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Chroniques du Grand jeu

De l'Ukraine, du Syrak et de quelques autres choses

11 Décembre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Ukraine, #Chine, #Economie

Ben Erdogan semble condamné à réparer chaque bourde antérieure par une aventure encore plus folle. C'est sans doute dans ce contexte qu'il faut voir son escapade nord-irakienne. L'incident du Sukhoi lui a semble-t-il définitivement fermé les portes de la Syrie et créé les conditions propices à l'émergence de ce qu'il craignait le plus : un Kurdistan autonome sous direction PYD le long de la frontière turque. Passant de Charybde en Scylla et jouant sa dernière carte, il se rabat sur l'Irak, surfant sur la profonde division du Kurdistan et les liens très lâches entre cette province et Bagdad.

L'idée finale est-elle de favoriser, après la chute du califat, la création d'un "sunnistan" sous égide turque ? Le sultan pense-t-il sérieusement que l'Iran et la Russie laisseront faire ? Il y a quelque chose de profondément suicidaire chez lui, qui se coupe tour à tour de ses seuls fournisseurs possibles en énergie (Russie, Irak, Iran).

En tout cas, sa folle équipée offre l'Irak sur un plateau à Poutine, à la grande rage des Américains, obligés de soutenir publiquement quoique à demi-mot leur encombrant allié otanien tout en désapprouvant en privé cette nouvelle frasque (est-ce un hasard si, pour la première fois, Washington a reconnu que le pétrole daéchique prenait la direction de la Turquie ?). Le Parlement irakien prévoit maintenant de revoir et peut-être d'annuler l'accord de sécurité entre l'Irak et les Etats-Unis. On devine aisément par qui les Américains seraient alors remplacés en Irak :

De l'Ukraine, du Syrak et de quelques autres choses

En attendant, c'est le statu quo. La Turquie semble quand même avoir pris conscience de cette nouvelle impasse et commence à mettre les petits plats dans les grands. Faut dire que de l'autre côté, ça rigole pas, Ankara recommandant même à ses ressortissants de quitter l'Irak !

En Syrie même, où la coopération franco-russe atteint d'ailleurs de nouveaux niveaux, Poutine a lancé un cinglant avertissement : "Toute menace envers les forces russes doit être immédiatement détruite". Le sultan sera obligé de raisonner ses F16 récalcitrants. Déjà qu'il est occupé à emprisonner des enfants qui arrachent ses affiches de campagne... (oui, oui, bonnes gens, c'est ce même Erdogan que l'UE courtise et à qui elle offre 3 milliards)

De Turquie en Ukraine, il n'y a qu'un pas - est-ce d'ailleurs un hasard si les dirigeants de ces deux républiques bananières s'entendent soudain très bien ? A Kiev, les députés de la Rada s'amusent comme des petits fous (le lancer de nain putschiste deviendra-t-il nouvelle discipline olympique ?) :

De l'Ukraine, du Syrak et de quelques autres choses

L'Italie a fait preuve d'audace en bloquant l'extension des sanctions européennes contre la Russie. On imagine les eurocrates et autres hommes de paille de Washington se précipiter sur les vols à destination de Rome pour "amicalement" convaincre nos amis transalpins de changer leur position. Le summum de l'hypocrisie a été atteint il y a quelques jours par le Département d'Etat US, critiquant presque dans la même minute les sanctions russes contre la Turquie et justifiant les sanctions occidentales contre la Russie.

Le FMI vient d'entrer à son tour dans la Guerre froide 2.0 en changeant les conditions d'attribution de son aide pour venir au secours des putschistes installés par la CIA à Kiev et leur permettre de ne pas rembourser leur dette à la Russie. Nous avions déjà vu à quel point les institutions financières internationales mises en place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale visaient à assurer l'hégémonie du dollar. A défaut d'aider directement l'Ukraine (voir cette étonnante histoire de livraisons de matériel US périmé et inutilisable), l'empire continue d'utiliser tous les moyens à sa disposition, et notamment sa mainmise sur les institutions financières, pour mener sa guerre hybride contre Moscou.

On comprend dans ces conditions la croisade dédollarisatrice mondiale lancée par la Russie, la Chine et quelques autres. De la kyrielle de banques parallèles qui en sont nées - BAAI chinoise, Banque des BRICS, Fonds route de la Soie - une nouvelle pourrait bientôt être créée : un organisme financier propre à l'Organisation de Coopération de Shanghai !

Et puisque nous évoquons le monde multipolaire concurrent de l'Occident américanisé, un mot tout de même sur l'élection de Macri en Argentine. Candidat de la droite libérale, traditionnellement proche des Etats-Unis en Amérique latine, le nouveau président pourrait faire sortir son pays du grand mouvement dans lequel l'avait engagé les Kirchner (alliance avec la Russie et la Chine, future entrée dans les BRICS, dédollarisation...). Macri prétend vouloir maintenir des liens privilégiés avec Moscou. Wait and see...

Cela n'empêche certes pas la Russie de signer contrats sur contrats dans le domaine militaire (derniers en date : Mexique et Inde) ni la Chine de faire feu de tout bois. Pékin ouvre sa première base militaire en Afrique, continue sa course folle aux armements révolutionnaires et prévoit de lancer en collaboration étroite avec la Russie 100 satellites dont la finalité n'est pas tout à fait claire...

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esz 14/12/2015 13:55

perso je pense que la situation est complètement gérée par les Russes, qu'ils aient provoqués ou au moins qu'ils contrôlent parfaitement ce qui se passe avec la Turquie.
La Turquie est le point faible des occidentaux dans la région et la Russie n'aura de cesse de s'en servir pour mener à bien ses objectifs. Encore une fois c'est Washington qui mange son chapeau.
Quand la Russie à décidée d'intervenir fin septembre, tout était prévu, tout les cas de figure. Leur réactions foudroyantes a tout imprévu le montre.
Je ne suis pas un béat de Poutine, mais force est de constater que ce font les Russes est du grand art géostratégique.

Observatus geopoliticus 14/12/2015 21:37

Je vous rejoins effectivement sur le fait que la Turquie est un électron libre (et un peu foufou) qui met l'empire dans l'embarras plus qu'autre chose. Un certain nombre d'observateurs pensaient après l'incident su Sukhoi que Washington était derrière , je n'en fais pas partie.
Bien à vous

MPV 14/12/2015 11:23

Un grand bravo pour ce blog qui à le mérite d'être compréhensible de tous et apporte une vision simplifié de la géopolitique actuelle. Bonne continuation et je suivrais fidèlement ce blog. cdt

Observatus geopoliticus 29/01/2016 16:57

Nous plussoyons donc ensemble, cher ami.

L'ours (des P.o.) 29/01/2016 16:10

Je plussoie!

Observatus geopoliticus 14/12/2015 21:35

Merci bien, cher ami, c'est un plaisir.

SA2 DU CAMEROUN 13/12/2015 20:27

Bonne Analyse cher Monsieur, je me délecte comme à chaque fois.
Je puis dire que vous nous avez manqué, mais c'est compréhensible au vu de vos occupation je présume. Moi je n'en reviens pas toujours de ce que j'ai vu à la Rada d'Ukraine, on est où là?

Observatus geopoliticus 14/12/2015 21:32

Merci cher ami, c'est un plaisir de voir que ce blog est lu sur tous les continents.
Effectivement, je suis désolé si je ne peux parfois écrire chaque jour.
Au plaisir de vous lire

la chouette 13/12/2015 08:03

Je viens de decouvrir votre site : la presentation de la realite strategique mondiale vaut mon admiration et mes encouragements Un grand merci! Ca soulage et ca fait du bien d'entendre un autre son decloche!

Observatus geopoliticus 13/12/2015 15:03

Merci bien, cher ami. C'est un plaisir de partager ces humbles moments d'intelligence avec des lecteurs ouverts d'esprit et intéressés à la marche du monde.
Très cordialement

Kirato 12/12/2015 16:24

Ne le prenez pas mal mais votre manière de parler est assez triviale et nuit à votre contenu. A vous lire j'ai plus l'impression d'avoir les commentaires du PMU du coin que de la géopolitique sérieuse. C'est dommage car vous avez des arguments. Cdlt.

Observatus geopoliticus 12/12/2015 16:32

C'est expliqué dans "Pourquoi ce blog". Le choix a été sciemment fait de parler de géopolitique de manière directe, familière et ironique, sans blabla filandreux qui rebute. Le sérieux de la géopolitique est dans le fond, pas la forme. Mais il y aura toujours des gens pour s'attacher aux apparences...

Pierre Bourdon 12/12/2015 01:54

Erdo'gollum' (Gollum du Seigneur des anneaux) perd petit à petit tous les appuis occidentaux, l'une après l'autre, sauf pour l'Ukraine, c'est tout dire. Bonne chance aux Turcs ...et aux Ukrainiens.

Observatus geopoliticus 13/12/2015 15:06

Vous faites ce que vous voulez, cher ami, mais vous ne me dites pas quoi faire. Le blog compte des milliers de lecteurs quotidiens, sur tous les continents ; les gens apprécient donc sa forme semble-t-il...

Pour votre information, le web regorge également de sites propagandistes au ton sérieux et filandreux, le plus célèbre étant l'imMonde.

Encore une fois, c'est le fond qui compte, pas la forme.

Kirato 13/12/2015 09:57

Ce n'est pas qu'une question d'apparence. Le web regorge de site propagandistes ou d'opinion de tout ordre qui adopte une forme similaire et ne présente aucun intérêt.

la chouette 13/12/2015 08:07

Bravo"observatus"! C'est pas comme "de defensa" tres pompeux, sbob, la strategie politico-militaire doit etre presentee a tous! Merci encore pour votre travail!

Observatus geopoliticus 12/12/2015 11:12

Rappelons d'ailleurs que le docteur qui a posté la comparaison entre Erdogan et Gollum sur son réseau social est menacé de prison... dans le silence généralisé des chancelleries occidentales.

MBM 11/12/2015 19:42

Vous faites du bon travail et recommande votre blog. Comme à l'accoutumée, ce vendredi soir sera l'occasion d'encore me délecter d'un fou rire, songeant au brachysultan du "Palais blanc", devant le "Bourgeois..." qu'Erdogan voulait gentilhomme.

Observatus geopoliticus 12/12/2015 11:13

Le sultan serait un cas intéressant pour les étudiants en psychiatrie. Qu'en pensez-vous ?