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Chroniques du Grand jeu

Ca chauffe au Caucase

3 Avril 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Caucase, #Histoire, #Russie

Ca chauffe au Caucase

La situation dégénère sérieusement au Caucase entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Erevan reconnaît 18 soldats tués et Bakou 12, sans compter les hélicoptères et chars détruits des deux côtés, lors des violents affrontements qui ont soudain éclaté dans le Haut-Karabagh.

Cette région est une pomme de discorde entre les deux pays depuis l'éclatement de l'URSS et même un peu avant (1988). Enclave arménienne en Azerbaïdjan, réclamant son rattachement à l'Arménie, elle se proclama indépendante en 1991, marquant le début d'une guerre qui fit environ 25 000 morts et mit sur les routes un million d'Azéris qui se réfugièrent en Azerbaïdjan. Depuis 1994, le Nagorno-Karabadh est de facto contrôlé par l'Arménie mais aucun traité de paix n'a été signé et Bakou revendique ses droits sur la région.

Ca chauffe au Caucase

Des escarmouches ont régulièrement lieu sur la ligne de cessez-le-feu mais la flambée de violence de ce week-end interroge : il s'agit des plus importants combats depuis 1994 et aucun des deux pays ne veut reculer. Tandis qu'Erevan met en alerte son aviation, Bakou se dit prêt à une solution militaire. Diantre. Comme si la zone ne connaissait pas suffisamment de conflits... Guerre civile turco-kurde juste à l'ouest, guerres syrienne et irakienne à quelques encablures au sud, conflits gelés en Géorgie voisine (Ossétie du sud et Abkhazie), crise ukrainienne à l'horizon septentrional.

Alors qu'Arméniens et Azéris se renvoient la faute, Poutine a compris le danger et appelle à un cessez-le-feu immédiat tandis que Lavrov use de son entregent pour ramener les deux parties à la raison. Car la Russie est un peu en porte-à-faux sur la question : alliée de l'Arménie où elle a des bases, elle ne veut pas s'aliéner l'Azerbaïdjan, lui-même en froid avec l'Occident ces derniers temps. Les Russes ont une intéressante carte à jouer, mais la condition sine qua non est le gel du conflit du Nagorno-Karabagh, évitant à Moscou de prendre ouvertement parti.

A qui profite donc le crime, en l'occurrence le net regain de tension ? Pas à l'Occident en tout cas, qui appelle comme le Kremlin à une cessation immédiate des hostilités. L'Azerbaïdjan est le point de départ du BTC qui amène le pétrole caspien en Méditerranée en squizant la Russie, grande victoire énergétique des Américains au début des années 2000. Quant à l'Arménie, même si elle est dans l'orbite russe, Washington ne voudrait pas tout à fait la perdre, sachant également que le petit pays caucasien chrétien bénéficie d'un capital sympathie évident dans les opinions publiques occidentales.

Qui alors ? Et si c'était Erdogan... Ankara a immédiatement assuré Bakou de son soutien moral. Rien de plus logique : l'Arménie est l'ennemi historique tandis que l'Azerbaïdjan, malgré qu'il soit chiite, est un pays cousin, de population et de culture turciques. Chose intéressante, le sultan fait ici passer le fait national avant le fait religieux, lui qui a pourtant, selon le roi de Jordanie, des rêves de "sunniser" le Moyen-Orient (nous reviendrons dans un prochain billet sur les déclarations explosives du roi Abdallah).

Le vice-président de la Douma a en tout cas embrayé, dénonçant une "troisième force" à l’œuvre derrière la récente flambée de tension. S'il n'a pas nommé la Turquie, l'accusation est claire comme un verre de vodka (ou d'arak en l'occurrence) : "La force qui continue d'attiser les flammes au Moyen-Orient, en Asie centrale et au Caucase n'est pas satisfaite de nos réussites et de celle de nos alliés dans la lutte anti-terroriste en Syrie et joue à exacerber du conflit du Nagorno-Karabagh". Info, intox ? Difficile à dire en ces temps incertains nimbés de mystère...

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Aliocha (Tibet) 05/04/2016 08:45

Passionnant de vous lire, comme toujours ! Merci !

Observatus geopoliticus 06/04/2016 06:55

Merci, cher ami. Vous vivez au Tibet ?

Canut 04/04/2016 22:34

Bonjour,

Je confirme également que c'est un plaisir de lire vos analyses très pertinentes à chaque fois.
Je me permets à mon tour d'apporter une modeste contribution à ce billet à travers quelques précisions sur l'origine de ce conflit :

Tout comme la Crimée fut "offerte" à l'Ukraine par Nikita Khrouchtchev en 1954, le Haut-Karabagh fut "offert" à l'Azerbaidjan par Staline en 1921. Une petite citation de wikipédia :
"En présence de Staline, le bureau caucasien du Comité central du parti bolchevik, auparavant favorable à l'Arménie, décide le rattachement du Haut-Karabagh à la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan le 4 juillet 1921. À cette époque, le territoire est peuplé à 94 % d'Arméniens".

A l'éclatement de l'URSS, il y a tout naturellement eu au Haut-Karabagh un mouvement populaire qui souhaitait obtenir son indépendance vis à vis de l'Azerbaidjan et son rattachement à l'Arménie. Plusieurs manifestations à caractère pacifiste (et j'insiste sur ce terme car les gens défilaient dans les rues avec pancarte et cris, etc.) ont eu lieu dans plusieurs villes et réprimés par des progroms en particulier dans les villes de Bakou et Soumgaït (le bilan étant largement au dessus des dizaines de morts reconnus officiellement, ce chiffrant plutôt par centaines).

Et c'est cet événement qui a déclénché le conflit armée bien plus que juste la volontée d'indépendance et de rattachement à l'Arménie. Moins d'un siècle s'était écoulé depuis le génocide arménien commis par la Turquie et à nouveau les arméniens étaient chassés et massacrés pour ce qu'ils étaient, pour épurer ces territoires de toutes traces arméniennes. S'en est suivi la déclaration d'indépendance du Haut Karabagh pour ne plus subir d'atrocités et de persécutions de la part des autorités azéries. Ce à quoi l'Azerbaidjan à répondu par la force armée entrainant la mobilisation des arméniens d'Arménie pour aller défendre leur compatriotes du Karabagh.

Voilà très succinctement les événements qui ont amené à cette escalade.

Un point sur lequel j'aimerais attirer votre attention également et que l'on peut déjà lire dans la presse arménienne et dont le gouvernement arménien annonce qu'il va prochainement apporter les preuves => c'est que comme dans la guerre qui a opposé ces deux pays dans les années 1992-94, l'Azerbaidjan a recours actuellement à des mercenaires (des combattants étrangers). Si le conflit s'enlise, il y a un peut être un risque qu'une partie des islamistes qui ont fuit la Syrie trouve là un autre terrain de jeu ? En espérant que cela n'arrivera pas. Sinon je pense que la Russie ne laissera pas la menace grandir si proche de ses frontières.

Observatus geopoliticus 06/04/2016 06:58

Merci, cher ami, pour ces utiles précisions historiques que je ne pouvais joindre au billet sous peine de l'alourdir.
Quant à votre dernière question, je ne crois pas que des djihadistes sunnites fanatiques iraient se battre pour un gouvernement chiite.
Bien à vous

MaTh 03/04/2016 21:55

J'adore toujours vous lire, permettez moi juste de corriger une faute de syntaxe que l'on voit trop souvent et que l'on entend encore plus souvent : après malgré il ne peux y avoir "que" ("malgré qu'il soit chiite"). On dira "bien qu'il soit", ou "malgré le fait qu'il soit".
En tous cas merci pour vos chroniques qui me ravissent à chaque fois, malgré cette petite faute :-)

Observatus geopoliticus 03/04/2016 23:25

Merci pour cet élégant échange linguistique, MaTh et Vince. J'ai peut-être, il est vrai, trop lu les auteurs du Grand siècle...

MaTh 03/04/2016 23:13

Merci Vince pour cet éclairage!
Ma prof de français était donc une puriste...

Vince 03/04/2016 22:48

faute de syntaxe pour vous peut-être...
http://www.langue-fr.net/Malgre-malgre-que

MaTh 03/04/2016 21:57

euh, "il ne peux", c'est un t bien sûr...

MBM 03/04/2016 11:42

Sachant que tous les petits Turcs s'égosillent d'"areu" devant le magique mobile qui flotte et tournoie au-dessus de leur berceau avec un drapeau turc à chaque branche du mobile, et après avoir découvert la théorie de Suat Ilhan (ancien officier supérieur devenu essayiste) je suis convaincu que le "religieux" est immanquablement subordonné à l'impératif et impérial "national". Pour la conversion, aucune inquiétude; l'histoire prouve qu'elle ne fut jamais embarrassante pour personne si elle conforte un projet géostratégique, et où il y a conversion peut se produire une reconversion surtout dans le cas turc. On sait que le religieux n'a pas d'autre utilité que politique. L'islam et Erdogan peuvent se remiser au placard de l'Histoire que cela ne changerait rien à l'identité turque. Des apprentis sultan s'en trouvent à la pelle, et des islams aussi mais un Turc est turc dans sa moelle épinière qu'elle soit dans l'opposition ou pas; c'est l'unique justification valable devant la clique d'historiens qui pourront en débattre si cela les amuse.

Observatus geopoliticus 03/04/2016 23:33

Intéressant comme toujours, MBM. L'islam se prête particulièrement à ce que vous dites puisque ses innombrables divisions prennent leur source dans des différends politique ou stratégiques. C'est une vulgaire querelle familiale qui est à la base de la division entre sunnites et chiites. Par la suite, chaque fois qu'un gouverneur de province voulait devenir indépendant, il créait un nouveau courant religieux pour justifier son mouvement !
Ceci dit, il semble quand même qu'il y ait une véritable "bonne foi" (jeu de mot non voulu) religieuse dans les actions saoudiennes ou erdoganiennes de ces dernières années.

MBM 03/04/2016 14:08

Pour illustrer mes dires, il faut se rappeler Ali Agça qui tenta d'assassiner le Pape Jean-Paul II; il était musulman et appartenait aux Loups Gris (extrême-droite laïque).

ummite 03/04/2016 05:22

comment peut-on être aussi hypocrite !! appelons un chat un chat :
derrière cela il y a quoi ? la CIA , ils savent que ce sera la clinton qui remportera , et la clinton veut voir la russie à genou , donc en allumant des feux ici et là dans des endroit favorisant un incendie incontrôlable c'est tout bon pour ces criminels !

bozi lamouche 04/04/2016 14:01

@anon : Que la cia ait manipulé des attentats en europe on l'a déjà vu ( bologne italie 1980)...par contre je ne pense pas qu'elle ait porté la reine au pouvoir...bien malin celui qui comprend ce que veut la cia ... après je ne dis pas qu'ils soient effectivement derrière mais je comprends la méfiance....ce conflit s'il dégénère sera une sérieuse épine dans le pied de Poutine et ça peut mal finir....Erdogan bouge encore !!
ps : seriez vous choqué d'apprendre demain que cette agence était à la manoeuvre ?

Observatus geopoliticus 03/04/2016 23:36

Ummite, vous n'avez visiblement pas lu ou compris mon billet : la flambée de tension n'est pas plus favorable aux Etats-Unis qu'à la Russie.
Que la CIA soit derrière tout un tas de déstabilisation (Ukraine, Syrie...), je crois que ce blog le montre suffisamment. Mais il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l'eau du bain...

Anon 03/04/2016 17:41

Mais cest bien connu ! La CIA est derriere tout ! Cest elle qui a organise les attentats de Paris et de Bruxelles ! Organiser dans le dos des français l'élection de Francois Hollande et placer la Reine Elizabeth II sur le trone d'Angleterre ! Et ceux qui n'y croient pas sont des naïfs prisonniers du systeme système !
Plus sérieusement, si vous voulez avoir un tant soit peu de crédibilité, expliquez nous pourquoi vous pensez que cest la CIA ? Je veux des sources credibles et des arguments logiques. Sinon, si cest pour balancer votre théorie du complot a toutes les sauces, on sen passera bien, merci.