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Chroniques du Grand jeu

Le dragon et l'ours roucoulent, l'aigle et le chameau l'ont mauvaise

23 Mai 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Chine, #Russie, #Etats-Unis, #Moyen-Orient, #Pétrole, #Economie, #Extrême-Orient

Le dragon et l'ours roucoulent, l'aigle et le chameau l'ont mauvaise

La guerre froide multiforme entre l'empire maritime et le duo continental, avec irruption régulière du Seoud barbu, ne laisse pas de passionner. Le mois dernier, nous écrivions :

Profitant du bas prix du baril, les Chinois sont en train d'importer à tout va et de constituer des stocks record. Plus intéressante est la composition des fournisseurs : si le Moyen-Orient reste encore en tête (44% des importations chinoises d'or noir en mars), il est en dégringolade (51% le mois précédent), tandis que le bassin atlantique (Venezuela, Brésil : 28%) et la Russie (14%) sont en forte progression. Il n'aura échappé à personne que ces derniers sont membres des BRICS ou proches du mouvement multipolaire. En terme de pays seul, la Russie est devenue de loin le premier fournisseur avec 4,6 millions de tonnes alors que l'Arabie saoudite reste scotchée à 4 millions de tonnes.

La tendance se confirme, égratignant encore un peu plus le pétrodollar. En avril, la Russie a de nouveau battu son record d'or noir exporté vers l'Empire du milieu, laissant le wahhabistan scotché dans les dunes : 4,81 millions de tonnes contre 4,12 millions.

Le grand rapprochement stratégique de ces dernières années entre Moscou et Pékin ainsi que la mise en œuvre de contrats signés depuis la fin de la décennie 2 000 commencent à porter leurs fruits. D'après tous les spécialistes, les exportations de pétrole russe vers la Chine resteront à des niveaux vertigineux ces prochaines années.

Or, derrière le va-et-vient des barils d'or noir, c'est tout l'édifice pétrodollaresque qui se fissure. La Chine paye en effet le pétrole russe en yuans sonnants et trébuchants, au grand dam de Washington. Surtout que Poutine en rajoute une couche avec l'établissement à Saint-Pétersbourg d'une bourse pétrolière en roubles, poussant encore au moulin de la dédollarisation. Aux dernières nouvelles, des compagnies chinoises sont déjà intéressées par le projet russe. Guère étonnant que l'aigle l'ait plutôt mauvaise ces temps-ci...

Est-ce un hasard si les incidents "frontaliers" entre le Heartland sino-russe et l'empire maritime auto-proclamé se multiplient ces derniers mois ? De la Baltique à la Mer de Chine méridionale, la litanie des interceptions et contre-interceptions n'en finit plus. Escalade bien dangereuse...

Quant au chameau wahhabite, il rumine le fiasco de son gambit pétrolier, encore "magnifié" par le fait que l'Iran le prend à son propre jeu. Ben Seoud s'est mis à peu près tout le monde à dos et n'en retire aucun bénéfice. Surtout, approche le jour J où Riyad devra définitivement choisir entre la protection de l'aigle (avec qui il y a déjà de l'eau dans le gaz) et les revenus du dragon. Choix cornélien que nous annoncions l'année dernière :

D'après un analyste, si l'Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu'elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans... c'est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

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Jf87 29/05/2016 17:14

N'oublions pas que la russie reste un nain économique comparé aux US : 1179 contre 18296 milliards de $ en 2016.

Observatus geopoliticus 29/05/2016 20:32

Bon, il faudrait déjà revoir vos chiffres. Etats-Unis = 16 770 milliards. Russie = 2 097 milliards. Il n'en reste pas moins que l'écart est effectivement très important.
Mais l'économie est bien le seul domaine où cette différence existe. Militairement, énergétiquement, stratégiquement, diplomatiquement, on est loin d'un tel contraste, et il est même parfois inversé.

Jean 25/05/2016 23:56

Très bon article. Merci pour votre travail

J©LK 24/05/2016 09:05

*** "Quand ours et dragon roucouleront, 
.... D'aigle et chameau, canons sonneront..."
...
J©LK, 24.5.2016 in "Les grandes Prophéties d'ici à maintenant..."

J©LK 24/05/2016 08:21

*** "Quand ours et dragon roucoulent, 
.... Aigle et chameau font mauvaise goule..."
...
J©LK, 24.5.2016 in "Proverbes d'ici et maintenant..."

MBM 23/05/2016 23:49

Réjouissante nouvelle. Les USA ont décidé d'abandonner l'Arabie, cela fait déjà quelques années (2011, si je ne me trompe pas) avec la volonté de reprendre à corps perdu les forages par fracturation. Les conséquences étaient donc prévisibles, recherche de nouveaux débouchés pour les Saoudiens pour compenser la diminution drastique - mais pas totale - de la demande US avec en corollaire un affaiblissement du régime wahhabite dont l'influence régionale est de plus en plus remise en cause, ces dernières années. Cette volonté américaine a donc décidé du sort peu glorieux et impréparé du régime de Ryad trop imbu de sa puissance révolue. Depuis, le remodelage moyen-oriental est entré de mille feux en action. La 4ème guerre mondiale est activée, sous une forme hybride et totale. Les Etats, financiers et complexes militaro-industriels, sans oublier les nouveaux centres de défense informatique et les réseaux mafieux en collusion avec les Services. L'Iran possède déjà une bourse du pétrole depuis le mercredi 13 juillet 2011.

J©LK 24/05/2016 09:08

*** Ni l'un ni l'autre...Pékin a-t-il lâché Pyongyang ∞ + dangereux???
Non !
Et pourtant ce n'est pas l'envie qui l'en démange...

Observatus geopoliticus 24/05/2016 07:15

Cher ami, c'est curieux : dans votre commentaire à l'article précédent, vous dites en substance que les Américains ont trop besoin d'Erdogan pour laisser se préparer un coup d'Etat contre lui ; et ici, vous pensez que ces mêmes USA ont décidé d'abandonner l'Arabie saoudite. Je crois que vous inversez : Washington semble plus près de lâcher Erdogan que les Seoud. Le sultan fou est devenu un électron libre trop dangereux et incontrôlable. Les Ben Seoud, eux, peuvent encore servir.
Au plaisir de vous lire, comme toujours