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Chroniques du Grand jeu

De l'eau dans le pétrole entre Washington et Riyad ?

23 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis

Nos prédictions se réalisent-elles une nouvelle fois ? Rappelons ce que nous écrivions en décembre :

Terminons sur une petite nouvelle passée inaperçue et qui ne mérite peut-être pas d'être relevée, mais nous préférons donner au lecteur toute information susceptible d'expliquer les événements futurs. Dans le cadre de la prise de distance du Donald avec ses activités entrepreneuriales, le futur président américain a fermé quatre sociétés liées à l'Arabie saoudite. Ce n'est peut-être rien... comme ça peut être un signe annonciateur d'un prochain changement de direction de la politique étrangère des Etats-Unis.

Un intéressant article du toujours excellent OilPrice semble aller dans ce sens. Intitulé Les relations américano-saoudiennes tournent-elles au vinaigre ?, il revient sur la visite du prince héritier et ministre de la Défense Bin Salman à Washington le 14 mars. Comme souvent, les déclarations grandiloquentes - "Un grand succès", "Un moment historique" - étaient destinées au grand public et il a fallu attendre quelques jours pour commencer à comprendre les dessous de la rencontre. L'euphorie saoudienne contraste avec la relative froideur américaine selon des sources de la Maison Blanche.

Se jouait également sur le Potomac la prolongation de la lutte wahhabito-pharaonique entre Bin Salman et Sisi, le président égyptien. Ces deux poids lourds du Moyen-Orient, autrefois fidèles piliers du système impérial, sont maintenant en désaccord sur à peu près tout, particulièrement dans le dossier syrien. Ca aussi, c'était dans les tuyaux, nous l'évoquions en novembre :

Et puisque l'on parle de manoeuvres internationales, autre coup de tonnerre : des chasseurs égyptiens seraient arrivés en Syrie ! C'est ce que rapporte un journal libanais mais aussi certains sites rebelles. Est-ce vraiment une surprise ? Depuis la chute des Frères musulmans de Morsi, Le Caire s'est rangé sans ambiguïté du côté syro-russe, ce qui a d'ailleurs provoqué des vagues dans les relations egypto-saoudiennes. Le rift s'agrandit chaque jour un peu plus et, il y a quelques semaines, Riyad a même suspendu ses livraisons de pétrole à l'Egypte qui se tourne toujours plus vers l'Iran.

En Syrie, de hauts pontes étoilés égyptiens avaient rendu une petite visite à leurs confrères russes à Tartous le mois dernier et nous avions évoqué :

les exercices militaires conjoints russo-égyptiens, là encore une première du genre. Sans remonter à Nasser, Le Caire et Moscou sont en harmonie depuis plusieurs années (on se rappelle la visite pharaonesque de Poutine début 2015) et partagent la même position sur le dossier syrien. Le net rafraîchissement des relations entre l'Egypte et les Etats-Unis après 2013 a, loi des vases communicants oblige, pleinement profité à Moscou et l'on parle même maintenant d'une possible base russe en Egypte (Sisi a démenti mais...)

Suite presque logique, l'aviation pharaonique arrive en Syrie pour, selon le journal libanais, "participer aux opérations contre l'Etat Islamique tout en fournissant un soutien logistique à l'armée de l'air syrienne".

Sans surprise, le Donald a, par inclination personnelle et réalisme, joué la carte Sisi qu'il a appelé dès son premier jour dans le bureau Ovale le 23 janvier et avec lequel les contacts sont excellents. Là comme ailleurs, nous assistons à un lent mais inexorable réalignement tectonique vers le centre de gravité qu'est devenue la Russie. Tous les chemins mènent à la troisième Rome...

Une nébuleuse se constitue peu à peu autour du 4+1 au Moyen-Orient même si de vives tensions subsistent (entre Etats-Unis et Iran par exemple). Sentant le vent tourner il y a quelques mois, le sultan a tenté de se raccrocher au dernier wagon que le Kremlin lui a intelligemment et gracieusement laissé à disposition. Les pétromonarchies, elles, paraissent en voie de marginalisation croissante.

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jef 27/03/2017 00:43

Je relis avec grand plaisir Kim de Rudyard Kipling. C'est de ce bref mais admirable roman que nous vient l'expression de "Grand Jeu". Je ne saurais trop le recommander à l'attention des lecteurs de ce blog..

jef 24/03/2017 21:26

La FDR joue la carte égyptienne dans une de ses parties. Car, bien évidemment, elle ne joue pas qu"une seule partie de cartes. J'ajouterai pour reprendre un mot d'OG que la maestria de Poutine ("comment dit-on Maestria en russe?") se mesure précisément au fait qu'elle opère une levée dans un jeu alors que l'attention est sur un autre. Et quand on découvre que les jeux se recoupent, que dire?

Observatus geopoliticus 25/03/2017 13:02

@ Jef
Je serais peut-être légèrement désaccord avec vous quand vous dites que l'Egypte est une carte russe. L'Egypte de Sisi est un allié naturel pour Moscou, partageant les mêmes vues, dans la grande tradition de l'alliance russo-nassérienne.

Euclide 24/03/2017 08:54

Info pour tous que je cite de mémoire parce que je me rappelle plus la source.
Le couple F Hollande / Ségolène Royal ont décidé l'achat de GNL aux States au détriment d'achat des
surplus de gaz russe
Un commentateur expliquait que c'était moins couteux d'acheter directement à la Russie via ses tuyaux bicose il faut construire des unités de compression au Havre. Le seul avantage tj selon l'internaute est si la Russie ferme les robinets , le GNL lui se stocke.

jef 26/03/2017 22:52

@ OG.

Vous avez raison mais précisément l'influence russe avait aussi considérablement pâti au Machrek de effondrement soviétique. Pour compter et peser dans le monde arabo-musulman à majorité sunnite, l''Égypte est aussi importante pour la Russie que peut l'être la Palestine pour l'Iran.Surtout quand on prend en compte la rivalité turco-égyptienne pour s'imposer comme leader dans ce monde. Et on ne peut qu'être admiratif devant la diplomatie russe: Philippines, Égypte, Maroc, pays africains musulmans et anglophones se rapprochent de la FDR. Oui, la Russie échappe au piège du conflit des civilisations dans lequel certains s rêvaient de la voir prise (depuis l'affaire Tchétchène). Et la rencontre avec le Grand Mufti de Russie enfonce le clou! La Russie n'est pas que la Protectrice des Chrétiens d'Orient (et pan! pour la France...) ni seulement l'alliée stratégique de l'Iran. Sans rien renier à ces derniers liens.

Observatus geopoliticus 25/03/2017 13:40

@ Euclide
N'importe quel gaz peut être stocké. Le GNL est plus cher que le gaz naturel passant par les gazoducs, j'en ai parlé plusieurs fois ici. Le seul argument pour l'acheter est géopolitique : isoler énergétiquement la Russie.

Eric83 23/03/2017 19:04

Mon commentaire aurait été plus adapté au billet précédent mais je n'avais pas vu hier l'article sur ZH concernant les écoutes massives de Trump et de bien d'autres personnalités US.
Et à partir de là, il devrait y avoir du grabuge.

http://www.zerohedge.com/news/2017-03-22/bombshell-cia-whistleblower-leaked-proof-trump-under-systematic-illegal-government-s

michel 23/03/2017 18:27

Bonsoir,
M Trump me semble animé d'une intégrité bénéfique pour son pays. Comme vous le soulignez, le dark state ou deep state n'en a pas terminé avec lui. D'ailleurs, je ne sais plus si c'est de vous, cet état occulte verrait d'un bon oeil de faire de lui un bouc émissaire..
L'empire ou plutôt la principauté Seoud est sur une pente raide voire sans fond.
Quid de la coalition autour de l'AS pour le Yémen? Quels sont les réels protagonistes?

Observatus geopoliticus 25/03/2017 13:42

@ Michel
Les Emiratis ont décroché, l'AS se retrouve à peu près seule en ligne avec ses mercenaires.

Pendule de Nwton 23/03/2017 17:22

Cher O.G la simplicité des mots de cet article cache une synthèse redoutable des enjeux.
La dépendance totale américaine face aux saoud a pris fin dès que la technologie schiste est devenue rentable sous les 100 $.
En effet, que les USA les exploite aujourd'hui ou dans le futur ils ont les gisements dans leur sol et les évolutions tectoniques de l'orient lui donnent une certaine sécurité. Si à cela vous rajouter les perspectives d'exploitation de la fonte des glaces en Alaska et plus au Nord vous avez un certain matelas de sécurité.
L'orient est à la fois une zone d'influence, d'hégémonie mais aussi une tirelire gratuite pour le complexe militaro-politico-industrielle pour profiter des largesses dispendieuses et des rétros commissions des monarchies.
Les saoud ont crée une société sous perfusion (gatée et pourrie) pour acheter la paix et le docilement social. Vivant avec une tonne de princes, vizirs and cours qui vivent chacun d'eux comme des hyènes dénués de tout bons sens. Un royaume qui ne vit que de rente-des dirigeants paresseux et sans projets (à part la domination bédouine gratuite sur les autres du monde arabe)-une société qui cache réellement ses ressentiments.
Tôt ou tard rien ne peut vous protégez, l'ouest n'est à vos côtés que pour remplir ses poches.
Triste réalité d'une monarchie qui se lézarde et disparaîtra soit totalement ou sous cette forme.
Bien à vous

MBM 23/03/2017 16:27

Les « mises en garde » chinoises sur la défense anti missiles commencent à produire leur effet



23

Mar


Представитель партии «Тобуро» Мун Джэ Ин, возможно, станет новым президентом Южной Кореи и пересмотрит решение о размещении американской системы ПРО

Представитель партии «Тобуро» Мун Джэ Ин, возможно, станет новым президентом Южной Кореи и пересмотрит решение о размещении американской системы ПРО
16 mars 2017

Photo: ToruHanai / Reuters

Texte: Andrei Rezchikov

http://www.vz.ru/world/2017/3/16/822964.html



Il semble bien que la Corée du Sud ait l’intention de reconsidérer sa décision de déployer sur son territoire le système de défense antimissile des États-Unis. Des allusions en ce sens ont commencé à apparaître au sein du parti dont le représentant est susceptible de diriger le pays après la prochaine élection. La Chine a trouvé des arguments très sensibles pour les Coréens.

Jeudi, le chef de l’opposition parlementaire sud-coréenne « Toburo » (« Ensemble ») A San-ho a appelé à renoncer à l’installation du système anti-missile US THAAD – tant que le pays n’aura pas obtenu le consentement de la Russie et de la Chine.

Le politicien a expliqué que le déploiement du système anti-missile n’est possible que si cela ne porte pas atteinte aux relations de Séoul avec les pays voisins, rapporte TASS en référence à « Yonhap. » « Nous devons être très prudents dans cette affaire délicate, – a-t-il dit. – La Chine exerce une forte pression économique ».

Début mars, le commandement du contingent américain en Corée du Sud a annoncé avoir commencé le déploiement du complexe anti- missile THAAD. Les deux premiers lanceurs ont été acheminés vers une base militaire près de la ville de Pyeongtaek, à 70 km de Séoul. Selon la position officielle de Washington, la raison de l’installation de THAAD dans la région a été la menace nucléaire de la Corée du Nord.

Initialement le déploiement de THAAD était prévu pour l’été, mais le processus a été accéléré après que la Corée du Nord a mené une série de lancements de missiles. A Moscou, le Conseil de la Fédération a qualifié l’apparition de THAAD en Corée du Sud « un nouveau défi à la Russie », une tentative de « l’encercler par l’est et l’ouest. » La Chine est encore plus préoccupée. Pékin estime que la puissance de THAAD est excessive pour dissuader la Corée du Nord, et son véritable objectif est la surveillance de la partie nord-est de la Chine avec l’aide d’un puissant radar. « Nous ne permettrons pas de porter atteinte à nos intérêts de sécurité nationale », – a déclaré à cette occasion le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hong Lei.

Le fait que ce soit la gauche qui s’oppose au déploiement du système antimissile américain n’est pas un hasard. Selon un expert de la Corée, le Professeur de l’Université d’Etat de St. Petersbourg Irina Lantsova, la vie politique de la Corée du Sud comprend principalement : une aile droite conservatrice, qui est basée sur une alliance étroite avec les Etats-Unis, et un groupe de partis, dont le « Toburo », qui peut être qualifié de centre-gauche. Ils préconisent une politique étrangère plus équilibrée avec un appui non seulement sur les États-Unis mais aussi d’autres puissances régionales.

« Déjà au printemps et en été de l’année dernière, beaucoup de personnalités de centre-gauche se sont opposées au système de défense antimissile en Corée. La Société en Corée du Sud n’est pas unie sur cette question. Et maintenant, avec la crise politique que connaît le pays, lorsque les chances pour l’arrivée du centre-gauche au pouvoir sont accrues, des voix s’élèvent à nouveau pour que soit révisée la décision sur la défense antimissile, « – dit Lantsova à notre journal.

Pour rappel, des élections présidentielles anticipées sont prévues à la date du 9 mai. Elles ont été rendue nécessaires après que le parlement a voté la destitution de la présidente Park Geun-hye , et maintenant la décision a été approuvée par la Cour constitutionnelle. Selon Lantsova, après le fiasco de Park Geun-hye, la cote de la droite a chuté et les chances d’arrivée au pouvoir du centre-gauche sont grandes. Comment l’écrivait jeudi « Kommersant », le favori incontesté de la course est aujourd’hui le représentant du parti « Toburo », Moon Jae-in.

Des sanctions non annoncées officiellement, mais néanmoins efficaces

En outre, un grand impact sur la politique de Séoul a été exercé par les sanctions de la Chine, qui a commencé à restreindre le commerce avec son voisin, y compris l’annulation officieuse des tournées de chanteurs et la diffusion de films en provenance de Corée du Sud. « La Chine est le principal partenaire économique de la République de Corée. Les restrictions commerciales concernent principalement les biens de consommation de la jeunesse. En outre, les Chinois ont limité la présence de grandes sociétés coréennes comme le groupe Lotte « , – dit-elle. Le Ministère de la Défense coréen a reconnu que la tension dans ce domaine s’est également amplifiée – la coopération militaire entre les deux pays est presque au point mort. C’est la Société Lotte qui a fourni un emplacement sur le territoire de Corée pour l’installation de THAAD, et maintenant la moitié de son réseau de supermarchés en Chine a déjà fermé – sous divers prétextes.

Le politologue de Corée du Sud Pak No-ja a expliqué au journal VZGLIAD que, selon les sondages, la plupart des Coréens considèrent déjà ces sanctions comme une menace pour l’économie du pays, jusqu’à 30% du commerce étant effectué avec la Chine (en comptant Taiwan et Hong Kong). « Du point de vue de nombreux Coréens, qui sont essentiellement préoccupés par la survie économique, THAAD est de la folie complète », – a dit Pak.

Le parti « Toburo » s’appuie sur de grands conglomérats tels que Samsung et Hyundai, qui sont maintenant liés à la Chine, et non aux États-Unis. La plus grande usine de Samsung pour la production de semi-conducteurs se trouve en Chine. « Du point de vue du capital monopoliste coréen, une rupture avec la Chine serait un coup mortel, couvrir de telles pertes à court terme serait absolument impossible, » – dit-il.

En fin de compte, tout se résume à qui l’emportera, du grand capital en alliance avec les libéraux et le centre-gauche, ou de la droite étroitement associée au lobby militaire, puisque le ministère de la Défense est le principal soutien du THAAD. Pak prévoit que l’élection de mai portera sans doute au pouvoir l’opposition, et le président sera le représentant de « Toburo » Mun, et ensuite, avec le soutien de la grande entreprise, le nouveau chef va se battre contre le ministère de la Défense. « Le résultat de cette lutte montrera quels sont les rapports de forces sociales et politiques dans la société, leur influence, leurs possibilités », – prédit Pak No-ja.

Dans le cas d’une telle lutte, l’expert n’exclut pas que les Etats-Unis par la suite abandonnent le système de défense antimissile en Corée du Sud, afin de conserver leur influence sur la partie sud de la péninsule coréenne. « Les Etats-Unis comprennent qu’il leur faut maintenir l’hégémonie idéologique. Il faut que la majorité des Coréens soient persuadés que la suprématie politique et militaire américaine en fin de compte est à leur avantage « , – a-t-il conclu.

La situation autour du radar américain en Corée du Sud ressemble à celle autour du radar américain en Pologne. Les États-Unis envisagent de déployer un radar en Pologne pour surveiller la Russie, de même que leur radar en Corée du Sud est conçu pour avoir un œil sur la Chine. Cependant, la peur de fâcher la Chine en Corée du Sud, semble-t-il, a été beaucoup plus forte que la peur de fâcher la Russie en Pologne.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société








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Publié par histoireetsociete le mars 23, 2017 dans Uncategorized

Observatus geopoliticus 25/03/2017 13:44

@ MBM
Très intéressant et rejoignant mes divers billets sur le Grand jeu en bordure pacifique : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/02/coree-pice.html
Je parle bientôt de la Corée, promis.

Eric83 23/03/2017 15:25

Il y a manifestement de l'eau dans le pétrole entre les gouvernements US et AS.
La plainte de centaines de familles victimes des attentats du 9/11 - dont nos bons MSM français ne parlent pas - à l'encontre du gouvernement Saoudien ne risque pas d'arranger les relations US/AS.
Cela pourrait-il être le point de départ du grand déballage et de l'émergence de la vérité sur ce funeste attentat ?

http://www.nbcnewyork.com/news/local/911-Families-Sue-Saudi-Arabia-Terror-Attack-New-York-World-Trade-Center-Lawsuit-416637413.html

Observatus geopoliticus 23/03/2017 15:39

@ Eric
Oui, c'est sorti il y a deux jours. Pauvre Barack à frites qui a tout fait pour défendre le Seoud...

David Kantik 23/03/2017 14:45

Excellent article comme d'habitude. Merci! Perso, j'aurais plutôt utilisé l'expression "tourner au vinaigre" pour l'article de OilPrice

Observatus geopoliticus 23/03/2017 15:37

@ David
Vous avez raison, cher lecteur, je corrige de suite...