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Chroniques du Grand jeu

Ciao, Erdogan ?

27 Mars 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Gaz

Ciao, Erdogan ?

Il y a deux jours, nous évoquions, à propos du Grand jeu énergétique, la possible mise à l'écart d'Erdogan suite à un coup d'Etat :

Il semble hors de question pour Moscou de renouer avec Erdogan. Si la Turquie est choisie, cela signifie que le sultan a été "écarté" et que la matérialisation du projet se fera au moment d'un "changement de garde" à Ankara. Or, certains bruits commencent à courir selon lesquels un accord pourrait avoir été passé entre les Russes et l'état-major turc pour se débarrasser d'Erdogan. Insistons, ce ne sont pour l'instant que des rumeurs invérifiables, mais si un reporter aussi chevronné que Pepe Escobar évoque cette possibilité, il n'y a peut-être pas de fumée sans feu. Ce qui est sûr, c'est que la politique erratique du sultan commence à exaspérer tout le monde en Turquie, y compris l'establishment politique. Changement de régime à Ankara ? A suivre...

Surprise, nous retrouvons cette idée dans une analyse de l'influent Michael Rubin de l'American Enterprise Institute. Pour mémoire, l'AEI est un important think tank néo-conservateur américain et Rubin évolua dans la sphère de l'administration Bush au début des années 2000 (directeur de département sur le Moyen-Orient au Pentagone sous Rumsfeld). Pas vraiment le genre de personne qui apporterait de l'eau au moulin de Poutine ou d'Assad...

Or, que dit-il ? Ni plus ni moins ce que nous répétons ici depuis plusieurs mois. Que la Turquie s'enfonce dans une situation catastrophique, qu'Erdogan devient incontrôlable (on notera le qualificatif de "sultan fou") et paranoïaque (il chercherait même à installer des systèmes anti-aériens dans son nouveau palais présidentiel de peur d'un putsch des parachutistes), que la guerre civile avec les Kurdes pourrait conduire à la partition de la Turquie, que la corruption atteint des sommets et que même les amis politiques du sultan ne le comprennent plus. En un mot, pour reprendre Rubin, "sa folie conduit la Turquie au précipice" (!)

L'auteur se penche ensuite sur les conséquences éventuelles d'un coup d'Etat militaire et assure qu'il serait accepté sans trop de difficultés par les alliés occidentaux de la Turquie, la libération des opposants et des journalistes, ainsi que la reprise du dialogue avec les Kurdes, contrebalançant la mauvaise presse d'un putsch. En Turquie même, beaucoup, y compris apparemment ses alliés politiques, seraient également soulagés et n'opposeraient aucune résistance à une prise de pouvoir temporaire par l'armée. Diantre...

Quand on connaît le pouvoir d'influence de ces think tanks sur la politique américaine (les deux entretenant d'ailleurs des liens incestueux), l'on en vient à se demander s'il ne s'agit pas ici d'une sorte de feu vert officieux, un encouragement en sous-main à un coup de force de l'état-major turc contre Erdogan. Or c'est exactement ce que veut Moscou de son côté ! Chose curieuse, l'article n'évoque pas une seule seconde les Russes, alors que c'est en grande partie la rupture entre les deux pays qui a mené le sultan à cette impasse.

A moins que... Stratégiquement parlant, Moscou bénéficierait-il tant que ça d'une chute d'Erdogan et d'une réconciliation avec Ankara ? Pas sûr. Certes, cela permettrait la renaissance du Turk Stream, assurant la mainmise gazière russe sur l'Europe du sud et coupant définitivement l'herbe sous le pied des chimériques projets de gaz caspien et des moins chimériques, quoique complexes, projets iraniens. Mais, d'un autre côté, ce sont les bourdes d'Erdogan qui ont permis à Poutine, en bon judoka qu'il est, d'avancer ses pions : sanctuarisation du ciel syrien et au-delà (S-400), renforcement irréversible des bases russes de Tartous et Hmeimim, attachement des Kurdes syriens "volés" aux Américains...

Une pacification des relations avec la Turquie placerait la Russie quelque peu en porte-à-faux avec ces gains stratégiques majeurs. Et c'est peut-être justement la raison pour laquelle certains, à Washington, commencent à envisager ouvertement un coup d'Etat en Turquie : renverser Erdogan avant que les Russes n'en profitent trop ?

Tout cela est passionnant et mérite d'être suivi avec la plus grande attention...

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theuric 29/03/2016 15:36

Trois causes me paraissent importantes pour comprendre les événements d'aujourd'hui:

-le prochain effondrement de l'économie mondiale à une date impossible à déterminer;

-la forte possibilité que les russes tablent sur l'arrivée d'un petit âge glacière, tel que celui qui survint entre les XIV° et XIX° siècles, ce qui leur rendrait nécessaire le port de Sébastopol et une liberté de circulation du canal de Suez et du détroit de Gibraltar " https://fr.sputniknews.com/sci_tech/201203261022366862-les-scientifiques-predisent-un-refroidissement-climatique/ ";

-la fin du pouvoir impérial étasunien dont les signes sont dorénavant nombreux.

Dans cette triple idée, qu'une reprise future des conflits entre la Grèce et la Turquie se doit d'être exclue et la pacification du Proche et Moyen-Orient une nécessité.

La question de l'énergie est d'importance, mais l'humanité butte dorénavant devant un mur de renouvellement de production provenant d'un autre mur, plus important encore, celui d'un nouveau saut conceptuel, en science notamment, qui nous permettrait de nous affranchir des énergies fossiles, voir des centrales nucléaires qui se révèlent, comme bien d'autres moyens de productions électrique, plutôt archaïque dans leur concept (machine à vapeur, moulin--à-vent et à aubes).

Dès lors, les acteurs conscients de ces échéances, disparition de l'empire U.S., faillite universelle et refroidissement climatique de grande ampleur (considération en contradiction avec les affirmations du G.I.E.C.:" http://www.pensee-unique.fr/ ") ne peuvent que se préparer au plus tôt à cet avènement.

Dans ce grand jeu, la France, à son corps défendant, se trouve de plus en plus en son centre, non pas en raison d'une position géostratégique centrale, mais plus à cause de ses potentialités importantes au sein de l'Union-européenne: mini babyboum depuis 1999, renouvellement politique en cours bien qu'encore fragile, séparation progressive de la classe dominante ploutocratique d'avec les classes-moyennes intermédiaire à haute, puissance militaire, bien que très faible, toujours présente, gigantesque domaine maritime, rapprochement d'avec le royaume-Uni ..., ... .

Les pays de la péninsule arabique se retrouvent dans la faiblesse de leur unilatéralité économique, soit des seuls combustibles fossiles, ceci lié avec le jeu dangereux que certains menèrent avec l'extrémisme musulman sunnite, c'est pourquoi il est à prévoir dans peu de temps une déstabilisation plus ou moins forte de certains d'entre-eux.

Ceci pour dire que dorénavant ce jeu va doucement se déplacer vers le sud et vers l'ouest dès que la Syrie retrouvera sa souveraineté pleine et entière, ce qui ne saurait tarder, avec les points importants que sont le Yémen, l’Égypte, Israël, la Jordanie et le Liban pour le canal de Suez, et en ce qui concerne le détroit de Gibraltar, le trio sud Maroc, Algérie, Tunisie et celui du nord que sont l'Espagne, le Portugal, la France et la Grande-Bretagne, avec au centre méditerranéen l'Italie et la Grèce et sa grande importance.

Ceci est à considérer avec le fait que l'effondrement économique mondiale et la disparition, sous une forme ou une autre, de l'empire U.S. ne pourra que détruire inéluctablement une Union-Européenne triplement bloquée, idéologiquement, politiquement et institutionnellement et dont l'essence constitutive est étasunienne en son contrôle impérial.

Observatus geopoliticus 29/03/2016 21:40

Hum... Il y a des choses très pertinentes dans ce long message (merci en tout cas d'avoir pris la peine de l'écrire), mais aussi certaines idées quelque peu saugrenues.
Ainsi par exemple le supposé refroidissement climatique qui pousserait l'action vers le sud. Vous tordez les faits pour les faire coïncider avec votre thèse. C'est le contraire qui est en train de se passer : le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes polaires et le Grand jeu se déplace en direction de l'Arctique (cela fera l'objet d'un prochain billet).
De même, le postulé "renouvellement énergétique" dont on parle depuis un demi-siècle et que personne ne voit encore venir.
Pour le reste, je suis d'accord avec beaucoup de vos hypothèses.
Bien à vous

Eurêka 28/03/2016 22:21

Bonjour,
votre blog est passionnant, je ne me lasse pas de venir ici encore et encore. Merci!
Je crois que je commence à comprendre la phrase de V. Poutine prononcée lors d'une interview télévisée il y a quelques mois, en parlant d'Erdogan "Rien n'est éternel sous la lune" :)
Voici le lien https://fr.sputniknews.com/international/201512191020408263-poutine-turquie-peuple-dirigeants/

Observatus geopoliticus 29/03/2016 21:33

Merci, cher ami, c'est un plaisir de vous lire.

Pat 28/03/2016 08:28

Ce n'est qu'une question de temps (sa destitution) . Erdogan doit le sentir, d'où ses frasques (emprisonnement des citoyens (*) et opposants, "Zaman" etc. ...) Même "Libération" prend le temps d'en parler (1). L'étau se resserre .... pendant que Moscou termine "son puzzle syrien.

(*) - http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/01/20/une-femme-condamnee-a-onze-mois-de-prison-ferme-en-turquie-pour-un-geste-obscene-a-erdogan_4850692_3214.html
(1) - http://www.liberation.fr/planete/2016/03/24/can-dundar-erdogan-veut-emprisonner-l-ensemble-de-ses-opposants_1441836
(2) - https://www.zamanfrance.fr/article/erdogan-attentats-belgique-qui-seme-vent-recolte-tempete-20702.html

Observatus geopoliticus 28/03/2016 14:59

Justement, l'étau se refermera-t-il avant que Moscou ne termine son puzzle ? C'est apparemment ce que commencent à ressentir certains stratèges à Washington...

Bidi 28/03/2016 00:02

Non! Les russes ne fonctionnent pas comme le bloc occidental! S'il y a coup d'état, il sera fomenté à partir de l'occident en tentant d'y impliquer la Russie à travers leur propagande anti-russe.

La Russie et Vladimir Poutine respecte le droit international, et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un autre pays, la preuve, s'il marchait comme l'occident, il aurait déjà renversé le gouvernement de Kiev depuis longtemps! La Russie et Vladimir Poutine sont impassible, et laisse la situation dégénérée devant la corruption maladive évidente de certains psychopathes au pouvoir, pour que les peuples eux-mêmes, devant l'abus de leurs dirigeants, réalisent que ceux-ci doivent être remplacés de toute urgence! Alors il soutiendra les peuples s'ils le demandent, sans ça, il restera à l'écart!

Bidi 28/03/2016 16:33

Merci de la mise au point! Intéressant!

Observatus geopoliticus 28/03/2016 01:53

Vous avez mal compris, Bibi.
Il n'est pas question ici de coup d'Etat fomenté par Moscou mais d'une éventuelle entente entre Moscou et l'état-major turc et de réconciliation après que les militaires turcs aient renversé Erdogan.

Clara 27/03/2016 23:48

Passionnant ! Il faut souligner que l'hypocrisie et le cynisme sont les deux mamelles de la politique américaine.

Observatus geopoliticus 28/03/2016 02:00

Très bonne formule que Sully ne renierait pas.

Pierre Bourdon 27/03/2016 21:47

Vivement pour Erdogan le même sort que Morsi en Égypte.

Observatus geopoliticus 28/03/2016 02:03

Rien n'est sûr, encore. Chose intéressante, l'article de Rubin compare Morsi et Erdogan et affirme que la légitimité du président égyptien était bien plus grande que celle du sultan.

Qristof 27/03/2016 21:33

Quelle ironie du sort !! dire qu'il voulait que Bachar El Assad soit écarté du pouvoir. Et finalement c'est peut être lui (Erdogan) qui va y être.

Observatus geopoliticus 28/03/2016 02:05

Le boomerang syrien lui revient en pleine figure, comme prévu depuis longtemps par les observateurs avisés dont, j'ose l'affirmer en toute modestie, ce blog. Il y a d'ailleurs un billet intitulé ainsi ("Le boomerang syrien"), en novembre si mes souvenirs sont bons.

jean claude Mazzolini 27/03/2016 21:19

Comment expliquer que le seul parti encore a gauche , qui à quelques parlementaires et sénateurs , s'obstine a présenter le président Assad comme un dictateur sanguinaire?

Observatus geopoliticus 28/03/2016 02:07

Parlez-vous de la Turquie ou de la France ?