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Chroniques du Grand jeu

Sultanpête dans un verre d'arak

29 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Décidément, le sultan ne peut tenir en place. Il est vrai que les continuelles claques géostratégiques reçues ces dernières années (Syrie, Kurdes, Europe) n'ont pas d'effet apaisant sur un caractère comme le sien, qui de surcroît dépend entièrement de sa popularité intérieure. Or, avec la crise financière et les impasses extérieures, celle-ci commence à sérieusement tanguer.

Ainsi donc a-t-il décidé de bombarder à nouveau, mais de manière plus sévère, sa Némésis kurde dans le nord syrien et irakien. Dans le collimateur : le PKK bien sûr, mais aussi les YPG syriennes soeurs. A noter tout de même qu'à Sinjar, au nord-ouest de Mossoul, les Turcs se sont lamentablement plantés et ont tué six peshmergas de leur ami Barzani au lieu des ""terroristes"" visés... Quant aux bombardements sur Qandil, base arrière du PKK dans les montagnes kurdes irakiennes, ils sont monnaie courante et ne s'arrêtent jamais vraiment.

Ce coup de menton sultanesque laisse les Américains perplexes et gênés, mais des soldats US patrouillent maintenant la frontière syro-turque. Message subliminal : ne bombardez plus les Kurdes. Si Erdogan passe outre, il risque de provoquer une conflagration au sein même de l'OTAN, ce qui ne manquerait pas de piment.

Le ton est très sec à Bagdad, à Damas mais aussi à Moscou où l'on juge "inacceptables" les frappes turques. On se rappelle que les Russes avaient eux aussi déployé des troupes dans le canton kurde d'Efrin, en guise d'avertissement à Ankara. Si l'entente américano-russe en Syrie a connu des hauts et des bas ces dernières semaines, il semble qu'elle reste tout de même suffisamment solide au nord pour bloquer le sultan.

Le déploiement ou l'exhibition même symbolique de troupes (bleu marine pour les Américains, bleu ciel pour les Russes) sont une mise en garde aux velléités ottomanes :

Que peut faire Erdogan ? Rien. Il est bloqué, "cornérisé". Il s'est fait rouler dans la farine par Poutine qui, comme nous l'avions prévu, a utilisé les Turcs pour repousser Daech d'Al Bab avant de leur fermer la porte au nez. La rencontre entre les deux hommes à Sochi le 3 mai vaudra son pesant de loukoums.

Un mot cependant sur l'incompréhension qui frappe les observateurs, dont votre serviteur, devant une incongruité absolue. Ce blog a suffisamment démontré les talents stratégiques de Poutine pour ne pas relever l'énorme connerie - désolé, il n'y a pas d'autre mot - qu'il s'apprête à faire en autorisant semble-t-il la livraison de S-400 à la Turquie !

Certes la vente n'est pas encore faite, certes il y a des protocoles, certes la Syrie pourrait aussi en bénéficier, mais enfin... Comment avoir une seule seconde confiance en Erdogan ? Comment être sûr qu'il ne refilera pas certains secrets à l'OTAN ou n'utilisera pas les S-400 contre des alliés de Moscou ? Comme oser placer la Turquie du führerinho sur le même pied que des alliés stratégiques comme la Chine ou l'Inde, seuls pays avec l'Algérie à avoir reçu ces systèmes ? Ca nous dépasse...

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Ailleurs en Syrie, les loyalistes sont partout à l'offensive. A l'est de Damas, la poche de Qaboun devrait bientôt tomber et la Ghouta s'enfonce dans la guerre civile inter-barbue, même si prendre ce dernier abcès ne sera pas une promenade de santé. La zone gouvernementale s'étend autour de Palmyre où Daech recule assez fortement. Au nord de Hama, les djihadistes ont réussi à enrayer la débandade et stabilisé temporairement le front, mais leurs contre-attaques stériles leur coûtent, l'une après l'autre, de nombreuses pertes. Après une petite pause, l'attention loyaliste se tourne maintenant vers Lataminah, prochain objectif de l'armée. Plus au nord, à Idlib, dernier fief rebelle, les assassinats/attentats continuent de miner la grande fraternité barbue.

Avant-hier, Israël a fait sa petite sortie mensuelle en bombardant un dépôt d'armes du Hezbollah sur l'aéroport de Damas. Chose intéressante et qui a été peu relevée : il s'agissait d'un missile tiré à partir d'Israël et non d'un bombardement aérien avec survol du territoire. Cela semble indiquer que l'avertissement irano-russe au lendemain de l'affaire des Tomahawks a été pris au sérieux à Tel Aviv : plus d'avions israéliens dans le ciel syrien. Justement grâce aux S-400 que Moscou s'entête à négocier avec le sultan...

Puisqu'on parle du pays de Goliath David, ajoutons cet aveu de l'ex-ministre de la Défense qui explique que Daech, qui occupe une petite poche sur le Golan, s'est excusé après avoir ouvert le feu sur une patrouille israélienne. Il se peut qu'il s'agisse d'un accrochage ayant eu lieu en novembre et qui s'est terminé par des salves israéliennes tuant quatre petits hommes en noir. Pourquoi ces excuses : peur des représailles, "alliance" ponctuelle et locale ? La presse israélienne s'interroge en tout cas sur le canal de communication utilisé avec l'entité terroriste, ce qui pourrait constituer une grave violation de la loi.

Golan vers lequel se dirigera une nouvelle unité formée par les Russes pour reprendre le terrain aux djihadistes. Gageons qu'à ce moment, les lignes téléphoniques entre Moscou et tel Aviv seront très occupées pour éviter tout dérapage.

En vrac, le président russe est plus populaire que jamais en Syrie et beaucoup de bébés appelés "Poutine" ou "Vladimir" ont vu le jour ces derniers temps. A Alep libérée, une femme a été nommée maire d'un district. Les Occidentaux, si soucieux de féminisme, sont... silencieux. Il est vrai que les euronouilles (au minimum six d'entre eux) préfèrent élire sans rire l'Arabie saoudite à la Commission des femmes de l'ONU ! Pour l'instant, seule la Belgique a avoué. Le gouvernement finissant de Flamby, lui, tient à garder son vote secret...

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serge 02/05/2017 18:04

De mon point de vue, Erdogan est un vrai danger. Il est de plus en plus certain d'être une sorte de messie, que ce soit après son "sauvetage" de coup d'état (qu'il reprend à son compte), les dernières élections (où il prend cela pour un plébiscite)... Sa haine intense des kurdes (tous en fait) et la croyance qu'il a d'avoir un contrôle sur sa périphérie tend à rendre de plus en plus tangible une intrusion forte en Syrie. Et là, cela risque d'être sportif vu le nombre d'intérêts contradictoires et fort armés des interlocuteurs. Bref, ça pue.
Quant aux S400 russes, c'est comme le GPS américain. On a la version résolution 10m, les US la version 10 cm et la possibilité de fausser le signal pour avoir un "zéro" décalé.

Bertrand 02/05/2017 12:08

Bonjour,

hypothèse concernant les systèmes de défense anti-aérienne s-400: l'adhésion de la turquie à la zone commerciale dominée par la Russie.

*la décision d’Ankara de suspendre le projet d’adhésion à l’Union européenne, que la turquie conduit avec le soutien des États-Unis depuis 1987, est liée à une possible ouverture de négociations d’adhésion à l’Union économique eurasiatique.*

cela reste une très mauvaise idée que de transférer ses technologies militaires à un pays qui ne soit pas un vassal, comme le sont les membres de l'otan avec les usa, surtout si c'est la turquie d'erdogan..

Hamilcar Barca 01/05/2017 10:56

Bonjour à tous,

La vente de ce système d'armes sophistiqué qu'est le S-400 paraît effectivement incompréhensible. Géostratégiquement, cela équivaudrait pour les Russes à se tirer une balle dans le pied. Militairement, et bien que les relations du Sultan avec les USA ne soient pas au zénith, il est plus que probable que la CIA ne tarderait pas à décortiquer matériel et logiciels.
Alors? Avant tout, il faut se rappeler que les Soviétiques ont été les maîtres de ce qu'ils appelaient la "maskirovka", mélange de désinformation, de camouflage au sol, etc. On peut penser que cette expertise n'a pas été perdue.

Première hypothèse, évoquée par plusieurs ici: un système contenant une "bombe logicielle" permettant, pe, une désactivation à distance. Je n'y crois pas une seconde, la présence d'un tel dispositif étant détectable par les experts US, dussent-ils faire fumer leurs supercaclculateurs en analysant des millions de lignes de code. A la sortie, ce serait l'arroseur arrosé et les Russes seraient dans une position très inconfortable.

Deuxième hypothèse, annonce tonitruante destinée à semer la panique dans la mare aux grenouilles moyen-orientale. Et puis on apprend au fil des semaines que les négociations commerciales s'enlisent, que ci, que là ... Et finalement la vente ne se fait pas. Tout à fait possible, mais pourquoi affoler les grenouilles, et quel bénéfice en tirer? Franchement, je ne vois pas, mais c'est l'essence même d'une grande "maskirovka" d'être à tiroirs.

Troisième hypothèse, également évoquée par certains: vente d'une version export "downsizée". Qui aurait l'aspect extérieur (missiles et lanceurs) d'un S-400, mais dont toute l'électronique (radars) et les logiciels seraient en fait un S-300 un peu revitalisé. Quelque chose comme la Porsche 912, quoi. Qui avait la carrosserie d'une 911 "flat-six", mais un malheureux flat-4 VW dans le compartiment moteur. Et les performances à l'avenant :-)
Rationellement, c'est l'explication la plus plausible, qui a une correspondance dans le milieu aéronautique US, où les v. export d'un nouvel appareil sont toujours vendues avec des performances électroniques inférieures à la v. domestique. Ce qui,dans le cas du F-35, a mis les Israéliens en fureur. Les Japonais aussi, mais de façon plus feutrée.

Bien cordialement

Hamilcar Barca 02/05/2017 12:19

@Observatus Geopoliticus
Bonjour OG
Mon post a été trop elliptique. Dans l'option #3, il s'agirait d'une opération commerciale dans laquelle les Turcs seraikent bien sûr au corant de ce qu'ils achètent.

Observatus geopoliticus 02/05/2017 00:19

@ Hamilcar
Merci pour vos lumières, cher suffète.
Concernant la troisième hypothèse, les Turcs ne s'en rendront-ils pas compte dès les premières utilisations ? Il y a une énorme différence entre les S300, même revitalisés, et les S400...

Grognard 30/04/2017 03:45

S 400

Bien que pas spécialiste - mon truc ce serait plus comment ouvrir un coffre fort avec une bouteille de champ sans détériorer le contenu - je sais qu'il y a des systèmes que l'on peut déconnecter.
Nous avons ça en France.
Quant tout est dit le S400 n'est qu'un vecteur.
Ce qui compte c'est le nombre de missiles que vous avez.

Il y a un autre aspect à examiner.
Qui dit nouveau système d'arme dit formation et donc formateurs.
Vous voyez ou je veux en venir?

Observatus geopoliticus 02/05/2017 00:16

@ Grognard
Les S-400 n'ont pas l'air difficile à manoeuvrer et il n'y a, sauf erreur de ma part, pas d'instructeurs russes en Chine ou en Algérie.

MBM 30/04/2017 01:27

Et si Poutine jouait la carte de l'inimitié d'Erdogan pour la secte juive Dönmeh qui a dominé politiquement la république de Kemal - dont ce dernier était issu - et qui domine actuellement le sionisme des ultra-religieux israéliens et le wahhabisme des Saoud (ce qui explique leur parfaite entente depuis des lunes désorientant pas mal d'observateurs non avertis) ? Erdogan, le pion de Poutine pour contrer la malfaisance des compères du golfe d'Aqaba (cousins germains, héritiers de Sabbataï Zevi) ? Lors de "Tempête du Désert" en 1991 les Scuds de Saddam Hussein ont bien autant ciblé l'Arabie Saoudite qu'Israël. Qui l'aurait oublié ? Puis l'affaire Ergenekon, toujours pas éteinte ? Ensuite l'affaire du Mavi Marmara en 2010 ? Qui signait définitivement la rupture de ces deux pays qui s'entendaient comme larrons en foire auparavant, lors des dictatures laïques. Dans la chasse aux sorcières sultanesque visant le réseau Gülen, y aurait-il une chasse d'une autre nature dont la véritable stratégie doit éviter toute publicité pour ne pas heurter davantage l'Occident et la diaspora ? Erdogan montre sa détermination de mérou envers ce réseau qui est toutefois musulman comme lui, alors pourquoi se gênerait-il avec des ennemis héréditaires tels que les agents de Dönmeh ? Si cette hypothèse rencontre une certaine réalité, il se pourrait bien que dans un futur proche, l’Otan mette en quarantaine le sultan ou en expurge la brebis galeuse; ce qui serait un renversement inédit. Et là, Poutine y trouve son intérêt.

Observatus geopoliticus 02/05/2017 00:14

@ MBM
Les Dönme... Etes-vous tout à fait sérieux ?

Pendule de Nwton 29/04/2017 21:45

Cher O.G.,
Comme d'hab dans cette région n'est claire et détectable et c'est ce qui fait tout le mystère de l’Eurasie. Le mois de Mai sera très important en terme de leçon et d'évolutions géopolitiques:

-Election en Corée du Sud (avec possible accession de l'opposition plus conciliante)
-Rencontre Poutine-Erdogan (S400"pour e moment c'est un accord de principe" et surtout l' Idlibstan )
-Voyage de Poutine en Chine (les contrats et les projets qui en sortiront)

Bref O.G de l'analyse en perspective

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:42

@ Pendule
Comme si je n'avais pas assez de travail grrrrr... ^^
"Le mystère de l'Eurasie" : c'est beau comme du Loti.

Chris 29/04/2017 18:06

A propos des S400, je me demandais si techniquement, ces systèmes pouvaient être désactivés à l'insu/contre le gré de l'acheteur, comme ce fut le cas des jets américains fournis à l'Arabie Saoudite lors de l'attaque de la Libye, les rendant incapables de voler ?
Si oui, cela expliquerait pourquoi Poutine accède à la demande d'Erdogan. Aussi une autre manière de le tenir en laisse, tout en le protégeant de l'OTAN en cas de rififi...

la grive 30/04/2017 20:40

Toujours dans l'esprit du client sur la grande foire aux sams, je m'assure d'afficher ostensiblement les beaux prospectus, serviette et stylo du pire concurrent avant d'aborder le stand de mon fournisseur de toujours. Allez, un petit effort sur la remise.

Kevin 30/04/2017 01:32

Bonjour,
Dans un sens, si la concurrence a des produits équivalents, mieux vaut rafler le contrat, puisque les missiles seront achetés de toute facon. Aussi, en vendant les produits qu'on connait bien, on connait leurs qualités et leurs défauts, ce qui est aussi un avantage certain s'ils venaient à être utilisés contre nous-mêmes.
ceci dit, d'après OG, les S-400 n'ont pas vraiment d'équivalents, car clairement supérieurs aux systèmes américains... Je serais moi aussi curieux de savoir ce qu'il en est... :)

Henrietta 30/04/2017 00:37

Je ne suis pas une experte de ce genre de question, mais de par mes connaissances dans ce domaine, je sais qu'il n'y a que les nations d'imbéciles qui livrent entièrement leur technologie et leurs savoir faire, et qu'il y a toujours des back doors et/ou d'autres astuces afin d'éviter que le matériel livré ne puisse être utilisé un jour à l'encontre de ses propres intérêts.

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:39

@ Chris
C'est moi aussi ce que je cherche depuis longtemps. Spécialiste (Hamilcar ?), fais-toi connaître...

la grive 29/04/2017 18:34

Ce sera là un assez piètre argument de vente. En tant qu'acheteur, si mon choix était libre, j'irais voir ailleurs.

CactusZen 29/04/2017 12:34

Article vraiment très intéressant comme toujours ! Ce qui m'interpelle c'est qu'on n'achète pas des défenses anti-aériennes russes aussi sophistiquées pour se protéger des Russes ou de leurs alliés. De qui Erdogan veut-il se protéger si ardemment? Qui craint-il le plus en ce moment? Israël ? Bizarre cette histoire. J'attends la suite avec curiosité.

Observatus geopoliticus 02/05/2017 00:02

Les Russes connaissent les points faibles de leurs engins mais ça ne change rien à leur capacité ou non de les éviter. Et de toute façon, il s'agit aussi ici des avions syriens voire iraniens.

CactusZen 30/04/2017 22:19

Parce que les russes connaissent tous les points faibles (naturels ou artificiels) de leurs engins. Acheter des S-400 pour se protéger des Russes, c'est comme acheter un coffre-fort à un cambrioleur qu'on soupçonnerait de dévaliser le quartier. C'est pas tout de suite qu'on verra un TU-160 se faire abattre par ce système. Surtout en version "Export"

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:38

@ CactusZen
"on n'achète pas des défenses anti-aériennes russes aussi sophistiquées pour se protéger des Russes ou de leurs alliés"
>>> Pourquoi pas ? C'est justement là tout le problème... Ces systèmes ont une portée redoutable et seraient tout à fait susceptibles de descendre des avions syriens ou même russes bien à l'intérieur du territoire syrien. Vous imaginez la reconquête d'Idlib dans ces conditions...
Bien sûr, il y a des protocoles, des accords de ne pas viser tel ou tel, m'enfin, avec le sultan...

zevengeur 29/04/2017 12:05

Je m'étais aussi posé la question au sujet des S400 á la Turquie.
L'avantage est de mettre un coin dans la porte d'un pays de l'Otan avec des armes russes non interopérables avec le standard Otanesque.
Et je pense que la version S400 vendue si ça se fait sera :
1) inoffensive pour des avions Russes ou "amis"
2) inexploitable en cas de démontage par les gentils Amerloques

Le Vladimir a du réfléchir à ces questions et peser le pour et le contre!

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:35

@ zevengeur
C'est précisément ce que je cherche depuis un bout de temps (car je suis au courant de cette histoire depuis des mois) mais mes connaissances techniques sont limitées dans ce domaine.
Si un spécialiste nous lit...

Eric83 29/04/2017 10:53

Comme nombre de lecteurs, l'annonce de la vente de S400 à la Turquie, m'a interpellé.
Cependant, gageons que Poutine et son gouvernement, en excellents joueurs d'échecs ont plusieurs coups d'avance sur Erdogan qui est lui un piètre joueur qui a déjà fait de lourdes erreurs.
Il semble que la Russie "sacrifie" une pièce importante mais c'est un leurre et une trop belle pièce pour qu'Erdogan refuse de la prendre vu l'état de son jeu.
D'ici quelques temps, nous aurons la clé de ce "sacrifice" et nul doute pour moi qu'il se traduira par - encore - une perte réelle pour Erdogan.

Erdogan n'a semble-t-il toujours pas compris que ce n'est pas lui le marionnettiste mais bel et bien la marionnette.

Mabille Lionel 29/04/2017 10:24

En renonçant à l'Union européenne, Erdogan aurait-il dans le même mouvement l'intention de quitter l'OTAN ? Ce qui justifierait les S400.

Satanas 29/04/2017 09:40

Pour répondre à votre interrogation sur Poutine, souvent les explications les plus simples. Pour ma part, je suis sûr depuis longtemps que Poutine rêve d'une relation particulière avec la Turquie, que ce soit avec Erdogan ou pas (comme disait Staline à propos de Hitler : " les hitler passent, l'Allemagne reste") pour enfoncer un coin stratégique dans l'encerclement centenaire de la Russie par les puissances anglo-saxonnes (angleterre hier, USA aujourd'hui). Imaginez une Turquie qui sort de l'OTAN ? Quelle immense victoire stratégique pour la Russie. D'autant que la Turquie est le lien géographique naturelle entre les amis de la Russie dans les balkans (grèce, moldavie) et le moyen-orient "russe" (iran, syrie). Poutine réfléchit bien au-delà des petites querelles mesquines de personnes.

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:32

@ Satanas
Moui mais ce ne sont pas quelques S400 qui feront sortir la Turquie de l'OTAN... Et s'il y a un dirigeant sur lequel on ne peut s'appuyer pour échafauder des plans à long terme, c'est bien Erdogan.

Aleksandre Psar 29/04/2017 09:22

Eh bien votre travail a vraiment porté ses fruits, j'ai immédiatement réagi en voyant l'info des S-400 livrés à la Turquie (sur TASS) ! Je sens qu'à vous lire encore et encore je saisis de mieux en mieux les enjeux.

Continuez ce blog, il est d'utilité publique.

Signé un étudiant de Scpo à qui vous avez beaucoup appris !

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:28

Merci, cher Aleksandre. Comme le dit Pastèque, gare... Ceci dit, j'ai aussi connu des profs de SciencesPo relativement ouverts d'esprit.

Pastèque 29/04/2017 21:11

bonjour, quels résultats à vos examens avez vous si vous sortez à vos profs les faits expliqués par OG?
la narrative d'OG et d'autres sur internet n'est pas compatible avec ce que les profs attendent qu'on leur récite dans les copies..

pensez comme bernard guetta pour les examens :)

la grive 29/04/2017 09:15

Je ne suis pas persuadé que les américains soient réellement étrangers aux dernières frappes turques. Cette affaire vient de rappeler de façon très claire que dans la relation kurde / US il n'y a pas d'alliance mais un patron et des obligés. Si dans les rangs YPG il manquait un peu de motivation pour l'offensive de Raqqah, les enjeux sont maintenant un peu plus précis.

Observatus geopoliticus 29/04/2017 22:31

@ la grive
Ca serait presque le contraire : l'offensive sur Raqqa est maintenant ralentie, les Kurdes ne voulant pas être tirés comme des lapins dans le dos. Quant aux Américains, ils sont obligés de patrouiller comme des mules la frontière syro-turque et ça n'a pas l'air de les enchanter...

jef 29/04/2017 02:56

"Un mot cependant sur l'incompréhension qui frappe les observateurs, dont votre serviteur, devant une incongruité absolue. Ce blog a suffisamment démontré les talents stratégiques de Poutine pour ne pas relever l'énorme connerie - désolé, il n'y a pas d'autre mot - qu'il s'apprête à faire en autorisant semble-t-il la livraison de S-400 à la Turquie !"

@ OG

Je comptais justement vous interpeller sur ce sujet... Et sur la poursuite du Turkstream...

Comme vous aimez à le rappeler: nous ne sommes pas dans le secret des dieux.

Alors essayons d'ordonner nos seules pensées:

1) Il y a une politique à long terme de la FDR dans cette région et à son accès à la Méditerranée.
2) Elle suppose des partenariats et n'en exclut aucun. Elle se doit même de rassurer des acteurs conflictuels quant à la volonté non impérialiste russe. On appelait cela dans le temps: une politique d'équilibre.
Remarque: je crois ces deux premiers points incontestables.
3) Je crois Poutine et la diplomatie russe assez avertis des purs rapports de forces qui en dernier décident des décisions étatiques. Poutine a-t-il jamais cru arracher la Turquie à l'OTAN?
4) L'Iran a reçu des S300 (version modernisée). La Turquie se voit promettre des S400 (modèle export, je n'en doute pas). La Russie se dote de S500 .
5) Qu'en est-il de la formation et du niveau actuel des turcs pour maîtriser cette technologie? Quelle garantie la FDR a obtenue pour assurer maintenance et formation? Quelle exclusion d'une expertise US ou Otanesque?
6) Poser ces dernières questions prouve à l’évidence:
a) Que la FDR ne craint pas de transfert technologique.
b) Que l'Iran et la Syrie (muets sur cette question) n'ont rien à craindre.

RODEZ21 29/04/2017 09:48

http://www.opex360.com/2015/11/16/la-turquie-va-annuler-lachat-dun-systeme-de-defense-aerienne-chinois/

Un coin enfoncé entre la Turquie et l'OTAN
Un extrait :

En 2013, la Turquie avait annoncé son intention d’attribuer un contrat au groupe chinois CPMIEC (China Precision Machinery Import and Export Corp) pour l’acquisition du système de défense aérienne Hongqi-9/FD 2000, largement inspiré du S-300 russe. Et cela, aux dépens du SAMP-T du consortium franco-italien Eurosam et du Patriot PAC-3 du tandem américain Raytheon et Lockheed-Martin.

À l’époque, Ankara avait expliqué que l’offre chinoise était la plus avantageuse, étant donné qu’elle était inférieure d’un milliard de dollars par rapport aux propositions des deux autres concurrents et qu’elle supposait des transferts de technologie.

Seulement, la Turquie étant membre de l’Alliance atlantique, ce choix en faveur du système chinois fut vigoureusement critiqué. D’une part parce que CPMIEC était sous le coup de sanctions pour ses activités commerciales avec l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord. D’autre part, pour rendre le HQ-9 compatible avec les réseaux de l’Otan, il aurait fallu communiquer à son fabricant des informations confidentielles, comme par exemple les codes IFF (amis/ennemis). De quoi compromettre les procédures en vigueur entre les Alliés.

Malgré tout, et après avoir fait mine de faire machine arrière, en laissant fuiter dans la presse des doutes sur la fiabilité du système chinois, Ankara avait confirmé son choix en février 2015, expliquant que le système de défense aérienne turc ne serait « pas connecté à ceux de l’Otan.

Fin de l’histoire? Non… Car le 15 novembre, un responsable du cabinet d’Ahmet Davotuglu, le Premier ministre turc, a fait savoir qu’il n’était finalement plus question pour Ankara d’acquérir le système chinois.