Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Le tandem sino-russe avance

25 Avril 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Chine, #Russie, #Extrême-Orient, #Pétrole, #Etats-Unis

Le tandem sino-russe avance

Reprise à grande échelle des combats en Syrie, regain d'agitation en Ukraine, suicide de l'Europe, tension en Corée, manœuvres en Baltique... Derrière tout cela, la symbiose sino-russe continue sa marche en avant, inexorable.

Dans la dispute entre l'Empire du milieu et l'empire tout court en Mer de Chine méridionale, Pékin pourrait bien avoir reçu le soutien diplomatique de Moscou qui s'est déclaré opposé à l'internationalisation des discussions et surtout à l'ingérence de pays tiers (tsss tsss Washington...) Certes, la position russe n'est pas nouvelle, mais Lavrov a particulièrement insisté sur ces points, ce qui a beaucoup plu aux Chinois.

Pékin, qui a d'ailleurs déployé un système de missiles antinavire dans les Paracels il y a un mois, préfère en effet négocier en position de force avec chaque pays pris séparément plutôt que d'internationaliser la question. Parmi ces Etats opposés aux avancées chinoises, le Vietnam n'a sans doute pas très bien pris les remarques de Lavrov, mais son partenariat avec Moscou (notamment les contrats d'armement) est trop important pour être remis en cause. D'ailleurs, à peine nommé, le nouveau ministre vietnamien de la Défense a réservé sa première visite officielle à la Russie où il a rencontré son homologue Shoigu, lequel a qualifié Hanoï de "partenaire stratégique". En ménageant la chèvre et le chou comme ils savent si bien le faire, les Russes sauront sans doute accompagner la montée en puissance de l'incontournable allié chinois sans s'aliéner le petit frère vietnamien.

Pékin et Moscou poursuivent leur entente pétrolière et considèrent une alliance stratégique majeure dans l'or noir : profitant de la privatisation partielle de Rosneft décidée par Poutine, la CNPC serait en voie de prendre une participation importante dans le géant russe. Par ailleurs, profitant du bas prix du baril, les Chinois sont en train d'importer à tout va et de constituer des stocks record.

Le tandem sino-russe avance

Plus intéressante est la composition des fournisseurs : si le Moyen-Orient reste encore en tête (44% des importations chinoises d'or noir en mars), il est en dégringolade (51% le mois précédent), tandis que le bassin atlantique (Venezuela, Brésil : 28%) et la Russie (14%) sont en forte progression. Il n'aura échappé à personne que ces derniers sont membres des BRICS ou proches du mouvement multipolaire. En terme de pays seul, la Russie est devenue de loin le premier fournisseur avec 4,6 millions de tonnes alors que l'Arabie saoudite reste scotchée à 4 millions de tonnes.

Les fidèles lecteurs du blog à ses débuts ne seront pas surpris, nous avions annoncé ce changement tectonique il y a près d'un an :

Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l'Angola ont dépassé l'Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d'après les observateurs, c'est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D'après un analyste, si l'Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu'elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans... c'est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

Le moment de vérité approche pour les Seoud...

Quant aux Russes, une bonne nouvelle (pétrolière) n'arrivant jamais seule, ils se réjouiront de ce que l'amende record de 50 Mds décidée par le tribunal d'arbitrage de La Haye sur le cas Youkos a été purement et simplement annulée. Car le Grand jeu se déroule autant dans les îles paradisiaques de la Mer de Chine méridionale que dans les ruines d'Alep, les barils d'or noir ou les cours de justice.

Partager cet article

Commenter cet article

Anym 28/04/2016 19:30

Effectivement on ne peut pas dire que l'Union Européenne est une "championne" des affaires étrangères (très très très loin de là d'ailleurs), cependant, pensez vous que la France a ses chances de faire cavalier seul face à des geants telle la Chine, l'Inde, la Russie , les USA... ? (Cest une vraie question hein ! ^^)

Observatus geopoliticus 29/04/2016 16:57

L'UE est une création américaine (http://www.telegraph.co.uk/business/2016/04/27/the-european-union-always-was-a-cia-project-as-brexiteers-discov/). Même Monaco ou Andorre aurait plus de chance de faire cavalier seul...

Furax 29/04/2016 07:55

Certes, c'est ce que répètent à longueur de temps les européiste, Barnier notamment chez nous. Sauf que c'est une chimère.

Comme le dit très bien Védrine l'Europe n'est pas un démultiplicateur de puissance mais nous réduit au plus petit dénominateur commun. Surtout quand l'entité est conçue et dirigée pour n'être que le cheval de Troie du libre-échangisme le plus absolu.

Comme disait de Gaulle, on ne fait pas d'omelette avec des œufs durs.

occulus 27/04/2016 23:10

Bonsoir,

L'inde, la Chine ou la Russie, aucuns de ses pays ne fera allégeance a qui que ce soit. Il n'y a que l'Europe pour se rabaisser de cette manière.


Russie- Chine ou Inde-Chine et aussi Russie-Inde, tous ces pays sont pragmatiques et si l'on creuse un peu, n'ont se sont pas amis. Il y a beaucoup de points de désaccords. Litiges frontaliers, passé agressif, intérêts divergents. Mais, ils savent ou sont leur avantages et ils sont réalistes. Ils mettent en pratique ce que disait un premier ministre anglais du XIX ème siècle. L'Angleterre n'a pas d'ennemis, elle n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts.

L'Inde signe avec les USA, mais elle achète russe ou français etc. L'Inde continue d'une certaine manière le non alignement. 1,2 milliards d'habitants permet une certaine liberté, tout en sachant que si un partenaire devient trop pressant, Russie ou US, elle se tournera vers l'autre.

Il y a eu un conflit russo-chinois en 1969, un sino-indien en 1962, mais le commerce se développe plutôt bien. Il suffit en plus du pragmatisme utilise cette vieil adage: si vis pacem, para bellum.

Je connais bien les russes. Je ne suis pas russe, mais depuis 20 ans, j'y vais régulièrement et pas dans les hôtels, mais chez l'habitant et ils comprennent bien ce qui les entoure. L'Europe ne veut pas de nous, eh bien les chinois ne sont pas loin, autant aller voir la bas.

La Chine, l'Inde et la Russie ont une vision à long terme. Les européens aucune, dont autant s'allier avec des pays qui ont ce point de vue en commun, le long terme et la défense de ses intérêts qu'avec une union moribonde et dominée.

Furax 27/04/2016 13:58

Edouard, l'Inde ne fera jamais allégeance à personne. A1,2 milliard d'habitants on ne fait jamais allégeance.

Simplement, si l'Inde place au dessus de tout sa souveraineté et ses intérêts nationaux, elle n'en est pas moins très lucide sur la réalité des rapports de force et des perspectives.

La menace suprême pour l'Inde, depuis qu'elle a recouvré son independance en 1947, c'est la Chine, très grande puissance à la fois expansionniste et agressive. Les 2 pays ont déjà été en guerre.

L'Inde ne peut pas se satisfaire que la Chine projette sa puissance en direction du détroit de Malacca.

Elle a donc tout intérêt à s'allier avec une superpuissance déclinante comme les USA pour endiguer la poussée chinoise.

Observatus geopoliticus 29/04/2016 16:56

Non, non, Furax. L'Inde penche plutôt de l'autre côté...

Edouard 27/04/2016 10:35

Bonjour,

Dans votre article Ca chauffe en mer de Chine, vous dites que "le sud du Rimland semble définitivement perdu" or la dernière visite du secrétaire de la Défense Ashton Carter à New Dehli où il a signé un partenariat de coopération militaire avec l'Inde pour l'Océan indien montre que les USA n'ont pas abandonné l'idée de rallier l'Inde à leur camps, pensez-vous que ce partenariat est un véritable acte d'allégeance ou de la poudre aux yeux ?

Cdt Edouard.

Cf : le lien de l'article http://www.i24news.tv/fr/actu/international/asie-pacifique/109469-160412-inde-et-etats-unis-reclament-la-liberte-de-navigation-en-mer-de-chine

Observatus geopoliticus 29/04/2016 16:56

Bonjour,
en ce moment, Russes et Américains se disputent l'Inde. Moscou a une longueur d'avance (héritage de la Guerre froide) malgré le push de Bush. New Delhi entre cette année dans l'OCS, reçoit la presque totalité de son matériel militaire de la Russie, s'est beaucoup rapprochée de la Chine ces trois dernières années, attend des pipelines russes (y compris via la Chine)... Les fondamentaux jouent pour une Inde qui s'aligne avec le camp multipolaire, même si les Américains tenteront tout pour l'en détacher.
Bien à vous

theuric 26/04/2016 22:25

Ce vieux combat entre la Russie et les Etasunis se joue certes dans le Pacifique (le nom de cet océan tinte toujours en moi comme un summum d'humour), mais cela pourrait peut-être bien dissimuler une politique russe des petits pas du coté de l'Atlantique et l'Union-Européenne paraît en être le centre.
Il faut dire que les erreurs étasuniennes frisent l'inconséquence.
Que Monsieur Obama vienne au Royaume-Uni soutenir le camp du "non" lors de l'actuel campagne électoral pour une sortie de la Grande-Bretagne de l'U.E., ne peut qu'être que du pain béni pour ceux le souhaitant.
Dans un pays parangon de vertu démocratique, du-moins dans les faits, sinon dans les actes rendus publiques, une telle ingérence étrangère fut quelque peu imprudente, pour ne pas dire contreproductive, sauf si les U.S.A. voulaient se défaire d'une union désormais encombrante, sait-on jamais, rêver ne fait pas de mal si on reste conscient que cela n'est qu'un songe.
Plusieurs signes montrent, pas seulement en France, que les E.U.A. perdent de leur influence en U.E., ce n'est pas un mouvement de fond mais cela inquiète suffisamment Tonton Sam pour que ça les mène à des erreurs grossières telle que celle-là.
Les mouvements divergents au sein de notre union sont visibles comme autant de fractures, un petit peu comme une dérive d'un continent: l'Europe.
Chaque pays ou région s'en retire tout doucement, parfois sans même comprendre qu'il agit ainsi, poussés par des contraintes internes et/ou géostratégique qui souvent dépassent les acteurs politiques (Pologne, ce qui fut l'empire Austro-hongrois, le sud-européen, la G.B., la Hollande, la France, même, qui joue toujours et encore la fille aînée de l'église, quelle qu'elle soit, du moment que ce soit une église, jusqu'à la Germanie commençant à se poser de sérieuses question...).
Poussée ainsi à hue et à dia, l'Union-Européenne se vide de sa matière et ne tient plus que par la tendre et intéressée affection de l'empire U.S. (qui en viendra peut-être à pomper ses richesses boursières après celles de ses entreprises).
Pour l'instant, personne n'ose tenter ou simplement penser filer à l'anglaise sauf le royaume de sa très gracieuse majesté, toujours en avance d'une course, pour le pire comme pour le meilleurs, toujours plus courageux que les autres peuples européens, aussi pour le pire comme pour le meilleurs.
Mais lorsque l'impérium américana montrera à tous des faiblesses déjà tragiques, les fêlures de l'U.E., déjà visibles, deviendront failles puis béances, chacun reprenant le cours de son histoire là ou elle s'était égarée, quelque part entre une seconde moitié d'un XIX° siècle d'une envie démocratique d'états-nations jusqu'à un 1914 pris d'une irrépressible pulsion autodestructrice, ce qui promet de beaux élans tragi-comiques, pour qui souhaite lire entre les lignes.
Ceci pour le plus grand bonheur d'une Russie pour qui avoir affaire à des états européens en totale indépendance sera toujours plus facile qu'à une union n'ayant pas d'origine son propre souhait.
D'autant plus que pour cela, la patience lui est d'or.

Observatus geopoliticus 29/04/2016 16:52

Vous résumez parfaitement la situation, cher ami.
Dès le départ, la construction était un projet américain (http://www.telegraph.co.uk/business/2016/04/27/the-european-union-always-was-a-cia-project-as-brexiteers-discov/) et ce projet arrive maintenant en stade comateux. Les Russes n'ont qu'à attendre, soutenant ici ou là les partis europhobes.

EM 26/04/2016 17:13

Oui, le grand jeu, comme le reste, est devenu hybride. Sinon, voila qui répond joliment à ma question (mal) posée d'hier sur Brzeziński. Les US vont sans doute tenter d'enfoncer des coins entre Chine et Russie. Mais ils vont avoir du mal...

Observatus geopoliticus 29/04/2016 16:49

Je crois que les Américains ont abandonné l'idée d'enfoncer un coin entre Russie et Chine qui se sont rapprochées comme jamais depuis la crise ukrainienne. Désormais, l'oncle Sam tente de contenir le bloc eurasien ; le diviser est une chimère d'il y a quinze ans.

Pierre Bourdon 26/04/2016 07:51

Les pays qui ont imposé des sanctions à la Russie vont s'en mordent les doigts ces temps-ci. Plusieurs commencent déjà des rapprochements significatifs avec la Russie pour ne pas perdre davantage ou essayer de reprendre tout le terrain perdu en terme de marché économique. Nous pouvons prédire dès maintenant une remontée économique très importante pour la Russie. L'or noir est à presque 43$ le baril, c'est une augmentation de 60% sur mi-février lorsqu'il était à 27$, seulement deux mois. Imaginez pour la Russie le prix du pétrole à 75-80$ (prix normal selon beaucoup d'experts).

Tant qu'à l'affaire Youkos, c'était une grosse arnaque contre la Russie pour la mettre à genoux, pour l'achever économiquement, elle n'a pas plié, elle est resté debout devant l'adversité de la "communauté internationale" (restons poli) envers elle.

Drôle n'est-ce pas comment les choses peuvent changer rapidement lorsque qu'une Nation, qu'un dirigeant avec son équipe et toute sa détermination prouvent leur grande capacité militaire et imposent leur vue sur la géopolitique. Je n'ai qu'une grande admiration pour Vladimir Poutine et toute son équipe militaire et diplomatique.