Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Yémenopause

21 Juin 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Yémenopause

Les vieilles filles pétromonarchiques du Golfe ne voient toujours pas le bout du tunnel au Yémen. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, qui pouvait lire sur le blog il y a dix mois :

Toutefois, si les Houthis ont clairement reculé, la situation est loin d'être dramatique pour eux. Il suffit de regarder une carte pour s'en convaincre. Les chars saoudiens et émiratis ont avancé comme dans du beurre sur terrain plat mais, comme pour le Tour de France, c'est maintenant que les choses sérieuses commencent : la montagne. Les défilés seront autant d'embuscades pour les colonnes de chars ; dans les espaces confinés, la supériorité matérielle devient toute relative.

Eh bien, les petits amis wahhabites de l'Occident n'ont pas beaucoup avancé depuis, au prix, qui plus est, d'humiliations cinglantes, comme en septembre dernier :

Rien ne va plus sur le front yéménite pour la coalition pétromonarchique. Nous avions annoncé il y a un mois que la "croisade" sunnite (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Bahreïn etc.) contre les rebelles houthis chiites serait loin d'être une partie de plaisir. Si les centaines de chars Leclerc des pétromonarques ont roulé comme dans du beurre sur le plat pays autour d'Aden, entrer dans les montagnes pour repousser les Houthis est une autre paire de manches.

A peine aperçues les premières collines, 50 morts ! 45 soldats émiratis tués à Marib, à la lisière des montagnes, quand un missile houthi a touché le dépôt de munitions de leur base et 5 soldats bahreïnis dans des combats près de la frontière saoudienne. Pour les Emirats Arabes Unis, c'est l'incident militaire le plus mortel de leur histoire. De quoi les faire réfléchir à deux fois avant de continuer la guerre ? Si la réaction immédiate a été, en bonne armée ayant peur du terrain, une intensification des bombardements aériens semant la panique dans la population civile, l'on peut se poser la question du devenir de l'opération après cette réaction pour sauver la face.

De guerre lasse et dans l'incapacité de prendre la capitale, les pétromonarchiques ont lancé une série de vrais-faux cessez-le-feu ces derniers mois, entrecoupés de crimes de guerre et d'ignominieuses manigances pour les couvrir (oui, oui, c'est bien ce pays que vont visiter à plat ventre les dirigeants occidentaux, la bouche pleine de grandes phrases sur les "droits de l'homme"...)

Les Houthis sont toujours là et rien n'a été réglé. C'en est trop pour les Emirats Arabes Unis qui ont décidé de reprendre leurs billes et de quitter fissa le bourbier yéménite. Les grassouillets Seoud, eux, s'entêtent et ce n'est peut-être pas une bonne idée. Avant-hier, un missile houthi a dégommé trente de leurs soldats. La commère saoudienne, déjà bien mal en point par ailleurs, finira-t-elle par comprendre que cette croisade n'est plus de son âge ?

Partager cet article

Commenter cet article

fatie18 24/06/2016 13:27

Bonjour

Le ou les problèmes du Yémen sont aussi nombreux que les tribus qui le composent, c’est-à-dire, illimités et à l’heure actuelle, pratiquement sans solution.
Si l’on prend la question à l’envers, on peut dire que le Yémen est la victime sacrificielle de la rivalité ancestrale entre l’Arabie saoudite et l’Iran, entre sunnites et chiites, entre Arabes et Perses. Que c’est un pays, qui n’a jamais eu d’Etat digne de ce nom, et qui est en proie, depuis plus d’un siècle – depuis le démantèlement de l’Empire Ottoman - sinon depuis toujours, à d’incessantes guerres civiles sur fond tribal. Enfin, c’est dans un pays qui n’a connu jusqu’ici que le chaos, dont profite sans se gêner, la branche la plus violente et la plus puissante d’al Qaïda – AQPA : Une organisation terroriste qui se meut comme un poisson dans l’eau, dans un espace qui lui va comme un gant, et qui a servi et sert de centre de formation professionnelle à tous les impétrants es-terrorisme, rejointe il y a peu par son alter ego, l’organisation de l’EI. Plus on est de fous plus on s’amuse.
Les Etats-Unis, qui généralement débarquent dans un pays pour y expérimenter, en tout bien tout honneur, leur méthode éprouvée de chaos constructif, autrement dit, pour y organiser la pagaille, n’ont rien eu à faire pour ce coup-là : le chaos était déjà là, il les avait précédé. La bête s’en était chargée elle-même. Tout juste ont-ils demandé aux tribus les plus influentes, l’autorisation de mettre les bâtons dans les roues de la méchante AQPA qui avait osé - bien avant le 11 septembre - s’attaquer à leur destroyer – USS Cole – ainsi qu’à d’autres bricoles occidentales qui voguaient dans le coin.
Depuis longtemps, le Yémen est dans une impasse politique qui le fragilise. Le tribalisme, élément essentiel de l’organisation et de la structuration de la société yéménite, le système de gouvernance locale imposé par des acteurs informels, aux revendications hétérogènes et parfois contradictoires font de ce pays ce qu’on l’appelle a failed state.
C’est dans un tel contexte, celui d’un pays qui n’a connu rien d’autre que le chaos, que ces acteurs ont jeté leur dévolu, et en dernier lieu la coalition arabe menée par L’Arabie saoudite, qui, comme si cela ne suffisait pas, en a rajouté une couche, car cette fameuse coalition pour le moins hétéroclite, n’a même pas défini un objectif de guerre, qui une fois atteint pourrait mettre fin aux hostilités.
Personne, pas même les Yéménites, ne travaille pour le pays :
Les houthis, zaïdites (une branche dissidente du chiisme) qui occupent la capitale et tout le nord-ouest, à peu près un tiers du pays, travaillent pour l’Iran.
Le Président HADI, président légitime, reconnu par la Communauté internationale et soutenu par l’Arabie saoudite, chassé de la capitale Sanaa, par les houtis et qui a installé son Q G à Aden.
L’ex-Président SALAH, zaïdite, président pendant 33 ans, déchu après le Printemps yéménite en 2011, opposant farouche aux houtis, puis pro-houti depuis l’intervention de la coalition arabe. Que cette situation de chaos arrange.
L’Arabie saoudite qui mène une coalition d’alliés, qui est intervenue au Yémen en mars 2015, à la demande du président HADI, dont les objectifs de guerre ne sont pas très clairs et qui rame de plus en plus.
L’armée yéménite, qui semble avoir fourni un bon coup de main aux houthis dans leur progression vers le sud
Les Etats-Unis et quelques alliés, France et Grande-Bretagne, qui assurent la logistique et le renseignement, et peut-être fournissent quelques troupes au sol.
AQPA, présente au Yémen, bien avant le 11 septembre et qui y est bien implantée. Elle constitue un laboratoire pour le terrorisme international. C’est au Yémen, chez AQPA que les frères Kouachi se sont formés.
L’Organisation de l’EI, qui est le denier venu et qui compte se faire une place en profitant de la situation de chaos.
Même si le jeu de mot Yemenopause est drôle et tentant, le Yémen est loin d’être en état de ménopause. Ce serait plutôt l’opposé de la ménopause, l’effervescence de la puberté dans le corps d’un adolescent boutonneux, un volcan en éruption.

Observatus geopoliticus 24/06/2016 18:29

Rien à rajouter à l'excellent portrait que vous dressez, Fatima. Seulement que la "ménopause" s'appliquait à la vieille fille saoudienne (et à sa consoeur émiratie), non au Yémen lui-même.
Bien à vous

Pierre Bourdon 22/06/2016 21:00

Y a pas une compagnie américaine de mercenaires qui a abandonné le travail suit à des pertes importantes ?

Observatus geopoliticus 22/06/2016 21:05

Academi, l'ancienne et fameuse Blackwater

Kevin 21/06/2016 19:12

Haha, je vous trouvais un peu en panne d'inspiration niveau jeux de mots ces derniers temps, mais "yemenopause", c'est bien trouvé :-D

Kevin 21/06/2016 23:32

Ha, oui, c'est vrai, je suis un peu dur... :) Bref, outre le fond de vos articles, intéressant et sérieux, j'aime aussi le ton un peu informel et détendu... Bonne soirée.

Observatus geopoliticus 21/06/2016 19:17

Ah vous êtes dur... Il y avait quand même "OTAN ne pas aller trop loin", "Ah rabbi saoul, dites"...
Bien à vous

Lithan 21/06/2016 17:43

Les Saoudiens sont tellement dépassés par ce marasme qu'ils en sont réduits à corrompre des guvernements d'Afrique (Sénégal notamment) pour que leurs soldats aillent faire la guerre au Yemen à la place des troufions Saoudiens dont les pertes seraient aussi très élevées.
La question est de savoir jusqu'où pourra tenir le royaume sur ce front tant le pays accumule les déconvenues, nota

Observatus geopoliticus 21/06/2016 19:19

Tout à fait d'accord avec vous, cher ami. J'allais dire : ils s'enfoncent tellement qu'ils finiront par trouver du pétrole - mais ils en ont déjà...