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Chroniques du Grand jeu

Bruits de guerre

20 Août 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Caucase, #Ukraine, #Russie, #Chine, #Extrême-Orient

Bruits de guerre

La chaleur de l'été semble avoir gagné les esprits, ça se frotte et se triture un peu partout sur la planète. Achtung : même si cela reste pour l'instant dans les limites du raisonnable, un dérapage est si vite arrivé...

En Syrie, où la Chine décide de s'impliquer davantage en soutenant l'effort de guerre syro-russe, les loyalistes avancent sur la majorité du territoire. La poche rebelle de Daraya dans la banlieue de Damas ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir et la Ghouta ne lui survivra pas beaucoup plus longtemps. Au nord d'Homs, les jets russes viennent de décapiter l'état-major barbu.

Mais c'est à Alep que se décidera le sort de la guerre. Là, le Hezbollah et l'armée syrienne sont en train de lentement mais sûrement refermer la brèche ouverte par les coupeurs de tête modérés début août. Une partie des territoires a été récupérée et l'on commence à tâter et piquer les défenses djihadistes restantes. Une attaque d'envergure vient d'ailleurs d'être déclenchée il y a quelques minutes. Pendant ce temps, les enfants de Ben Laden se font KALIBRer le portrait, à partir de la Méditerranée cette fois.

Guère étonnant dans ces conditions que les barbus aient lancé une nouvelle opération de com' avec la complicité intéressée de la MSN occidentale. Comment s'appelle l'enfant cette fois ? Ah oui, Omran... Pauvre gosse utilisé à des fins de grossière propagande. A quand la photo des mômes de la zone gouvernementale bombardés par les salafistes ?

Tout au nord, la situation dégénère entre Kurdes et armée syrienne a Hassaké. Certes, ce n'est pas la première fois : des clashs éclatent tous les deux-trois mois, vite éteints par le grand-frère russe qui a l'oreille des deux camps. Mais cette fois, cela semble plus sérieux. Difficile de dire comment a commencé la querelle (coup de menton kurde face au rapprochement russo-turc ?) mais elle est suffisamment importante pour que l'aviation syrienne ait bombardé des positions kurdes dans la ville pour la première fois depuis le début de la guerre.

Ce faisant, des "conseillers" américains présents avec les YPG kurdes sont passés bien près de la grande faucheuse, ce qui fait les gros titres aux Etats-Unis. L'excellent Moon of Alabama démonte l'hypocrisie US : que font donc ces "conseillers" si loin du front contre Daech ? Washington a-t-il le droit de répondre quoi que ce soit aux avions syriens survolant leur propre pays ?

Franchissons la frontière turque où il se passe également bien des choses. Le PKK est tout feu toute flamme et multiplie les attentats contre les policiers et militaires turcs. Le dernier en date a fait entre 3 (source Ankara) et 105 (source PKK) morts. Erdogollum, déjà aux prises avec le gülénisme et le séparatisme kurde, doit passer par tous les sentiments en ce moment... Mes rebelles syriens se font dézinguer mais je dois être gentil avec Moscou... Ah oui, je vais aussi à Téhéran dans quelques jours pour m'aligner sur la position russo-iranienne... Oh, les Américains retirent leurs armes nucléaires de ma base d'Incirlik, supposément sous la menace "terroriste". C'est vrai que je n'ai plus confiance en eux et ils n'ont plus confiance en moi... Mais qui donc me reste-t-il comme allié ? La vie est dure...

Et voilà que ça reprend dans le haut Karabagh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et cette fois, le très occupé sultan n'y est sans doute pour rien. Erevan et Bakou s'accusent mutuellement d'avoir rompu le cessez-le-feu difficilement trouvé après la crise du mois d'avril.

Dans ces conditions, comment l'Ukraine pourrait rester à l'écart et ne pas y aller de sa clownerie ? Nous avons vu comment l'affaire a débuté et que Moscou avait peu à y gagner, au contraire de la junte maïdanite au bord du gouffre et paniquée que le gaz russe ne transite plus par l'Ukraine. C'est maintenant l'escalade, verbale et symbolique pour l'instant. Poutine s'est envolé pour la Crimée tandis que Chocochenko évoque, comme d'habitude, une invasion russe. Ca doit être la 97ème depuis deux ans...

L'estomac est repu de tant de conflits mais vous reprendrez bien une lichette de Mer de Chine où la guerre des nerfs pour contenir le Heartland / percer le containment (barrez la mention inutile) bat son plein entre l'empire du Milieu et l'empire tout court. La tension est montée tout au long de l'été, Pékin s'exerçant même en vue d'une guerre "courte, soudaine et cruelle" (!) La militarisation des deux mers de Chine, méridionale et orientale (où Tokyo est prêt à déployer des missiles contre Pékin), n'est guère rassurante même si une ligne spéciale a été établie entre la Chine et l'ASEAN.

Il n'y a décidément pas que le réchauffement climatique qui enfièvre la planète... L'automne sera-t-il plus calme ? Rien n'est moins sûr.

NB : Je vous fais grâce du Yémen - où la coalition wahhabite prend l'eau, les Houthis commençant d'ailleurs à multiplier les incursions et les bombardements en territoire saoudien - et de la Corée du Nord où Kim III redouble ses vraies-fausses menaces...

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Alaric 22/08/2016 17:29

Toutes ces opérations de com des MSM se suivent et se ressemblent : les vidéos de l'attaque au gaz sarin de 2013 , l'enfant kurde noyé sur une plage au plus fort de la crise migratoire et maintenant ce garçon à Alep ... plus louches les unes que les autres .

Sinon il semble que l'idée d'un kurdistan unifié est matériellement impossible à cause des différends politiques (Peshmergas/PKK par ex ) , mais les Kurdes syriens sont ils assez soudés pour qu'une éventuelle autonomie au sein de la Syrie soit possible en évitant une guérilla ?

Pareil pour le sunnistan , même si l'EI est militairement battu je vois mal comment on évitera une continuité des attentats dans son futur ancien fief . Les motifs de frustration après guerre ne manqueront pas et la haine chiites/sunnites ne va pas en s'améliorant ...

Le manque de pragmatisme de Bachar n'aide pas , il a mal réagi quand le Kurdistan syrien a annoncé son autonomie fédérale alors qu'ils étaient en position de carrément revendiquer l'indépendance totale.

Super article

Observatus geopoliticus 22/08/2016 21:40

Et l'on pourrait remonter plus loin encore avec l'invraisemblable épisode des bébés-couveuse koweïtiens. Un constance dans la propagande médiatique occidentale : elle adore les enfants...
Oui, l'unité kurde est une chimère. Le Kurdistan irakien est divisé entre deux entités irréconciliables, les Kurdes iraniens sont encore sur une autre planète. Seuls le PKK turc et les YPG syriennes sont unis. Tout à fait d'accord avec vous sur la bourde de Bachar ; on en voit les conséquences en ce moment même à Hassaké. Ceci dit, c'est aussi ça qui pourrait rapprocher Damas et Ankara, donc tarir le soutien aux djihadistes modérés. Compliqué...
Pour les sunnites, oui et non. La grande majorité de la bourgeoisie sunnite est du côté d'Assad, ne l'oublions pas.
Bien à vous, cher Alaric

simplet 20/08/2016 19:57

Que n'offrions nous pas une belle prime au vainqueur d'un corps à corps dont je rêve de voir l'accomplissement:
A ma droite le schizophrène anatolien en tenue de slip léopard, genouillères dorées contre à ma gauche la pouliche réformée (âge de l'abattoir) surnommé le shaker démocrate en raison d'une atteinte épileptique due à l'abus de substances coquines et d 'us saphiques. Tenue de combat: une caisse de couches pour le troisième âge.
Imaginez vous un étranglement par l'arrière ? La tête du schizophrène secouée par un tremblement mammaire involontaire donc inarrêtable de l'indigne représentante démocrate.

Observatus geopoliticus 21/08/2016 22:01

Ha ha ha, excellentissime !

Madudu 20/08/2016 22:31

Après le surréalisme, l'hyperréalisme ?

C'est bien aussi moche en tous cas.

UltimaRR 20/08/2016 18:34

Cher Observatus, ce n'est plus de l'hypocrisie ni même du cynisme auxquels ils nous avaient pourtant habitués ces dernières années. Fut un temps pas si lointain où l'on cherchait encore des preuves à présenter à l'ONU. Depuis, une étape a été franchie et cela devient pathologique. Il y a toute une partie des gens au pouvoir dans cet Occident américanisé qui se déconnecte complètement de la réalité. Pis encore, ils finissent par la nier en arrivant à se convaincre de leurs propres mensonges et ils en viennent à contester les faits qui les contrediraient. On franchit toute la distance qui sépare le mensonge de la mythomanie.

Un peu comme le porte-parole du département d'Etat américain qui vous dit que, malgré les images, il attend de voir s'il est exact qu'un enfant ait été décapité par des égorgeurs modérés (pour la petite histoire, il semblerait que le photographe d'Omran soit un proche desdits égorgeurs, et c'est Le Parisien qui en a parlé hier... la propagande prend de moins en moins).

S'offusquer des bombardements syriens et russes sur Alep qui causent hélas, comme dans toutes guerres, des victimes civiles, mais passer sous silence ou ignorer les exécutions sommaires de ceux qui tentent de fuir la ville par les "modérés", dans quelle mesure est-ce une hypocrisie utile ou un aveuglement pathologique ? Ou dirais-je plutôt, dans quelle mesure cette cécité est volontaire ou non ? Cette question me trouble profondément.

On ment au départ, et l'on finit par y croire, puis l' on se convainc de la vertu magique et incantatoire de la parole jusqu'à ce que l'on se heurte au principe de réalité. Dans une autre mesure, c'est un peu comme un président qui vous avoue s'en être remis au petit bonheur la chance quant à l'une de ses actions politiques et promesses électorales. Mais là encore on se refuse à voir le réel. Ni hypocrisie, ni cynisme ; seulement la faute à pas de chance.

Étrange phénomène propre à notre époque que cette cécité généralisée...

Enfin, la réaction des E.-U. est tout de même incroyable ; ils n'hésitent pas à menacer à demi-mots un Etat, dans lequel leur présence armée sur le territoire est illégitime et illégale, pour la seule raison que celui-ci exerce son droit le plus souverain à se défendre. Toutes leurs contradictions ne font qu'apparaître leurs intentions, s'en rendent-ils seulement compte ? On aurait presque envie d'en rire si les conséquences n'étaient pas aussi tragiques...

Bien à vous.

Madudu 23/08/2016 11:06

Je suis étonné par la position du jeune historien belge, il semble avoir une vision très "Saint-Empire Romain Germanique" de l'Europe. Oubliant que la France, l'Espagne, le Portugal et l'Italie n'ont pas davantage intérêt à une centralisation européiste du pouvoir que par le passé.

A titre de témoignage son propos est par contre très intéressant, notamment le recours à la mythologie universaliste comme cause de l'inéluctable homogénéisation du continent européen.

Et puis cette manière de concevoir "l'ouverture" comme une acculturation de l'autre, c'est d'un fin !

Observatus geopoliticus 22/08/2016 21:50

Tout à fait, cher Ultima. Un regard long sur l'histoire permet de voir que plus ça change, moins ça change... Le contexte, les événements, les techniques sont différents ; les comportements, eux, restent bien souvent identiques. Le parallèle est particulièrement vrai entre l'Antiquité et l'époque contemporaine. Tout ou presque existait déjà il y a deux mille ans.

UltimaRR 22/08/2016 20:22

Judicieuse idée Madudu et merci à vous Observatus pour ces riches références !

Il est particulièrement nécessaire de revenir à de tels textes, souvent, pour ma part, afin de constater que notre époque n'est guère plus cruelle qu'une autre. Hélas les moyens et les échelles de grandeur se sont développées, c'est ce que je tenais à signaler dans le fond, ou peut-être est-ce une illusion là aussi... Je n'ai pas encore pratiqué ces auteurs avec l’œil de l’historien de manière à voir les dynamiques et similitudes disons politiques avec notre époque. Merci pour les rapprochements indiqués !

Observatus geopoliticus 22/08/2016 13:29

Cher Madudu,
si j'ai l'occasion, ce sera avec plaisir tant il est vrai que l'Antiquité a beaucoup à nous apprendre sur notre époque. J'avais déjà commis un rapide billet l'année dernière : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/07/guerre-du-peloponnese-et-guerre-froide-2-0.html
Pour Rome, particulièrement intéressants sont les deux derniers siècles de la République. On y voit les mêmes problématiques, les mêmes schémas qu'actuellement : lutte à mort entre l'oligarchie et le parti "populiste", thématiques économico-sociales bien actuelles (protectionnisme, immigration, ruine de l'agriculture, des classes moyennes et populaires etc.), désinformation "médiatique" très poussée (Cicéron), pouvoir des lobbies (financiers surtout), juridisme de la société, extension de l'empire par la conquête mais aussi les sanctions économiques (création du port franc de Délos qui ruine Rhodes), les pressions sur les dirigeants ennemis, le noyautage...
C'est absolument passionnant et comme un miroir de notre époque.
Les lectures sont nombreuses : Polybe pour le début de l'impérialisme (comment, en 50 ans, Rome est devenue maîtresse de la Méditerranée ?), Plutarque pour ses Vies parallèles transversales et bien d'autres.
Plus moderne, je conseille l'incontournable D'Alexandre à Actium de Peter Green ou encore ce jeune historien belge : https://www.youtube.com/watch?v=cfCy5c0kyhU

Madudu 22/08/2016 10:20

Peut-être pourriez-vous un jour nous faire un article sur les lectures utiles parmi celles qui renvoient à l'antiquité, je pense que nous serrions un certain nombre à apprécier :)

Observatus geopoliticus 21/08/2016 22:27

Cher Ultima,
Freud nous serait peut-être d'une certaine aide ^^
Où s'arrête l'hypocrisie et où commence l'auto-persuasion ? Vaste question... Mais ces comportements ne sont pas nouveaux : on les retrouve déjà dans la Rome ou la Grèce antique. Je ne saurais d'ailleurs que trop engager les lecteurs à lire Plutarque, Thucydide ou Polybe pour comprendre le monde actuel.
Bien à vous

Observatus geopoliticus 21/08/2016 22:03

C'est sûr, ils vont écarquiller les yeux quand ils étudieront notre époque. Et pourtant, George Orwell nous avait avertis...

Vincent 20/08/2016 23:32

Je suis sidéré. Et le pire, c'est que je ne sais pas qu'est-ce qui me sidère le plus. Est-ce mon entourage qui continue (malgré moi et malgré tout ce que n'importe quel curieux honnête constate sans effort sur internet - mais c'est déjà trop de travail intellectuel!) à refuser de voir ce qui se passe ou bien l'immoralité ignoble de nos dirigeants et de leur presstitude. Putain, les ethnologues du futur vont bien se marrer en étudiant l'effondrement de cette civilisation de colons!

Stef 20/08/2016 10:54

J'ai franchement l'impression (qui n'est pas originale) que les USA cherchent absolument un conflit (limité sans doute mais suffisamment grave pour être utilisable afin d'orienter l'opinion publique américaine) et cela afin de favoriser Clinton: autrement dit si une petite guerre a lieu entre les USA et la Russie c'est que Trump, qui est pour le dialogue avec la Russie, a tout faux pour ne pas dire qu'il est un traitre en puissance. A mon sens cela explique la position très modérée des Russes (dont on se doute qu'ils préfèrent Trump). Et cela explique aussi les "relances" agressives de conflits locaux concernant directement ou indirectement la Russie et qui sont énumérés dans l'article et auxquels il faut ajouter les vengeances de gamins mal élevés mais toujours dans l'optique de "faire mal" aux Russes ou à ses alliés (PKK, Serbie, Macédoine, Grèce).

Observatus geopoliticus 21/08/2016 22:01

Méfions-nous des sondages, cher Louis... Les institutions médiatiques américaines les trafficotent comme bon leur semble (cf. le coup de Reuters il y a deux semaines).

Observatus geopoliticus 21/08/2016 21:59

Très juste, chère Zasttava, mais quelle sera la réaction de l'opinion US ? Depuis quinze ans, elle a beaucoup changé...

Observatus geopoliticus 21/08/2016 21:58

C'est effectivement plausible, cher Stef, mais cela sous-entend que l'opinion publique américaine est toujours aussi guerrière. Or rien n'est moins sûr...

Ady85 20/08/2016 22:46

La "surprise d'octobre" risque bien d'être les 3 débats télés ou Clinton va se prendre une raclée face à Trump face à des audiences qui attendront très certainement des records.

Louis 20/08/2016 18:50

Très intéressant tout cela, voyons ce que l'avenir nous dira maintenant.
Stef, ce n'est pas impossible en effet mais Trump est déjà assez largement dominé dans les sondages par Clinton (à voir si c'est toujours le cas en octobre, nous ne sommes pas à l'abri d'une surprise et les sondages sont ce qu'ils sont...). Mais ça pourra être aussi un bon moyen d'enfoncer le clou contre Trump c'est vrai.

Zasttava 20/08/2016 13:47

Ce que vous décrivez s'appelle la "October surprise", c'est-à-dire un événement susceptible d'avoir un impact significatif sur le vote pour l'élection du POTUS.
Et vu ce que rapporte l'auteur de ce blog, il y aura de nombreuses ficelles à disposition...

Ady85 20/08/2016 10:13

Bonjour,

Au sujet de la mer de Chine, j'ai vu que Chine et Philippines entame des negotiations.

Le nouveau president Philippins a aussi insulter l'ambassadeur US Dans son pays.

Quel peut etre la nouvelle politique des Philippines avec ce fameux Duarte au pouvoir ?

Pour le reste, je dirai que plus les US vont reculer plus ce sera chaud.

Observatus geopoliticus 21/08/2016 21:57

Les premiers pas du señor Présidente sont effectivement intéressants à suivre, qui fait feu de toute flamme. Contre la Chine, contre les Etats-Unis... ne manqueraient plus que le Japon et la Russie pour bien faire.
Il rentrera vraisemblablement dans le rang mais de quel côté : telle est la question.