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Chroniques du Grand jeu

Or bleu - Or noir

20 Février 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Pétrole, #Etats-Unis, #Russie, #Chine, #Europe, #Moyen-Orient

Composante fondamentale quoique occultée de la Guerre froide 2.0, le Grand jeu énergétique bat son plein dans les coulisses de l'actualité. Depuis des décennies, les événements politiques et militaires sur l'échiquier eurasien sont intrinsèquement liés aux développements pétroliers ou gaziers, le système impérial tentant par tous les moyens de contrôler les flux énergétiques de ses adversaires/alliés afin de conserver sa prééminence. Là comme ailleurs, il est en train de perdre peu à peu la main...

Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce véritable cri du coeur d'un certain William Silkworth, haut fonctionnaire au sein du Département d'Etat américain, lors d'une conférence européenne sur le gaz à Zagreb : "L'extension du Nord Stream est une menace pour la sécurité nationale [!]".

Il est vrai que le doublement du pipeline - Nord Stream II pour les intimes - est en bonne voie, ce que nos Chroniques avaient prévu :

C'est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d'être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l'information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu'île de Rügen, sur la côte baltique de l'Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l'avez compris, il s'agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n'a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti. Comme nous l'avions prévu, la grosse Bertha a tendance à mettre de l'eau dans son gewürztraminer dès que certains intérêts teutons sont en jeu [...]

Gazprom prendrait-il le risque d'acheter ces milliers de tubes et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

Les choses se précisent : 10 400 tubes sont déjà entreposés à Mukran, point d'arrivée du futur gazoduc, tandis qu'une entreprise spécialisée dans le revêtement de tuyaux a racheté une autre compagnie afin de pouvoir utiliser ses installations sur place. Somme de petits détails qui montrent que le projet est désormais sur les rails, au grand dam des stratèges US ou de Varsovie...

Laissés (temporairement ?) à eux-mêmes en l'absence de directives claires provenant de la tête de l'empire depuis l'élection de Trump, les pays européens reviennent à plus de réalisme et, invariablement, se rapprochent énergétiquement de la Russie. Continuant sur la lancée de ses livraisons record de 2016, Gazprom a atteint des plus hauts historiques en janvier, faisant tourner le Nord Stream existant à 110% de sa capacité initialement prévue. Démonstration imparable de la nécessité de doubler le tube : du petit lait pour Moscou...

Poutine ne s'arrête d'ailleurs pas en si bon chemin, lui qui supplante les Saoudiens dans la guerre pétrolière en Asie. De 2015 à 2016, les exportations d'or noir russe vers la Chine ont bondi de 25% tandis que celles de Riyad ont péniblement augmenté de 0,9%. Le début de l'année 2017 confirme la tendance.

Les raisons en sont multiples. Techniquement, si les grandes compagnies d'Etat chinoises sont tenues de respecter les engagements des contrats à long terme signés entre autres avec l'Arabie saoudite, les producteurs indépendants sont plus volatiles et préfèrent se tourner vers le pétrole russe, d'aussi bonne qualité, légèrement moins cher, plus proche et transitant par la voie terrestre, plus sûre que les mers. Evidemment, la volonté de coopération énergético-stratégique entre Moscou et Pékin a également sa part, ainsi que le pétroyuan.

Etant donné que la demande chinoise ne cesse d'augmenter (+5,3% prévus cette année), que l'oléoduc East Siberia-Pacific Ocean (ESPO) va monter en puissance et que les Saoudiens sont tenus par les quotas de l'OPEP qu'ils se sont auto-imposés après leur gambit perdu de 2014, le Kremlin est aux anges. Poutinus energeticus imperator... ou presque.

Les bisbilles avec la Biélorussie que nous avions évoquées il y a deux semaines ont eu un effet amusant : en signe de protestation, Minsk a pour la première fois de son histoire acheté du pétrole iranien. Bien sûr, cela reste symbolique (80 000 tonnes contre 18 millions de tonnes d'or noir importées de Russie) et les quantités sont de toute façon sans commune mesure avec les gros bras de la planète (la Biélorussie consomme en un an ce que la Chine avale en moins d'une semaine), mais le fait méritait d'être relevé.

L'Iran est d'ailleurs tout feu toute flamme, ayant botté le derrière de son ennemi saoudien sur le marché coréen. Les exportations de brut perse au Pays du matin calme atteignent le double des exportations wahhabites. Temps difficile pour les Seoud qui perdent une après autre leurs positions dominantes en Asie. Et comme le contexte financier et géopolitique ne leur sourit vraiment pas, les lendemains s'annoncent difficiles pour les garants du pétrodollar...

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Euclide 24/02/2017 16:14

Pour OG et pour d'autres
Blog: Propos d'un ancien du SDECE du 23 Février 2017.
" Trump, Clinton et le cours du baril ( de pétrole) "

jef 25/02/2017 00:03

Merci de signaler ce blog. Je suis allé y faire un tour et comme vous je considère que cet article mérite d'être lu. Évidemment, j'en ai profité pour lire les cinq derniers articles le précédant. Le (rapide) sentiment que j'en retire est mêlé: un certain travers professionnel (la vraie histoire serait secrète comme les services du même nom), un parti-pris politique sous-jacent d'une part, et d'autre part une rare pertinence dans le fond de certains propos: comme cet "ancien du SDECE", je pense que nous sommes gouvernés par des gangsters (bien sûr, ce mot paraîtra à plusieurs comme excessif mais lisez et réfléchissez au pourcentage et à la part de liquidité financière qu'occupe dans l'économie mondiale l'argent sale)!

Pendule de Newton 23/02/2017 23:23

Petite info à la wikileaks version mainstream. Le groupe veritas va lâcher des heures d'enregistrement sur CNN,
http://projectveritas.com
200 heures d'enregistrement par un infiltré à la maison mère concernant la ligne éditorialiste de cette si Honrable dévouée à la quête de vérité.
Petit amuse bouche
https://francais.rt.com/opinions/27901-entre-caricatures-desinformation-medias

fb67 24/02/2017 15:55

Voilà qui nous change du "décodex"!
Signalé aujourd'hui par la presse de Moscou:
https://fr.sputniknews.com/international/201702241030213603-cnn-revelations-publications/

jef 24/02/2017 00:09

A suivre.

jef 23/02/2017 22:45

Un petit truc d'accord mais qu'il me plaît de souligner: plus personne n'emploie, sauf ici, le terme de Seoud. A croire que peu connaisse Jacques Benoist-Méchin et combien d'autes avant les années Donovan!. Et pourtant, pourtant...
Une blague de ma jeunesse:
L'Arabie, c'est où dites?
Par là, mec!

jef 23/02/2017 22:27

De cet aspect du Grand Jeu, OG passe sous silence (délibéré, évidemment) cette maitresse carte de la partie russe qu'est le Turkish stream. Mon sentiment est que la FDR a vis-à-vis de la Turquie multiplié les engagements comme autant de rets. Que de contrats engagés, y compris sur les points les plus sensibles: gaz, usine nucléaire, S400, place aux négociations sur la Syrie, tourisme, agriculture! Et quel énorme levier que ce North Stream2, bien plus avancé matériellement, et, politiquement ! Erdogan, ce serpent, est à la merci d'un nœud coulant (l’État Profond Turc ne peut l'ignorer).

Rouget 20/02/2017 21:07

Ah ! Toutes ces nouvelles remplissent le cœur d'allégresse ! Le monde semble sur de bonnes rails et, incidemment, tout ce gaz va aussi servir à remplacer un charbon sale, polluant et plus nocif pour la planète.

D'ailleurs un beau et grand défi serait de rabibocher Polonais et Russes et remplacer toutes leurs centrales à charbon dégoutantes qui rendent l'air des villes polonaises irrespirable et la qualité de l'air européen encore plus médiocre... avec du gaz russe ! Une connexion du Nord Stream II qui rebiquerait par l'est, et le tour est joué.

Allez, on peut rêver ! Ce serait ça la vraie paix européenne... (En échange on pourrait leur faire signer une clause comme quoi on n'aillait pas leur envoyer des musulmans pour les 1000 prochaines années! Deal !)

Géopolitiquement votre,
Rouget

Kevin 22/02/2017 16:00

Des musulmans, les russes en ont déjà plein: Tchetchenie, Daghestan, certains tatars, etc. D'ailleurs, les russes les aiment tellement qu'ils ne les laisse pas partir meme quand ils demandent leur indépendance ;-)

Kevin 22/02/2017 13:22

https://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_retour_%C3%A9nerg%C3%A9tique
C'est pas tout à fait la meme chose que le ratio profits/investissements, mais ca s'en rapproche: le taux de retour energetique (TRE) du charbon est supérieur à celui du pétrole, lui-meme supérieur à celui du gaz...

Kevin 22/02/2017 12:20

A priori, le gaz est un peu plus couteux car plus volumineux ou necessitant d'etre liquefié, mais au fur et à mesure que les gisements de pétrole s'épuisent, il faut aller chercher le pétrole toujours plus profond, donc les couts augmentent énormément...

Yom 22/02/2017 08:30

Les flux économiques iront prioritairement vers la source d’énergie la moins chère par calorie utile jusqu’à son épuisement, puis vers la seconde, puis la troisième … Ces coûts doivent tenir compte de l’extraction, du stockage et de l’acheminement. Il peuvent également être ajustés politiquement par des taxes (genre taxe carbone si on voulait favoriser le gaz, qui eu cru que les écologistes de tous poils pouvaient sans le savoir défendre un agenda objectivement pro-russe ?).

J’ignore complètement comment se comparent gaz, pétrole et charbon de ce point de vue. Mais si le gaz devait s’avérer moins couteux par calorie utile que le charbon, et suffisamment abondant pour couvrir les besoins actuellement couverts par le charbon, alors ces centaines d’années de réserves de charbon pourraient dormir tranquilles dans le sous-sol.

Alaric 22/02/2017 02:31

Donc pas demain là veille puisque il reste pour des centaines d'années de charbon même au rythme de consommation actuel.

Madudu 21/02/2017 22:15

Il est plus probable que le gaz vienne d'ajouter au charbon, et que l'usage de celui-ci ne décroisse qu'à mesure de son épuisement.

Arthourr 20/02/2017 21:07

J'aimerai vraiment que le tarissement politique des Seoud ne produise pas les mêmes effets ailleurs que leur explosion l'a fait en son temps....
Peut-être que de ne pas détenir de lieux "saints" évitera cela.

Pendule de Newton 20/02/2017 20:14

La vraie guerre se joue sur l'arène économique et rapport de forces d'influence. Les médias-ONG and Co. ne sont que des instruments pour amuser les populations.
Les réserves de change, les concentrations d'or, les échanges commerciales et le pouvoir de l'énergie sont les seules variables qui décident in fine de celui qui clos le bec des autres.
Les Saoud ne sont que des Jabba le Hut (Star wars personnage) assis sur la richesse du sol pas plus, des bédouins qui ne se sont limités qu'à endoctriner et corrompre.
Les vrais actions économiques de Trump décideront des mouvements tectoniques.
D'ixi le début des festivités profitons des amuses gueules ( mainstream, l'amour perdu de l'Otan, les maitresses UE sans mac-en perte de mascara-de fond de teint....)