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Chroniques du Grand jeu

Goldfinger versus Pétrodollar

5 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Pétrole, #Economie, #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie, #Chine

Lorsqu'en 2012-2013, les Etats-Unis édictèrent une série de sanctions contre la banque centrale iranienne à propos du supposé programme nucléaire, Téhéran contourna le piège en recourant à l'or. L'Inde, qui achetait du pétrole iranien et ne pouvait le payer en dollars, passa par l'intermédiaire de la Turquie, principal marché de l'or au Moyen-Orient : Ankara recevait les paiements en monnaie fiduciaire et transférait le précieux métal jaune à Téhéran.

On voit d'ailleurs que les importations d'or turques ont explosé en 2013, pour pouvoir réaliser ce tour de passe-passe :

Notons au passage que les encouragements depuis quelques mois des autorités turques à vendre du dollar pour acheter de l'or ou de la lire et la presque confiscation de l'or des particuliers visent certes à enrayer la dégringolade de la monnaie (attaques des fonds spéculatifs US ?) mais s'inscrit plus généralement dans un vaste plan de dédollarisation et de constitution d'un axe de l'or.

Quand Erdogan déclare récemment vouloir commercer en monnaies nationales avec la Russie, la Chine et l'Iran, il ne fait que reprendre une antienne bien plus ancienne ; en 2012 déjà, il suggérait au FMI de remplacer le dollar par l'or pour ses prêts. Ce qui doit expliquer la mansuétude répétée de Moscou envers le sultan...

Le triangle Iran-Inde-Turquie vu plus haut n'est qu'un des nombreux exemples de la vague de dédollarisation qui touche lentement mais sûrement la planète et met en péril l'empire américain. A ce titre, la lune de miel aurifère sino-russe est éclairante. Le mois dernier, nous écrivions :

Une nouvelle est passée à peu près inaperçue quelques semaines avant le false flag chimique de Khan Cheikhoun. La banque centrale russe a ouvert son premier bureau à l'étranger à Pékin le 14 mars, à un moment où la Russie va pour la première fois de son histoire lancer un emprunt en yuans chinois.

Fin mars, le dragon renvoyait la pareille en ouvrant une banque de compensation à Moscou afin gérer les transactions en yuans et de créer en Russie un pool de liquidités en RMB facilitant le commerce bilatéral en monnaies nationales. Ce centre pourrait devenir un important hub financier dans le cadre de l'Union Economique Eurasienne et les nouvelles routes de la Soie chinoises.

Mais surtout, les discussions avancent sur l'établissement d'un étalon-or commun aux deux pays au moment où les monnaies occidentales deviennent chaque jour un peu plus des monnaies de singe. Il est même évoqué l'éventualité de paiements commerciaux en or !

Cela fait un certain temps que l'ours et le dragon nous mijotent quelque chose avec le métal précieux.

De fait, le mariage aurifère est déjà assez poussé. La Chine paye en yuans le pétrole russe qu'elle importe. Avec ces yuans, Moscou se précipite... à Shanghai pour acheter de l'or ! Circuit autarcique dont le dollar est totalement absent.

Assistera-t-on bientôt à un échange direct pétrole contre or ? Pas impossible vu ce que nous évoquions précédemment. Mais alors pourquoi Pékin continue de pousser à l'acceptation de contrats à terme sur le pétrole en yuans dans l'optique de rendre la monnaie chinoise indispensable sur le marché de l'or noir - ce que d'aucuns nomment le pétroyuan ? Peut-être bien pour embarquer les Saoudiens dans l'aventure.

Le fidèle lecteur du blog à ses débuts avait été prévenu :

[...] Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l'idée mais les bombes libératrices de l'OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu'il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.

Sauf que... Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l'Angola ont dépassé l'Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d'après les observateurs, c'est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D'après un analyste, si l'Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu'elle commence à songer sérieusement à accepter elle aussi les paiements en yuans... c'est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

Si - et cela reste encore un gros si pour le moment - les Saoudiens franchissent le Rubicon, une kyrielle d'autres pays suivront, dans et en dehors de l'OPEP, entraînant dans leur sillage la chute du pétrodollar et de la puissance impériale.

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Euclide 10/05/2017 12:39

Bonjour à tous,
Le limogeage du patron du FBI, devrait faire l'objet d'un nouveau billet d' Observatus.

Euclide 09/05/2017 17:04

@ BichFriz
Le déficit des States vers la Chine est de l'ordre d''1 milliard par jour.
Les retraités japonais sont est en possession de la part la plus importante de la dette française.
Depuis l'élection de Chouchou ( Emmanuel)) Bruxelles demande à la France de réduire sa dette obligataire. Merci qui ?

BichFriz 09/05/2017 17:13

Justement, les économies des états ont l'air tellement inter-dépendantes que la "disparition" d'un débiteur tel que les US plongerai tout le monde y compris la Chine et le Japon (voir même principalement eux ?) dans le noir non ?

BichFriz 09/05/2017 12:46

Aah merci cher OG encore une fois ! Merci également aux intervenants.

Une question me vient systématiquement a l'esprit quand je lis vos billets qui touchent aux finances des USA, si vous et nous par votre intermédiaire, voyons se profiler au loin les ennuis pour le trésor américain, il y a de fortes chances pour que eux aussi l'ait vu. Depuis longtemps probablement. Hors il me semble que l'on peu allègrement reprocher pas mal de choses aux Etats-Unis, mais on ne peut pas vraiment dire qu'ils soient complètement stupides. Si cela fait 20 ans, ou même 10 ans qu'ils voient arriver la fin de l'hégémonie, n'ont-ils pas pensé a en garder un peu sous la pédale afin de trouver un moyen de s'en sortir tout de même ? Avec les think tanks comme le CFR ou 5000 cerveaux manigancent sous la houlette des banquiers, il serait peu probable que rien ne soit prévu pour endiguer, limiter, rebondir ou que sais-je, non ?
Après qu'est-ce qu'ils ont prévu ça...

BichFriz 10/05/2017 12:17

Merci cher OG pour ces rappels historiques !

Observatus geopoliticus 09/05/2017 23:19

@ BichFriz
Pour prendre un autre angle d'attaque que l'excellente réponse de Madudu, il est évident qu'ils y pensent jour et nuit. Mais que voulez-vous faire contre l'inévitable ? Grandeur et décadence des empires, l'Histoire est pleine d'exemples... Vie et mort des civilisations : Spengler ou le grand Toynbee qui les voyait comme des corps vivants faisant face à une suite de défis-réponses qui conditionnaient leur destin. L'Espagne du Siècle d'or a duré un siècle, la France du Grand siècle aussi. L'hégémonie américaine prend le même chemin...
Ceci dit, pour revenir très concrètement à votre interrogation, certains observateurs voient la création de l'euro comme le moyen de créer un dollar-bis qui sera bientôt couplé au billet vert afin d'essayer de ratisser encore large. Vrai, faux, l'avenir nous le dira... Mais ça n ferait de toute façon gagner que quelques années ou dizaines d'années ; la tendance générale, elle, est inéluctable.
Bien à vous

BichFriz 09/05/2017 16:11

Merci Madudu pour cette belle et grande réponse, un peu d'histoire semble vous donner raison, le grand cycle des récessions se poursuit jusqu'au jour ou il se cassera la gueule.

Il me manque de sacrées bases en économie et finance et un Observatus Economicus ne serait pas de reste quelque part sur le web...
J'ai lu quelque part que la Chine et le Japon possédaient une bonne part des bons du trésor, j'imagine que si les US coulent cela ne fera pas les affaires de grand monde d'un point de vue finances, vont-ils laisser faire ?
Ambrose Evans-Pritchard semble également pessimiste sur le sujet, son mot de la fin est d'ailleurs assez peu encourageant : "Mais les risques augmentent, et il n’y aura nulle part où se cacher en Europe si la « Chimérique » cède et quand cela se passera."
Youpi.

Madudu 09/05/2017 14:14

C'est une bonne question je trouve, que je me pose aussi et qui appelle à des réponses nuancées et humbles tant elle soulève de choses subtiles, compliquées et enchevêtrées.

Il y a certes au service de l'empire un somme considérable d'intelligences et de savoirs. Mais l'intelligence est une chose et le système de pensées employé en est une autre.

Ce qui condamne, à terme, l'empire à la dislocation ce sont les limites de son système de représentation et non pas celles de ses intelligences.

Mon opinion à ce propos est que l'empire aurait pu se maintenir théoriquement indéfiniment si l'économie mondiale avait maintenu indéfiniment une croissance géométrique, car si tous les acteurs croissent dans les mêmes proportions les différences relatives qu'il y avait sur la ligne de départ se maintiennent tout le long de la course. À même taux de croissance, quelqu'un qui part avec 1 sera toujours à 1/3 de celui qui est parti avec 3.

Or à l'après seconde guerre mondiale les US se sont trouvés les mieux dotées, ils pouvaient donc dominer indéfiniment tant que personne ne croissait plus rapidement qu'eux.

Ce qu'ils se sont employés à assurer partout en torpillant les concurrents par toutes les armes à leur portée, en imposant des règles de jeu déloyales qui leur garantissent un avantage comparatif dans tous les cas de figure, en imposant une doctrine économique qui avantage le plus gros et qui assure au plus petit d'être toujours, en proportion, le plus petit. C'est ça le "libre-échange", c'est à ça que ça sert.

Mais ils ne pouvaient pas se garantir de ceux qui sont parvenus à se protéger de leurs leviers de destruction, ceux qui adoptait un autre système et qui donc pouvait dériver lentement vers une économie hors de portée de leur idéologie et de leurs coups-bas.

On peut penser à l'URSS, à Cuba, à la Chine, aux tentatives multiples tentées un peu partout dans le monde d'échapper aux bassesses états-uniennes. Jusqu'ici toutes ont échouées à différents degrés.

Mais la croissance géométrique de l'économie mondiale n'a pas duré éternellement, elle s'est terminée avec la crise de 2008. Pas seulement à cause de dysfonctionnements dans le système symbolique de gestion des ressources à court terme (la finance), mais aussi à cause d'un état de fait indépassable : nos principales sources de matières premières énergétiques et non-énergétiques sont fossiles, elles ne pouvaient donc pas fournir indéfiniment des quantités croissantes.

L'économie US et ses leviers ne peuvent donc plus imposer partout leur hégémonie, ils perdent peu à peu l'avantage comparatif qu'ils avaient sur la ligne de départ. Leur principal levier consiste donc à empêcher leurs concurrents (et alliés, souvent ...) d'accéder aux ressources dont eux ne peuvent pas disposer : hydrocarbures iraniens, russes, vénézuéliens, ...

Mais ils n'y parviendront pas si le bloc eurasien se développe de l'intérieur, sur lui-même, indépendamment des systèmes déloyaux états-uniens. Or c'est bien ce qui se produit en ce moment-même. Et non seulement ils n'ont plus la main en Eurasie, mais ils continuent à y perdre du terrain à travers l'expansion de l'OCS (bientôt la Turquie, quand elle sera sortie de l'OTAN ?), la perte prochaine de l'Afghanistan, la poursuite de l'intégration économique de la Russochinie, la mise en place un jour ou l'autre des pipelines russo-iraniens au Moyen-Orient, etc.

Les systèmes de représentation des considérables intelligences au service de l'empire ne peuvent pas dépasser les lois de la physiques et les principes élémentaires des mathématiques, ils ne peuvent que perdre à terme. Même s'ils déclenchent une apocalypse nucléaire qui nous ramène 1000 ans en arrière le même scénario se produira à nouveau, pour les mêmes raisons. Ils ne peuvent pas gagner éternellement.

Il faut remarquer que s'ils perdent l'avantage qu'ils avaient sur la ligne de départ tous leurs leviers déloyaux qui avantagent mécaniquement le plus gros vont se retourner contre eux.

Lorsqu'ils seront clairement engagés dans une reconversion idéologique en matière d'économie, lorsqu'ils revendiqueront le droit inaliénable au protectionnisme (au nom des droits de l'homme, sans doute ^^), la liberté d'entreprendre dans le cadre d'une concurrence loyale à l'intérieur des frontières des états-unis, ou encore le devoir cosmique de protéger la planète des économies polluantes de l'Eurasie, alors sans doute nous serons en droit de dire "Ouf !".

jef 07/05/2017 23:45

"Assistera-t-on bientôt à un échange direct pétrole contre or ?"
Je parie que non. Pourquoi déchirer trop tôt les hardes du système financier mondial?

michel 08/05/2017 18:12

Bonsoir,

On peut supposer que la planche à billets fût une pratique bien avantageuse pour quantité de places financières, du même acabit que les bulles (immobilières, métaux précieux, terres agricoles, internet, bla bla..)
L'étalon or est-il viable face à la montée inexorable des crypto-monnaies? Le contournement de l'hégémonie du dollar par ces transactions en or, ne font que conforter les alliances eurasiatiques

Eric83 08/05/2017 10:04

Les trilliards de dollars us, de yens, de yuans, d'euros...produits chaque année sont des billets de monopoly. Tant que tout le monde fait semblant de croire que ce sont des billets reflétant une vraie richesse produite, le système continue de fonctionner.
Arrivera un jour - peut-être pas si lointain - où le mirage s'évaporera et où les billets de monopoly seront pris pour ce qu'il sont : des billets de monopoly.
Dans ce contexte, pour que l'économie mondiale puisse continuer de tourner, il faudra un nouvel étalon reconnu mondialement et cet étalon sera très vraisemblablement l'or.
Certaines grandes nations lucides et prévoyantes comme la Russie, la Chine et l'Inde amassent donc des réserves d'or.
Cela ne veut nullement dire que les transactions commerciales concernant l'achat de matières premières se feront directement en or.

Eric83 07/05/2017 14:25

@ Hamilcar Barca
Si ma mémoire est bonne, j'ai lu des informations à ce sujet il y a quelques mois sur des sites US. Dans le flot de mes lectures diverses et variées - dont je ne conserve pas d'archives -, ces informations m'avaient particulièrement stupéfait car je ne comprenais pas comment la production de systèmes et/ou de pièces d'armement pouvait être délocalisée sur l'autel du profit.

Observatus geopoliticus 09/05/2017 23:20

Je suis on ne peut plus d'accord avec Kevin : les messages de certains lecteurs - dont évidemment Hamilcar et Madudu - sont un pur régal.

Hamilcar Barca 07/05/2017 21:48

@Kevin
Merci Kevin, mais en ce qui me concerne le qualificatif d"expert" est largement exagéré, à côté des "véritables" qui hantent les forums spécialisés. Disons que j'essaie de me cultiver dans un domaine plus que vaste, mais je ne dors pas avec "Jane" ou ses frangines dans mon lit :-)
Bien cordialement

Madudu 07/05/2017 21:20

C'est gentil de me citer mon très cher Kevin :)

J'avoue attendre une réaction du carthaginois chaque fois qu'il est question d'armement, et je ne dois pas être le seul.

Kevin 07/05/2017 17:31

EN plus d'un expert en géopolitique, on trouve sur ce blog entre autres un expert en agriculture (Madudu) et un expert en armement (Hamilcar Barca). Merci à vous 3 de partager vos connaissances :)

Hamilcat Barca 07/05/2017 15:55

@Eric83
Re-bonjour Eric,
Merci de votre réponse. Oui, c'est tout à fait possible, sans mettre la suprématie de l'Empire en danger. Je vous ai parlé dans mon post initial des munitions, car c'est un bon exemple de matos militaire que l'on peut faire fabriquer partout où il y a un bon niveau en métallurgie et en chimie.
Concernant l'électronique, c'est encore plus évident, dans la mesure où ce ne sont pas la plupart - j'ai bien dit, la PLUPART - des composants qui sont stratégiquement sensibles, mais leur assemblage final et éventuellement les logiciels qui vont tourner dessus. On voit dans ce domaine des choses étonnantes: le bombardier furtif B-2 a été mis en service en 1997. Eh bien, toute l'informatique embarquée gérant le pilotage, la navigation, etc était animée par des Intel 80286, des procs pas vraiment top secret et obsolètes depuis un bail!
L'Empire peut donc délocaliser certaines productions sans grand risque stratégique.
A l'inverse - c'est un exemple - et pour autant que je sache, le dernier cri en matière de radar AN/APG-79 AESA pour l'US Navy et la RAAF est fabriqué intégralement par Raytheon dans son usine de Tucson, Arizona.
Bien cordialement

michel 06/05/2017 19:47

Bonsoir,

De l'or contre des matières premières? C'est pour la balance commerciale? No comment..
L'intérêt, à mes yeux, est de contre balancer l'euro.
Pourquoi? La lire italienne a tout à gagner de rejouer Antigone avec la Grèce

michel 06/05/2017 22:08

Enfin, si une guerre monétaire abouti, rétro anti prospectivement, c'est dans les dents que les pays du sud vont le sentir.

Euclide 06/05/2017 18:00

@ Eric
Le pb n'est pas d'avoir des dettes car tout le monde en a et est nécessaire à la vie d'une famille, d'une entreprise ou d'un Etat . Le pb est quand la dette n'est plus maîtrisés par les parties ci-avant.
Dans le cas de l'empire américain , rien n'empêche de créer une bonne guerre mondiale pour apurer ses dettes. Si historiquement Hitler a provoqué la seconde guerre mondiale, en réalité il l'a devancé. Il a été manipulé par le système de son époque.

Hamilcar Barca 07/05/2017 07:30

@Eric83
"une partie non négligeable de la production de leur propre armement a été délocalisée dans les pays à bas coûts de production"

Bonjour Eric
Vous pourriez préciser SVP? J'avais la notion que, effectivement, des compagnies oeuvrant dans des secteurs de l'armement sans grande valeur technologique - pe, les munitions d'armes légères - avaient des usines au Mexique voire ailleurs en Amérique Latine.
Mais que, a contrario, tout ce qui fait la supériorité militaire de l'Empire dans bien des domaines restait soigneusement localisé sur le territoire national. Cette exigence a fait qu'un consortium comme BAE (qui n'est plus limité depuis longtemps à la seule aéronautique) avait choisi de transporter ses pénates aux USA.
Par ailleurs, lorsque les USA acquièrent de la technologie militaire étrangère, elle doit être re-moulinée à la sauce Pentagone et les matériels fabriqués sur le territoire national. Cela ne date pas d'hier: rappelez vous pe le système de communications RITA de Thomson (à l'époque).

Certes, on voit un pays comme le Japon ou l'Italie impliqués dans la fourniture de parties du célébrissime F-35 mais il ne faut pas oublier que, tout autant qu'un programme militaire, le F-35 est une opération politique destinée à vassaliser encore plus les pays tombés dans ce piège à mouches, et à dézinguer ce qui reste de l'aéronautique militaire européenne.

Merci de votre réponse
Bien cordialement

Eric83 06/05/2017 19:09

Euclide, je ne partage pas votre point de vue concernant la dette des US qui avoisine les 20 trilliards de dollars. Les US vivent à crédit depuis des décennies grâce aux dollars, monnaie d'échange internationale, et au système de paiement international du pétrole, les pétrodollars.
Si le dollar cesse d'être la monnaie d'échange internationale et/ou que le pétrole se négocie dans une autre monnaie ou dans n'importe quelle monnaie, les US sont immédiatement - ou en 2 mois maximum - en faillite.
Autre donnée importante, le déficit budgétaire annuel est de l'ordre de 800 milliards par an financés notamment la Chine et l'AS. Les financements se tariront rapidement si l'économie US s'effondre. Où les US trouveront 800 milliards par an ?
Dans mon précédent commentaire, j'ai indiqué "si un conflit nucléaire mondial est évité".
Si un conflit nucléaire mondial éclatait, nous ne serons plus là pour échanger sereinement nos points de vue. Que resterait-il sur terre et qui survivrait ?
Dans le cas de guerres "conventionnelles", les US feraient-ils le poids face à la Russie et à la Chine ou même face seulement à la Russie ? Pas sûr.
D'autant que pour faire la guerre, il faut des moyens financiers colossaux que les US n'auront plus, la dette US étant devenue insolvable.
Enfin, que produisent les US aujourd'hui, industriellement parlant ? Plus grand chose et qui plus est, une partie non négligeable de la production de leur propre armement a été délocalisée dans les pays à bas coûts de production. En cas de guerres "conventionnelles", les US s'effondreraient à une vitesse vertigineuse.

Eric83 06/05/2017 14:25

Tellement les gouvernants des puissances occidentales sont incompétents et inconséquents que l'on en vient à s'extasier du...simple bon sens.
La Russie est la seule grande puissance mondiale a avoir une dette sur PIB de - il faut le lire pour le croire - seulement 20%.
La Russie est "saturée" de pétrole et de gaz, ce que toutes les nations du monde lui envient.
La Russie vend son pétrole à la Chine en yuan et s'empresse de liquider ces yuans - monnaie de singe - pour acheter de l'or à Shanghai.
La Russie a compris que l'effondrement financier, monétaire et économique est déjà en cours et que le dollar, le yuan, le yen et dans une moindre mesure l'euro, qui ont fait l'objet de trillions de création monétaire - véritable monnaie de singe car sans contrepartie de richesse - ne vaudront bientôt, le quand reste la question, plus que le prix du papier sur lequel ils sont imprimés.

Russie = très peu de dettes + pétrole + gaz + réserves d'or.
Donc si un conflit nucléaire mondial est évité, LA puissance économique mondiale sera de facto la Russie - sachant qu'elle soit déjà aujourd'hui l'acteur essentiel de la géopolitique internationale.
Alors quand on entend les propos de Macron sur la Russie et Poutine, c'est à mourir de rire ou plutôt à pleurer.

Madudu 06/05/2017 18:48

Par ailleurs le potentiel de développement intérieur est tel que la Russie n'a pas intérêt à adopter une position dominante sur l'économie mondiale à la manière des US.

Elle a plutôt intérêt à ce que ses voisins maintiennent ou développent une économie dynamique pour que ses hydrocarbures trouvent leurs débouchés.

Je me demande par contre, dans le contexte d'un important développement intérieur dans un pays très riche en matières premières, à quoi peuvent être employées les devises étrangères obtenues par les exportations ?

Je ne suis pas économiste mais je me dis que l'or ne peut pas constituer à terme la seule contre-partie de ces exportations. L'or ne produit rien et ne sert pas à grand chose, il ne faut pas l'oublier.

Est-ce qu'un "gazorouble", c'est-à-dire des ventes de gaz en roubles plutôt que dans les devises respectives des acheteurs étrangers, ne serait pas un objectif pour la Russie à terme, après l'effondrement du pétrodollar ?

Cela lui permettrait d'augmenter la demande en roubles, et donc de l'enchérir. Par la même cela peut contribuer à maintenir un prix au moins modéré du gaz russe de manière à stabiliser son cours, en plus de défavoriser les autres exportations et donc de favoriser le développement intérieur aux dépends des multinationales étrangères (ou comment tuer le libre-échange sans toucher aux accords commerciaux).

Ça poserait par contre un sérieux problème pour les exportations de matières premières agricoles et donc pour la stabilité politique du bassin méditerranéen (subventions à perte ?), mais ça permettrait d'importer des compétences de l'étranger et d'augmenter la capacité des russes à consommer des trucs à haute valeur ajoutée produits à l'étranger (électronique, voitures, foie gras ^^, ...).

Bref, est-ce que la Russie ne va pas devenir un pays riche à la manière de l'Europe de l'Ouest pendant qu'à l'Ouest on va devenir pauvre à la manière de l'Europe de l'Est ?

Kevin 06/05/2017 18:06

Certes, mais démographiquement, la Russie est un petit pays (Russie = 140 millions = France + Allemagne). Les infrastructures en dehors de Moscou et St Petersburg sont limitées, mais le pays est sur une pente ascendante, à l'inverse des USA et UE. Le fait que les BRICS vont continuer à monter en puissance fait peu de doutes...

Silk 06/05/2017 02:14

"autorités turques à vendre du dollar pour acheter de l'or ou de la lire"
la lire ? Ou de la livre ? Ils achètent de la lire ???

On pourrait penser que les chinois, qui ont accumulé de très grosses réserves d'or, ont tout intérêt à continuer à deviser en yuan : ainsi leur monnaie pourrait concurrencer le dollar.
Ils ont plus d'or que les USA pour appuyer leur monnaie et pourrait à terme tenter progressivement un putsch monnaitaire pour imposer le yuan comme monnaie alternative voire prépondérante dans nombre d'échange commerciaux internationaux ...

Observatus geopoliticus 06/05/2017 11:04

@ Silk
La lire turque, oui. Vous ne connaissez pas ??? (je mets autant de points d'interrogation que vous)

Kevin 05/05/2017 22:49

Bonjour,

L'or a été utilisé pendant des millénaires, dans de nombreuses civilisations différentes. De par sa rareté et sa stabilité (impossibilité de le fabriquer ou de le détruire sauf par fission nucléaire, puisque c'est un atome), sa malléabilité, son côté esthetique, son rôle de "monnaie ultime d'échange" est évident. Dans ses conditions, même en position de force en 1945, comment les americains ont pu réussir l'incroyable imposture de remplacer l'or par du vulgaire papier comme "monnaie d'échange internationale"? Vulgaire papier dont en plus eux-seuls ont le contrôle de la production!

Observatus geopoliticus 06/05/2017 11:09

@ Alaric
Pas tout à fait, cher Alaric. L'Inde était dans le camp soviétique et la Chine dans le camp US, même si effectivement, ces deux pays n'étaient pas de simples satellites :
http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/07/l-ours-et-le-dragon.html

Alaric 06/05/2017 01:33

L'inde avait d'ailleurs maille à partir avec le Pakistan , fidèle allié des USA dans la région .

Alaric 06/05/2017 01:31

La chine (après la rupture sino soviétique ) et l'inde ont suivi leur propre voie pendant la guerre froide il me semble . Ce ne sont pas des pays sous influence occidentale (et encore moins russe )

Kevin 06/05/2017 00:54

Merci Zuglub.
Oui, ca se tient... Et ensuite, la paranoia généralisée et la bipolarité du monde jusqu'en 1990 a fait que quiconque s'opposait à l'oncle Sam devait plus ou moins se ranger du côté de l'URSS (à l'exception de petits pays comme la Yougoslavie ou l'Autriche restés neutres, et du tiers-monde...)

Zuglub 05/05/2017 23:21

Sans doutes parce qu'ils occupaient militairement, eux ou leurs alliés anglais, la quasi-totalité du monde. Un monde d'ailleurs détruit et qui nécessitait l'aide d'une superpuissance industrielle et disposant d'un capital monstrueux à investir en Europe. Capital constitué suite aux prêts contractés avec cette même Europe durant les deux Guerres mondiales. Les seuls à résister à l'invasion du dollar furent, sans surprises, les soviet et leurs conquêtes.

Olga 05/05/2017 21:30

Décidément Monsieur Poutine m'étonnera toujours. Discret mais tellement efficace. Mais si les choses avancent rapidement dans ce sens c'est qu'il y a peut être urgence en la matière. Et nous européens, on ferait bien de se poser des questions. Quand ça va péter ça va faire très mal et les plus malins se seront mis à l'abri. Adieu veaux, vaches et... euros ! Le Royaume Uni l'a déjà bien compris et je me doute que le Brexit n'est pas seulement le fait du respect des électeurs. A d'autres !

https://resistance71.wordpress.com/2017/05/03/resistance-politique-la-city-de-londres-les-rothschild/

tof 05/05/2017 20:50

Bonjour, petite question :
comment la chine paie t elle son pétrole à l'Angola? est ce le même système que celui utilisé avec la Russie ?

Observatus geopoliticus 05/05/2017 22:22

@ tof
Intéressante question. En 2015, la Chine et l'Angola ont signé un accord permettant l'utilisation de la monnaie de l'autre chez soi. Dans la pratique, c'est évidemment le yuan qui est utilisé en Angola où il est devenu une seconde monnaie : http://www.agenceecofin.com/finance-uk/0908-31268-angola-makes-chinese-yuan-its-second-legal-tender
Les échanges commerciaux commencent donc maintenant à se faire en yuans mais je n'ai jamais réussi à trouver la part de pétrole angolais encore payée en dollars et celle en yuans. La tendance, par contre, est claire : ça sera à terme le yuan.

geronimo 05/05/2017 18:55

Bonjour, petite question sur votre conclusion:
Concrètement, quelles pourraient être les conséquences ( militaires ou économiques) de ce qui semble être selon vous une déflagration pour les US ?

LMD3014 06/05/2017 08:24

Je suis d'accord. Selon des collègues qui ont travaillé en Arabie Saoudienne, il ne faut même pas donner des coups à la porte, cette structure pourrie là va tomber spontanément.

Alaric 06/05/2017 01:29

D'ailleurs il n'y aurait même pas besoin de guerre pour détrôner les Saoud . Tous les secteurs importants du pays sont gérés de facto par des cadres occidentaux . Quant à l'armée saoudienne , ce sont les américains qui la fournissent, l'encadrent , l'entraînent , etc . Et on voit la performance ridicule de cette armée au Yémen .

Ce pays est une construction artificielle tenue à bout de bras par l'occident . Il suffirait de le lâcher pour qu'il s'écroule

Zuglub 05/05/2017 23:23

Une guerre lancée aux Seoud pourrait d'ailleurs très bien passer aux yeux de l'opinion américaine, car il est de notoriété publique que ces coquinous ont maille à partir dans le 11 septembre.

Observatus geopoliticus 05/05/2017 22:32

@ géronimo
Après une première phase d'hystérisation (faire pression sur les pays faibles ou alliés pour les obliger à commercer en dollars, cf. Irak, Libye), viendra très bientôt la seconde étape, la plus importante. Deux scenarii sont possibles :
- l'empire se rétracte. Comme le dit Jolly, plus moyen de maintenir le système impérial en l'état, US go home. Ce scénario concorde d'ailleurs avec un sentiment isolationniste grandissant aux Etats-Unis, dont Trump a été le porte-drapeau (même s'il l'a ensuite en partie trahi).
- l'empire double la mise. Loin d'accepter son recul, il commence à multiplier guerres et déstabilisation pour obliger les autres à continuer à commercer en dollars. Ces guerres elles-mêmes provoqueront une dette sans cesse accrue, menant à d'autres guerres... Cycle infernal.
Je penche pour la première hypothèse : les Américains n'ont plus les moyens de mener plusieurs guerres de front. Les fiascos irakien et afghan, gouffres financiers et humains, ont refroidi les ardeurs... Ceci dit, pour l'Arabie saoudite elle-même, rien n'est sûr et je le précise dans le billet.

geronimo 05/05/2017 19:39

D'accord, mais vous pensez que les US vont gentiment rentrer chez eux et renoncer à l' empire qu'ils ont construit depuis 60 ans?
Dans l'article, les 2 tentatives de saddam et khadafi ont conduit à la destruction immédiate de l'Irak et de la Lybie.
Quid d'une généralisation de ce processus par les membres de l'OPEP (Arabie saoudite en tête) ?

Jolly 05/05/2017 19:14

Plus moyen d'entretenir le complexe militaro-industriel,
plus moyens de mener les guerres loin de chez eux
bref ce sera US accepted to go home.

Beuhh un peu forcé je l'admet.