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Chroniques du Grand jeu

S-300, 400, 500...

29 Avril 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Russie, #Chine, #Sous-continent indien, #Moyen-Orient, #Etats-Unis

S-300, 400, 500...

Tout amateur de rugby sait que le noble sport marche par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d'autres, c'est l'inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l'éternelle course-poursuite de l'armement entre l'attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.

Les années 90 ont marqué l'apogée de l'attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l'histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette "dictature du ciel" a provoqué, plus qu'une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.

Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400 :

"En Syrie, ce système, doté de 48 missiles et capable de poursuivre jusqu’à 80 cibles, interdisait toute approche inférieure à 400 km de sa position."

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, les labos russes mettent la dernière touche aux S500, capables d'intercepter simultanément jusqu'à 10 missiles balistiques ou hypersoniques volant à Mach 5, et dont le temps de réaction sera de 4 secondes (contre 10 pour le S-400 et... 90 secondes pour l'antique Patriot américain !) On comprend dans ces conditions que l'OTAN soit "préoccupée"... Car, avec les S300 et S400, le bras armé US fait déjà face à ce que les analystes appellent des "bulles de déni" :

Face à la réalité des systèmes défensifs (S-300 et S-400) et offensifs (sous-marins, missiles balistiques et de croisière) d’origine russe, la question du déni d’accès est désormais l’objet de toutes les attentions, en France, aux Etats-Unis comme à l’Otan. Elle a récemment fait l’objet d’une conférence au Collège de défense de l’Otan et devrait figurer à l’ordre du jour de la prochaine ministérielle de l’Alliance des 15 et 16 juin.

Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (...) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.

«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome. (...)

Pire : les Russes travaillent à la mise en réseau de leurs dispositifs, afin de mettre en place un système de systèmes intégrés qui leur permettra de gérer plusieurs bulles d’A2/AD en même temps à partir d’un QG unique, voire d’établir des communications entre les différentes bulles pour en créer de plus grosses couvrant de vastes territoires.

Alors imaginez avec les S500...

S-300, 400, 500...

Ces questions ne nous intéresseraient somme toute que modérément si elles n'avaient d'importantes incidences géopolitiques et ne participaient du Grand jeu.

Moscou a doté ses deux partenaires du triangle eurasien de ces systèmes perfectionnés. Après la levée de l'embargo à destination de l'Iran, les premiers S300 sont déjà arrivés à Téhéran, réduisant à peu près à néant tout risque de guerre future irano-américaine :

Quant à la Chine, elle vient d'avancer le paiement et devrait recevoir ses S400 début 2017, sanctuarisant son territoire à un moment où les tensions avec les Etats-Unis s'exacerbent en mer de Chine méridionale et dans la péninsule coréenne.

Le triangle se mue même en carré d'as avec la fourniture de S400 au vieil allié indien. Que le contrait ait été signé ou pas encore importe peu : New Delhi recevra sa part du gâteau pour fêter en fanfare son entrée dans le mouvement qui ne cesse de monter, l'Organisation de Coopération de Shanghai.

Pour Moscou, c'est doublement bénéfique : apaisement des rivalités (notamment sino-indiennes) de ses alliés par la fourniture d'armements sophistiqués qui fait entrer des écus sonnants et trébuchants dans les caisses. Quant aux Américains, quelques années après avoir vu s'effondrer leurs rêves d'établir une présence continue au coeur de l'Eurasie afin de la maintenir divisée, ils voient maintenant avec horreur des pans de plus en plus importants du continent-monde échapper à leur menace potentielle.

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Francois 02/05/2016 17:51

Mais ou en sont les autres au niveau défense anti missile et missiles hypersoniques ? Il n'y a que les 3 ? J'avoue qu'un monde ou 2 alliés sont seuls détenteurs d’une telle technologie est assez flippant. Surtout qu’on les pourrit depuis des années et que les USA n’ont pas tellement le choix que de maintenir leur racket mondial. La pilule de la pauvreté va être dure à avaler pour les hyperconsommateurs américains, et leur société a des besoins gigantesque de pétrole pour survivre. Du coup la bête risque de devenir très agressive. A moins qu’ils ne s’effondrent. Ce serait drole de voir . Avec les armes qu’ils ont, les russochinois remettront forcément la mondialisation qui engresse oncle sam et nous aussi. Je vois mal les chinois continuer longtemps à produire moins de 100 $ des iphone qu’apple leur revend 800…

simplet 29/04/2016 17:44

Superbe raisonnement. Reste les américains ont la capacité de concevoir des armes sophistiquées en peu de temps comme l'histoire nous l'ensigne. C'est leur principale qualité après celle de perdre toutes les guerres où ils y vont seuls, comme des grands. A l'exception de Grenade et de Panama.

Francois 03/05/2016 11:39

@Simplet : je pense sérieusement que vous vous bercez d’illusions. Le peuple Américain est devenu ce qu’on a fait de lui : un troupeau pas futé qui consomme avant tout . L’oligarchie au pouvoir, pour des raisons évidente, les a mis devant la télé en les bourrant de Junk Food, et de divertissements bas de gamme, la pornographie omniprésente en étant un des derniers opus. Je pense que vous sous estimez les ravages du mode de vie américain sur ce peuple mais aussi sur le notre. La France a aussi cette capacité d’innovation, elle a énormément innové pendant la première guerre mondiale pour avoir la meilleure armée en 1918, parce que les forces conservatrices ont pu être mises de coté vu l’urgence de la situation. Quand aux sociétés d’informatiques, le mouvement a été lancé par le pentagone, et la mise en place d’un environnement d’innovation. La France n’est pas en reste avec la French tech, on a toujours eu des projets, mais les américains dictent la loi et choisissent toujours leurs produits (cf : les ravitailleurs de l’armée us). Vous ne trouvez pas ça étrange qu’il n’y ait qu’un pays innovant en informatique, les dés sont pipés mon ami. Le cas de business objects est l’exemple d’une société française qui a trouvé une niche et est devenue leader mondial dans son domaine. Il n’y a pas de peuples innovants et d’autres non innovants, les chinois contrairement à ce qu’on dit on toujours été innovants. Il y a des sociétés favorables à l’innovation, d’autres bloquées par des castes qui s’accrochent au pouvoir. Les USA comme l’Europe sont dans ce cas, c’est un signe évident de déclin

simplet 03/05/2016 10:49

@François.
Croyez-vous que le peuple américain dirigé comme il le faudrait ( ni plus, ni moins qu'en Europe, du reste), c'est à dire sans cette nuée de vrais cons que sont les néo-cons, ait perdu cette faculté. Ne soyons pas vache et laissons leur cette qualité d'innovateur que nous n'avons pas. Avec ou sans milliards. Il n'y a pas que durant la seconde guerre. Les grandes sociétés d'informatique par exemple ont démarré sous initiatives personnelles vaille que vaille, sans grands moyens et même quasi sans tune. Avons nous en Europe, les mêmes exemples? Certes non. Pour un tas de raisons probablement liés aux système d'assistés que nous sommes devenus.

Francois 02/05/2016 17:52

Ca c'est avant, pendant la ww2 effectivement l'innovation allait très vite, maintenant c'est en années et à coups de milliards... c'est un autre monde et on est à la traine

Observatus geopoliticus 29/04/2016 18:02

Pas vraiment...
Leur F35 est par exemple un fiasco à plusieurs centaines de Mds de dollars. Là où ils sont plus avancés, c'est pour les missiles hypersoniques. Mais les S500 sont justement désignés pour les contrer. Et Chinois et Russes développent également leurs propres missiles de ce type.
C'est une course sans fin, une guerre d'usure, et les Américains sont doucement en train de la perdre...

MBM 29/04/2016 17:14

Billet très intéressant.