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Chroniques du Grand jeu

Voyage dans la poudrière : Mossoul

25 Octobre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Syrak-nord est en ébullition. Alep, Al Bab, Mossoul : si éclate une guerre régionale (voire plus...), c'est de l'une de ces trois villes qu'elle partira.

Penchons-nous aujourd'hui sur Mossoul. Depuis une semaine, la presstituée n'en a que pour cette bataille, suivie à la seconde près. Ce ne sont que communiqués victorieux, louanges au Tout-Puissant suzerain US et autres joyeusetés. Le but est évidemment de dresser le parallèle avec l'abominable ours des neiges qui tue bébés, vieillards et poissons rouges à Alep. Voyez, nous ne tuons pas de civils, nous sommes propres, nous, Môsieur ! Heu oui... sauf que la bataille de Mossoul n'a pas commencé...

Les opérations se bornent pour l'instant aux campagnes environnantes, à une dizaine de kilomètres de la ville. Pas un coup de feu, pas une bombe n'a été entendu à Mossoul même.

Sa libération prendra du temps - d'autant que Daech emploie la même tactique que Saddam en 1991 et allume les puits de pétrole - et causera force dommages collatéraux, comme à Alep, comme dans toutes les guerres. Nous verrons alors si la volaille médiatique et les chancelleries occidentales pousseront des cris d'orfraie sur les "crimes de guerre"...

Cependant, la situation n'est pas tout à fait identique. Il ne reste "plus que" quelques dizaines de milliers de civils à Alep, dont une partie est acquise aux djihadistes d'Al Qaeda ou d'Ahrar al-Cham, notamment les familles des combattants. Si les barbus ne se sont pas gênés pour tirer ces derniers jours sur les civils, fonctionnaires ou groupes rebelles dissidents qui souhaitaient quitter la ville en empruntant les corridors mis en place par Moscou, ils n'ont pas l'ensemble de la population contre eux. Mossoul, par contre, compte encore plus d'un million d'habitants, d'une population relativement hétérogène dont on ne connaît pas le degré de fidélité à l'Etat Islamique.

D'après des témoignages directs recueillis par votre serviteur, beaucoup considèrent les petits hommes en noir comme une force d'occupation et attendent la libération avec impatience. Mais dans quelle proportion ? Il y a quelques jours, une révolte a éclaté dans la ville même. Si elle a été vite réprimée, d'autres peuvent se déclarer et le califat est obligé de déléguer une fraction non négligeable de ses forces à la surveillance des rues.

Passons maintenant à la partie vraiment intéressante, les grandes manœuvres géopolitiques pour préparer l'après-Mossoul. Car si tout le monde s'accorde sur un point - l'élimination de Daech - quelle foire d'empoigne du côté de la coalition hétéroclite. Et encore, "hétéroclite" est un euphémisme. Jugez plutôt : armée irakienne, peshmergas kurdes, Iraniens, Américains, milices chiites, bataillon turc... N'en jetez plus !

Evidemment, tout cela ne se fait pas sans heurts et Ankara parle même, non sans exagérations, d'étincelle pouvant déclencher la Troisième Guerre Mondiale, rien que ça. Ce que les Turcs ne disent pas, c'est qu'ils sont eux-mêmes au cœur du cyclone et en grande partie responsables de cette situation...

La crise remonte à décembre dernier et nous étions les premiers à en parler :

La planète s'est réveillée sur l'étonnante information (évidemment passée sous silence dans les médias de l'OTAN) de l'incursion d'un bataillon turc et de deux douzaines de tanks en Irak du nord, dans la région autonome du Kurdistan, pour... former les combattants kurdes qui luttent contre Daech ! Un coup d'oeil au calendrier me rassure : nous ne sommes pas le 1er avril. Que viennent donc faire vraiment ces soldats turcs dans la région de Mossul ?

En fait, l'histoire n'est pas si aberrante qu'elle en a l'air. Il faut d'abord rappeler que le Kurdistan irakien est très polarisé entre deux tendances irréconciliables : d'un côté le PUK de Talabani, pro-PKK, pro-YPG, sans compromissions avec Daech ; de l'autre, le PDK de Barzani, pas en mauvais termes avec Ankara voire, fut un temps pas si lointain (2014), avec l'EI.

L'accord a été signé le 4 novembre durant la visite du ministre turc des Affaires étrangères à Erbil où règne Barzani ; il prévoyait l'établissement d'une base turque permanente dans la région de Mossul, témoin de combats entre les Peshmergas kurdes et Daech. Tiens, tiens, c'est précisément là que passe le pipeline Kirkuk-Ceyhan...

Bagdad n'a visiblement guère apprécié l'arrivée des tanks turcs et l'a fait savoir assez vertement. Le premier ministre Abadi a pris Erdogan au mot : "La présence non autorisée de troupes turques dans la région de Mossul est une atteinte à notre souveraineté". Sultan, sultan, tu disais quoi après l'incident du Sukhoi ? Le parlement irakien a renchéri, appelant carrément à bombarder la colonne turque ! Aux dernières nouvelles, celle-ci a fait demi-tour et est rentrée chez elle. Bien tenté mais encore un plan qui tombe à l'eau, comme tout ce qu'entreprend Ankara ces temps-ci...

En ce qui concerne la fin du billet, nous n'avions qu'à moitié raison. Le bataillon turc a fait mine de quitter les lieux, est revenu... le tout dans des conditions assez obscures. Et au final, il est toujours là.

Ce qui, dans le contexte de la bataille de Mossoul qui s'annonce, provoque un échange verbal assez savoureux entre Bagdad et Ankara - la palme revenant au sultan déjanté qui, non content de s'inviter chez son voisin, a osé répliquer au premier ministre irakien de "rester à sa place". Les chiites sont évidemment furieux, la rue manifeste, les milices reprennent leurs menaces et Bagdad parle de dérapage vers une guerre régionale. Les Turcs en rajoutent et menacent de faire dans le nord de l'Irak ce qu'ils ont fait dans le nord de la Syrie (nous y reviendrons une autre fois, car ça chauffe aussi à Al Bab).

Si, pour Erdogan, le facteur stratégique est évidemment central (couper la base arrière du PKK et contrôler le pipeline Kirkuk-Ceyhan), s'y ajoutent des considérations historiques ("Mossoul est historiquement turque" a-t-il déclamé) et surtout religieuses. Cela fait un certain déjà que le führerinho néo-ottoman d'Ankara se voit comme le nouveau protecteur du monde sunnite, quitte à irriter la maison des Seoud, et il craint par dessus tout le "nettoyage" des sunnites par les milices chiites une fois la reconquête de Mossoul achevée.

Tout cela créé un maelstrom inextricable au milieu duquel les Américains tentent de se dépatouiller. Ash Carter, le supremo du Pentagone, a dû prendre en catastrophe l'avion, sans bien savoir ce qu'il dirait. Le 21 octobre à Ankara : Oui, vous participerez à la libération de Mossoul. Le lendemain : En fait, peut-être pas... Quant à l'anguille Barzani, qui dans sa longue carrière a mangé à pratiquement tous les râteliers (Saddam, Iraniens, Américains, Turcs, Daech), il a retourné une énième fois sa veste : "Il doit y avoir un moyen de réconcilier Ankara et Bagdad à propos de la présence des soldats turcs. Nous ne pensons pas qu'une force puisse participer à la bataille sans le consentement de Bagdad". Pas mal pour celui qui a invité l'année dernière ces mêmes Turcs à créer leur base sans l'accord du gouvernement irakien...

Les Kurdes justement. Barzani, toujours lui, s'est brusquement réveillé et a annoncé sans rire qu'il était temps de reprendre Mossul à l'EI. On se demande ce qu'il faisait depuis deux ans... Bon connaisseur de la région, Patrice Franceschi l'expliquait il y a peu :

Depuis qu'il est autonome, le Kurdistan irakien est divisé en deux. Au Nord, c'est le clan de Massoud Barzani, au Sud, celui de Jalal Talabani. Au Nord, Barzani, qui a le pétrole, est dans les mains des Turcs. Ils font des pressions colossales sur lui. Quand il n'obéit pas, les Turcs referment le robinet et il n'y a plus d'argent. Barzani ferme donc la frontière avec le Kurdistan syrien et ne soutient d'aucune manière le Rojava [Kurdistan autonome syrien, ndlr]. Au Sud, et c'est par là qu'on peut passer, le clan de Jalal Talabani, leader de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK), est moins dans les mains des Turcs. Il soutient les gens du Rojava syrien et parvient à les alimenter. Ça fait un peu d'oxygène qui passe. Mais c'est très peu ! Les Turcs font des pressions colossales que même les Américains n'arrivent pas à lever réellement pour que les Kurdes d'Irak ne soutiennent pas ceux de Syrie, pour les asphyxier.

Je les connais bien pour aller depuis de longues années au Kurdistan irakien et je suis très déçu de leur part. Les «barzanistes» jouent le jeu de la Turquie et, de surcroît, ne font absolument pas ce qu'il faut contre l'ennemi commun qu'est l'Etat islamique. Je suis aussi souvent du côté irakien près Mossoul et franchement les Kurdes irakiens ne se battent pas.

C'est ce qu'on avait dit en 2014, qu'ils avaient déguerpi et qu'ils n'avaient pas soutenu les Yazidis et les Chrétiens qui fuyaient Daech quand ils n'étaient pas massacrés par les djihadistes…

Ce sont les YPG syriens et le PKK turc qui ont sauvé les Chrétiens et les Yazidis, pas les peshmergas irakiens ! Les articles de presse sur les peshmergas de Barzani qui combattent les djihadistes sont à mourir de rire. Une poignée de soldats du Califat isolés dans des masures parviennent à tenir en respect un bataillon entier de peshmergas pendant une journée. Alors évidemment qu'à la fin de la journée, ces malheureux djihadistes sont morts! L'inverse serait inquiétant. Je connais bien les Peshmergas irakiens, ils ont pris vingt kilos en vingt ans de confort.

Les peshmergas de Barzani font la Une des médias parce que tout est organisé sur le terrain pour les médias. Ils ont des «fixeurs» pour accompagner les journalistes qu'il suffit de payer 500 dollars la journée. Mais sur le terrain, c'est de la rigolade : en deux ans face à Mossoul, ils n'ont pas avancé d'un mètre. Alors, oui, il serait temps qu'ils s'y mettent un petit peu ! Les Américains leur ont fourni des blindés, des Humvee (blindés légers de l'Armée américaine, ndlr.) et quantité d'armements. A l'inverse, en deux ans, les YPG en Syrie ont conquis un territoire qui est grand comme trois fois le Liban et ce contre une armée djihadiste infiniment plus puissante, à la fois en nombre d'hommes et en matériel.

Le lecteur ne sera pas surpris, nous avons plusieurs fois abordé la question. Notons au passage la pique à l'indécrottable boussole qui indique le Sud, le jamais fatigué BHL qui s'est encore planté du tout au tout avec son film Peshmergas, ode aux combattants immobiles de Barzani...

Et aujourd'hui, coup de tonnerre : les Kurdes creusent des tranchées sur le tracé de leur future frontière provinciale et annoncent qu'ils n'avanceront plus. La bataille de Mossoul se fera sans eux. Décidément, les "gros ventres" décrits par Franceschi se sont contentés du minimum syndical. Coup d'intox pour faire monter les enchères, accord secret préalable avec Bagdad, décision unilatérale ? A suivre... Relevons au passage que la polémique base turque dont nous avons parlé plus haut se trouve en territoire kurde, à quelques kilomètres de ces tranchées.

Irakiens, Turcs, Kurdes... la fiesta ne serait pas complète sans les Iraniens et les Américains. Et l'on apprend que l'Arsène Lupin du Moyen-Orient, le redouté chef des Gardiens de la Révolution, Qassem Someimani est présent sur le terrain pour coordonner les milices chiites. Milices qui, par la voix de l'exalté Moqtada Sadr, avaient d'ailleurs appelé à attaquer les troupes américaines, on s'en souvient. Soleimani est la bête noire de la CIA, le commandant de l'ombre responsable de la mort de dizaines de soldats US pendant l'occupation de l'Irak, le faiseur de rois de Bagdad. On le crédite de tout et peut-être d'un peu trop d'ailleurs, mais une chose est sûre : c'est l'un des hommes les plus importants du Moyen-Orient. Le voir aujourd'hui se balader non loin des forces spéciales états-uniennes ne manque décidément pas de sel...

Et puisqu'on parle de Téhéran, une dernière information pour compliquer encore la donne si c'était possible. Le Ministère des Affaires étrangères iranien, solidaire avec Bagdad, critique sans ambages la présence militaire turque et la violation de la souveraineté irakienne qui en découle.

Résumons : Irakiens vs Turcs ; Iraniens vs Turcs ; Iraniens vs Américains ; milices chiites vs gouvernement irakien (nous n'en avons pas parlé mais il existe des bisbilles entre eux) ; milices chiites vs Américains ; Kurdes barzanistes qui trahissent tout le monde... Vous avez dit "coalition" ?

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Gieller 27/10/2016 11:04

Longtemps les experts autorisés furent d'accord pour annoncer le départ des forces djihaidistes de Mosoul vers Deir Ezzor, voir Raqqa, grâce au couloir laissé libre (dans ce but) par les stratèges de la coalition.
Or il s'avère que c'est l'inverse, certains djihadistes œuvrant en Syrie profitent du couloir pour rejoindre les troupes de Mossoul et organiser la résistance...
Cela va devenir encore plus compliqué car l'amplification de la pression des islamistes va se rajouter aux soucis diplomatiques qui commencent à se manifester entre les factions de la coalition...
Mossoul risque bien devenir un énorme ratage pour les Etats Unis, un de plus à mettre à leur crédit...
J'imagine que les russes doivent se rouler par terre en se tapant sur les cuisses de bonheur.

Observatus geopoliticus 27/10/2016 15:42

Seul l'avenir nous le dira...
Ca peut durer des mois comme ça peut durer beaucoup si les barbus ont été noyautés/ assurés qu'ils pouvaient s'en aller. L'empire est capable de tout pour s'assurer une victoire aux yeux de grand public même si, dans les faits, ils n'aura rien fait.
Aujourd'hui, le trésorier de Daech est apparemment parti de Mossoul avec la caisse.

theuric 27/10/2016 01:10

Votre site, observatus politicus, tout comme quelques autres, est précieux du fait de nous informer au mieux des soubresauts géostratégiques et géopolitiques mondiaux et, surtout, de poser en contrepoids des continuels manipulations médiatiques auxquelles nous devons continuellement nous confronter.
Ces manipulations diverses, commencées depuis des décennies, se montrent dorénavant de plus en plus infructueuses.
En fait, la raison principale de cette progressive obsolescence manipulatoire provient des contradictions, aujourd'hui flagrantes, entre les promesses sous-tendant les présupposés idéologiques qu'elles développent et la simple réalité des faits, ce que j'appelle la réalité de l'assiette vide.
Il s'agit donc là de la confrontation d'une réalité proche d'avec cette propagande mensongère s'étendant dès lors, de proche en proche, bien au-delà des frontières.
C'est pourquoi les continuels boniments étatiques, oligarchiques, doctrinaux, peu importe, tendent, lorsque le système qui les porte se délite et se désorganise, à ne plus être cru par une proportion de plus en plus importante de la population, d'autant plus que cette fragilité mène à une accentuation propagandiste devenant caricaturale.
Pour une opposition, quel que soit sa valeur, l'attrait serait vif de répondre à cette propagande par une autre propagande, soit prudentielle, soit d'une contraire fausseté, mais cela ne pourrait que contribuer à ce qu'elle soit rejetée par cette même population devenue méfiante.
C'est, je le pense, le défaut premier de personnalités telle que Monsieur Tsipras qui ne sut pas assoir une stratégie claire et nette et dut, de ce fait, louvoyer dans ces discours et actions jusqu'à se contredire puis être vaincu par la troïka.
Cette opposition, et là je ne fait qu'un travail purement théorique, se doit donc, dans une telle situation, d'avoir une totale cohérence de position, de discours et d'action, en tout cela, la condition et l'attitude de Monsieur Poutine est remarquable.
S'il se trouve une telle discorde au sein de cette force dite de coalition, cela provient des faiblesses intrinsèques de la partie à qui devrait normalement revenir le rôle de coordinateur, soit les États-Unis-d'Amérique, desquelles les contradictions internes empêchent une concordance de ces forces en restreignant et maîtrisant les conflits internes, ce qu'ils surent faire en France en 1944, après le débarquement de Normandie, époque de leur pleine puissance.
Il en fut de même du Général De Gaulle qui, à la même époque, portait en lui une cohérence politique que personne ne remettait réellement en question, même les communistes.
D'une certaine façon, l'état français d'après la première guerre mondiale souffrit des intenses propagandes qui accompagnèrent les combats entre 1914 et 1918, d'où l'émergence de partis extrêmes, de droite comme de gauche, parfois factieux et violents.
C'est cela que Monsieur Poutine et son équipe avaient compris lors de leur prise de pouvoir en Russie, c'est pourquoi ils obtiennent une grande confiance de leur peuple.
C'est pourquoi, également, l'empire U.S. ne pourra que se déliter après que leurs élections fédérales auront eu lieu, étant donné le peu de cas que les américains se font de l'un et de l'autre des candidats des deux partis officiels, surtout, bien sûr, de la pittoresque hyllarante Hildegarde clintonienne, Trump pouvant, quand à lui, devenir la cible d'un tir au pigeon, il en fut déjà d'un Kennedy assassiné d'une certaine balle magique...

Observatus geopoliticus 27/10/2016 15:49

Cher Theuric, lisez ceci, ça vous intéressera :

Dans un article du New York Times publié quelques jours avant l’élection présidentielle de 2004, Ron Suskind, qui fut, de 1993 à 2000, éditorialiste au Wall Street Journal et auteur de plusieurs enquêtes sur la communication de la Maison Blanche depuis 2000, révéla les termes d’une conversation qu’il avait eue, au cours de l’été 2002, avec un conseiller de M. George W. Bush :
« Il m’a dit que les gens comme moi faisaient partie de ces types “appartenant à ce que nous appelons la communauté réalité” [the reality-based community] : “Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable.” J’ai acquiescé et murmuré quelque chose sur les principes des Lumières et l’empirisme. Il me coupa : “Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant, poursuivit-il, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire. (...) Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons” (1). »
https://www.monde-diplomatique.fr/2007/12/SALMON/15433

L'empire a créé sa propre réalité virtuelle et... s'est noyé dedans ! Comment dans ces conditions prétendre à une quelconque cohérence politique ?

Wilmotte Karim 26/10/2016 13:41

Ce serait "drôle" (en dehors des populations locales) si c'étaient les armées unies de la Russie-Iran-Hezbolha-Syrie Légale-Irak qui libéraient finalement Mosoul.

Mais dans combien de temps?

Observatus geopoliticus 27/10/2016 15:44

Pas à coup terme en tout cas. En Syrie, le 3+1 doit d'abord en finir avec les djihadistes non-EI.

Charles Michael 26/10/2016 13:01

Au commencement était la très stupide et inutile invasion de l'Irak et chute de Saddham.

depuis les ''voisins'' sont en visite chez Barzani , d'autres à Bagdad chez les cousins chiites, les Sunnites en vadrouille et nos amis US réalisent mais un peu tard qu'il leur sera difficile d'éviter à un Irak uni de se rapprocher encore plus de l'Iran.
mais un Irak désuni ne laisse plus beaucoup de place aux Sunnites et très peu de pétrole dans leur Sunnistan.
alors à terme un rapprochement sunnites chiites ? possible question de doigté et dosage.
mais là ça laisse un riche Barzanistan bien isolé face aux Ottomans, à un Irak ravigoré et les cousins kurdes.

Mossul donc, et pour suivre dans la bonne humeur je conseille la re-lecture d'Astérix chez les Goths.

Yom 26/10/2016 12:25

Et ben. Il ne doit pas être facile de décerner le prix du meilleur voisin dans cette région du monde.

Mondan 26/10/2016 09:23

Cette situation complexe, ainsi que l'évolution des rapports entre les puissances dominantes (mondialement ou régionalement) et les autres, nous montre que nous sommes depuis quelques années dans une nouvelle ère géopolitique, nettement moins régulée que celle de la Guerre Froide ou des années qui précédèrent le réveil russe et la montée en puissance chinoise.
La survenance de "Cygnes noirs", évènements a priori imprévisibles à fort impact, est de plus en plus probable , comme le prévoyait Nicholas Taleb (un philosophe trader libanais, cela ne s'invente pas !) .
Ce qui est non pas étonnant mais stupide de la part de nos gouvernants et de ne pas intégrer cette complexité à la fois dans les réflexions géostratégiques, mais également dans les décisions budgétaires, comme celles impactant l'armée et son format.
Je ne crois pas au déclenchement d'une guerre mondiale issue de la poudrière des Balkans, par contre, je pense qu'elle fera éclater les anciens format de régulation restant, par exemple celui de l'Otan ...
Quel bonheur d'être observateur géostratégique dans cette période ! (Tant qu'on n'en subit pas directement les effets malheureusement dévastateurs humainement ...)

theuric 26/10/2016 01:44

Ce que vous racontez là est plutôt troublant et me fait penser à ce que j'ai pu lire sur le chaos déterministe.
Si j'ai bien compris, il y a en même temps divergence des buts poursuivis et unité d'action, enfin, théoriquement.
Mais il n'y a pas que cela.
Cette information comme quoi les fous de dieu reculeraient face aux forces kurdes inférieur en nombre et en matériel est en tout point contradictoire, sauf à considérer que les-dits fous seraient plus proche de leurs intérêts que de leurs croyances.
Nous avions vu, en effet, lors de la fin de la guerre du Vietnam, que ce furent les troupes du sud, bien armée par les U.S.A. qui furent battues par celle du nord, bien plus et mieux endoctrinées.
Ce qui fait que je me pose de sérieuses questions au sujet de l'endoctrinement véritable des forces de Daesh.
Pour en revenir aux désaccords abyssaux entre les divers antagonistes tout plein d'antagonismes composant cette coalition.
Si les étasuniens se retirent, c'est la foire d'empoigne généralisée assurée, si ils restent, ils risquent de se retrouver dans une situation scabreuse dont ils auront du mal à se sortir, mais leur problème c'est qu'au vu des forces qu'ils y ont engagé, du coût que cela représente et de l'approche de leurs élections fédérales, il leur faudrait une victoire, enfin, un petit quelque chose de victoire, une victoriette en quelque sorte, pour qu'ils ne perdent pas la face.
Oh, et puis trêve de billevesées, je vais vous dire, Observatus Politicus, à vous et à ceux qui vous lisent, ce que je pense depuis quelques temps déjà des conflits proche-orientaux.
Cette région me fait penser aux Balkans de 1912 et à l'Espagne de 1936, qui furent les annonciateurs de ce que seront les deux guerres mondiales qui suivirent.
Ce n'est certes qu'une intuition, une impression qui, j'en suis parfaitement conscient, ne peut qu'avoir de valeur que celle du sentiment de celui qui l'exprime.
Mais, pour le moins, il serait bon de tenir comme possible ou, pour le moins, comme plausible le fait que cette confrontation complexe, telle que vous nous la montrez, soit le signe avant coureur de tensions internationales futures, pouvant mener à une nouvelle conflagrations d'échelle mondiale.
Au niveau international, le stress social des peuples est plus qu'important en ne faisant qu'enfler.
Les raisons en sont nombreuses, de l'impossibilité des pays à gérer l'explosion démographique à l'acculturation généralisé à cause du fulgurant développement de la technologie, même si elle puisse varier suivant les nations, de l'effondrement en cours des industries, avant-coureur de la faillite de la globalisation, aux formidables avancées des outils informatiques multiformes...
Sans compter d'un empire U.S., ultime et momentanément absolu, de 1991 à 2001/2005 environ, qui, quoi qu'on en pense et quoi que je puisse en penser, permis tout de même une paix relative pendant deux petites décennies, empire qui, déjà, montre d'extraordinaires marques de délitement présageant une prochaine disparition, ce que tout le monde, qu'il en ait ou non conscience, sait pertinemment.
Alors, que je fasse erreur serait la meilleurs des choses, mais il serait bon en ces temps incertains que nous nous munissions des outils conceptuels suffisant pour en étudier cette possibilité.
S'adapter efficacement aux aléas présents ne peut qu'être que de la préférable des vertus, mais mieux encore est d'agir en amont, avant même que n'advienne les tracas et les catastrophes, d'en comprendre l'éventualité et, sinon d'en éviter l'avènement, du-moins d'en amoindrir les conséquences.
Pour l'économie mondiale, plus rien ne peut être entrepris pour en éviter la survenue, le processus est si tant et tellement avancé que plus rien ne peut l'arrêter, ni décision, ni action.
En revanche et, ce, dès que cet effondrement se sera définitivement déclenché, ce qui, à mon sens, ne saurait tarder, soit que les monnaies, commerces, banques et industries aurons cesser de fonctionner pour un temps indéterminé, il faudra impérativement suivre les évolution des rapports internationaux à la loupe, d'autant plus que l'empire tend, en ce moment, à détruire avec minutie toutes les instances internationales qui, il y a peu encore, donnait un tant soit peu de cohérence dans un concert des nations aux naturelles tendances free-jazz.
Celles-là même que, d'antan, il créa dès la fin de la deuxième conflagration mondiale en une espérance de paix (égo, égo, quand tu nous tiens, par la barbichette, le premier qui rira aura une tapette, à mouche, cela va de soit).

Loic 26/10/2016 00:12

Merci pour cette analyse. C'est effectivement un drôle de jeu là aussi qui se trame en Irak, la situation serait presqu'aussi confuse que chez le voisin syrien.
Si les forces de cette "coalition" ont bien avancé jusqu'à quelques kms des premiers quartiers de Mossoul, le plus dur va arriver, que va t-il se passer dans les rues de Mossoul ? Vu la galère pour reprendre des villes comme Falloudja, une ville bien mieux défendue et bien plus peuplée (1 million d'habitant dans ce bourbier, 5 fois plus qu'à Alep), ça sera pas de la tarte alors si en plus ça ne s'entend pas entre les différents protagonistes, elle est loin d'être garantie la "dernière victoire" du mandat Obama avant la fin de l'année.

Les djihadistes sont aussi attaqués à l'ouest de Mossoul, les irakiens cherchent à couper la route Raqqa - Mossoul et encercler complètement cette dernière. La fuite des combattants et chefs daeshiques vers la Syrie pourrait donc se retrouver compromise mais on en est pas là. A suivre.

Hâte de vous lire également sur la situation autour d'Al Bab qui est assez confuse

Observatus geopoliticus 26/10/2016 01:54

Apparemment, 700 combattants daéchiques sont arrivés à Mossoul, donc l'EI n'a pas l'intention de fuir mais de combattre. Après, que va-t-il se passer dans la ville ? Si les coalisés ont réussi à y créer des groupes clandestins, il se peut aussi que la ville tombe assez vite. Je ne saurais vous dire, je ne suis pas dans le secret des Dieux ha ha...
Au plaisir de vous lire, cher Loïc.

Jiji 25/10/2016 23:40

Cher Observatus,
Auriez-vous des infos sur une supposée fuite de combattants et chefs Daechiques de Mossoul vers la Syrie ? Avec quelles conséquences ?
Et bravo pour le job, formidable !

Observatus geopoliticus 26/10/2016 00:08

Merci Jiji.
J'en parle demain si j'ai le temps...

Madudu 25/10/2016 19:53

Avant de lancer l'offensive contre Mossoul les speakers de France Sport (ex France Info) expliquaient que la question que tout le monde doit se poser c'est "que va-t-on faire après notre victoire, qui va être écrasante, totale et instantannée ?".

Maintenant qu'on se rend compte que ça n'avance pas si vite que ça, et qu'en fait ça n'a toujours pas commencé, ils parlent carrément de prendre Rakka dans la foulée ... ha non, en même temps !

Bizarrement, aucune explication sur le pourquoi du maintenant. Comment se fait-ce que la coalition toute-puissante n'ai pas pris la décision de libérer plus tôt ces territoires terrorisés, elle à qui il suffit de désirer pour que l'univers s'exécute ?

Ça et "l'inversion de la courbe du chômage", -2% en oubliant les 10% en formation/stage/planques statistiques diverses, voilà les deux grands sujets de la soirée ...

Observatus geopoliticus 26/10/2016 01:49

Pfff... Les """"élites"""" occidentales vivent dans un monde virtuel, coupé, quelque part dans les montagnes au milieu de nuages roses... C'est George Bush qui disait : "Nous sommes un empire, nous n'avons pas forcément à suivre la réalité, nous pouvons la créer". En sont-ils arrivés là ?

Grognard 25/10/2016 19:41

Bonjour Observatus geopoliticus,

Sacré topo que vous nous faites là!
Chapeau l'artiste.

C'est certain qu'une coalition militaire sans véritable coordination au niveau de l'état-major inter armes
s'expose à des situations désagréables.
C'est inévitable.

En première lecture je me pose quatre questions:
1] le PUK n'aurait-il pas une carte à jouer si ses dirigeants se décident à être francs du collier.

2) Même pour le triumvirat Poutine, Lavrov, ShoÏgou c'est une sacrée partie d"échec.
La Russie a-t-elle les moyens d'intercepter les exfiltrés de Mossoul sur un terrain lui permettant de déployer sa puissance de feu?

3) Erdogan me fait penser à un joueur qui, à la roulette du casino jouerait le noir et le rouge.
Mon impression est que la Russie lui laisse, pour le moment, la bride sur le cou.
Les choses ne pourraient-elles pas changer une fois que l'accord sur le turkstream sera définitivement verrouillé?

4) Sauf erreur de ma part ni l'Iran ni l'Irak ne veulent d'un Kurdistan.
L'évolution géopolitique étant ce qu'elle est (là je rejoins mon point 1) certains des acteurs locaux n'auraient-ils pas intérêt à l'existence de ce Kurdistan en tant que glacis face au rêve impérial d'Erdogan?

Observatus geopoliticus 26/10/2016 12:04

Bonsoir mon cher Grognard,
pour tenter de répondre à vos questions :
1) dans quel sens ? Si vous parlez de Mossoul, non, le territoire du PUK (centré autour de Sulaymaniyah) en est séparé et pas tout près. Si vous pensez au fait de profiter d'une recomposition générale de l'Irak, ce n'est pas impossible. Déjà, le Kurdistan PUK pousse à une très forte autonomie au sein de la Région autonome du Kurdistan pour ne plus avoir à obéir à Barzani. Une sorte d'autonomie dans l'autonomie en quelque sorte...
2) J'en parle dans le prochain billet. Il semble que les Américains souhaitent ouvrir la porte de la Syrie aux fuyards mais le gouvernement irakien et les milices chiites (alliés à Assad) s'y refusent et veulent les cueillir.
3) Ca aussi, j'en parle dans le prochain billet.
4) Personne ne veut d'un Kurdistan indépendant ! Et les Kurdes eux-mêmes sont tellement divisés que ça partirait en sucette dès le deuxième jour...
Bien à vous

alain 25/10/2016 19:31

Bonjour,

Le jeu de la Turquie ne s'inscrirait-il pas dans le traité de Lausanne de 1923 qui a mis fin à l'empire ottoman et qui d'après ce que j'ai lu peut être remis à plat au bout de 100 ans, c'est à dire en 2023? Qu'en pense l'auteur de ce site? Je n'ai pas pu vérifier l'info lu sur un autre site.
De même, l'auteur de ce site a t-il eu vent que des navires militaires chinois sont maintenant présents dans la méditerranée et sont basés à Tartous?

Observatus geopoliticus 26/10/2016 01:36

Bonsoir Alain,
il serait fort étonnant que le Traité de Lausanne ait une durée de vie et arrive à caducité en 2023. Je me renseignerai mais ça me paraît très improbable. Par contre, je crois me souvenir qu'un parti politique turc (je ne sais plus lequel) avait le projet un peu romantique on va dire de remettre en cause certaines clauses lors de l'anniversaire de 2023.
Pour les navires chinois, j'en ai parlé plusieurs fois, la première en octobre de l'année dernière si mes souvenirs sont bons. Vous pouvez recherchez dans les archives ou tapez "navires chinois" dans la case de recherche, ça devrait sortir.

Pendule de Newton 25/10/2016 19:15

Du grand art je me demande comment vous avez fait pour retrouver votre LA dans ce billet. C'est pire qu'un opéra burlesque du XVIII mais c'est le miroir de notre époque et reflète tout ce qui marche pas -plus et ne devait que produire du gâchis.
Un petit cadeau pour admirer ce qu'est devenu au fil du temps la DIPLOMATIE à la FRENCH.
""«Les Français sont les plus faciles à acheter», nous avait dit un proche de Hamad Al-Thani, l’émir qui régnait à l’époque.""
http://www.liberation.fr/france/2016/10/20/georges-malbrunot-l-ancien-ambassadeur-du-qatar-a-copieusement-arrose-nos-politiques_1523233

Observatus geopoliticus 26/10/2016 01:22

Merci, cher Pendule.
Moui, De Gaulle doit se retourner dans sa tombe, et pas qu'une fois...
Je suis étonné que Libération fasse de l'info.
Bien à vous

Yann 25/10/2016 18:56

"la palme revenant au sultan déjanté qui, non content de s'inviter chez son voisin, a osé répliquer au premier ministre irakien de "rester à sa place".
A hurler de rire.
Les Charlots attaquent Mossoul.

Observatus geopoliticus 26/10/2016 01:12

Les sultans, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...