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Chroniques du Grand jeu

C'est la dèche pour Daech

11 Mars 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie

C'est la dèche pour Daech

N'ayant plus matière à s'exercer au russian-bashing, la volaille journalistique occidentale est soudain bien silencieuse sur la Syrie. Pourtant, les combats continuent... Ainsi, nos prédictions se réalisent lorsque, au lendemain de la trêve, nous écrivions :

"L'un des éléments qui me paraît le plus important est, selon une antique tactique russe, le saucissonnage de la rébellion. L'opposition à Assad est en ruines et divisée comme jamais entre ceux (minoritaires mais médiatiques) qui ont accepté la trêve et ceux, les djihadistes (majoritaires), qui la refusent. Désormais, toute ambiguïté est levée et le "camp du Bien" ne trouvera rien à y redire : ceux qui continuent le combat contre Assad sont des terroristes qu'il faudra traiter comme tel. On imagine l'immense malaise dans les salles de rédaction de la mafia médiatique occidentale..."

Nous y sommes ! Attendez-vous à ne pas lire une ligne sur les victoires du 4+1 (Russie, Iran, Assad, Irak + Hezbollah) contre les terroristes "modérés", ça n'intéresse plus nos plumitifs.

L'armée syrienne continue son offensive autour d'Alep, ayant libéré ces derniers jours un certain nombre de villages aux mains de l'EI ou d'Al Nosra, au nord-ouest de la grande ville comme au sud-est. Autour de la capitale, les opérations continuent et les derniers bastions djihadistes vont bientôt tomber. Damas, apparemment en collaboration avec les YPG kurdes (!) prépare l'offensive contre Idlib, dernière région tenue par la rébellion en Syrie utile, où l'aviation russe est déjà entrée en action, bombardant sans relâche les copains de Laurent "Al Nosra fait du bon boulot" Fabius. Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule pour le sultan, l'armée syrienne reprend aussi peu à peu les territoires frontaliers avec la Turquie.

Plus à l'est, le califat auto-proclamé commence à sentir la pression comme jamais. Là aussi, les Sukhois y sont pour quelque chose (même l'OTAN est impressionnée par la précision des bombardements russes). L'armée syrienne est à l'orée de Palmyre où les petits hommes en noir creusent les tranchées et, plus au nord, avance vers Raqqa, mouvement qu'entreprennent également les milices kurdes. Et ce qui était prévu de longue date se précise, à savoir la jonction entre l'armée syrienne (en rouge) et les YPG kurdes (en jaune), coupant définitivement le cordon ombilical entre Daech et maman Turquie :

C'est la dèche pour Daech

Une remarque... On voit que les Kurdes ont déjà débordé à l'ouest de l'Euphrate, ce qui était pourtant une ligne rouge fixée par Erdogan. Les années précédentes, chaque fois que les YPG faisaient mine de passer le fleuve, l'aviation turque entrait en action et les bombardait. Bien sûr, cela n'est plus possible depuis la bourde du 24 novembre - le F16 ottoman qui dépassera d'un millimètre la frontière sera impitoyablement abattu par les S400 russes - et le sultan n'en finit pas de s'en mordre les doigts. Nous en avons déjà parlé à de multiples reprises...

Daech est donc sous intense pression et les défections se multiplient. A tel point qu'a eu lieu il y a cinq jours un événement incroyable (donc forcément passé sous silence par notre basse-cour médiatique) : les habitants de Raqqa, la capitale, se sont insurgés contre l'EI et ont hissé des drapeaux syriens dans plusieurs quartiers de la ville !

La lutte contre Daech sera encore ardue mais l'issue est inévitable, au grand dam du binôme turco-saoudien et de son parrain américain qui, prudent, a préféré retiré ses billes.

C'est la dèche pour Daech

Quant au futur de la Syrie, là aussi tout semble aller dans la direction indiquée par Moscou. Nous avions évoqué la proposition russe d'une fédéralisation du pays avec des régions bénéficiant d'une réelle autonomie, le Kurdistan au premier chef (tss tss Erdogan...) Or, cette idée de simple bon sens est suffisamment sérieuse pour être maintenant discutée par les grands dans les travées de l'ONU. Inutile de dire que l'opposition et ses parrains turco-saoudiens n'y sont pas du tout, mais alors pas du tout favorables. Inutile de dire également qu'ils n'ont plus beaucoup de marge de manoeuvre pour faire entendre leur voix...

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Informatus 12/03/2016 12:01

Bonjour,

Merci pour vos intéressants messages.

Encore une fois, vous ne parlez pas du rôle d'Israël dans la région, et absence totale de réaction sur votre blog à l'affaire des missiles balistiques iraniens et aux réactions américaines.

Comme un post d'il y a deux semaines le laissait penser, il me semble que vous faites preuve d'un peu de candeur ou de naïveté quant au rôle d'Israël dans les affaires du Moyen-Orient.

--- Croire que la première puissance de la région - la seule à disposer de l'arme nucléaire - a laissé une créature comme l'Etat islamique se développer à ses portes sans réagir, est fort de café.

En 2010 déjà, des intellectuels néo-conservateurs de la communauté juive comme Alexandre Adler affirmaient que l'intérêt de ce qu'ils appelaient l' "Occident" était de faire durer le plus longtemps possible la guerre entre chiites et sunnites dans la région.

Ce que craint Israël est avant tout la constitution d'Etats forts capables de rivaliser avec lui ou de l'attaquer, comme cela a été fait 6 fois entre 1946 et les années 70. Ce pays est bien plus effrayé par l'Iran et son relais le Hezbollah que par les sunnites les plus extrémistes.

Amos Yadlin, ancien chef du renseignement militaire israëlien, a déclaré sur le Wall Street Journal du 12 mars 2014 : "Il ne fait aucun doute que le Hezbollah et l'Iran sont des menaces bien plus graves pour Israël que les islamistes radicaux sunnites". Ouf! Les choses sont claires.

L'ancien ministre des affaires étrangères Français, Roland Dumas, a lancé sur La Chaine Parlementaire le 10 juin 2013 (émission "Ca vous regarde') : "C'est pour dire que cette opération [contre le gouvernement d'Al-Assad) vient de très loin. Elle a été conçue dans le but très simple de destituer le gouvernement syrien parce que ce régime syrien a des propos anti-israëliens. J'ai la confidence du Premier ministre israëlien qui remonte à très longtemps et qui m'avait dit qu'on essayera de s'entendre avec les Etats autour, et ceux qui ne s'entendront pas, on les abattra".

Israël veut abattre la Syrie, c'est clair. En créant un monstre ?

Vous parlez souvent de la tactique "schyzophrène" des Etats-Unis dans la région. Elle pourrait s'expliquer par les objectifs stratégiques différents qui dominent l'appareil d'Etat US.
Et celui-ci est bel et bien divisé entre (aumoins) les Américains qui ne recherchent que l'intérêt des Etats-Unis et les israëlo-américains qui recherchent avant tout celui d'Israël.

Avez-vous déjà oublié cet incroyable invitation du Premier ministre Netanyahu par une partie des congressistes (juifs) aux Etats-Unis à l'encontre de la volonté d'Obama ? C'était il y a moins d'un an. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/03/03/la-charge-de-netanyahou-contre-la-politique-d-obama-envers-l-iran_4586828_3218.html

Où l'on voit également que l'Etat islamique est totalement absent de son discours mais où l'obsession d'Israël concerne l'Iran est les chiites.

S'il ne fallait retenir qu'un exemple-type de l'entrisme israëlien qui a toujours existé aux Etats-Unis - le lien ultra-religieux dans ce "peuple élu" étant plus fort que tout - c'est bien que le vice-président de la Banque centrale qui contrôle le $ (la Fed) a été gouverneur de la Banque centrale d'Israël de 2005 à 2013 ! https://www.federalreserve.gov/aboutthefed/bios/board/fischer.htm

A bien des égards, la politique soudainement ultra-vassale de la France à l'égard des Etats-Unis est également due à l'énorme présence de la communauté israëlite dans l'appareil d'Etat français.

Je ne ferai pas l'insulte de rappeler l'origine des deux derniers ministres des affaires étrangères français ni que le Parlement de Paris concentre plus de 60 députés franco-israëliens, je parle bien de bi-nationaux. C'est près de 15% de l'Assemblée nationale française (c'est le député Meyer Habib qui le dit) !

Croire que la guerre lancée en Lybie par un Bernard-Henri Lévy est l'oeuvre d'un petit intellectuel ridicule et aventureux, c'est d'un risible...
L'homme a les honneurs du président israëlien, pays où il passe une bonne partie de son année. En 2010, il a été élu par le Jerusalem Post 35ème personnage juif le plus influent, des Américains haut placés trustant la plupart des premières places.

Pour dire les choses plus simplement, c'est un relais en France de la politique israëlienne et il s'en cache à peine. Là encore, en Lybie, il s'agissait d'abattre un Etat constitué (quitte à ce qu'une interminable guerre civile s'ensuive, ils s'en fichent).

Bref, autant de faits qui montrent l'ampleur du rôle d'Israël dans la région, notamment par le biais de l'entrisme dans l'appareil d'Etat américain et français.

Vous ajoutez à cela les intérêts de puissances de moindre envergure (Turquie, Arabie Séoudite), et on comprend l'ampleur que le phénomène Etat islamique a pris.
Avant que tant d'années d'efforts ne soient bouleversées par l'intervention russe bien entendu.

Observatus geopoliticus 12/03/2016 13:06

P'tit père,

je suis parfaitement au courant de l'affaire des missiles balistiques iraniens mais je n'ai que deux mains... Je ne peux parler en même temps de Daech, de l'Ukraine, de la Turquie, des Kurdes ou des étonnantes déclarations d'Obama (qui feront l'objet du prochain article)... Puisque vous semblez si désoeuvré dans votre vie, vous m'écrivez l'article ?

Quant à votre ton moraliste sur le rôle d'Israël, vous pouvez vous le carrer où je pense... J'ai déjà parlé de tout ce que vous semblez découvrir avec candeur, revenez de votre planète et lisez les archives de ce blog. Au début (disons grosso modo les deux premières années du conflit), Israël participe évidemment de l'autoproclamé "camp du Bien" visant à déstabiliser la Syrie, quoique pas forcément de manière aussi poussée qu'on le pense. C'est ensuite, à partir de 2013, que ça se gâte un peu : pour Tel Aviv, une Syrie faible et déchimiquisée est préférable à un djihadistan. Si Israël était si favorable aux djihadistes, expliquez-moi donc pourquoi il aide le Hamas contre Daech dans la bande de Gaza ! Il y a aussi les alliances avec lesquelles Israël doit compter : osmose avec l'Egypte de Sisi et rapprochement avec la Russie, toutes deux largement pro-Bachar ; brouille avec la Turquie pro-EI et Al Qaeda. Tel Aviv ne peut se permettre de se mettre Le Caire et Moscou à dos en prenant trop ouvertement partie dans ce conflit. Les choses sont un peu plus complexes que votre scénario hollywoodien...

Personne ne vous oblige à lire ce blog s'il ne vous convient pas ; j'ai suffisamment de lecteurs pour ne pas avoir à supporter les états d'âme de quelques moralistes à la petite semaine. A bon entendeur...

MBM 12/03/2016 10:01

Nous savons qu'un chef d'Etat n'est pas vacciné contre les débordements des rancœurs personnelles de sorte à orienter la politique extérieure de leur pays, mais cette récente info (ou intox) de Sputnik est étonnante voire détonante : https://fr.sputniknews.com/international/201603111023304991-erdogan-colere-assad-poutine. La source de Norman Stones dans le Financial Times est plutôt vague : "on dit que...". Est-ce avec des rumeurs que le Financial Times veut étonnamment relever sa crédibilité sur le terrain des Affaires étrangères? On peut être surpris qu'il se défasse d'une protection turque contre Moscou; c'est que comme vous le prétendiez plus tôt, les carottes sont cuites pour les altaïques, les dés jetés étaient bien pipés, alea jacta est.
L'intellectuel du couple impérial est assurément Davutoglü qui complémente adéquatement l'impulsif (adolescent devant l'éternel) Erdogan. Des centaines de milliers de victimes pour la satisfaction d'un ego psychiatrique et éventuellement, afin d'édulcorer ce navrant constat, la renaissance d'un empire relevant tout autant d'un sur-moi infantile et psychopathique. Madame Assad est sans conteste une agréable apparition comme son homologue jordanienne, toutefois le cerveau reste humain avec l'imprévoyance soumise à l'émotion pour ne pas prévoir le risque de captation et d'utilisation malveillante d'un mail, en ces temps-ci où la technologie atteint un niveau inquiétant d'efficacité au point d'annoncer la prévision des faits et gestes à venir dans le courant de la journée pour tout quidam. Hillary (c'est ce que son prénom affirme, mais je ne crois pas un instant que Bill prenne à la légère le mailgate de sa Tomyris) en paie un prix assez conséquent présentement pour en témoigner. Errare humanum est. Clio tire encore et encore son fil pour tisser indéfiniment sa toile.

Observatus geopoliticus 12/03/2016 11:00

Cher ami, c'est toujours un vrai régal de vous lire.
Oui, j'ai vu cette "info". Qu'en penser... Erdogan est certes un tantinet dément, mais il n'est pas seul à mener la galère turque qui obéit à des considérations stratégiques bien plus importantes qu'une simple offense par mail. Ce qui est étonnant, comme vous le relevez, c'est que le Financial Times publie cette histoire. Pourquoi et pourquoi maintenant ? Le camp du Bien va-t-il lâcher la Turquie, la presse du système préparant mentalement le public au préalable ?
Bien à vous