Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Après coup

18 Juillet 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

Après coup

Le petit führer d'Ankara est en train de nous refaire le coup de l'incendie du Reichstag en 1933 avec Fethullah Gülen dans le rôle de Lubbe. Les historiens sont divisés sur l'implication du jeune communiste vrai-faux pyromane tout comme les observateurs le sont sur celle du prédicateur et intellectuel sunnito-soufi, bête noire du sultan.

Il n'y a en réalité peut-être pas de fumée sans feu et les gulenistes pourraient y être pour un petit quelque chose, sans forcément que leur source d'inspiration soit au courant. Comme chaque année, sont décidées au mois d'août les promotions ou rétrogradations des officiers de l'armée turque, et chacun s'attendait à une nouvelle purge contre les militaires soupçonnés de proximité avec Gulen. Ceux-ci ont peut-être tout simplement pris les devants dans une tentative de la dernière chance.

Mais beaucoup de choses restent quand même curieuses... Pourquoi les putschistes ont-ils déclenché les opérations un vendredi soir alors que tout le monde est dans la rue (la nuit aurait été une meilleure option) ? Pourquoi n'ont-ils pas visé l'entourage du sultan et se sont-ils contentés de garder des ponts ? Pourquoi, chose très intéressante et passée inaperçue, n'ont-ils pas abattu l'avion d'Erdogan alors que deux F16 aux mains des rebelles en avaient la possibilité directe ? Comme le dit une source militaire interrogée, "c'est un mystère".

Après coup

Qu'il ait appris le coup à l'avance et ait décidé d'en profiter ou qu'il l'ait orchestré lui-même, le sultan a lancé l'une des plus grandes chasses aux sorcières de l'histoire turque. Militaires, juges ou simples intellectuels critiques : tout y passe. 8 700 policiers mis à pied, 30 gouverneurs et 50 hauts fonctionnaires limogés, 6 000 militaires et 755 juges placés en détention, 103 généraux et amiraux en garde à vue et interrogés, le propre conseiller militaire présidentiel arrêté... Une véritable Nuit des longs couteaux. A tel point que la pourtant munichoise UE pense (et le dit) que les listes de suspects étaient déjà prêtes, préméditées.

Pour bien faire, Erdogan demande à ses SA supporters de rester dans la rue, en théorie pour "mettre en échec une nouvelle tentative de putsch", en réalité pour faire peser la pression de la rue et instaurer un climat de peur. On ne sait pas vers quel iceberg se dirige le Titanic turc, mais il y va à pleine vapeur ! C'était prévisible.

Après coup

Et maintenant place aux deux grands. On note tout de suite un gros froid avec les Etats-Unis et un net réchauffement des relations avec la Russie.

Dès samedi, la base otanienne d'Incirlik, d'où décollent les avions américains, avait été interdite d'accès et privée d'électricité. L'on pouvait se dire qu'il s'agissait seulement du contrecoup (admirez le jeu de mot) : effectivement, plusieurs officiers supposés putschistes y ont ensuite été arrêtés, y compris le propre commandant de la base ! Depuis, les opérations semblent avoir repris. Mais cet épisode laissait un goût étrange dans la bouche : des officiers, partisans supposés de l'opposant n°1 à Erdogan en exil aux Etats-Unis, arrêtés sur une base utilisée par ces mêmes Etats-Unis. Choderlos de Laclos aurait parlé de liaisons dangereuses...

De fait, la suite n'allait pas tarder. Le Premier ministre turc a éructé sans le nommer contre l'Etat qui abritait le "terroriste Gulen", allant même jusqu'à parler de "pays ennemi" ; le sultan s'est montré moins vif mais a sommé les Etats-Unis de l'extrader. Quant à l'intéressé, vieux et malade, il a répliqué qu'Erdogan lui-même était derrière la vraie-fausse tentative de coup d'Etat et l'a comparé à Hitler. Après le soutien des Américains aux Kurdes syriens, voilà un nouveau sujet de tension entre les deux "alliés" de l'OTAN dont les relations virent à l'iceberg pour reprendre l'amusante expression de RT. Certaines voix en Turquie, comme le ministre du travail, vont même jusqu'à insinuer que Washington est derrière la tentative de putsch.

Kerry s'est vu obligé de nier toute implication US, affirmant même que les Etats-Unis n'avaient aucune idée de ce qui allait advenir - ce qui est difficile à croire : soit la NSA est totalement inefficace, soit il ment (pas impossible : il se peut que les Américains savaient, ont laissé faire et voulu voir venir). Kerry a également a prévenu d'une "possible dégradation des relations" si la Turquie continue ses "accusations gratuites", appelé le régime à la restreinte et a calmement demandé des preuves de l'implication de Gulen. Pan, dans les dents.

Car il n'est pas sûr du tout que le führerinho d'Ankara ait vraiment envie de voir sa némésis extradée. Depuis toutes ces années, Ankara a accusé Gulen d'être derrière tous les mauvais coups, a hoqueté contre le pays qui l'accueille mais n'a curieusement jamais formalisé une seule demande d'extradition ! Pour Erdogan, le vieux clerc est bien plus utile en exil, accusé de tous les maux, bouc-émissaire perpétuel, Goldstein des temps modernes sur lequel se déversent régulièrement les deux minutes de la haine (ceux qui ont lu l'indépassable 1984 comprendront).

Si les Américains sont sur le reculoir - notons au passage ce commentaire désabusé d'un ancien ponte de la CIA pour qui Obama a totalement perdu le contrôle sur le Moyen-Orient -, Moscou en profite, assez cyniquement d'ailleurs. Une fois n'est pas coutume, les Etats-Unis sont plutôt du bon côté de la barrière morale et les Russes du mauvais.

Poutine a condamné le coup et offert ses condoléances lors d'une conversation téléphonique avec le sultan. Les Russes, au contraire des Américains, l'ont-ils prévenu de ce qui se tramait ? Les S400 ont-ils eu un rôle dans les événements (leur portée radar atteint Ankara) ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Toujours est-il que les Turcs se montrent soudain bien mielleux, témoin cette nouvelle étonnante : l'un des pilotes qui avaient abattu le sukhoi 24 en novembre est un putschiste et sera évidemment puni. Hop la, le hasard fait décidément bien les choses...

En fait, pour le Kremlin, les enjeux dépassent la seule Turquie et je ne parle pas de gaz ici (peu de chance de voir ressurgir le Turk Stream en l'état actuel des choses, le sultan est trop imprévisible). Il convient de lier la réaction russe au putsch à ce qui se passe en Syrie. Partout les loyalistes avancent, et plus précisément à Alep. La route Al Castello dont nous avons parlé maintes fois, est maintenant semble-t-il totalement coupée et les djihadistes "modérés" sont pris au piège, tandis que l'aviation russe s'en donne à coeur joie à Idlib. La Turquie est soudain totalement muette.

Paris vaut bien une messe... Alep aussi.

Après coup

Partager cet article

Commenter cet article

Ercole 27/07/2016 12:29

Premièrement ça sent la barbouzerie triple jeu... On dit aux militaires turcs qu'on les appuie, tout en cajolant erdogie dans l'otan... Petit coup de téléphone de Moscou qui avertit du double jeu et du role de marionnette que l'us lui fait jouer... Etant moi même méditéranéen, j'imagine le coup de sans du turc... D'abord une lettre d'excuse à l'adresse des russes lorsque les services secrets turcs corroborent la version russe... Désolé, les us nous ont fait vous détester, nous avons eu tort... Idem avec Assad. Ensuite fin brutale de tout soutien aux alliés des us en syrie, allez y les russes, make my day... Bien sur l'occident qui vient de perdre son allié va nous le dépeindre comme un nouvel hitler, sui veut tuer son chien etc... Sauf que si moscou formalise son alliance, les trouillards bruxellois vont chier dans leurs frocs... Des infos pourraient apparaitre sur cette superbe ue nazie... Ne vous méprenez pas sur le caractère "latin" des turcs, se faire enfler par ses sois disants amis ne restera pas impuni... Pas finis les bases us/uk qui n'existent pas rasées à blanc...

Math 26/07/2016 15:34

La Russie aurait averti in extremis Erdogan du coup d’État, qui aurait ses origines dans les pays du golf... source : http://en.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13950430001452
Je ne sais pas si cette source est fiable, qu'en pensez-vous?

Observatus geopoliticus 26/07/2016 20:07

Oui, un autre lecteur en a déjà parlé et je lui ai répondu. Plusieurs scenarii sont envisageables, y compris celui où Erdogan a lui-même organisé la chose et Moscou, tout en sachant cela, l'a prévenu.

kevin 19/07/2016 20:36

Bonjour,
J'ai aussi immédiatement pensé à Goldstein de 1984 (et son homologue porcin "boule de neige" dans l'autre chef-d’œuvre d'Orwell qu'est la ferme des animaux): le bouc émissaire parfait. Les humains du 21ème siècle sont aussi facilement manipulables que leurs ancêtres et l'histoire ressemble parfois à un vieux disque rayé...

En tout cas, bravo pour votre clairvoyance, je n'avais lu la possibilité d'un coup d'état en Turquie absolument nulle part ailleurs à l'époque.

Chris 19/07/2016 18:18

Je ne pense pas qu'Erdogan fasse encore longtemps la Une des journaux, ni même de son pays.
Un accident est si vite arrivé... Peut-être électrocuté dans sa baignoire comme feu Claude François. Voire un Néron, Ravaillac, Oswald qui ont de tout temps pullulé dans les labyrinthes de l'Histoire.
Quelque soit le camp, ce personnage n'est plus utile. Je penche pour un Erdoganxit.

Observatus geopoliticus 22/07/2016 18:34

Eh oui, le sultan se met beaucoup à dos ces temps-ci. Fait-il la même erreur de Bremer en Irak ?

Chris 20/07/2016 23:54

Où vont aller tous ces fonctionnaires renvoyés (militaires, juges, gouverneurs, enseignants, policiers, etc...) ? Grossir les rangs de Deach, Al Qaïda, PKK... ?

Eszwal 19/07/2016 14:22

Grand amateur de vos billets.
Que pensez vous de cet article :
http://numidia-liberum.blogspot.com/2016/07/coup-detat-en-turquie-poutine-sauve-la.html

Crédible ?
Poutine, de son génie, aurait il encore humilié les EU ?

simplet 19/07/2016 23:28

Sauf qu'il y a un tel bordel au pouvoir et une grosse baston entre CIA, l'armée et néo-cons que les américains ne doivent plus trop savoir où ils en sont. C'est à dire que cela pourrait donc être l’œuvre d'un camp peu habitué aux entourloupes des affaires étrangères. Qui sait? Sans doute notre héros national ? ( beau jeu de mots aussi)

Observatus geopoliticus 19/07/2016 15:39

Merci, cher lecteur.
Pour ce qui est du lien, il m'apparaît un peu trop conspirationniste, binaire (le gentil "président Erdogan" face aux méchants "barbus de Gulen" alors que ce serait plutôt l'inverse...) et beaucoup d'affirmations ne sont pas étayées.
L'amateurisme du coup ne plaide pas pour une opération de la CIA (regardez l'extraordinaire professionnalisme du Maidan). Par contre, il se peut que les Américains aient été au courant (sans doute même) et aient laissé faire, et que les Russes aient d'une manière ou d'une autre prévenu Erdogan, ce qui expliquerait beaucoup de choses durant l'après-coup.
Bien à vous

Madudu 19/07/2016 13:46

Nous n'assistons pas à un genre de nouvelle guerre froide, je crois qu'il va falloir trouver un autre terme...

Il semble qu'un nouvel "axe du mal" est en cours de désignation par les médias habituels, à l'intérieur duquel pourrait bien se trouver la Turquie et tout ce qui gravite autour de l'OCS.

Je viens d'entendre un morceau de propagande tout-à-fait spectaculaire sur France Inter, à propos des sportifs russes. Tout y était, et même plus : dopage d'état, mis en place par le FSB lui-même, à tous les niveaux, dans tous les sports, administré par le gouvernement (synonyme de Poutine le Terrible), qui suffit à expliquer que certains records soient détenus par des russes (sous-entendu : autrement c'est pas possible), "comme au temps de l'URSS, parce qu'en fait rien n'a changé depuis", et j'en oublie !

Et c'est pas fini : ce "système" pourrait s'étendre au delà des frontières de la Russie, dans ses "pays satellites", à savoir la Biélorussie, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan ...

Je repense à mes cours d'histoire-géo au collège, lorsque toute la classe s'étonnait de la crédulité des peuples devant de si grossières propagandes.

theuric 19/07/2016 11:39

Je viens de saisir à l'instant une information de Sputnik où y serait fait cas de la possibilité de sa sortie de l'O.T.A.N. ( https://fr.sputniknews.com/international/201607191026796276-turquie-otan-putsch-coup-etat-erdogan-kerry/ ).
Y'a pas à dire, nous vivons une période intéressante, dangereuse, certes, mais intéressante.

Observatus geopoliticus 19/07/2016 12:57

Oui, c'est sorti hier : E.N.O.R.M.E, n'est-ce pas ?

theuric 19/07/2016 12:01

Vous savez quoi?
Je me fais l'impression de mon père qui écoutait radio-Moscou sur les ondes-courtes quand j'étais gamin, dans les années 60 ce qui m'amuse au plus haut point.
C'est tout de même rigolo ces renversements de perspectives, vous allez voir, vous allez voir la monté d'un catholicisme social en France avec des églises se remplissant, le peuple de gauche qui va y rejouer les soldats de l'an II et l'Islam de France qui va quasiment disparaître au profit du précédent.
Ce renouveau catholique teinté de bouddhisme mais en quel proportion, ça, je ne saurait encore le dire.
Ben oui, c'est à ça qu'aboutira l'effondrement idéologique en cours, d'ailleurs je me demande si ce ne serait pas au même processus auquel nous venons d'assister en Turquie.

theuric 18/07/2016 20:26

Je crains que ce qui vient de se passer en Turquie soit l'un des clou clôturant son cercueil, il y en aura d'autres à n'en pas douter.
Si je ne sais qui avait voulu assoir définitivement le trône de ce cher Erdogan, ou plutôt, assoir ce cher Erdogan sur son trône, les choses ne se serait pas passé autrement.
Mais la main n'y est plus, ou l'envie, voire les aides nécessaire pour un coup d'état réussi.
Enfin, La Russie a dorénavant le passage par la mer Marmara devenu libre et, d'après le journal du net Sputnik, la Grèce aurait fait un petit cadeau au sultan sous la forme d'un hélicoptère et de ses putschistes qui l'avaient utilisé pour décampé manu militari, quand nous connaissons les déclarations officielles de l'Union-Européenne comment de pas se poser maintes questions?
Sinon, c'est tout un bloc d'intellectuels turques qui ne peut que s'y évaporer, soit parce qu'il seront enfermés dans les geôles de leur patrie, soit parce qu'ils la fuiront.
Accueillons donc tous ces gens avec bienveillance, mais je crains que la mode, en France, ne soit plus à son hospitalité anciennement proverbiale.
Enfin bref, le monde enfile les pantalonnades meurtrières comme le bijoutier ballonné enfile les perles et, comme vous le disiez, ce ne sont pas seulement pour des questions gazières.

Bozi Lamouche 19/07/2016 00:02

voyez on s'y dirige vers la sortie de la Turquie de l'OTAN !!! La faute de l'avion russe abattu ( alors que jusqu'à ce moment Erdogan jouait magnifiquement son jeu ) comme je vous l avait écrit reste un mystère...

Observatus geopoliticus 18/07/2016 22:10

Manquerait plus qu'un sortie commune gréco-turque de l'OTAN hé hé.
Si les pays européens n'avaient pas déjà accueilli les islamistes passés par le moule turc, il y aurait effectivement eu de la place pour ces intellectuels turcs qui vont bientôt se sentir très à l'étroit dans leur pays...

Ady85 18/07/2016 20:12

Même si Erdogan est un pourri, en tant qu'Européen, avoir des gens "bien sous tout rapports" à Ankara entraînerait l'entrée de la Turquie dans l'UE. La avec Erdogan, ça parait très compliqué.

Le plus préférable vu la situation, serait d'avoir un Erdogan se rapprochant des Russes, stoppant le soutien aux barbus en Syrie, et se détournant des USA et de l'UE.

Observatus geopoliticus 18/07/2016 22:12

Ne trouvez-vous pas qu'Erdogan ressemble de plus en plus à une balle de ping pong que se renvoient Occidentaux et Russes ?

UltimaRR 18/07/2016 19:50

Erdogan méprise l'Occident, mais il récite à merveille sa leçon sur l'incendie du Reichstag, la Nuit des Longs Couteaux, et les procès de Moscou.

Comme on le craignait, les pro-Erdogan, les islamistes et même ces fascistes des Loups gris s'en donnent à cœur joie depuis quelques jours, allant jusqu'à tenter des incursions dans les quartiers à majorité alévie et kurde.

La Russie n'est certes pas du côté moral, mais est elle gagnante à court terme (offensive sur Alep), et je commence à me demander si, comme le soulignait Stef sur le précédent article, elle n'est pas celle qui aurait également le plus à y gagner sur le moyen/long terme.

Sans aller jusqu'à l'intégration de la Turquie dans l'OCS, je crois tout d'abord que cet événement peut avoir une conséquence sur le rôle de la Turquie au sein de l'OTAN, pièce stratégique des E.-U. au Moyen-Orient et dans le bouclier antimissile de la région servant au "containment" de la Russie.

La situation est assez périlleuse pour que le Guardian ait publié hier un article s'inquiétant de la sécurisation des têtes nucléaires américaines présentes en Turquie (https://www.theguardian.com/us-news/2016/jul/17/turkey-coup-attempt-raises-fears-over-safety-of-us-nuclear-stockpile). L'on a d'ailleurs appris aujourd"hui que la base aérienne d'Incirlik était perquisitionnée. J'ignore de quelle manière sont sécurisés les stocks nucléaires, et sans aller jusqu'à l'idée que le sultan souhaite mettre la main dessus, il est tout de même intéressant de noter que leur présence commence à être remise en cause pour des raisons d'instabilités politiques.

Et suivant l'évolution de la situation en Turquie, son rôle dans l'OTAN pourrait également d'être remis en cause, que ce soit par Washington ou par Ankara et ses nouvelles velléités .

Pour l'instant, cela met une belle épine dans le pied des Américains, et c'est tout au bénéfice relatif des Russes.

Mais là où je m'interroge le plus, c'est de savoir dans quelle mesure cet événement et ses conséquences vont relever de la même tactique employée par la Russie en Syrie qui consista à (et pardonnez-moi le jeu de mots) lever le voile sur l'opposition syrienne, poussant les Occidentaux à revoir leur politique. Je m'explique. Maintenant qu'Erdogan ne se cache plus, et s'il va plus en avant dans sa politique néo-ottomane à visage découvert, les E.-U. et l'U.E. ne vont plus pouvoir traiter de la même manière avec son gouvernement, et cela pour notre plus grand bien. Déjà la remise en question de l'abolition de la peine de mort pose un énorme problème quant à l'adhésion de la Turquie à l'U.E. de l'aveu même de Frederica Mogherini.

Que va faire Erdogan ? Profiter à plein de la possibilité de renforcer son pouvoir quitte à réduire sa marge de manœuvre sur l'U.E. et ternir ses relations avec les E.-U. ? Pour l'instant cela semble aller dans ce sens, et je crois que cela arrangerait Moscou de voir l'OTAN affaibli dans la région et tenter de trouver un énième nouveau terrain d'entente avec les Européens...

Bref, lever définitivement les ambiguïtés et mettre en lumière la vraie nature de ce personnage, c'est déjà un point positif.

Bien à vous.

Observatus geopoliticus 18/07/2016 22:15

Il est clair que c'est un coup de maître pour Moscou qui :
1- semble maintenant avoir les mains libres en Syrie
2- plante une épine douloureuse dans le pied de l'empire qui ne sait plus quoi faire de cet "allié" encombrant.
Bien à vous

Bozi Lamouche 18/07/2016 18:15

Qui ? Les russes comme toujours !!

Bozi Lamouche 18/07/2016 18:24

Mais pas tout de suite....ces deux là ont pas mal d'idée dernière la tête...

Stef 18/07/2016 18:13

et j'oubliais la Biélorussie

Stef 18/07/2016 18:11

Observatus geopoliticus, j'apprécie beaucoup vos articles: toujours bien écrits tant sur la forme que sur le fond, avec ce côté à la fois ironique et incisif mais toujours un minimum optimiste (en tout cas maintes fois j'ai pu diminuer mon stress en vous lisant alors que le monde semblait près d'éclater). Après ces compliments (vrais puisque je ne chercherai pas à vous emprunter de l'argent), je me suis posé quelques questions d'ordre géopolitique (houla!). Si on regarde une carte et si, effectivement, la Turquie bascule dans le camp OCS (ce qui ne me semble pas impossible désormais), alors c'en est fini de la présence des USA au Moyen-orient du moins ça la réduit à une peau de chagrin. L'Irak est perdu, la Syrie n'en parlons pas et donc on voit alors une ceinture qui protège le ventre un peu mou de l'OCS (où les sempiternelles attaques américaines se produisent comme actuellement en Arménie et au kazakhstan). En fait on aurait une ceinture faisant tout le tour de l'OCS ou de ce qu'elle sera rapidement: Turquie (peut-être) Syrie Irak Iran Pakistan Inde Chine Mongolie Russie. Remarquez aussi que par un jeu d'inversion des tendances, ça conduirait à rendre le sud-est de l'UE particulièrement vulnérable. Or, on ne peut pas dire que la Grèce soit satisfaite de son sort actuel; la Bulgarie tend à faire des yeux plus doux à Poutine, sans compter la Serbie (qui commence à se réveiller), la Hongrie, l'Autriche, la Slovaquie et la République tchèque.

Observatus geopoliticus 19/07/2016 13:02

Non, non, votre regard était très intéressant, vous n'avez rien à "admettre". Mais les choses vont ) une vitesse... Regardez : depuis notre échange, Kerry a parlé d'une exclusion éventuelle de la Turquie de l'OTAN ! Qui aurait imaginé ?
Une chose ne change pas cependant : l'inconstance d'Erdogan. Elle n'est pas nouvelle, elle accompagne le personnage depuis des débuts sur le plan extérieur. Il y a dix ans déjà, le sultan éructait contre les Chinois qui "génocidaient" les Ouïghours. Depuis, Pékin a fermé la porte de l'OCS à la Turquie, définitivement.
Bien à vous

Stef 19/07/2016 10:25

J'admets volontiers que je me suis quelque peu avancé. En même temps, je ne suis pas de ceux qui pensent qu'Erdogan est un crétin incapable. A l'intérieur du pays, il a plutôt bien manoeuvré (compte tenu de son caractère autoritaire et de sa tendance dictatoriale) et cela même, semble-t-il, sur un plan économique. Jusqu'à l'affaire de l'avion russe abattu, mais là on entre justement dans ce qui fait (faisait?) sa faiblesse: les relations extérieures. Je pense qu'il a compris maintenant qu'on ne traite pas les affaires extérieures comme on peu traiter les affaires intérieures. Le fait d'avoir présenté des excuses à la Russie est je crois symptomatique d'une évolution du personnage qui prouve son intelligence (il a été capable de calmer prétention naturelle). Il reste que son caractère jusqu'au-boutiste est encore présent (on le voit avec ses réactions fort peu diplomatiques vis-à-vis des occidentaux après le coup d'Etat manqué). Malgré tout, mon optimisme me pousse à voir une évolution qui le conduit à reconsidérer ses relations avec le bloc sino-russe (après tout il a bien compris que les atermoiements européen et, le comportement américain n'étaient finalement guère profitables pour son pays au contraire de ce qu'il avait obtenu et pouvait obtenir de la Russie, sans compter ce qu'il pourrait obtenir de la Chine s'il mettait de l'eau dans son vin, beaucoup d'eau il est vrai. Wait ans see.

Observatus geopoliticus 18/07/2016 22:29

Cher Stef,
vous soulevez des points importants mais relativement lointains. Or les choses changent à une vitesse et prennent des directions tellement contradictoires parfois, surtout ces dernières années, que je ne me risquerais point à prévoir la situation à long terme. Quelques remarques cependant :
- je ne vois absolument pas la Turquie entrer dans l'OCS. Je l'avais expliqué dans un billet l'année dernière (je crois que c'était en juillet si vous recherchez dans les archives) : la Chine refusera tout net à cause des Ouïghours, la Russie aussi désormais (ne nous leurrons pas, si Poutine fait mine de se rapprocher du sultan, il n'a aucune confiance en lui). Malgré la diversité qui la compose, l'OCS a un étonnant parfum de symbiose : Russie, Chine, Iran, Pakistan post-Musharaff... tous ces pays tendent vers le même but. Il n'y a guère que l'Inde qui jour un peu perso mais elle rentrera assez vite dans le rang je pense. Par contre, mettez Erdogan là-dedans : c'est un éléphant dans une boutique de cristal.
- votre remarque sur l'Europe du Sud-Est est évidemment très intéressante. Plusieurs pays de la région ruent déjà dans les brancards ; demain, la route de la Soie chinoise risque de les rendre encore plus réticents à la domination US-UE. Mais l'empire a plus d'un tour dans son sac...

Patrick-Louis 18/07/2016 17:29

Il est invraisemblable que les EU soient derrière un coup d'état si mal ficelé. Il est plus vraisemblable que le sultan, se sentant menacé par un vrai coup d'état US, ait pris les devants en instrumentalisant un putsch au rabais.
Sur un plan tactique, il a bien joué le coup. A présent, il peur se débarrasser de milliers d'opposants dans l'armée et dans le civil. Il a la route libre pour faire modifier la constitution, et devenir le sultan qu'il rêvait d'être. Nous aurons bientôt un nouvel empire Ottoman aux portes de l'Europe.
Qui, maintenant, arrêtera l'irrésistible ascension du sultan ?

Observatus geopoliticus 18/07/2016 22:32

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous, chers amis. C'est plutôt parce qu'il a perdu toutes ses illusions extérieures qu'il revient et exacerbe sa présence sur la scène nationale. A défaut d'être néo-ottoman, il sera sultan...

lusofranc 18/07/2016 20:05

Tout a fait d'accord Patrick Louis.....
La seule chose qui pourrait arreter l'apprenti sultant,c'est qu'il deplaise aux russes,"et en meme temps " aux etasuniens,ce qui parrait peu probable vu les relations entre ces deux derniers :-)...Si non,vu la position strategique de son pays,il a un boulevard devant lui...