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Chroniques du Grand jeu

Barack à frites dans ses oeuvres

9 Juillet 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Europe, #Russie

Barack à frites dans ses oeuvres

Le sommet néronien de l'OTAN à Varsovie devait évidemment se dérouler au son des tambours et des trompettes. A tout seigneur (saigneur ?) tout honneur, le chef de l'exceptionnalistan, le leader vénéré de la "nation indispensable", a parlé.

Dans une tribune publiée dans le Financial Times à la veille du sommet, Obama a appelé l'organisation atlantique à agir contre "Daech, Moscou et le Brexit". Quel aveu mes aïeux... Ainsi, le Brexit est une menace pour l'empire au même titre que le grand méchant russe dévoreur d'enfants et l'EI. C'est noté. Extraits :

"L'agression russe contre l'Ukraine menace notre vision d'une Europe unie, libre et pacifique [il est vrai que le coup d'Etat de la CIA a tout fait pour pacifier l'Ukraine...] Le vote britannique en faveur de la sortie de l'UE pose des questions importantes concernant l'avenir de l'intégration européenne" [il a juste oublié quelques mots à la fin de sa phrase : "intégration européenne d'inspiration américaine"].

Chose amusante, là aussi sous forme d'aveu assez éclairant : assisteront à cette réunion des représentants de l'UE et... de la Banque mondiale ! Toutes les tentacules de l'empire se retrouveront donc pour déguster des krupniks accompagnés de grandes rasades de zybrowska. Attention tout de même à écarter l'inénarrable Jean-Claude Juncker de la table, lui qui aime particulièrement la dive bouteille. Il est vrai qu'il a pour l'instant mieux à faire, comme d'empêcher les photographes de s'approcher de sa bête noire...

Barack à frites dans ses oeuvres

Toujours KO debout après le Brexit, Cameron, fidèle second (camarón signifie "crevette" en espagnol, ça ne s'invente pas), roule des épaules et envoie 650 soldats en Europe de l'est pour faire face, je vous le donne dans le mille, à "l'agression russe". Peu importe que même un torchon atlantiste comme l'imMonde reconnaisse que cette menace est illusoire, peu importe que ces quelques bataillons symboliques seraient balayés en cas de guerre, peu importe le coût non négligeable de ce déploiement, c'est le geste qui compte.

Tant il est vrai que dans l'Occident américanisé actuel, la com' et les effets de manche prennent le pas sur le fond. Car derrière la façade et les grandes envolées lyriques, c'est un peu moins va-t-en guerre.

L'opposition syrienne (celle des cafés de Saint-Germain) est furieuse et considère que les Etats-Unis ont "laissé la main à la Russie" en Syrie. C'est peut-être aussi ce qu'avaient ressenti les faucons du Département d'Etat lorsqu'ils se sont mutinés le mois dernier. Pour être tout à fait honnête, avouons que la position de Barack à frites n'est pas la plus aisée, entouré qu'il est par les néo-cons, la CIA qui n'en fait qu'à sa tête et se bat contre le Pentagone par groupe syrien interposé, les généraux Folamour et les divers lobbies ayant pignon sur rue à Washington. On se rappelle que l'occupant de la Maison Blanche était déjà fier d'avoir été sauvé malgré lui par Poutine en 2013. Bis repetita ?

A côté des lunatiques qui pullulent dans les allées du pouvoir outre-Atlantique, d'autres forces sont à l'oeuvre, beaucoup moins versées dans le délire militariste. Ainsi, l'association des maires américains a dénoncé le "risque de guerre nucléaire" avec la Russie et appelé le gouvernement à arrêter ses provocations pour se consacrer aux problèmes intérieurs. Du Trump dans le texte, sauf que ce sont 1 400 maires de villes de plus de 30 000 habitants qui ont signé la résolution.

Et puis il y a les junior partenaires européens, pauvres petites choses obéissantes mais qui sont loin de partager l'hystérie américano-polonaise assaisonnée à la sauce balto-ukrainienne. Berlin voudrait bien passer à autre chose - les dures critiques du ministre des Affaires étrangères sur les "gesticulations de l'OTAN" sont approuvées par une majorité d'Allemands (64%) -, Toumou Ier de l'Elysée se veut apaisant - "La Russie n'est ni un adversaire ni une menace" -, le président tchèque souhaite un référendum sur l'appartenance à l'OTAN (et à l'UE tant qu'à faire !), les Suédois sont hostiles à l'entrée de leur pays dans l'organisation atlantique (on sait toutefois qu'en Europe plus qu'ailleurs, les dirigeants ont tendance à rester sourd aux souhaits des peuples).

La presse de Wall Street semble même envoyer des ballons-sonde comme cette idée loufoque émise par Fortune : après le Brexit, la Russie pourrait remplacer le Royaume-Uni au sein de l'UE ! Il fallait y penser... Plus que la proposition elle-même qui prête à sourire, c'est le ton mielleux qui étonne, même s'il est agrémenté de-ci de-là des habituels et inévitables éléments de langage.

Enfin, comment ne pas mentionner le fait que, au moment même où l'OTAN se réunit à Varsovie pour faire face, devant les caméras du moins, au "danger russe", le conseiller à la politique étrangère du candidat Trump se trouve... à Moscou. Participant à une conférence économique, Carter Page a beaucoup parlé de coopération avec la Russie. On ne sait pour l'instant s'il rencontrera des officiels.

On le voit, derrière l'unanimité de façade et les beaux discours, l'empire et ses dépendances est très divisé, faisant souffler le chaud et le froid au gré de ses tiraillements internes et de la prévalence de telle ou telle faction. L'ours, lui, semble ne plus faire attention à l'inconstance presque congénitale qui caractérise maintenant l'Occident et attend tranquillement ce qui se présentera.

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Kevin 10/07/2016 00:51

"La Russie qui rejoint l'UE", alors celle-là, elle est bonne! Je pense qu'il y a plus de chances que les pays qui sortent déçus de l'UE rejoignent la CEI plutôt que l'inverse! :-D
Outre le fait que les russes voient l'UE comme un amas de confettis à l'ouest de leur pays, c'est surtout les US qui s'y opposeraient. Sans l'épouvantail russe, l'existence même de l'OTAN devient difficile à justifier...

Kevin 10/07/2016 16:11

Bref, OTAN en emporte l'Yvan ;-)
...A moins que ce dernier ait encore des atouts dans sa main, auquel cas MacKinder va encore avoir droit à de belles surprises ;-)

Kevin 10/07/2016 15:55

Donc a l'instar de l'UE, l'OTAN ne compte pas s'arrêter là et recruter des pays toujours plus à l'est, jusqu'à ce que la Russie soit complètement encerclée? (ce qui est presque déjà le cas). Prochaine étape: Ukraine et Georgie. 2 pays qui ont une partie de leur territoire contrôlé par les russes...

Observatus geopoliticus 10/07/2016 01:40

Notre bon ami Audiard avait un mot pour ça : "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît".
Le système est indécrottablement persuadé qu'il est du bon côté, que l'UE est une merveilleuse construction... Regardez-la délirer : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/2790871/2016/07/08/L-Otan-et-l-UE-une-equipe-formidable-decidee-a-en-faire-plus.dhtml

Jean 09/07/2016 22:03

Qu'est ce que ça aurait été si Obama n'avait pas eu le prix Nobel de la paix...

Ady85 09/07/2016 14:19

Bonjour,

Pensez-vous que l'attitude Russe face à l'Ukraine (c'est à dire l'attente, laisser pourrir la situation en attendant que le fruit Ukrainien devenu très mûr tombe tout seul), soit la même stratégie décidé envers l'Occident ou tout du moins l'Europe ?

Une UE de plus en plus en difficulté, avec des populations qui en ont fortement ras le bol et se tournant de plus en plus vers des partis natios (qui sont pro-Russes), le BREXIT, etc...

La Russie n'attend t'elle pas tout simplement la chute, persuadez que celle-ci va subvenir à court ou moyen terme ?

Observatus geopoliticus 09/07/2016 22:51

Bonjour Ady.

Vous avez parfaitement résumé la situation. Effectivement, le temps joue pour Moscou qui n'a qu'à attendre. Ceci dit, les objectifs vis-à-vis de l'Ukraine et de l'Europe sont différents.
En ce qui concerne la première, les Russes veulent le statu quo qui l'empêche de prendre le chemin de l'OTAN. Pas sûr qu'ils souhaitent un pouvoir pro-russe à Kiev maintenant (il faudrait prendre en charge financièrement ce merdier qu'est devenue l'Ukraine).
Pour l'Europe, le temps joue à la déconstruction de l'UE, c'est-à-dire invariablement au rapprochement avec l'Eurasie, ce qui ferait de la Russie la plaque tournante entre la Chine et l'Europe, marginalisant totalement les Etats-Unis.

Bien à vous.

Observatus geopoliticus 09/07/2016 13:11

Il est sûr que, à ce moment précis, le copinage entre les eurocrates et les grands banques US passe excessivement mal. Même des journaux eurolâtres comme l'imMonde ou le Nouvel Oups en pleurent...

VladP 17/07/2016 10:29

Sur le point que l'ukraine est actuellement un foutoir epouvantable: vous avez parfaitement raison.
Maintenant, il reste que cepays est fondamentalement riche et qu'il ne faudrait pas grand-chose pour qu'il puisse revenir a une certaine normalite.
Le million de personnes qui marche actuellement sur kiev pour la pourrait reprendre en mains le destin du pays et rabattre la corruption et les nazis aux petits bras.
Si le pays est tombe si bas, c'est parceque ses habitants sont conscients qu'en tournant le dos a la russie, ils se sont tourne le dos a eux-memes. Mais ils peuvent remonter la pente et corriger le tir.
En tous cas, cette marche en redonne l'espoir.

Leviathan 09/07/2016 12:02

L'embauche de Barroso au sein de la Banque Goldman Sachs, responsable en partie de la crise de 2008 et à 100% du maquillage de la dette grecque, est une véritable allégorie de cette UE de technocrates, aiguillés par leurs seuls intérêts, en déconnexion totale avec la base... A pleurer.

UltimaRR 09/07/2016 11:44

Heureux hasard - alors que se tient à Varsovie le sommet de l'OTAN, l'on apprend que le senhor José Manuel Barroso, ex-président de la Commission européenne (2004 - 2014) que l'on ne présente même plus, est nommé conseiller et président non-exécutif chez Goldman Sachs.

Le monde est petit, non ?

Bozi Lamouche 09/07/2016 10:29

des violences au Texas pendant le déplacement à l étranger...hasard ou petit cadeau d'officine discrète ?? ca ne va pas aider le taulier a tenir sa baraque...

Ady85 09/07/2016 18:39

Je pense pas, la Russie reste dans le SOFT POWER en accordant une aide légère (surtout financière je pense) à divers mouvements d'opposition en Occident, mais je pense pas que ça aille plus loin

Observatus geopoliticus 09/07/2016 13:12

Si cela avait été les indépendantistes texans, l'ombre de Vlad l'empaleur n'aurait pas été loin...

maya 09/07/2016 07:01

Bonjour,
Il y a de l'agitation autour de l'ambassade américaine à Moscou :
https://jeanfouche.wordpress.com/
http://www.romandie.com/news/Washington-expulse-deux-responsables-russes-apres-une-attaque-contre-un-/718986.rom

Observatus geopoliticus 09/07/2016 13:13

Oui, ça fait quelques temps déjà qu'il y a des bisbilles chez les diplomates, les uns affirmant être espionnés par les barbouzes des autres et vice-versa. De quoi pimenter les relations déjà épicés entre Washington et Moscou...