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Chroniques du Grand jeu

Pépites

23 Octobre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Russie, #Europe, #Etats-Unis, #Asie centrale, #Histoire

L'investigation géopolitique a ceci de passionnant qu'elle permet de tomber parfois, au hasard des recherches, sur de véritables pépites. Certes, le fidèle lecteur de ce blog n'apprendra rien de bien nouveau, mais il verra ses opinions confortées, vérifiées, prouvées en quelque sorte. Il constatera également que, fut un temps pas si lointain, la presse européenne et ce qu'on nomme généralement les observateurs étaient bien plus libres, se permettant des articles/analyses qui vaudraient aujourd'hui à leurs auteurs le bûcher pour "conspirationnisme" ou "populisme"...

Commençons par le n°24 de la revue Géostratégiques publié en juillet 2009. Dans son exposé sur la Russie énergétique, André Pertuzio, consultant pétrolier international et ancien conseiller juridique pour l’énergie à la Banque Mondiale, le dit sans ambages :

Le rôle des Etats-Unis est considérable d’une part en raison du volume de la consommation américaine mais aussi de leurs stratégies politique et économique à l’échelle du monde car, si l’objectif de Washington est de contrôler les aires de production et surtout les voies d’acheminement des principales sources d’approvisionnement, il faut également le replacer dans le cadre de la politique internationale des Etats-Unis.

En dépit des amabilités entre chefs d’Etats, la Russie rendue à sa place de grande puissance par Poutine est considérée par les Etats-Unis comme un adversaire géopolitique concernant l’ensemble Eurasie. La politique de l’OTAN à cet égard lui donne un vif éclairage. Il n’est donc pas surprenant que l’importance prise par l’approvisionnement des pays européens en hydrocarbures par la Russie est un problème géostratégique majeur et que l’amoindrissement sinon la disparition de la part russe de ces marchés est un souci permanent de Washington et de sa filiale de Bruxelles.

Oups, certains doivent avoir les oreilles qui sifflent... Le sémillant analyse continue, dans des termes qui paraîtront très familiers aux lecteurs :

Ce gazoduc [Nordstream, ndlr] a été fortement critiqué à Bruxelles que les Allemands n’ont même pas consulté, conformément à leur habitude lorsqu’il s’agit de leurs intérêts (...) Rien ne semble devoir s’opposer à la mise en œuvre de Southstream malgré les efforts de l’Union européenne de Bruxelles pour s’opposer au projet russe et imposer le projet "Nabucco" (...) Ce projet est évidemment conçu pour faire pièce à Southstream comme le démontre sa genèse : contrairement à la logique économique selon laquelle le producteur construit un tuyau pour vendre sa production à des acheteurs bien définis, il s’agit pour Nabucco d’un groupement d’utilisateurs qui projettent la construction d’un gazoduc sans savoir vraiment avec quoi l’alimenter : en effet, l’idée première de remplacer le gaz russe par celui de l’Azerbaïdjan, pour briser le monopole russe, ne tient pas compte du fait que l’Azerbaïdjan ne dispose pas de la capacité de production suffisante.

Le bras de fer (...) prend encore d’autres aspects, toujours dans le cadre de l’approvisionnement des pays européens en gaz naturel et l’objectif avoué de Washington et de Bruxelles est de tenter d’échapper à la dépendance des importations de Russie. C’est ainsi qu’a été répandu dans les médias le danger d’interruption des livraisons de gaz à la suite du conflit entre la Russie et l’Ukraine au cours duquel la société ukrainienne Naftogaz a détourné du gaz destiné aux acheteurs européens pour suppléer à l’interruption des fournitures à l’Ukraine dans le cadre du conflit avec Gazprom concernant le prix du gaz et les arriérés impayés de Naftogaz.

Manigances américaines pour isoler énergétiquement la Russie, vassalité des euronouilles, désinformation médiatico-énergétique... tout y passe, et qui plus est dans la bouche d'un respectable consultant international et ancien conseiller de la Banque mondiale.

Autre temps, autre thème (quoique...) Un mois après les attaques du 11 septembre 2001 et alors que l'empire se préparait à intervenir en Afghanistan pour punir les méchants barbus avec lesquels il avait pourtant flirté pendant si longtemps, George Monbiot, éditorialiste du Guardian, analysait sans tabou les tenants et les aboutissants énergétiques :

L'invasion de l'Afghanistan est certainement une campagne contre le terrorisme, mais elle peut également être vue comme une aventure coloniale tardive (...) L'Afghanistan est aussi indispensable pour le contrôle et le transport des hydrocarbures d'Asie centrale que l'était l'Egypte au Moyen-Orient [du temps de l'âge d'or du Canal de Suez, ndlr]. En 1998, Dick Cheney, maintenant vice-président US mais à l'époque cadre dans une compagnie pétrolière, remarquait : « A ma connaissance, l'émergence soudaine d'un acteur stratégique comme la Caspienne n'a pas de précédent historique ». Mais son pétrole et son gaz n'ont aucune valeur s'ils ne sont pas transportés. La seule route qui ait du sens, à la fois sur le plan politique et économique, est l'Afghanistan.

Transporter les hydrocarbures via la Russie renforcerait son contrôle sur l'Asie centrale, ce qui est précisément ce que l'Occident tente d'empêcher depuis dix ans [dès 1991 donc, ndlr]. Passer par l'Iran enrichirait un pays que les Etats-Unis essaient d'isoler. Et le transporter jusqu'en Chine, sans même mentionner les considérations stratégiques, coûterait beaucoup trop cher (...)

Plusieurs responsables de l'industrie pétrolière affirment que le rêve de sécuriser le passage du pipeline est la principale raison pour laquelle le Pakistan, proche allié des Etats-Unis, a soutenu si résolument les Talibans et pourquoi l'Amérique a donné son feu vert à leur conquête du pays.

Suit un rappel sur le projet Unocal que nous avons abordé plusieurs fois, notamment les discussions entre Talibans et Washington et le voyage de la délégation talibane au Texas en 1997. Enfin la conclusion, superbe et terriblement actuelle :

Si les Etats-Unis réussissent à renverser les Talibans et à les remplacer par un gouvernement pro-occidental stable et reconnaissant et s'ils parviennent ensuite à relier les économies d'Asie centrale à celle de son allié pakistanais, ils auront réussi à écraser non seulement le terrorisme mais également les ambitions croissantes de la Russie et de la Chine. L'Afghanistan reste, comme toujours dans l'histoire, la clé de la domination occidentale en Asie.

Qu'y a-t-il à rajouter ? La Guerre froide n'a en réalité jamais cessé, même à la chute de l'URSS. On peut aller jusqu'à se demander à quel point la Guerre froide n'a pas été elle-même un élément d'un Grand jeu qui la dépassait largement, les considérations idéologiques (communisme vs capitalisme) ne constituant qu'un habillage ponctuel. Tsss tsss, McKinder, Spykman...

Dès 1991, l'empire voulait isoler la Russie, longtemps avant l'apparition de l'ogre Poutine qui mange les petits enfants. Dès 2001 (et sans doute bien avant), il craignait la constitution d'un pôle eurasiatique sino-russe et avait ses plans pour le torpiller.

A l'aune de ces projets grandioses, on mesure l'échec total de l'empire. Non seulement le duo Pékin-Moscou, plus soudé que jamais, commence à réaliser autour de lui l'intégration eurasienne, non seulement le désenclavement énergétique de la Caspienne pour squizzer la Russie est resté lettre morte, mais les Etats-Unis ont même perdu le Pakistan ! Cerise sur le gâteau, quinze ans et des centaines de milliards de dollars après, l'Afghanistan n'a jamais été aussi instable. Pas étonnant que le pauvre Brzezinski ait jeté l'éponge...

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Vasco 25/10/2016 08:54

Idem pour les "terres rares". (Chine 1° producteur mondial)

Charles Michael 25/10/2016 06:33

En 1998 deux experts Cambell et Lahérère ont prévu le Peak OIl mondial pour 2005
et ça a provoqué la Grande panique dans les milieux autorisé: l'Agence International de l'Energie a bien essayé de minimiser mais a dut admettre en 2009 qu'il avait bien eut lieu en 2006. (lire la série des billets de OIl Man - blog LeMonde)

Avec le surprenant succès du fracking, rendu possible par des prix historiquement haut, le Pic est sorti des esprits, il revient avec une vengeance et un petit additif: le Pic de production de pétrole croissé avec le Pic de prix acceptable par l'économie.

Bien avant la vraie raréfaction du pétrole, vous aurez le Pic des exportations; par exemple la Russie qui produit autant que le KSA n'exporte que 50 % de sa production.

Les USA reste le plus gros consommateur mondial, genre 20 millions de barils/jour (sur 90 mb/j) et en importe depuis la chute de production des huiles de schistes (- 2.5 mb/d) de 8 à 9 millions. Et ça explique les déclarations du type: le style de vie US n'est pas négociable et la tendresse vis à vis des Saoud, comme le deal avec l'Iran.

l'Europe a connu la divine surprise en Mer du Nord mais ça se termine. A noter que le succès du TINA de Margaret est du à cette manne pétrolière, permettant de passer du charbon épuisé au pétrole; dont les revenu ont permis de parker les licenciés dans le wellfare state (dixit David Cameron).

Voili, voilà, et la question de la date de la vraie raréfaction et donc chute de la civilisation industielle-thermodynamique se pose aujourd'hui; quelques exemples concrets:
- Il y aurat'il encore une aviation civile de masse en 2040 ?
- combien de temps pourrons nous faire voyager des poulets (bestiaux divers, fruits et légumes, laitages) sur des milliers de km
- comment maintenir les mégalopoles urbaines
- comment renouveler dans 25 ans le parc panneaux solaires et éoliennes, etc...

La réponse provisoire de l'Occident est logique et traditionnelle: Moi d'abord au nom de nos valeurs et pazequeu notre mission civilationnelle n'est pas terminée dans ces pays de sauvages.

Madudu 26/10/2016 11:44

Retour au moyen-âge, ou pire : au moyen-âge il y avait les corporations pour accompagner les travailleurs et organiser les savoir-faire.

Ou mieux : la connaissance et l'ingénierie ont énormément évoluées depuis, donc on devrait pouvoir faire des choses qui n'étaient pas possibles auparavant. Mais, encore une fois, je ne trouve absolument personne qui s'en préoccupe ...

Sinon, les records de production en Russie sont en premier lieu liés à l'intensification progressive de leur agriculture (plus d'azote, plus de fongicides, variétés plus productives, ...). Contrairement à la France ou à l'Allemagne la Russie n'a pas encore atteint ses potentiels de production.

Quand à la récolte catastrophique de cette année en France, elle n'est pas forcément liée au changement climatique. En tous cas la seule chose que je peux dire c'est que les tonnes de flottes qu'on a pris au printemps sont en fait liées au El Nino, et ce sont surtout à elles que l'on doit cette catastrophe.

Qu'on se souvienne de 2015, c'était chaud et plutôt sec, et un record de production pour la France.

Charles Michael 26/10/2016 05:57

Madudu et Observatus geopoliticus:

Sur William Engdahl; absolument mêmes réactions sur abiotique et changement climatique. Mais ça c'est aussi lié aux croyances extrémement majoritaires aux USA et bien sur comme redit par Obama ; le rêve Américain n'est pas négociable.

à noter que l'ignoble Russie (comme le Groenland, la Mongolie etc...) bénéficient eux du réchauffement climatique, que la Russie a battu ses records de production de céréales et que ses exportations de blé lui procure de sérieuses recettes.
Pendant qu'en EU comme aux US les récoltes pertubées par les épisodes climatiques violents ont baisé de 25 %.

Sur le Shift Project encore une fois 100 % d'accord: diagnostic très bien, reméde cautère sur une jambe de bois. Encore une fois c'est cohérent avec la doxa Tout va très Bien, Madame la Marquise; dommage parceque dans cette période de récession sociale (adieu aux acquis et proframme du CNR), véritable marche arrière vers 1848, la suite prévisible est le retour au Moyen-Age.

Observatus geopoliticus 26/10/2016 00:16

Merci pour ce topo auquel je n'ai compris que la moitié ha ha.
Il est vrai, pour vous dire le fond de ma pensée, que l'ami Engdahl m'a paru plusieurs fois, comment dirais-je... un peu excentrique. Et je ne parle pas de considérations scientifiques sur les propriétés physiques ou chimiques du pétrole, choses auxquelles je ne connais à peu près rien. Je pense à ses analyses géopolitiques. Il est brillant, indéniablement, mais a parfois un chouilla tendance à l'exagération voire à tomber un peu à côté de la plaque (mais attention, pas toujours). Je pensais néanmoins que sur ce point, il pouvait être crédible...

Madudu 25/10/2016 22:42

Quand bien même un tel phénomène existait (mais c'est franchement invraisemblable, que je sois clair là-dessus) il pourrait être comparé à la géothermie : c'est-à-dire que cette huile abiotique devrait se trouver, comme les autres composés carbonés, en quantités minuscules et de manière très dispersée, à des profondeurs considérables.

Autant dire qu'il s'agirait d'une ressource presque inaccessible, et donc sans effet sur le cours du monde. Pour donner un ordre d'idée de l'abondance du carbone dans les couches profondes du sol, je vous donne un exemple de composé qui se forme dans des conditions très particulières, ainsi que c'est prétendument le cas pour ce prétendu pétrole abiotique : le diamant !

Le diamant c'est du carbone pur, et d'ailleurs ça pourrait servir de combustible si ça n'était pas si rare et scintillant.

Mais encore une fois cette histoire ne tiens pas debout, parce que dans le pétrole il y a aussi d'autres éléments comme de l'azote, qui est également un élément très rare dans la croûte terrestre, et du souffre, qui sont tous deux des constituants essentiels des protéines.

D'ailleurs l'article wikipédia, dont je n'ai pas vérifié les sources il est vrai, mentionne explicitement que le débat est clos à ce propos dans le monde scientifique.

Je crois utile d'ajouter que des hydrocarbures sont effectivement en cours de formation (et de transformation) en divers point du globe, il s'agit bien d'une phénomène actuel. Simplement les quantités annuelles ainsi formées sont faibles et dispersées, donc inutilisables. C'est la raison pour laquelle on dit que ces combustibles sont fossiles, parce qu'ils se forment en quantités significatives sur des espaces-temps qui dépassent de très très loin nos horizons.

L'article wikipédia qui présente Frederick William Engdahl explique également qu'il n'adhère par à la "théorie" du réchauffement climatique. Cela me fait dire qu'il est peut-être un brillant économiste et géopoliticien mais que, décidément, sa culture scientifique doit être fort pauvre et fort orientée.

Je ne lui ferais pas confiance à votre place, en tous cas pour ce qui concerne les domaines qu'il ne maîtrise décidément pas du tout !

Observatus geopoliticus 25/10/2016 21:08

Oulah, je ne suis pas scientifique, Madudu. Pendant longtemps, je me contentais de penser, comme tout le monde, que le pétrole venait des roses écloses il y a quelques centaines de millions d'années et autres cacas de dinosaures... Et puis j'ai lu ça il y a une dizaine d'années. Ca m'a étonné, ça m'a fait rire même. Mais Engdahl est tout sauf un clown, c'est même l'un des meilleurs spécialistes pétroliers de la planète. Depuis, je ne sais qu'en penser et me retire sur l'Aventin...
Ceci dit, notez tout de même qu'il y a débat scientifique sur le pétrole a-biotique, vous auriez tort de totalement ridiculiser la chose : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_p%C3%A9trole_abiotique

Madudu 25/10/2016 20:53

"In 1956, Prof. Vladimir Porfir’yev announced their conclusions: ‘Crude oil and natural petroleum gas have no intrinsic connection with biological matter originating near the surface of the earth. They are primordial materials which have been erupted from great depths.’ The Soviet geologists had turned Western orthodox geology on its head. They called their theory of oil origin the ‘a-biotic’ theory—non-biological—to distinguish from the Western biological theory of origins."

C'est du même niveau que les impostures de Lyssenko cette affaire ! Sans doute le communisme ne pouvait-il raisonnablement pas aboutir à l'épuisement de l'environnement, chose dont seul le capitalisme se rend coupable ^^

L'origine organique est avérée, la datation aussi, aucun doute là-dessus cher Observatus. Je suis surpris que vous ne soyez pas mieux informé de cette problématique, je vous encourage vraiment à suivre les liens fournis plus bas.

Je précise qu'il n'existe pas vraiment de "théorie" du pic de production de pétrole, il s'agit seulement de relever des évidences compte tenu de ce qui est connu par ailleurs. Cela s'applique d'ailleurs à absolument tout et pas seulement au pétrole, ainsi que le veulent les principes de la thermodynamique.

Observatus geopoliticus 25/10/2016 19:52

Chers Charles et Madudu,
je m'immisce dans votre intéressante discussion car les choses ne sont peut-être pas aussi simples qu'on le croit concernant le pic pétrolier.
Je vous livre les réflexions de William Engdahl, grand connaisseur du Grand jeu pétrolier, intitulées : "Confessions d'un ex-croyant de la théorie du pic pétrolier".
Traduction en français (qui vaut ce qu'elle vaut) : http://www.blogdei.com/index.php/2007/11/05/2766-la-guerre-et-le-pic-petrolier-confessions-d-un-ex-croyant-de-la-theorie-du-pic-petrolier
Original en anglais : http://www.engdahl.oilgeopolitics.net/Geopolitics___Eurasia/Peak_Oil___Russia/peak_oil___russia.html
Pour résumer, sa thèse est que le pétrole n'est pas fini mais se renouvelle. Qu'en pensez-vous ?
Bien à vous deux

Madudu 25/10/2016 16:16

Je me rend compte que je n'ai pas posé correctement ma question.

Pour ce qui est du diagnostique il existe effectivement un certain nombre de sources tout-à-fait sérieuses, je suis d'accord avec vous.

Par contre quand à savoir ce que nous devons faire, ou comment nous pouvons imaginer nous accommoder d'un monde sans croissance (et même, transitoirement, en décroissance), il n'y a plus personne !

Par exemple je trouve que The Shift Project fait un diagnostique correct : grosses contraintes à venir sur la mobilité des personnes et des marchandises, sur l'approvisionnement en biens compliqués (trucs riches en terres rares, inrecyclages, fragiles, difficilement réparables, etc), sur la mécanisation (plus de sueur et moins de costards), etc.

Mais derrière leurs propositions sont, je trouve, à coté de la plaque. Par exemple cette histoire de contraindre à l'isolement de tout et n'importe quoi, dès lors qu'il y a rénovation.

Ce n'est qu'un exemple, mais il illustre bien une manière de dépenser des quantités considérables pour des biens dont on ne sait pas s'ils nous seront vraiment utiles demain.

Nous savons très bien qu'une pénurie énergétique va amener un certain nombre de gens à fuir les villes, car pas de boulot pour tout le monde dans le tertiaire, toujours moins de main d'oeuvre dans l'industrie, et renchérissement de la vie en ville.

Par ailleurs si on regarde en arrière, avant l'ère du fossile, l'agriculture (et plus largement la photosynthèse) était notre principale source de tout, énergie et autres matières premières.

Or je ne trouve personne qui parle de ça, de la manière dont on peut procéder pour optimiser les choses, de la manière dont on aura à structurer les communautés humaines pour s'y adapter, des cercles vicieux que l'on a connu par le passé et dans lesquels il serait souhaitable de ne pas retomber, etc.

Nulle part ! Pourtant c'est pas faute de chercher :

-Dès qu'on parle de production de biomasse les études parlent de remplacer des cultures par du bois, ou du fossile par des cultures. Le tout dans la plus pure tradition de l'agriculture "intensive", c'est-à-dire à l'aide de tellement d'intrants et de mécanisation que même avec des tonnes de subventions ça ne rapporte rien, dès aujourd'hui !

-Dès lors qu'on parle d'agriculture à bas niveau d'intrant on ne parle plus que du bio. Or si on regarde les choses dans le détail on remarque que le bio actuellement dépend beaucoup du conventionnel pour le maintien, très relatif, de sa fertilité. En plus les rendements sont comparables à ceux de l'agriculture de la première moitié du XXe, avec beaucoup plus de mécanisation, d'infrastructures diverses, et de surfaces par personne. Ou comment produire moins, avec plus ...

-Les seules exceptions dépendent beaucoup du chimique pour l'instant, et ne sont accompagné que symboliquement par les instituts divers et variés qui dans ce domaine sont payés à ne surtout rien faire de nouveau. Dans les faits ceux qui, sur le terrain, essayent tant bien que mal de changer de modèle sont totalement laissés à eux-mêmes. Ils avancent, mais à cette allure on sera tous redevenus serfs avant d'avoir mis en place quoi que soit à grande échelle ...

-Dans les pays dits en développement il semble qu'instituts divers et variés, ONG et autres, font la compétition à qui mettra au point les techniques les moins adoptées par les paysans. Dans la quasi-totalité des cas ces "trucs" (ils appellent ça des "projets") payent les intéressés pour qu'ils se soumettent à leurs débilités le temps de faire des photos et de produire des "études" enthousiastes et pleines d'angélisme, après quoi les intéressés reviennent à leurs pratiques initiales tout en ayant pu profiter d'un peu de matériel ou de d'argent liquide.

Bref, dans le domaine des "On fait quoi maintenant ?" plus je cherche et moins je trouve ...

Charles Michael 25/10/2016 12:27

Madudu,

J'ai suivi pas mal de ses conférences sur vidéos.
L'auteur du site Oil Man abrité par LeMonde, Matthieu Auzzaneau a récement été nommé Directeur du Shift Project lancé par Jancovici.

Voilà pourquoi je conseille la lecture de ses articles et de ses archives; MA a aussi écrit une passionnante histoire du pétrole L'Or Noir. (ed. La Découverte - 650 pages - 26 €).

Des sites en français? ASPO
en anglais Our Finite World de Gail Tverberg et résilience.org / energy un carrefour d'articles sur le sujet, fracking, renouvelables, etc...

Vasco:
Oui, bien sur et la Chine en produit 95 %, très polluant et dispendieux en consommation d'énergie.
Attention pas pour le Lithium (la chose pour les batteries rechargeables de toute la quincaillerie électronique et des batteries voiture, stockage mural de Tesla, etc...). Un autre beau Pic en perspective.

J'accepte tout à fait d'être considéré comme pessimiste radical sur le sujet de la survivance du modéle économique actuel, donc de la société actuelle. Mais je parle de projections et prévisions circa 2040-2050.
et à l'évidence ces Chroniques du Grand Jeu s'y intégrent parfaitement.

Madudu 25/10/2016 10:54

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, je conseil très chaleureusement le "cours complet" de Jancovici à ce propos :

https://www.youtube.com/playlist?list=PLMDQXkItOZ4KG4FETchLBLuK-OhTTH4C7

Il y en a pour environ 16h, je ne suis pas d'accord avec tout mais ça donne quelques bases et un certain panorama :)

Sinon, je suis extrêmement étonné par l'amateurisme avec lequel ce sujet est traité partout, même dans les publications scientifiques.

Est-ce que quelqu'un connaît l'existence de think-tanks, forums, ou autres, qui font les choses avec sérieux ?

Ouas 25/10/2016 00:17

Un détail. Dans tous vos écrits, très instructifs je dois admettre, il est question du centre et du croissant intérieur, ce qui est normal puisque l’essentiel de l’échiquier est dans ces deux zones. Pourtant, la partie s’étend aussi au croissant extérieur. Voyons ce qui se passe en Afrique. Le Trans-Saharian gaz pipeline (TSGP) (Nigeria-Niger-Algérie) est un pipe qui doit transporter 30 milliards de mètres cubes de gaz destiné à l’Europe, un projet conclu en 2009 mais qui rencontre de mystérieux obstacles. Outre les difficultés financières, l’argument que les autorités nigérianes avancent le plus souvent, nous avons l’instabilité politique au Nigeria, Boko Haram, aqmi, bases militaires américaines (dont une toute nouvelle au Niger, les bases militaires françaises dans la région et, pour épicer tout ça, un grand intérêt de Gazprom pour ce projet et la menace russe d’il y a quelques jours de donner au Mali un coup de main et l’aider à se débarrasser des groupes terroristes qui infestent le Sahara.

Observatus geopoliticus 25/10/2016 00:31

Merci, cher ami.
Le problème du TSGP est qu'il serait l'un des tubes les plus longs du monde, construit dans l'un des environnements les plus hostiles du monde et passant par des zones au risque endémique et croissant. Tout ça pour 30 "petits" milliards de m3... Même un site comme Jamestown, russophobe et toujours prêt à plancher sur des routes permettant de squizzer Moscou, n'y croit pas : https://jamestown.org/program/is-the-trans-sahara-gas-pipeline-a-viable-project-the-impact-of-terrorism-risk/
Bien à vous

simplet 24/10/2016 12:09

https://consortiumnews.com/2016/10/11/russia-reads-us-bluster-as-sign-of-war/

Pour autant que cela soit encore nécessaire, voilà qui confirme encore vos réflexions et vos articles divers.

Madudu 24/10/2016 13:12

Traduit par le Saker : http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-interprete-les-rodomontades-etats-uniennes-comme-un-signe-de-guerre

Kevin 24/10/2016 09:50

Bonjour,
Aider des islamistes radicaux à instaurer une dictature sanguinaire, puis envoyer son armée les détruire 10 ans plus tard, causant des centaines de milliers de morts, tout ça pour faire passer un tuyau à travers le pays... Faut vraiment être tordu pour être un stratège américain...

Observatus geopoliticus 24/10/2016 10:09

Pas seulement un tube, cher Kevin. Poser enfin le pied dans le Heartland, s'immiscer plus avant au coeur de celui-ci (bases en Ouzbékistan, au Kirghizstan même), bref enfoncer un coin définitif entre la Russie et la Chine et torpiller à terme l'intégration eurasiatique.
Evidemment, rien n'a marché comme ils l'auraient voulu : ils ont fini par perdre toutes leurs bases, le Pakistan et finalement la guerre tandis que Pékin et Moscou n'ont jamais été aussi proches...

Oldney 24/10/2016 00:36

Comme toujours, c'est ici un bon blog pour être bien tuyauté.

Observatus geopoliticus 24/10/2016 01:32

Tuyauté, c'est le cas de le dire quand on parle de pipeline... Merci, cher lecteur

simplet 23/10/2016 23:47

Le champagne est au frais? C'est encore un peu tôt vu les aliénés à Washington qui sont capables de tout y compris du pire.

Vincent 24/10/2016 15:42

Yom,

большое спасибо за Яндекс

Yom 24/10/2016 15:18

Я не говорю на русском. Вот что дает Яндекс. Вы сами решаете, если результат будет подходящий.

https://translate.yandex.com/

Le moteur de recherche associé figurera en bonne place dans le petit guide du russophile en ligne que je compte rédiger un jour … pour ceux qui veulent choisir la puissance géopolitique qu’ils alimentent en savoir ; et donc en pouvoir.

Observatus geopoliticus 24/10/2016 10:10

Je vous crois sur parole, mon cher... Nazdarovie !

simplet 24/10/2016 09:48

Je ne parle pas une virgule de chinois. Complètement incapable et donc hermétique. Je préfère la cuisine nippone ou épicée du sud (sauf que je bâfrais à Chengdu et à Shenzhen..). Par contre en russe hésitant et peu académique Kamarad mmm: chto, ya ostanus na blinami ikroy vodky. Pas de caractère cyrilliques.

Observatus geopoliticus 24/10/2016 01:37

Ce serait plutôt vodka-caviar puisqu'on parle de la Caspienne, mon cher Simplet. Un petit alcool de riz accompagné de 饺子 ferait aussi l'affaire...