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Chroniques du Grand jeu

Le Grand jeu danse la samba

18 Mai 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Amérique latine, #Economie, #Etats-Unis

Le Grand jeu danse la samba

Un fidèle lecteur et observateur avisé de l'Amérique latine nous propose aujourd'hui un éclairage fort intéressant sur la crise brésilienne et la destitution de la présidente Dilma qui n'a, comme d'habitude, été qu'à moitié analysée par les plumitifs officiels de la MSN occidentale. Merci à notre honorable correspondant qui se fait appeler Zébulon.

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Tout a été dit sur l’importance et l’étrangeté de la séquence politique actuelle au Brésil : une présidente innocente, accusée de crime de manipulations budgétaires par des bandits, et dont le pouvoir est comme mis entre parenthèse, en attendant de savoir si elle sera définitivement écartée. Un vice-président suspecté de corruption qui constitue un gouvernement comptant au bas mot un tiers de ministres corrompus, supposé « redresser » un pays traversant une grave crise économique et sociale (le chômage a doublé en deux ans, l’inflation est à 10%, etc.) avec une politique d’austérité.

Croire à un processus raisonnable de destitution est pour le moins difficile, et certains crient, non sans raison, au coup d’état juridico-médiatique, redonnant le pouvoir, hors processus électoral, à une droite revancharde, cantonnée dans l’opposition depuis 13 ans.

Plusieurs analystes se sont efforcés de retracer les multiples péripéties d’un imbroglio institutionnel qui plonge ses racines profondes dans la culture et l’histoire politique du pays, parfois de façon très fouillée. Mais on ne saurait se contenter de cette lecture purement interne, pour plusieurs raisons.

D’abord parce que cet événement brésilien n’est pas isolé, mais prend place dans une séquence qui concerne toute l’Amérique Latine :
destitution au Honduras (2009), au Paraguay (2011), élection de gouvernements de droite en Argentine et au Pérou (2016), projet de destitution au Venezuela.

Ensuite parce que plusieurs détails s’avèrent particulièrement troublants : le fait que le vice-président Temer ait été un informateur de la CIA, que l’ex-présidente Dilma ait fait l’objet d’écoutes de la part de la NSA (révélé par Wikileaks), que le sénateur Nunes ait été reçu par des think tanks néo-conservateurs à Washington juste après le vote de défiance du Parlement et avant celui du Sénat, et enfin le fait que le juge Morro, qui a lancé les premières accusations contre Dilma et Lula, ait suivi des cours de droit pénal au consulat américain de Rio de Janeiro, Quand on connaît le passif particulièrement lourd des interventions des USA dans cette région...

Il est évident que, s’il devait se préciser (ce qui semble probable), l’éloignement de Dilma aurait des conséquences géopolitiques importantes. En effet, il permettrait d’abord au gouvernement de substitution de se débarrasser durablement du Parti des Travailleurs (puisqu’il s’agit aussi d’empêcher le retour de Lula aux élections de 2018). Surtout, il empêcherait le Brésil de poursuivre son rapprochement avec les BRICS, en rééquilibrant les relations du pays en faveur des USA et de l’Union Européenne. La Chine se verrait notamment priver d’une importante route commerciale – puisque le projet de canal au Nicaragua est au point mort, les Chinois avaient prévu avec le Pérou et le Brésil un gigantesque projet de ferroutage d’ouest en est, destiné à éviter le canal de Panama sans passer par le Cap Horn.
Sans compter que les investissements directs dans l’industrie locale seraient surveillés et ralentis. Enfin, le départ de Dilma gênerait durablement les efforts récents et laborieux d’intégration régionale (Mercosul), d’inspiration plus ou moins bolivarienne.

De là à considérer que ce coup d’état « blanc » n’est qu’une simple bataille dans la nouvelle guerre froide opposant l’Occident aux BRICS, il n’y a qu’un pas

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César 03/06/2016 12:49

" une présidente innocente" il faut savoir que du temps Lula Dilma était à la tête de PETROBRA ....Alors innocente, aveugle, sourde et amnésique ....

Observatus geopoliticus 07/06/2016 23:43

Merci, chère lectrice pour ce commentaire extensif. D'après Pepe Escobar, Dilma a de bonnes chances de revenir au pouvoir assez rapidement.
A suivre...

fatie18 04/06/2016 11:47

Bonjour et bonne lecture

Je vais essayer de faire un récapitulatif de ce qui est exactement reproché à Dilma, comme je l’ai compris, car mon commentaire ne concernait que le jeu d’écritures comptables.
On reproche à Dilma, tout d’abord, et principalement d’avoir effectué un jeu d’écritures comptables, dans le but de dissimuler l’ampleur des déficits publics. Déficits qui n’ont été comptabilisés que l’année suivante, autrement dit, après l’élection de Dilma pour un second mandat.

Elle a reconnu les faits de dissimulation, mais elle a considéré ce motif bien fragile et insuffisant pour entraîner une destitution. Pour sa défense elle a déclaré que tous les Présidents brésiliens qui l’avaient précédée avaient usé du même procédé sans que cela n’émeuve qui que ce soit.

Cette opération, bien que répréhensible, est en effet, fréquemment utilisée dans le secteur public comme dans les entreprises privées, néanmoins, le fait qu’elle aurait pu servir pour la réélection de Dilma, est utilisé à charge contre elle, Et dans cette affaire, on peut dire qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel de la part de Dilma.

Tout autre est le scandale PETROBRAS, dans lequel on voudrait l’impliquer. Rien ne prouve pour l’instant qu’elle y soit mêlée ou qu’elle a bénéficié directement, comme tant d’autres, de pots-de-vin. Cependant, elle a occupé, de 2003 à 2005, le poste de Ministre de l’énergie et des Mines, qui est le ministère de tutelle de l’entreprise publique PETROBRAS, de même qu’entre 2003 et 2010, elle fut membre du Conseil d’Administration de cette entreprise, ce qui a fait dire à beaucoup, qu’au minimum, elle ne pouvait pas ignorer l’existence du système de corruption de PETROBRAS.

Enfin, il y a le cas Lulla, qui, lui, est soupçonné par la Justice, d’avoir bénéficié de pots-de-vin, sous forme de biens immobiliers. Et là, on peut dire que Dilma a fait preuve d’une grande maladresse. Et c’est le moins que l’on puisse dire, dans la mesure où elle a nommé Lulla Directeur de son Cabinet, alors même que le Parquet venait de réclamer des poursuites judiciaires contre lui, pour occultation de patrimoine. Ce qui a fait dire à certains, et à juste titre, que cette nomination n’avait pour but que de permettre à Lulla d’échapper à la justice.

Cette version des faits a d’ailleurs été confortée par des écoutes téléphoniques, où l’on entend Dilma conseiller à Lulla de ne se servir du Décret de nomination, qu’en cas d’absolue nécessité. En d’autres termes, pour échapper à la justice.

Réponse du berger à la bergère : Le juge a ordonné illico, la suspension du Décret de nomination de Lulla au Gouvernement, afin que l’enquête puisse suivre son cours normal.

Comme dans toutes les affaires où sont mêlés des Politiques, il y a un tel enchevêtrement d’évènements, qu’il est souvent très difficile de démêler l’écheveau. Le cas Dilma n’est que la partie visible de l’iceberg, et il ne faut pas oublier que pratiquement toute la classe politico- judiciaire est corrompue et que la corruption est un sport national au Brésil.

fatie18 19/05/2016 11:40

Bonjour

Ce qui est étonnant dans cette triste affaire, c’est le caractère disproportionné de la sanction que constitue la destitution de Dilma et ce qu’on lui reproche, et que l’on peut considérer comme étant un motif mineur, bien que répréhensible
On lui reproche d’avoir reporté des débits budgétaires, d’une année sur l’autre, afin de pouvoir annoncer un déficit négatif. C’est ce seul jeu d’écritures, qui lui a valu cette sanction, car il n’y a pas eu d’enrichissement personnel, de sa part. Contrairement à son remplaçant qui lui est mouillé jusqu’au cou et qui a maille à partir avec le justice, de même que toute la classe politico-judiciaire qui a été largement arrosée par la machine à sous PETROBRAS.
Même Lulla et sa famille, même la Parti des Travailleurs sont impliqués, mais pas Dilma.
Il semble qu’à travers le fusible Dilma, ce soit toute une classe politique minée par la corruption que l’on souhaite protéger, et aussi, pourquoi pas, les BRICS, que l’on veut affaiblir.

Précision 20/05/2016 16:52

Attention: Lula et sa famille sont accusés par l'opposition d'être impliqués, mais jusqu'à présent, aucune preuve n'est venue appuyer ces allégations. Associer Lula et la corruption de Petrobras est l'objectif de certains medias qui craignent le retour de l'ex-président aux élections de 2018...

Jean 20/05/2016 13:36

Très juste

mdpz 18/05/2016 15:19

Allez sur le site du Sakerfrancophone vous aurez une interview de PEPE ESCOBAR.
Dilma roussef n'est pas innocente loin de là
Elle participe allègrement à sa propre perte
De même sur le site dedefensa, l'explication de la crise Brésilienne y est bien détaillée
Bien à vous

Observatus geopoliticus 18/05/2016 23:03

Moui, enfin... au Moyen-Orient, c'est plutôt eux qui se font endormir en beauté, ce que nous pensions avoir démontré depuis quelques mois. Sur le front économique, c'est une course contre la montre et contre la mort.

bozi lamouche 18/05/2016 22:04

mdpz fait de l'humour : roussef est elle plus corrompu que ne l'est par exemple clinton, bush, ..? porochenko, nos chers séoudiens....je m'arrête là mdpz ou je continue ????
sa destiution est effectivement à mettre en exergue avec les changements constatés en AmSud...la corruption est une banalité de notre époque...je vous rassure mdpz : la chine et la russie ne sont pas à l'abri de la corruption...
finalement les Usa endorment tout le monde au moyent orient...et en profitent pour se refaire en AmSud... le déclin us, c'est pas pour tout de suite....cordialement

Semantik 18/05/2016 20:59

@mdpz : Dilma Roussef est (en partie) "responsable" de la situation économique, du fait de sa politique économique d'austérité (depuis sa réélection), mais elle n'est pas "coupable" du crime qui lui est reproché.

Observatus geopoliticus 18/05/2016 20:51

Même le New York Times, ruche de néo-cons, reconnaît que la destitution de Dilma est exagérée. Ne parlons même pas des contacts de ceux qui viennent de prendre le pouvoir avec les officines US bien connues de changement de régime...
Bien à vous

Clara 17/05/2016 23:44

Très bonne analyse. Merci Zébulon !

Pierre Bourdon 17/05/2016 23:40

Guerre réel en Ukraine et en Syrie ou guerre économique et politique au Brésil, même combat des USA pour essayer de garder le pouvoir qui lui file entre les doigts.