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Chroniques du Grand jeu

Qu'ils viennent...

19 Décembre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Russie, #Moyen-Orient

Qu'ils viennent...

Comme chaque année, la séance marathon de questions/réponses de Poutine avec la presse a donné lieu à force commentaires, yeux écarquillés ou rires d'incrédulité. On s'attendait à ce que la Turquie soit à l'honneur et on n'a pas été déçus. Si le sultan a regardé le show dans l'hypothétique espoir d'un mot d'apaisement, il en est ressorti sonné...

Premier direct du droit : "La Turquie voulait lécher les Américains sur une certaine partie du corps, je ne sais pas si c"était une bonne idée" (!) La mâchoire d'Erdogan a dû se décrocher de stupeur. Il semble d'ailleurs que la presse turque n'ait pas rapporté ces paroles fleuries afin de ne pas porter atteinte à l'image du Grand Leader. Pour être tout à fait honnête, Vladimirovitch exagère peut-être un peu ici ; il n'est en effet pas du tout sûr que les Etats-Unis y soient pour quelque chose dans cette affaire, témoin leur réaction plus que mitigée vis-à-vis de leur allié otanien.

L'uppercut suit peu après : "Les avions turcs violaient sans cesse l'espace aérien syrien. Qu'ils viennent maintenant..." L'avertissement est on ne peut plus clair. Comme nous l'écrivions peu après l'incident du Sukhoi : "Les S-400 sont en place et couvrent la majorité du territoire syrien. Est-ce un hasard si les bombardements turcs (et américains !) se sont soudain arrêtés en Syrie ? Plaignons l'avion turc qui dépasserait d'un millimètre la frontière..."

Les YPG kurdes, maintenant assurées sur leurs arrières, ont désormais toute latitude pour faire mouvement. Le 1er décembre, nous écrivions :

"Le sultan avait décidé d'une ligne rouge à ne pas franchir pour les Kurdes syriens : l'Euphrate, au-delà duquel les avions turcs n'hésiteraient pas à les bombarder, ce qui est arrivé plusieurs fois. Le piquant de l'affaire est que ces mêmes YPG sont sensés être les alliés des Etats-Unis, eux-mêmes alliés de la Turquie. Bref, un maelström sur lequel Poutine joue comme dans du velours (...) Ce qui se profile à l'horizon est un mouvement en tenaille entre les "Kurdes est" franchissant l'Euphrate et les "Kurdes ouest", le tout protégé par les fameux S-400 russes qui vont abattre comme des mouches les avions turcs qui s'aventureraient dans la région."

Moscou vient semble-t-il de donner le feu vert et Ankara risque de regretter longtemps, très longtemps son coup de folie avec le Sukhoi. L'incident a totalement changé la donne en Syrie où la Turquie est maintenant hors-jeu. A tel point qu'un intéressant article d'un journaliste réputé affirme que c'était ni plus ni moins un piège tendu par les Russes. SI nous ne sommes pas forcément d'accord avec les conclusions de l'auteur, le fait méritait d'être cité.

Dans sa folle fuite en avant, Ankara s'en prend carrément maintenant au député qui, dans une interview à RT, a accusé le gouvernement d'avoir fourni le sarin de 2013. Pour les fidèles lecteurs du blog, ce n'est pas une surprise, nous en parlions déjà en octobre.

Surtout, dans un classique réflexe de recherche d'unité nationale par les armes, le sultan intensifie sa campagne contre le PKK kurde dans le sud-est du pays qui est maintenant au bord de la guerre civile (notons que l'analyste était très prudent jusque-là). Les deux camps recommandent d'ailleurs à la population civile de quitter des villes et mêmes des districts entiers, ce qui ne trompe pas.

La Turquie, qui s'ingérait en Syrie pour y semer le chaos, se retrouve maintenant aux prises avec un conflit ouvert sur son propre territoire. Si Assad accepte (et dans sa position, il ne peut rien refuser aux Russes), les Kurdes syriens vont, sous le bouclier des S-400, sceller la frontière qu'ils contrôlent déjà en grande partie.

Qu'ils viennent...

A terme, c'est potentiellement une formidable base arrière pour leurs frères du PKK qui, pouvant dorénavant se ravitailler en Syrie, sera capable de soutenir une guérilla sans fin. Soit exactement ce que Daech et Al Qaeda font en Syrie avec la complicité d'Erdogan. Encore une fois, Poutine retourne la situation et châtie le sultan par où il a péché. Le maître du Kremlin est en passe d'obtenir un levier de pression presque infini sur Ankara. Pas étonnant qu'il se permette moquer le sultan lécheur...

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Clara 20/12/2015 21:44

"Le président américain a appelé vendredi, lors d'une conversation téléphonique, son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à prendre des mesures pour "apaiser les tensions avec l'Irak", en particulier en retirant les troupes turques qui s'y trouvent. Barack Obama a insisté sur la nécessité pour la Turquie de "respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Irak", selon un compte-rendu diffusé par la Maison Blanche. L'Irak a réclamé mardi un "retrait complet" des forces turques de son territoire."

C'était bien le souhait russe? Comment comprendre ce soudain revirement des Américains?

SimonB 20/12/2015 19:21

Le sort réservé au pilote du F16 turc auteur du fameux coup de poignard dans le dos nous éclairerait sans doute sur les véritables commanditaires: a t-il été décoré ou croupit-il dans une geôle (ou les deux)?

Observatus geopoliticus 20/12/2015 19:58

Ce serait effectivement intéressant à savoir, mais mystère...

Chris 19/12/2015 17:55

Arriverait-on à un Kurdistan unifié dont parlait Meyssan, lequel conviendrait aux Occidentaux ?

Observatus geopoliticus 19/12/2015 19:22

Le Kurdistan est tout sauf unifié, cher Chris. J'avais presque fini un article dessus avant qu'il ne disparaisse entièrement à cause d'un bug. D'un côté, le PKK, les YPG syriennes et le PUK irakien ; de l'autre, le PDK irakien qui tient Erbil. Les premiers n'ont jamais été favorables aux Occidentaux, plutôt aux Russes. Le second a mangé et mange à tous les râteliers (turc, US mais aussi daéchique, saddamique, iranien...) Il est minoritaire mais tient le Kurdistan irakien ; c'est actuellement la carte turque et américaine.

Pierre Bourdon 19/12/2015 16:06

Je soupçonne aussi que Vladimirovich a hameçonné Erdogan pour le piéger (sans souhaiter mort d'homme) le "Gollum" à mordu.

Arionov 19/12/2015 20:32

La Turquie qui est contrôler par la corruption institutionnel. Elle ne pouvez pas laisser passer la destruction du pipeline sur roue. l'analyse géopolitique ne tien pas la route mais l’enrichissement personnel de certain haut cadre Turque est plus plausible. C'est pourquoi que nous assistons avec un regard abasourdi la politique du poulet sans tête de Washington et leur s’allier face à cette incohérence Byzantine. Le problème Kurde est actualisé par Erdogan et non par le PKK qui ont jouer le jeu démocratie en pressentent leur candidats aux dernière élection et en respectant l’entente de non agression sur le sol Turque. Avec cette escalade violente vis-à-vis des Russes et certains pays limitrophe. En plus, une ouverture d'une politique répressive contre 40% de sa population laissent beaucoup d'amertume dans le deep state Turque. L'élimination d'Erdogan et Associer peut êtres dans les tuyaux dans un avenir proche. Si,non la Turquie va sombrer elle aussi dans une guerre civile et un risque majeur d'une reconfiguration de ses frontières.
je vous donne un lien intéressant sur le sujet.

http://lesakerfrancophone.net/syrie-les-renforts-arrivent/

Observatus geopoliticus 19/12/2015 19:18

Difficile à dire, cher ami... Je ne crois pas que Moscou aurait fait tout ce foin sur le "coup de poignard dans le dos" si la violation de l'espace turc était délibérée.