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Chroniques du Grand jeu

A l'autre bout de l'échiquier, la Corée...

10 Février 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Chine, #Etats-Unis, #Extrême-Orient

A l'autre bout de l'échiquier, la Corée...

A 10 000 km des victoires de l'armée syrienne et du bloc eurasien qui la soutient (Russie + Iran), la case coréenne de l'échiquier se réchauffe avec le tir d'un lanceur par Pyongyang. Profitant de l'alarme, Washington discute avec Séoul l'établissement sur le territoire sud-coréen d'un système anti-missile perfectionné (THAAD). Toutefois, l'enjeu réel n'est pas compris par les bisounours de l'info : il ne s'agit évidemment pas de faire pression sur la Chine pour qu'elle ramène à la raison son encombrant allié nord-coréen ; il s'agit au contraire d'utiliser la déraison nord-coréenne pour contenir la Chine, donc l'Eurasie.

En octobre, nous écrivions à propos de la dispute de la mer de Chine méridionale :

Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d'éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s'agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l'occurrence, de briser l'encerclement US et de s'ouvrir des routes vers le Rimland et vers l'océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l'échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l'héritage de l'immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l'Eurasie cernée à l'est, comme elle l'était à l'ouest par l'OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l'OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Le double plan de la puissance maritime - diviser le continent-monde à l'intérieur, l'encercler à l'extérieur - a atteint son acmé avec la rupture sino-soviétique de 1960. Un demi-siècle plus tard, que d'eau a coulé sous les ponts... Même s'il reste bien entendu de nombreuses pierres d'achoppement, l'Eurasie n'a jamais été aussi unie (symbiose russo-chinoise, Organisation de Coopération de Shanghai), rendant caduque la première partie du plan. Quant au deuxième axiome, il fuit de partout.

Pour les Etats-Unis, le sud du Rimland semble définitivement perdu (entrée de l'Inde et du Pakistan dans l'OCS, fiasco afghan), le Moyen-Orient tangue sérieusement (Syrie, Iran, Irak maintenant, voire Yémen). Restent les deux extrémités occidentale (Europe) et orientale (mers de Chine) de l'échiquier où l'empire maritime s'arc-boute afin de ne pas lâcher. La bataille pour l'Europe (noyautage des institutions européennes, putsch ukrainien, manigances balkaniques vs pipelines russes, routes de la Soie chinoises, soutien moscovite à l'anti-système) est en cours. A des milliers de kilomètres de là, en Orient, un conflit jumeau s'annonce dont nous assistons actuellement aux prémices...

A l'autre bout de l'échiquier, la Corée...

Quelle coïncidence : des boucliers anti-missiles en Europe et en Extrême-Orient, justement aux deux extrémités eurasiatiques sur lesquelles s'arc-boutent les Etats-Unis...

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l'échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Des batteries THAAD sur le territoire sud-coréen, surveillant officiellement la Corée du nord et officieusement la Chine, seraient évidemment un coup porté à la dissuasion nucléaire chinoise. Il n'est guère étonnant dans ces conditions que Pékin proteste sérieusement et convoque l'ambassadeur de Corée du sud.

Nous n'en sommes pour le moment qu'au stade des discussions. Séoul, protégé par les Etats-Unis mais dont le premier partenaire commercial est la Chine, se doit de ménager la chèvre et le chou. On imagine que le ballet des hommes de l'ombre, agents d'influence et autres éminences grises a commencé au pays du Matin calme...

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Pat 10/02/2016 18:46

Bonsoir,
Merci pour votre travail.
Voici deux liens de la même source, qui pourront peut être vous "éclairer" :
- http://french.yonhapnews.co.kr/northkorea/2016/01/10/0500000000AFR20160110000100884.HTML
- http://french.yonhapnews.co.kr/national/2016/02/10/0300000000AFR20160210000800884.HTML
Bref, un "faux tir" qui engendre une vraie rencontre.

Pat 11/02/2016 10:51

Exactement ! Ou encore "manipulé", donc infiltré.

Observatus geopoliticus 10/02/2016 19:39

Merci pour le lien, cher ami.
Si ça se confirme, c'est presque à se demander si Kim Jong-un ne travaille pas pour les Etats-Unis...