Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Où l'on reparle d'un coup contre Erdogan

21 Mai 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Où l'on reparle d'un coup contre Erdogan

Depuis deux mois, des rumeurs assez insistantes font état d'un possible coup d'Etat des militaires turcs contre le sultan fou qui conduit son pays à l'abîme. Or, un nouvel article d'une revue plutôt sérieuse en remet une couche.

La situation de la Turquie empire chaque jour : si la dette publique reste raisonnable (environ 40% du PIB), la dette privée - longtemps considérée comme une bombe à retardement - explose, le tout dans un contexte d'effondrement des revenus du tourisme et de baisse continue de la monnaie. La croissance, qui était en moyenne de 4,5% ces cinquante dernières années (!) est passée à 3% depuis trois ans, la faute à un environnement politique de plus en plus incertain. Certes, cela reste mieux que l'inénarrable eurozone mais, d'après les économistes, ça risque de plonger assez vite.

Surtout, l'isolement de la Turquie sur la scène internationale devient criant. Le sultan lui-même l'admet à demi-mot : "Si je dois défier le monde entier, je le ferai". En quelques années, il a réussi l'exploit inouï de se mettre à peu près tout le monde à dos : la Russie, l'Iran, Israël, l'Union Européenne (le chantage au terrorisme risque de laisser des traces indélébiles), et même les Etats-Unis.

Le chemin vers l'autoritarisme emprunté désormais ouvertement par Erdogan n'admettait pas un électron semi-libre comme Davutoglu. Son successeur au poste de Premier ministre est un fidèle suffisamment anonyme pour que son patron l'utilise comme paillasson dans ses rêves sultano-néo-impériaux.

L'armée voit ces affolantes évolutions avec incrédulité. Et l'on ne parle même pas ici des arrestations à la pelle de journalistes, des députés de l'opposition inculpés, de la guerre civile avec le PKK et des plans sultanesques pour envahir le nord de la Syrie. Or, l'armée semble à nouveau danser sur le bon pied. Chose intéressante, le désormais chômeur Davutoglu a rencontré les grands pontes militaires quelques jours après sa démission. louant l'armée turque et l'associant subtilement à la défense de la démocratie dans le pays. Menace voilée à l'égard du sultan ?

Partager cet article

Commenter cet article

SA2 DU CAMEROUN 16/07/2016 00:11

Nous y sommes on dirait, le coup d'état est en marche!!!!

Observatus geopoliticus 16/07/2016 00:16

Oui mais c'est dans la balance pour l'instant. On ne sait pas ce que les rebelles pèsent dans l'armée ni si toute l'armée a suivi.
La population est très très divisée.

MBM 23/05/2016 18:25

Plutôt improbable tant que les USA auront besoin du sultan.
Et si vous lisiez ceci : https://resistance71.wordpress.com/2016/05/23/guerre-imperialiste-en-syrie-les-masques-tombent-le-hezbollah-capture-un-officier-de-la-cia-commandant-une-operation-dal-nosraal-ciada/#comments.
Pour Davutoglu, intellectuel de la résurrection (pas renaissance; l'idée du palais seldjoukide vient de lui) des empires, penseur indétrônable de l'alter ego sultanesque, il retrouve le champ libéré du fardeau exécutif
pour récupérer le rôle qu'il affectionne entre tous, à savoir la diplomatie discrète. Ainsi, les coudées franches offertes par Recep Ier, Ahmed tentera de faire renaître - car en danger -, conforter puis consolider
l'Arc islamique sous l'égide ottomane. Pour ceux qui méconnaissent les Turcs, ignorant l'importance primordiale, cruciale de l'identité turque, je conseille cette lecture :
http://www.diploweb.com/Turquie-S-Ilhan-Il-est-dur-d-etre.html où l'on comprend qu'un turc laïc ou musulman importe peu mesuré à l'aune de l'identité turque. Ainsi, notre rusé Davutoglu tentera d'unifier le monde musulman
dans une perspective post saoudienne/pharisaïque selon la trame tissée dans son "La profondeur stratégique" de 2001.
Il ne faut donc pas croire un instant à l'éventuelle dispute fratricide. A contrario, l'aigle bicéphale turque, avec un théoricien dans l'ombre et un ambassadeur matamoresque sous les projecteurs, devrait nous inquiéter et nous glacer d'effroi tant que les grands jeux occidentaux et turco-tatars sont convergents dans l'encerclement de la Russie. Deux empires prédateurs qui s'entendent avec une duplicité et une cynique vision du monde comme larrons en foire pour remodeler, non seulement le Moyen-Orient (tremplin pour grands jeux respectifs) mais le monde en fantasmant sur l'appropriation du continent eurosibérien. Leurs intérêts sont calqués et c'est lors du partage planétaire seulement que la divergence sur la gouvernance mondiale éclatera au grand jour après mise à mort de l'ours sibérien et de l'orthodoxie slave.

nortkin 23/05/2016 04:08

"Menace voilée à l'égard du sultan..."
En tout cas, si elle est voilée, c'est qu'elle est islamique...

Observatus geopoliticus 24/05/2016 07:15

Ce n'était même pas fait exprès ^^

Lecteur Assidu 22/05/2016 22:20

Cher OG, merci de dénicher pour vos lecteurs ces analyses qu'il est bien difficile de trouver dans la presse mainstream, même en lisant entre les lignes.

A ce sujet, ayant beaucoup apprécié votre article sur le Brésil, je voudrais savoir si vous aviez en sous-main une analyse et des sources concernant le Venezuela ? Je n'en puis plus de devoir souffrir quotidiennement les articles expliquant la situation dans ce pays sur la seule et unique base de l'incompétence du pauvre Maduro et de la corruption qui règne dans ce pays... Quand on sait la pression impérialiste américaine que Chavez a dû subir, j'ai du mal à croire que ce pays puisse s'effondrer "tout seul" comme on nous le relate dans l'Immonde ou ailleurs.

Observatus geopoliticus 24/05/2016 07:17

Cher lecteur, merci. Je précise que l'excellent article sur le Brésil n'est pas de mon fait mais de celui d'un honorable correspondant vivant sur place : Zébulon.
Très cordialement