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Chroniques du Grand jeu

Effervescence en Syrak

25 Février 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Après quelques semaines de calme tout relatif, le Syrak bouillonne à nouveau, tant sur les différents fronts que dans les coulisses :

Les forces irakiennes ont repris leur mouvement pour libérer Mossoul, déjà isolée de ses arrières syriens depuis début décembre. Le saucissonnage continue, une milice chiite ayant coupé la route entre Mossoul et Tal Afar, ville à population turkmène qui avait fourni d'importants cadres à l'Etat Islamique et qui avait été le prétexte d'un énième coup de menton sultanesque en novembre.

Désormais, Mossoul est quasiment encerclée et la bataille a commencé, malgré la résistance et l'indéniable professionnalisme des petits hommes en noir - témoin, cette attaque de drone millimétrée. L'aéroport international a été pris par l'armée qui commence à avancer vers le gros morceau, la partie occidentale de la ville :

Un peu plus au nord-est, dans les monts Kandil, l'aviation turque a bombardé un QG du PKK dont les bases arrières sont situées au Kurdistan irakien. Rien que de très habituel... Plus étonnant par contre, Bagdad a, en coordination avec Damas, autorisé des bombardements de Daech en territoire syrien. Arc chiite is back !

C'est d'ailleurs un point que, mis à part ce blog, tout le monde oublie lorsque l'on évoque l'après-EI en Syrie. L'on parle de la future occupation des Kurdes voire des Turcs (illusoire) sur les vestiges du califat, mais l'on omet toujours l'Irak. Pourtant, plusieurs milices chiites irakiennes combattent déjà aux côtés de l'armée syrienne. Surtout, les chefs de ces groupes et même des officiels de Bagdad ont répété qu'une fois l'Irak libéré, les milices passeraient en Syrie - à l'invitation d'Assad - pour annihiler Daech, marchant d'abord sur Deir ez Zoor.

La course pour la ville de l'est syrien se profile donc, les YPG kurdes avançant dans la province afin de couper les routes d'approvisionnement de Raqqa, la capitale califale. Si Deir ez Zoor n'est sans doute pas l'objectif premier des YPG, un futur clash entre chiites irakiens et Kurdes syriens n'est soudain plus tout à fait impossible...

Un conflit potentiel de plus à rajouter à une liste déjà longue, tout droit sortis de la boîte de Pandore syrakienne... Nous n'en sommes pas encore là, les Kurdes se concentrant (pour l'instant ?) sur Raqqa, n'en étant plus qu'à quelques kilomètres :

Bien sûr, approcher d'une ville ne signifie pas la prendre ; Alep (armée syrienne vs Al Qaeda & Co), Mossoul (armée irakienne vs EI), Al Bab (armée turque et ASL vs EI) ou Manbij (Kurdes vs EI) sont là pour démontrer que, quelque soit l'assaillant, le combat urbain peut durer de très longs mois. Sans même parler de Deir ez Zoor où l'armée syrienne assiégée résiste depuis des années à Daech, malgré les "erreurs involontaires" du Pentagone...

Et maintenant, la question à un million : pour qui roulent les Kurdes ? La réponse est tout sauf aisée. Pour eux-mêmes, les Américains (mais lesquels : Trump ou le parti de la guerre), les Russes ? Sans doute tout cela à la fois... Une chose est sûre : l'avance kurde n'est bien vue ni à Ankara (c'est une lapalissade), ni à Riyad ni à Damas (quoique dans des proportions difficiles à évaluer dans ce dernier cas).

Pour compliquer encore les choses, l'inévitable MacCarthy McCain s'est fendu d'une petite visite "secrète" au Kurdistan syrien via la Turquie et il a, au retour, rencontré Erdogan. La contradiction est déjà frappante. Mais cela devient surréaliste quand son compère Follamour, le sénateur Lindsay Graham, affirme que les Kurdes ne seront jamais acceptés à Raqqa (ce qui n'est pas faux) et qu'il convient de les remplacer au moins partiellement par des forces turques ou pro-turques ! Est-il devenu gâteux au point de penser que les Kurdes laisseront passer sans coup férir leur pire ennemi via leur territoire ? Car il s'agit de la seule voie possible, l'autre, celle partant d'Al Bab, relevant du parcours du combattant.

En attendant des éclaircissements sur ces arabesques d'intox - n'oublions pas que le plan pour prendre Raqqa doit être remis par le Pentagone à Trump le 28 février, chacun faisant en attendant monter les enchères -, voyons justement ce qui se passe un peu plus à l'ouest. Après des mois d'humiliations, les Turcs et l'ASL ont enfin pris Al Bab. Il semble qu'il s'agisse d'un retrait pur et simple de l'Etat Islamique (accord secret passé avec Ankara ?) mais les petits hommes en noir ont laissé quelques voitures piégées fauchant des dizaines de rebelles "modérés" ainsi que deux autres soldats turcs.

On le voit, la route vers Raqqa est illusoire, serpentant entre l'armée syrienne (en rouge) et les Kurdes (en jaune). Il semble d'ailleurs qu'un accord ait été trouvé et que les Turcs n'iront pas plus loin mais, pour assurer le coup, les forces loyalistes prennent village sur village pour faire jonction (flèche rouge) avec le territoire sous domination kurde, coupant définitivement l'herbe sous le pied à toute tentation turque. De son côté, Damas a également sèchement averti Ankara.   .

Dans ces conditions, comment comprendre les déclarations rêveuses d'Erdogan : préparation d'une guerre contre les Kurdes syriens pour reprendre Manbij ou, plus sûrement, nouvelles rodomontades ? Toujours est-il que la girouette sultanesque commence à fatiguer tout son monde...

Une question demeure : que feront les rebelles modérément modérés de l'ASL accompagnant l'armée turque si la campagne militaire est terminée ? Retourneront-ils dans l'Idlibistan via le territoire turc ? Si oui, avec ou sans l'accord de Poutine ? Sans qu'il n'y ait de pièce ajoutée au dossier, l'on sent dans l'air du temps comme un parfum de rafraîchissement entre Moscou et Ankara. La rencontre début mars entre le tsar et le sultan vaudra son pesant d'or.

Puisque l'on parle d'Idlib, comme prévu, la situation reste toujours aussi tendue entre barbus et les exécutions sommaires de prisonniers sont monnaie courante. Ces dernières semaines, des centaines de djihadistes sont morts avec l'apparition d'un nouveau groupe, lié à l'EI. Damas et Moscou espèrent sans doute laisser la situation pourrir avant d'engager la reconquête de la dernière province rebelle. En attendant, le facétieux Vladimir provoque le système impérial en proposant aux Occidentaux de payer la reconstruction de la Syrie !

Enfin, plus au sud, avec l'appui de l'aviation russe, l'armée syrienne regagne du terrain vers Palmyre et l'antique cité est de nouveau en vue. Si le verrou tombe et qu'une débandade daéchique s'ensuit, la route vers Deir ez Zoor est ouverte.

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Euclide 25/02/2017 14:32

Merci à Observatus et à son blog , meme si je suis plus sensible à la problématique du bassin méditerranéen que celui de l'Eurasie et de ses tuyaux énergétiques parce que la Méditerranée est l'origine de notre civilisation .

Madudu 26/02/2017 12:31

Et puis, la Mésopotamie (Syrak actuel) n'est-elle pas l'origine des civilisations méditerranéennes ?

Observatus geopoliticus 25/02/2017 14:44

Cher Euclide, pour réconcilier tout le monde, disons que la Méditerranée est l'extrémité sud-occidentale de l'Eurasie ^^

Raphaël 25/02/2017 13:43

Bonjour,

Sauf distraction de ma part, qui serait étonnante vue l'assiduité avec laquelle je lis ce blogue, il n'y a jamais eu l'article promis sur la mise en minorité des Turcs dans leur propre pays ?

La question me tarabuste la curiosité depuis que vous en avez parlé !

Pitié, ça démange de ne pas savoir !

Observatus geopoliticus 25/02/2017 14:43

@ Raphaël
Vous avez mille fois raisons et je me flagelle de honte. Je n'ose plus le promettre mais... ça viendra ^^

la grive 25/02/2017 12:55

>OG" ...un futur clash entre chiites irakiens et Kurdes syriens n'est soudain plus tout à fait impossible..."
Oui, c'est même plus que probable. Et du point de vue des occidentaux, frapper les PMU représente un moindre coût diplomatique qu'une confrontation avec l'armée régulière syrienne. On peut s'attendre à une offensive médiatique pour préparer le terrain, histoire de nous rappeler la bonne image des kurdes et des vilains excès des milices chiites.

TOCQUELIN 25/02/2017 07:25

ce blog pourrait il nous faire une analyse de la situation au Yémen ou malgré les armes fournies massivement par la France et autres les vaillants combattants houthies font mieux que résister aus sinistres Séoud ?

Observatus geopoliticus 25/02/2017 08:31

@ Tocquelin
Parmi les +300 billets de ces Chroniques, plusieurs concernent le Yémen. Le dernier en date remonte à janvier si mes souvenirs sont bons...

theuric 25/02/2017 03:30

Cher Observatus,
Je serais curieux de savoir de ce qu'il en est de l'étrange entonnoir qui laissait un chemin libre à l'E.I. jusqu'au pays des Séouds.
Serait-ce la raison de cette résolution trumpienne de vouloir détruire le daechisme?
Ce qui serait proprement vertigineux, non?

Observatus geopoliticus 25/02/2017 08:33

@ Theuric & Jef
Hélas, très chers, cette hypothèse semble compromise maintenant que les forces irakiennes ont remis la main sur une partie de la province d'Al Anbar, au sud-ouest de l'Irak et "porte" vers l'Arabie saoudite.

jef 25/02/2017 04:24

Du mal à vous suivre theuric. Il est vrai que notre hôte a évoqué il y a un certain temps un couloir de repli des Takfiristes vers l'Arabie Seoudite sous le forme d'un RETOUR A L'ENVOYEUR! Autrement dit la peste! Les Seoud sont aux abois. L’arrivée de daechistes en Arabie Seoudite marquerait la fin de ce royaume (en fait: entreprise familiale de Bédouins illettrés!)

AYIN BEOTHY 25/02/2017 00:11

Je vous engage à lire les dépêches de la Mena, Metula News Agency :
Liban-Israël : les nuages s’amoncellent à nouveau (info # 012302/17) [Analyse]
Par Michaël Béhé à Beyrouth © Metula News Agency
Vous ne pourrez plus écrire ce que je reproduis ci-dessous :
"Bagdad a, en coordination avec Damas, autorisé des bombardements de Daech en territoire syrien. Arc chiite is back ! C'est d'ailleurs un point que, mis à part ce blog, tout le monde oublie lorsque l'on évoque l'après-EI en Syrie."

AYIN BEOTHY 28/02/2017 13:08

Ll'écho de la Ména, @Hamilcar Barca et @Observatus :

"J’ai vu, par hasard.
C’est ignoble et stupide mais il n’y a pas grand-chose à faire.
On ne contrôle pas ce que les gens expriment.
J’ai aussi lu l’article : il y a quelques bonnes idées mais l’ensemble n’est pas très sérieux."

Hamilcar Barca 25/02/2017 09:03

@AYIN BEOTHY

Effectivement vous avez bien fait d'attirer l'attention des intervenants de ce blog sur Metula News Agency.

Malgré son titre ronflant, il ne s'agit nullement une agence de presse, mais de la caisse de résonance d'opinions distillées par une seule personne, parfois aidée de quelques seconds couteaux.
Et quand on apprend que le siège social de cette pseudo-agence se trouve aux îles Vierges, on peut se poser des questions sur son financement.

Observatus geopoliticus 25/02/2017 08:59

@ Ayin Beothy
J'ai effacé votre réponse, mal placée, qui répondait à un autre fil.
Vous avez apparemment mal lu : je ne suis évidemment pas le seul à parler d'arc chiite. Mais ce blog est à ma connaissance le seul à évoquer l'entrée des milices chiites irakiennes en Syrie pour en chasser l'EI. Lorsque plusieurs analyses se lamentent de ce que Damas ne remettra jamais la main sur l'est syrien, je réponds : n'oubliez pas ce qui peut venir d'Irak. Nous verrons si l'avenir confirmera ou infirmera cette hypothèse...
Quant au site dont vous parlez, son biais pro-sunnite est grossier et affleure dès les premières lignes.
Bien à vous

jef 25/02/2017 00:58

Je suis allé sur ce site. J'y ai trouvé un sketch assez drôle avec Elie Semoun . Le reste relève aussi du Sketch. Mais semble involontaire.

Observatus geopoliticus 25/02/2017 00:49

Article grossièrement partisan et désinformateur. En quoi cela m'empêcherait-il d'écrire que etc. etc. ?

jef 24/02/2017 23:42

La Turquie peut-elle s'engager davantage en Syrie? J'en doute. Certes la conquête annoncée d'Al Bab peut être présentée aux Turcs comme un grand succès et l'assurance que les villes frontières turques ne seront plus bombardées. Mais le coût pour une armée largement purgée et qui a montré plus que des limites quant à sa valeur matérielle (que de tanks détruits et d'armes perdues au profit de l'adversaire!) et morale (que de retraites et quel effroi devant les attaques kamikazes qu'elle ne parvient à déjouer. Sans parler de celui causé par le sort des prisonniers turcs ) est inquiétant. Erdogan contrôle-t-il assez son armée, sa propre administration et son territoire pour réaliser ses rêves? La surprise étant la plus sûre loi de l'histoire, je verrai bien la Turquie maintenant largement libérée de sa cinquième colonne se débarrasser du cher Sultan... Au profit de qui?

Alaric 27/02/2017 11:16

Je ne prétend pas que l'armée turque et ses auxiliaires de l'asl ont montré une grande valeur combative . Tout ce que je dis c'est qu'Erdogan à mon avis se fiche royalement de la perte même d'une centaine d'hommes . Ce n'est pas lui que cela va arrêter . De telles pertes peuvent éventuellement affecter l'opinion publique , mais il n'y en a presque plus en Turquie.

Quant au coup d'état éventuel contre Erdogan,je doute qu'il remette en cause l'aventurisme syrien : empêcher la jonction des kurdes est un objectif évident pour nimporte quel gouvernement turc puisque la paix avec le PKK apparaît compromise

jef 26/02/2017 18:58

@ Alaric. Vous rappelez avec raison que l’armée est la seconde de l'Otan et que ses effectifs sont considérables.
Il n'empêche que le Sultan n'a guère les moyens de s'engager dans un conflit asymétrique (les forces conventionnelles turques se sont révélées aussi fragiles que les forces syriennes au début du conflit face aux attaques kamikazes...et l l'ASL ne vaut pas le Hezbolah). La preuve en est la très longue et difficile conquête d' Al Bab . A comparer avec la reprise d'Alep.
Vous ne tenez pas compte des conditions actuelles: croyez-vous que la purge affectant l'armée turque ne l'a pas affaibli? Que le massacre de ses soldats ne joue pas également sur mon moral? Que la situation intérieure ne rend insupportable pas un aventurisme à l'extérieur? Qu’un nouveau coup d’État ne peut être exclu?

Alaric 25/02/2017 16:40

Les turcs ont certes perdu plusieurs dizaines d'hommes depuis le début de l'invasion, mais on parle d'une armée de centaines de milliers d"hommes (2eme armée de l'otan en effectifs ) qui se sert habilement des islamistes locaux comme chair à canon . Je ne pense pas qu'Erdogan soit très concerné par des pertes aussi faibles, et d'autre part il contrôle les journaux . A voir donc , si l'opinion pourra avoir une influence dans un pays déjà quasi dictatorial

Observatus geopoliticus 25/02/2017 00:52

@ Jef
Je dirais plus : au vu des piètres résultats de l'armée turque et de ses affidés dans le nord syrien, il vaut effectivement mieux que le sultan en reste là...

Hamilcar Barca 24/02/2017 23:29

Merci cher Observatus Geopoliticus de nous dérouler un fil d'Ariane dans ce labyrinthe gépoliticomilitaire qu'est le Syrak.
Et même avec des cartes commentées, c'est parfois difficile à suivre :-)

Par ailleurs, j'ai bien aimé le pseudo de cet analyste auteur d'une des cartes: "Peto lucem" (Je me dirige vers la lumière).

Bien cordialement

Observatus geopoliticus 25/02/2017 00:50

Une vraie macédoine moyen-orientale, cher suffète ^^