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Chroniques du Grand jeu

Le château de cartes européen

10 Mai 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Etats-Unis, #Histoire

Le château de cartes européen

L'Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L'on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l'UE et les pays d'Europe centrale et orientale, fers de lance de la "Nouvelle Europe" si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c'est tout le système vassalique européen qui risque de tomber. On comprend qu'Obama préfère penser à autre chose en jouant au golf...

Rappelons d'abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant "pères de l'Europe" - Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet - travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d'une structure globale noyautée de l'intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l'intégration à l'UE des anciennes démocraties populaires n'étaient que le cache-sexe de l'avancée de l'OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d'établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l'UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la "vieille Europe" (De Gaulle, Chirac et Schroeder...)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s'écrouler... Ce sont d'abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c'est le moins qu'on puisse dire. Première cassure au sein de la "nouvelle Europe".

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l'hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d'obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n'avait pas prévu ça...

Varsovie, ainsi que Budapest ou Bratislava, rejettent totalement ce qu'ils considèrent comme un diktat de Bruxelles et ses menaces d'amende (250 000 euros par réfugié refusé). Les mots sont intéressants :

  • Jaroslaw Kaczynski, chef du PiS au pouvoir : "Une telle décision abolirait la souveraineté des Etats membres de l'UE. Nous refusons cela car nous sommes et serons en charge de notre propre pays".
  • Peter Szijjarto, ministre hongrois des Affaires étrangères : "La menace d'amende de la part de la Commission est du chantage pur et simple".

Notons en passant la naïveté confondante de ces dirigeants qui croyaient apparemment benoîtement que l'entrée dans l'UE allait préserver la souveraineté de leur pays...

Il n'en fallait en tout cas pas plus pour que le système se mette en branle. La mafia médiatique occidentale a glosé sur la "manifestation monstre" de... 240 000 Polonais (sur 40 millions !) contre le gouvernement et pour l'Europe. Toute ressemblance avec des événements (le Maïdan par exemple) ayant existé serait le fruit de la plus pure coïncidence.

Le fidèle lecteur de ce blog aura été prévenu avant tout le monde, dès le mois de janvier, sur la possibilité d'une révolution colorée en Pologne :

La nouveauté est que, d'arme offensive à l'assaut de l'Eurasie, la "révolution colorée" se transforme de plus en plus en moyen coercitif défensif pour faire rentrer dans le rang des pays théoriquement alliés mais qui ont de dangereuses tendances à l'émancipation. Cela en dit long sur le reflux US. Il y a une décennie, les "révolutions de couleur" visaient à encercler la Russie - Ukraine, Géorgie, Kirghizstan etc. Depuis deux ans, elles sont beaucoup moins ambitieuses et ont surtout pour objectif de colmater les brèches d'un système qui prend l'eau : Macédoine (pour empêcher le passage de l'extension du Turk Stream), Hongrie (pour tenter de mettre au pas l'électron libre Orban, peu soumis à l'UE et susceptible de se rapprocher de Poutine).

Le dernier exemple en date pourrait bien être la Pologne du PiS, parti conservateur démocratiquement élu et peu en odeur de sainteté à Washington, donc à Bruxelles. C'est notamment ce que pense un journaliste d'investigation polonais réputé, Witold Gadowski. Le parallèle avec le Maidan ukrainien est en effet troublant.

Diabolisation du gouvernement dans le caniveau les médias occidentaux, protestations de rue (pour l'instant assez légères), grandes sorties d'hommes de paille du système sur la "dictature" qui s'installerait en Pologne (la palme de la crétinerie revenant à l'ancien Premier ministre belge qualifiant le PiS de "nazis"). Quand tous ces gens (dont l'inévitable Soros) se mettent à prendre des grands airs, il y a du coup d'Etat dans l'air...

Et dans un addendum le jour suivant :

Certains lecteurs doutent de la réalité d'un Maidan polonais en recourant à un argument de bon sens : le PiS étant anti-russe, quel intérêt y aurait-il pour Washington et Bruxelles à déstabiliser la Pologne ? Au premier regard, l'argument fait mouche. Au premier regard seulement...

Il y a anti-russe et anti-russe. Le PiS n'a certes aucun penchant pour Moscou, mais il n'en a pas beaucoup plus pour Bruxelles. L'anti-russisme du PiS, c'est l'anti-troyisme d'Achille face à Hector : deux ennemis déclarés, mais qui se respectent et ont une certaine estime l'un pour l'autre. Au-delà de leurs différends, Poutine et Kaczynski partagent beaucoup de valeurs : même attachement sourcilleux à leur souveraineté nationale, même conception de la société (plutôt conservatrice et religieuse, familiale avec mariage hétérosexuel) ; ils sont tous deux atterrés par ce qu'ils considèrent comme étant la décadence civilisationnelle des pays occidentaux, la perte de leurs racines, morale et culture.

Kaczynski frère avait accepté l'invitation de Poutine en 2010, une sorte de paix des braves entre deux pays souverains. Et hop, un accident d'avion tombe à point nommé pour ne pas aller plus avant dans le réchauffement des relations polono-russes. Le défunt est remplacé par le clown américano-polonais Donald (sic) Tusk, libéral malléable et gluant aux ordres directs de Washington. Le système pousse un grand ouf de soulagement...

Et voilà que ça recommence avec l'autre frère ! La récente victoire du PiS a fait sonner quelques alarmes rouges à Bruxelles et outre-Atlantique, c'est certain. Des leviers, notamment médiatiques, ont été actionnés, on le voit. Les croisés des "révolutions de couleur" sont sortis de leur retraite. Il n'est pas sûr que cela finisse en Maidan polonais, mais ne pas s'interroger relèverait d'une grande naïveté.

Redisons-le ici, rien n'est sûr, mais un lecteur averti en vaut deux. Il se pourrait qu'on approche lentement mais sûrement de l'instant T...

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Christian Apollonia 29/07/2016 17:13

enfin un article sensé sur le sujet,
dans l'avalanche actuelle de mensonges pro européens

ça fait chaud, au cœur du "vieux" polonais que je reste !
même le mythe des faux 24 000
manifestants (en fait 40 000 et rémunérés 100 zloties par tête par une fondation de soros)
a été abordé dans les commentaires !

pourquoi ne découvre je Votre blog que
maintenant ? avez
Vous vu le mien ?

Observatus geopoliticus 30/07/2016 00:18

Merci, cher ami.
Libre à vous de venir ici autant que vous le souhaitez.
Comment s'appelle votre blog ?

Christophe 12/05/2016 05:00

Merci encore pour votre excellent article !

Observatus geopoliticus 12/05/2016 06:42

De rien, cher ami. C'est un plaisir.

Monika Agnieszka Karbowska 11/05/2016 14:24

Il faut démystifier le chiffre de "240000 " manifestants à Varsovie! Il n'y a JAMAIS eu de manifestation de 240 000 personnes à Varsovie, ni maintenant ni dans l'histoire! Les plus grande manifestations que cette ville a vu sont en 1905, 1956 et dans les années 1980-82 - soit pas plus de 100 000 personne. Quiconque connait cette ville sais que plus c'est impossible. Samedi dernier il n'y avait pas plus de 40 000 personnes à Varsovie - quiconque connait cette ville sait que ce public était composé de: l'intelligentsia mondialisée majoritaire dans cette capitale qui sait pourquoi elle est venu, de militants politique de PO et d'autres partis qui font leur boulot en attendant de revenir chercher les postes au pouvoir et de simples pékins acheminé en bus de province pour faire une ballade en ville. Varsovie étant aussi chère que Paris, une bonne majorité de Polonais de province ne peut plus s'offrir un WE de visite de la capitale et c'est pourquoi ces gens sont venus avec le vivre et le couvert et le transport payé par le partie de Tusk. N'importe qui vit à Varsovie l'a vu.

Observatus geopoliticus 11/05/2016 21:00

Merci, chère lectrice, pour cette très intéressante explication "de l'intérieur".
Bien à vous

MaTh 11/05/2016 11:02

Pour compléter le tableau sur cette Europe vacillante, à lire un excellent article sur le soir belgique (http://www.lesoir.be/1201743/article/actualite/union-europeenne/2016-05-05/martin-schulz-l-europe-est-une-promesse-qui-n-pas-ete-tenue )

L'article cite, entre autre, le président du Conseil européen Donald Tusk (qui je le rappelle est polonais!) : "un seul Etat, une seule nation, est non seulement « complètement irréaliste », mais aussi dévastateur pour son avenir [... ] Le rêve d’un seul Etat européen, d’une seule nation européenne est une illusion. Nous devons accepter de vivre dans une Europe avec différentes monnaies, avec différentes forces politiques, et la pire chose est de prétendre de ne pas le savoir ».
Quel aveu!

theuric 11/05/2016 22:19

Tiens, les vestes se retournent, il va pleuvoir.

Observatus geopoliticus 11/05/2016 21:08

Mais, connaissant le bonhomme, est-ce un simple élément de communication ou une pensée "réelle" ? En tout cas, il est sûr que les eurobêlants ont dû le sentir passer...

theuric 11/05/2016 01:45

Quand à moi, j'ai le sentiment que ce n'est pas tant que le navire prenne l'eau mais qu'il coule bel et bien.
Plusieurs signes le montrent, comme le fait que Monsieur Obama se mette en scène contre la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union-Européenne,, ceci au royaume de sa gracieuse majesté où les convenances démocratiques sont d'une importance primordiale, en prenant le risque, qui eut lieu, que les anglais voient en cela la preuve d'une horripilante discourtoisie étrangère, quand bien même cela proviendrait de ce cher et riche cousin américain.
Si ça, ce n'est pas la marque d'un certain affolement...
D'ailleurs, même en France ça fait bruisser dans les chaumières, c'est pour tout dire.
Nombre d'autres signes montrent que notre européenne union est au bord de l'agonie.
Le réarmement allemand, par exemple, même si il se dit que ce serait pour participer aux actions de l'O.T.A.N., pourrait être interprété différemment, que le bouclier U.S. commencerait à se fissurer, à béer.
La fermeture de ses frontières d'avec l'Italie par l'Autriche ou les liens étroits que la Grèce tisse avec Israël seraient, à mon sens, aussi de ceux-là.
Mais c'est bien au cœur même de l'empire U.S. que les plus que failles paraissent, sans même y aborder les questions économiques plus que déplorables.
Ainsi, l'histoire des 28 feuillets au sujet des attentats du 11 Septembre 2001 posent une infinité de questions, autant de leur tempo (les élections U.S.), des acteurs accusateurs ( qui proviendraient, pour certains, de la C.I.A.), des relais médiatiques et j'en passe (chez Monsieur Berruyer, tous ces bruits sont relayés).
Or, la seule chose qui permet à l'U.E. d'exister c'est l'amitié intéressée que porte la maison blanche à l'endroit de cette union et, dorénavant, le manque de subtilité dont fait montre l'empire U.S., lui qui sut, auparavant, agir dans une grande obscurité et en sous-main, doit, par la contrainte de l'époque ou par la perte de son savoir-faire, voire un peu des deux, se montrer au grand jour au vu et au su de tous.
En fait, je me demande si l'U.E. ne se désagrègerait pas au même rythme que les U.S.A. déclinent et font faillite.

Observatus geopoliticus 11/05/2016 21:10

Le poisson pourrit-il par la tête ou la queue ? Grande question historique ^^

EM 10/05/2016 23:31

Bonjour. Oui, le timing pose inévitablement question...Il y a également les élections en Espagne et en Italie qui risquent de secouer le cocotier...

Chris 12/05/2016 15:16

Le poissonnier vous répondra que sa marchandise pourrit par la tête...