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Chroniques du Grand jeu

Gazement vôtre

6 Août 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Russie, #Etats-Unis, #Europe, #Moyen-Orient

Gazement vôtre

Oubliez Dallas et son univers impitoyable, Indiana Jones ou James Bond, et prenez place aux premières loges du Grand jeu gazier : ça n’arrête pas en ce moment…

Rien ne va plus en Turquie, un troisième pipeline explose ! Et pas n’importe lequel : il s’agit du BTE (Bakou-Tbilissi-Erzurum). Ce corridor Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie est promu sans relâche par les Américains depuis vingt ans afin de détourner l’Europe des hydrocarbures russes et d’isoler Moscou. C’est la route du BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), ouvert en 2005 et transportant le pétrole caspien de l’Azerbaïdjan à travers la Géorgie et la Turquie, évitant soigneusement le territoire arménien, allié de Moscou. C’est la route que devait emprunter l’illusoire Nabucco qui, contrairement à l’opéra de Verdi, est resté définitivement dans les cartons. C’est enfin le projet brinquebalant du TANAP qui, tel Jésus multipliant les pains, est censé "assurer la sécurité énergétique" de l’Europe avec ses malheureux 16 Mds de m3 de gaz annuels. Les Américains ne s’arrêtent pas à ces détails : de gré ou de force, leurs "alliés" européens doivent tout consommer, même du vent, plutôt que du gaz russe… Les Européens ne sont évidemment pas dupes mais n’osent pas contredire frontalement leur maître, d’où ce petit jeu qu’ils croient follement subtil d’un pas en avant puis en arrière, une jambe finissant par faire un croche-pied à l’autre.

Mais revenons à notre BTE. Difficile de ne pas penser à la rébellion kurde qui a déjà fait sauter la semaine dernière les pipelines venant d’Iran et d’Irak. Nous annoncions alors que le corridor Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie, passant lui aussi par les zones kurdes, était tout sauf sûr. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour le constater… Le conflit s’étend et risque de paralyser tout l’Est de la Turquie, zone par où passent plusieurs pipelines "anti-russes" promus par Washington. Pour Moscou, c’est du bain béni. Quant aux Européens, ils doivent se faire violence pour admettre que seul l’approvisionnement en gaz russe est vraiment viable et sûr.

Comme par hasard, l’on apprend au même moment qu’une autre compagnie énergétique européenne (la française Engie) est en discussion avec Gazprom pour rejoindre le projet Nord Stream 2.0 dont nous parlions hier. Ca commence à devenir très sérieux. Pas sûr que les créatures des Etats-Unis qui dirigent l’Europe auront la force de résister à la pression des principales compagnies énergétiques du Vieux continent.

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