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Chroniques du Grand jeu

Poker menteur

23 Janvier 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis

Alors que l'armée syrienne continue de gagner lentement mais sûrement du terrain sur les terroristes modérés, bien aidée en cela par l'aviation russe, la partie de poker menteur continue...

D'après Fox News qui cite un "senior official" états-unien (cela vaut ce que ça vaut), la Russie se préparerait à ouvrir une base aérienne... à la frontière turque ! Des militaires russes et des ingénieurs auraient été vus autour de l'aérodrome désaffecté de Qamishli tenu par le régime dans la zone kurde. Diantre.

La nouvelle est à peine connue que l'on apprend les préparatifs américains visant à ouvrir une base aérienne dans la même région, en violation de la souveraineté du pays. Washington dément mais certains éléments (photos satellite) semblent bien indiquer des travaux déjà avancés.

Voyons d'abord tout cela sur une carte :

Poker menteur

Nul besoin d'être sorti de Saint-Cyr pour réaliser que c'est potentiellement explosif. Les deux bases ne sont séparées que d'une cinquantaine de kilomètres, le tout dans la région du monde la plus troublée actuellement, entre l'Etat Islamique et le conflit civil turco-PKK. N'en jetez plus...

Avant de nous bunkériser dans notre cave, faisons tout de même le tour des hypothèses :

  • la construction de la base russe n'est qu'un hoax visant à justifier la base US. Peut-être mais... Damas et surtout Moscou ne peuvent laisser impunément les Américains s'établir dans la zone sans réagir. Pour préparer l'après-guerre et éviter la partition du pays, Assad et Poutine se doivent de contrôler officiellement ou officieusement la majorité du territoire syrien, donc le nord-est. La base russe est un jalon indispensable.
  • l'établissement de la base états-unienne est sans fondement. Peu probable... Cela fait déjà quelques mois que courent les rumeurs sur les préparatifs américains à Rmeilan et les photos satellite tendent à le prouver. Comme pour les Russes, il s'agit de placer ses pions en vue de la fin hypothétique du conflit.

Il est donc vraisemblable que ces deux bases sont (ou seront bientôt) une réalité. Cela amène quelques remarques.

Le double-jeu des YPG est intéressant. Ces milices kurdes très proches du PKK - donc plutôt sympathiques aux Russes et ennemies de la Turquie alliée aux USA - avaient annoncé la couleur il y a plusieurs mois : "nous accepterons l'aide d'où qu'elle vienne". Nous avions déjà vu que Poutine était sur le point de piquer les Kurdes syriens aux Américains, embringués dans des alliances totalement contradictoires. La base US est-elle une réponse à ce changement tectonique ?

Dans tous les cas, le grand perdant est une nouvelle fois la Turquie qui devra faire une croix sur toute intervention dans le nord syrien. Avec les deux Grands alliés aux YPG et militairement présents dans la région, c'en est fini du rêve sultanesque de créer une zone d'influence sur les décombres de son voisin. Pire ! la présence militaire russe à la frontière et ce que cela implique pourrait booster la campagne du PKK.

Tout cela pose évidemment la question des relations américano-turques au sein de l'OTAN. L'incident du Sukhoi a-t-il été la goutte d'eau faisant déborder le vase pour Washington, considérant son allié comme incontrôlable ? Le rapprochement avec les YPG est en tout cas un cinglant désaveu pour Ankara.

Dans ce contexte, que penser de la rencontre Biden-Davutoglu au cours de laquelle le vice-président américain s'est dit prêt à une option militaire en Syrie si les négociations échouent ? Blabla de communication pour rassurer un allié qui voit tous ses rêves s'envoler ? L'histoire de l'administration Obama et ses innombrables "lignes rouges" plaide pour cette thèse. Ajoutant la confusion au chaos, Biden parle d'intervenir contre Daech, soit la créature des Turcs. Un vrai théâtre d'ombres...

Enfin, la grande question sera de savoir comment vont cohabiter Russes et Américains à une si courte distance. Premier élément : la base US ne servirait qu'aux hélicoptères et aux avions cargo. Pas de chasseurs prévus. C'est donc moins que les Russes qui, eux, y enverraient bien évidemment la fine fleur de leur aviation. Peu de risque de collisions, donc. Daech étant le seul groupe rebelle présent dans l'est syrien, mis à part la présence anecdotique de l'Armée Syrienne Libre dans quelques minuscules enclaves, le reflux de l'EI profiterait à l'armée syrienne loyaliste, toujours présente à Deir ez Zoor après avoir repoussé l'offensive djihadiste, ainsi qu'à Hassaké et quelques autres villes.

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Bruno 24/01/2016 22:04

Pour une fois, pas tout à fait d'accord avec votre analyse: Erdogan reprend du poil de la bête: Il reste en Irak et veut contrôler Mossoul en raison de la perte d'influence iranienne et de la reprise en main par les US du gouvernement irakien. Par ailleurs, les turcs seraient rentrés à Jarablus, rendant la jonction des forces kurdes à la frontière turques plus difficile.

Observatus geopoliticus 26/01/2016 15:36

Moui enfin... La supposée "perte d'influence iranienne" et la "reprise en pain de l'Irak par les US" vient d'un site qui ne prouve pas vraiment ses dires et s'est déjà plusieurs fois planté dans le passé.
Erdogan a retiré la grosse majorité de ses troupes qui étaient entrées dans le nord irakien. Il y a laissé un contingent plutôt symbolique pour ne pas perdre la face.
Bien à vous, cher ami