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Chroniques du Grand jeu

Syrak brûle-t-il ?

7 Décembre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis

Syrak brûle-t-il ?

Flambée de tension au Moyen-Orient qui se rapproche dangereusement de la ligne rouge.

Contrairement à ce que nous annoncions il y a deux jours, la Turquie n'a pas (encore ?) retiré ses troupes entrées illégalement en Irak, provoquant la fureur de Bagdad qui se joint d'ailleurs maintenant à la Russie et à l'Iran pour accuser Ankara de bénéficier du pétrole de Daech. La Ligue arabe dénonce le déploiement tandis que le gouvernement irakien donne 24 heures aux Turcs avant de saisir le Conseil de sécurité de l'ONU. Si l'affaire arrive jusque-là, il sera très intéressant de voir la réaction des trois alliés otaniens de la Turquie - USA, France et Royaume-Uni. Défendre l'illégalité de l'intrusion turque serait extrêmement embarrassant, particulièrement pour les Etats-Unis dont l'Irak est théoriquement l'allié, et enverrait un signal ô combien négatif dans la région. Laisser le couple russo-chinois condamner la Turquie à l'ONU risquerait de mettre très à mal la crédibilité de l'OTAN. Entre la peste et le choléra, que choisiront les pompiers-pyromane ? Encore une fois, le déconcertant sultan a mis ses amis dans une situation pénible.

Mais la dispute autour des troupes turques pourrait aller bien plus loin. Le chef du Comité parlementaire irakien pour les questions de défense et de sécurité, un certain Zamili, dont l'influence ainsi que les liens avec l'Iran et les milices chiites sont connus de tous, menace de faire appel à la Russie pour expulser les Turcs ! Il serait cocasse que Moscou et Ankara s'affrontent en Irak après avoir si difficilement évité la collision en Syrie suite à l'incident du Sukhoi...

Et puisque nous parlons des tensions russo-turques, elles sont loin de s'apaiser, avec une possible nouvelle crise internationale, sur les détroits cette fois. Selon le traité de Montreux de 1936, le Bosphore et les Dardanelles sont ouverts à la navigation internationale ; Ben Erdogan ne peut donc stopper les bateaux russes qui continuent de faire voile vers la côte syrienne en provenance de la Mer noire. Voulue ou non, la provocation d'aujourd'hui a mis le sultan dans tous ses états. Alors que le Caesar Kunikov passait entre les deux rives d'Istanbul, un soldat russe a délibérément épaulé un lance-missile au vu et su de tous.

Syrak brûle-t-il ?

Fureur en Turquie où l'ambassadeur russe a été convoqué (ça devient une habitude ces derniers temps) et que certains ministres accusent Moscou de violer le traité de Montreux. Après avoir tué deux pilotes russes, le sultan s'attendait sans doute à voir les marins du Kunikov lancer des pétales de rose... A propos de fleurs (et d'autres produits), les sanctions russes risquent de coûter 0,3% à 0,4% au PIB turc voire plus dans le pire des scenarii. De quoi enrager encore plus le grand mamamouchi dans son immense palais d'Ankara...

Comme si tout cela ne suffisait pas, Damas accuse les Etats-Unis d'avoir commis "un acte d'agression" en bombardant (pour la première fois depuis 2011 !) ses troupes, tuant trois soldats syriens à Deir-ez-Zor. L'US Air force a nié les faits. Ce n'est certainement pas l'aviation russe et l'EI n'a pas d'avions, alors qui ? En attente de plus amples informations, trois cas possibles :

  • mensonge de Damas. Ce qui impliquerait qu'Assad se sent de plus en plus sûr de ses forces et du soutien russo-iranien pour provoquer ainsi les Américains. Peu probable.
  • mensonge de Washington et bombardement par erreur. Une bourde n'est en effet pas impossible, c'est le scénario le plus probable.
  • mensonge de Washington et bombardement intentionnel, ce qui n'est ni plus ni moins qu'un acte de guerre. Peu probable.

Précisons que, comme nous l'avions vu il y a quelques jours, les S400 russes déployés suite à l'incident du Sukhoi ne couvrent pas la Syrie orientale où se trouve justement cette poche de résistance de Deir-Ez-Zor. Par contre, les radars ont sans doute tout vu.

Syrak brûle-t-il ?

Comme pour l'incursion turque en Irak, comme pour la mini-crise des détroits, nous en saurons plus ces prochaines heures ou ces prochains jours. Une chose est sûre : le Moyen-Orient est au bord de l'ébullition.

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MaTh 08/12/2015 23:24

Sur veterans today, un article décrit la construction d'une base turque dans la région de Dahuk. Dans ce cas le mouvement de troupe turque n'est qu'une continuité à l'installation des turques en Irak. La ligne rouge me semble bel et bien dépassée!

Observatus geopoliticus 09/12/2015 23:32

Oui, nous parlons de la même base, au nord de Mossoul. Après avoir raté le coche en Syrie, le sultan se rabat-il sur le nord de l'Irak ?

Bruno 08/12/2015 23:06

Très bon article. Quelle provocation Russe... On leur descend un minuscule bombardier et ils pointent de dangereux lance missiles. Je dois dire que je me délecte de voir l'Irak "libérée-pour-son-bien" se retourner contre son "bienfaiteur" et ses créatures en se jetant dans les bras de Vladimir.

Observatus geopoliticus 09/12/2015 23:33

Merci cher ami. L'Irak est en effet sur le point de se retourner contre son libérateur, pris dans ses alliances contradictoires. Obama et le boulet turc...

Trucmuche 08/12/2015 12:57

Je vois mal la Russie répondre positivement à une requête de l'Irak d'intervenir directement contre les forces Turcs en Irak. D'une part cela risque de fermer le Bosphore puisque la Russie serait alors dans un état de guerre avec la Turquie, et ensuite Poutine avait bien dit qu'il utilisera des moyens plus intelligents que la violence directe. Je verrais donc plus un soutien militaire de la Russie aux forces irakiennes (scénario le plus probable) ou kurdes, ou même iraniennes (axe chiite), couplé à d'autre sanctions et autres joyeusetés économiques. Un conflit militaire ouvre la voie royale pour une escalade avec l'otan, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes en retour ("nous ne prendrons pas de mesures qui seraient dangereuses pour nous").

Observatus geopoliticus 09/12/2015 23:34

Oui mais :
- pas sûr que l'OTAN suive le sultan dans ses folies.
- le Bosphore est internationalisé.

MaTh 08/12/2015 11:53

La frontière Syrie-Turquie étant "fermée" par les russes depuis l'affaire du SU-24, la Turquie semble contourner l'obstacle en s''installant en Irak, non?

Observatus geopoliticus 09/12/2015 23:35

Ca en a effectivement tout l'air. C'est le sens d'une bonne analyse de Pepe Escobar.

MBM 08/12/2015 09:32

Je trouve que brachysultan tient merveilleusement son rôle et que les USA ont judicieusement misé sur cet acteur devenu de premier ordre. Après la crise en Syrak, la Comédie française pourrait en faire son chef de file, et s'il suit des cours de chant au petit conservatoire de Mireille (que Dieu ait son âme et me pardonne ce blasphématoire lien), pourrait-il finir sa carrière au Bolchoï, il y empocherait une pension en bitcoin et plus tard en phoenix, aatchiiii! Sorry. Mon allergie repique sa crise. Comme on lit fréquemment dans l'actualité sur l'espace Schengen, la frontière entre une crise chaude et l'art est poreuse; d'ailleurs, ne nomme-t-on pas communément le champ de bataille le "théâtre des opérations"?

Observatus geopoliticus 09/12/2015 23:35

Cher ami, c'est un régal de vous lire ^^