. Et là, Assad n'a qu'à attendre tranquillement que le fruit pourrisse.

La guerre civile inter-barbue s'amplifie depuis la dernière fois que nous en avons parlé. Pas un jour ne passe sans qu'une attaque ou une contre-attaque n'ait lieu, qu'un commandant ou un autre ne soit abattu. Des dizaines, peut-être des centaines de djihadistes ont trouvé la mort depuis une semaine. Ce qui s'est passé à Idlib se répète, la machine à saucissonner la rébellion marche à plein régime même si, en l'occurrence, les intéressés se saucissonnent eux-mêmes.

Quant à Palmyre, l'expansion loyaliste a les traits d'une fleur à trois pétales. Un kotel se profile déjà à l'est d'Homs où l'armée syrienne avance aussi :

Tout irait donc pour le mieux si, au sud, l'avancée des rebelles "Al Tanaf" ne commençait à changer la donne. Il est vrai qu'ils s'enfoncent dans du beurre désertique, profitant du retrait de Daech vers des fronts plus importants. Mais ils ont maintenant doublé les loyalistes de Palmyre :

Va-t-on vers une jonction sur l'Euphrate avec les forces kurdes, donc un contrôle de la frontière syro-irakienne par les Américains dans le but de couper l'arc chiite ? Les Kurdes ont pour l'instant trop à faire à Raqqa et contre les Turcs, mais à l'avenir ? Les milices chiites irakiennes empêcheront-elles cette évolution en intervenant à leur tour ? Nous reviendrons plus en détail sur cette question dans un prochain billet car elle a des implications aussi bien en Irak que dans l'histoire récente.

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Eclaireur 17/05/2017 22:36

Bonjour,

Je vois que votre site s'inspire énormément des productions de SOUTHFRONT.ORG, notamment la carto, qu'on reconnait grâce à la marque apposée en bas à gauche. Ne vous ayant pas suivi depuis vos débuts, j'aimerais savoir si par souci de transparence, vous aviez initialement souligné cette source, et donc le travail abondant (non exempt de parti pris) de SOuthfront.
Cordialement

Observatus geopoliticus 18/05/2017 17:56

@ Eclaireur
Mon site ne s'inspire (et pas "énormément") de SouthFront que quand je parle de la Syrie, ce qui constitue une minorité des près de 350 billets. Quant aux sources, elles sont soulignées en bleu, ce qui n'est pas très difficile à trouver quand même...
Avant de proférer des conseils ou des critiques, il convient de lire attentivement.
Cordialement aussi

Chris 09/05/2017 18:33

https://www.romandie.com/news/Les-USA-associeront-la-Turquie-a-la-bataille-contre-l-EI-a-Raqa/794345.rom
"Notre intention est de collaborer avec les Turcs, les uns aux côtés des autres, pour prendre Raqa", a déclaré M. Mattis lors d'une conférence de presse à Copenhague, à l'issue d'une réunion des principaux pays de la coalition contre l'EI"
Pour mieux les contrôler ? Et quoi en échange ?

Pendule de Nwton 06/05/2017 13:18

Cher O.G,
Votre capacité de synthèse devient un classique (chapeau bas l'artiste). Depuis le temps que je vous lis j'ai appris à adorer les ouvertures de paix russes car elle ouvre le champ à de nouvelles expéditions militaires stratégiques.
Les russes donnent à chaque fois un cours dur la géopolitique. La diplomatie et l'effort militaire sont toujours complémentaires afin d'avancer les cartes sur le terrain. C'est un lien que les gouvernements de l'ouest ont fait passé à la trappe.
En fonction des contraintes techniques (main d'oeuvre sur le terrain limité), de la situation militaire sur le terrain ( la région de Hama est quasiment sous contrôle ne reste que l'Idlibstan) tout est quasi calculé à la perfection.
La poche du Ghouta réduite, Hama stabilisé (Astana et la désescalade permet de stabiliser la zone de Hama tout en saucissonnant encore plus les gentils modérés pour plus de règlement de compte à OK corral).
La priorité est le front est pour libérer Deir Ezzor afin d'étendre la patte de l'Etat syrien et se rapprocher de Raqqa. Il est toujours plus facile après de doucher les turcs avec les kurdes et d'utiliser les chiites irakiens afin d'entourer les gentils modérés qui progressent depuis la Jordanie.
Les prochains mouvements seront délectables.
Bien à vous

Enlil 06/05/2017 05:48

Sur lequel des quatre vents le cavalier pâle sera mené par ses comparses rouge et blanc sera tout autant déroutant pour L'OTAN que pour le matassin ottoman (que Hérodote m'excuse de ternir cet illustre nom par la présente). L'issue parait effectivement des plus imprédictibles avec le furerinho.

La question que j'aimerai vous poser, cher Scrutateur aux onctueuses épîtres, est au sujet de Deir-Ezzor, en y ajoutant une énième variable (il y en a déjà tant, et d'imprévisibles qui plus est...). Les troupes de l'héroïque Issam Zahreddine tenant encore la ville et faisant tête pratiquement seules depuis plusieurs saisons maintenant aux scullions des émi-rats et caliphets des goutières les plus mal famées sont elles encore en état d'agir (notamment en bonne intelligence avec leurs collègues chiites irakiens) ? Ou sont-elles trop épuisées et sans moyens ?

Mais comme vous le dîtes, vous préparez un billet à ce propos, et je ne voudrais pas trop empiéter sur votre futur sujet...

Encore merci pour vos articles, cher hôte de ces miennes catalepsies (que j'espère ne pas être trop encombrantes). Avec les ex-voto du numéro L.

Observatus geopoliticus 06/05/2017 11:49

@ Enlil
Ha ha ha, vous vous surpassez.
Pour Deir ez-Zoor, c'est maintenant dans les tuyaux. Les zones de désescalade étaient peut-être le moyen trouvé par Poutine et Assad pour mettre le paquet contre Daech. Les Tiger Force sont arrivées à Palmyre en vue de l'offensive sur Deir ez-Zoor à laquelle même les Russes devraient participer : https://www.almasdarnews.com/article/russian-special-forces-take-part-deir-ezzors-liberation/
Bien à vous, cher Enlil

serge 05/05/2017 17:53

Il se dit, sur d'autres blogs, que les casques blancs se seraient déplacés vers la ville d’Ariha, située dans le sud d’Idlib. Et que cela "puerait" une proche bavure au gaz. Un signe indien?

Dubitatif 04/05/2017 23:05

Voila, encore une fois, un excellent résumé de l'état des lieux actuel merci, néanmoins cher hôte, permettez un grain de sel pessimiste

Car dans le même temps, en Syrie, le démembrement du pays bat son plein.

À Astana, La Russie/Turquie/Iran imposent 3 zones d'influence sur le pays à leur profit. On habille comme on peut la partition de la Syrie, quand on se dit ami, n'est ce pas.

Sur ce, les USA et Israël qui ont vent des tractations et ne l'entendent pas de cette oreille, décident de s'inviter au dépeçage en s'imposant par les armes (et supplétifs) sur le terrain.

Première étape, bombardement de la SAA à Palmyre par Israel et ouverture simultanée de nouveaux fronts (Hama). Ce qui a pour effet de stopper net l'offensive syrienne vers Raqqa et Deir Azor et de mobiliser toutes les forces syriennes dans cette zone. Certes, la Syrie y remporte des victoires attendues mais la perte d'une grande partie du pays est un prix trop cher payé.

Deuxième phase, la coalition, n'étant plus soumis à la pression Syrienne, envahit et occupe tranquille, toute la région à l'est de l'Euphrate. Elle y trace les futures frontières de la ''KurdSyrie'' en détruisant tous les liens physiques (ponts) qui relient l'Est à l'Ouest Syrien, annexant au passage le barrage de Tabqa. Cerise sur le gâteau, les USA envahissent physiquement, illégalement aussi, la Syrie. Qui s'en offusque? Sacré Turquie, toujours dans tous les bons coups fumeux.

Troisième phase, au Sud et sud est, cette fois. Une toute nouvelle branche du FSA, chaperonné par Israel/Jordanie/GB fait feu de tout bois et conquiert sans coup férir à une vitesse de feu de dieu toute la zone Sud Et sud est jusqu'à l’Euphrate (à ne pas en douter). Étonnamment, la résistance Isis/Al-quaida n'est pas aussi pugnace qu'à quelque encablures (Palmyre) de là.

Quatrième phase, tout ce beau monde s'invite à Astana tout auréolé de leur conquêtes respectives, au grand damn de la Russie qui voit son plan prévisionnel de retrait US à l'Est s'effondrer. Y a tout à craindre de ce qui va en sortir.

Ps: En effet la Russie sur requête du président houti Saleh s'est vue proposer un rôle de réconciliateur entre les 2 factions ennemies yéménites. Ce qu'il serait en passe de réussir. La contre partie, une base Russe au Yemen. Le deal Russe aux Ricains, ''si vous sortez de la Syrie, la base sera symbolique, si vous restez elle sera gigantesquement opérationnelle''. Oui mais c'était avant l'entrée en jeu d'Israel/GB/Jordanie dans le sud et sudest et d'Israel pour le Golan.

Et pendant ce temps là, Poutine toujours à quémander une reconnaissance US, rapatrie et affaiblit l'atout-maître de ce conflit, son aviation. Quant les Ricains sont toujours sur le job : disloquer physiquement la Syrie

Pauvre Syrie, une guerre de 100 ans en perspective? Non, juste un démembrement conformément au plan de bataille IsraeloRicain.

Observatus geopoliticus 06/05/2017 11:22

@ Dubitatif
Attention, mon cher, vous faites quelques erreurs :
- le "bombardement" unique vers Palmyre n'a rien changé, je l'ai répété plusieurs fois.
- je ne vois pas comment les Etats-Unis et Israël auraient pu aider les barbus de Hama (sauf à passer par la Turquie). Les djihadistes d'Idlib sont plusieurs dizaines de milliers, ils peuvent se suffire à eux-mêmes.
- les Kurdes se sont prononcés contre l'accord de désescalade, critiquant une possible division.
- l'avancée de l'ASL au sud est certes préoccupante. D'où l'envoi des Forces Tigre vers Palmyre et le début prochain d'une offensive vers Deir ez-Zoor.
- Poutine n'a rien rapatrié du tout. Vous avez lu un article mal traduit du chef d'état-major russe qui parlait de novembre dernier. Attention...

LMD3014 05/05/2017 20:23

Les troupes de Deir Azor et les PMUs ont des choses à faire encore dans ce conflit. Ça ne vas pas être aussi facile, et dans cet affaire là, Erdogan va être un allié du gouvernement syrien.

bozi lamouche 05/05/2017 14:28

Bonjour dubitatif
je ne peux pas vraiment répondre sur la forme...mais effectivement sur le fond, Poutine va de victoire en victoire et ça dure ça dure...tandis que d'autres semble engranger sans vraiment apparaître...dans ce jeu de dupe erdogan (entre trump et poutine) n'est pas si mauvais...
cdlmt

Hamilcar Barca 05/05/2017 02:52

@Dubitatif
Cher Dubitatif,
Je n'ai pas d'opinion sur la vision pessimiste que vous donnez de la situation en Syrie.
Par contre, il se pourrait que le retour des Russes à Aden soit dicté par des considérations géostratégiques, et pas du tout par la perspective d'un deal avec les Américains.
N'oubliez pas que l'URSS y avait une base, exactement plein Nord de celle de Berbera en Somalie, ce qui lui permettait de surveiller étroitement le trafic sortant ou entrant de la Mer Rouge.
Depuis 1991, cette portion de la Somalie, le Somaliland, s'est séparée du reste du pays. Or le 20 mars dernier, le gouvernement de cet état non reconnu par l'ONU vient de signer un accord avec les EAU pour réactiver l'ancienne base soviétique et y installer une base arabe.
https://tinyurl.com/m9dnsyv
A côté des bases françaises et surtout US de Djibouti. Cela commence à faire un peu beaucoup de monde du même bord dans un coin névralgique.
Par ailleurs, la distance Berbera/ Aden est à vol d'oiseau de 260 km, ce qui permettrait aux aviations sunnites de prendre en tenaille les chiites du Yemen.
Pas impossible donc qu'en établissant une base à Aden les Russes fassent une fleur aux Iraniens, tout en reprenant pied dans la région.
Et puis, et puis.... dans le coin il y aussi Socotra, l'île yéménite plantée au milieu du débouquement de la Mer Rouge. Du temps de la guerre froide, une rumeur insistante disait que les Soviets y avaient une base secrète. Parait que c'était une légende urbaine... Peut-être. Mais un ami qui avait réussi à avoir un visa pour le RDP du Yémen, au milieu des années 70, s'est fait escorter dare-dare jusqu'à l'avion lorsque, sur place, il a prétendu aller à Socotra.
Bien cordialement