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Chroniques du Grand jeu

Une de perdue, dix de retrouvées

12 Septembre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Une de perdue, dix de retrouvées

Une fois n'est pas coutume, le Washington Post a publié il y a quelques jours un intéressant article sur les conséquences du reflux daéchique en Syrak. L'honnête homme/femme qui suit ce blog et s'intéresse à l'état du monde n'apprendra certes pas grand chose mais il nous semble utile de relever les rares rayons de soleil perçant l'opaque grisaille désinformatrice de la MSN.

Intitulé Dix nouvelles guerres pouvant résulter de celle contre l'EI, le papier se penche de fait sur les conflits latents ou déjà réels susceptibles d'éclater à mesure que le califat auto-proclamé recule. En voici la liste :

  1. Kurdes soutenus par les Américains vs rebelles arabes soutenus par la Turquie.
  2. Turquie vs Kurdes syriens
  3. Kurdes syriens vs gouvernement syrien
  4. Etats-Unis vs Syrie
  5. Turquie vs Syrie
  6. Kurdes irakiens vs gouvernement irakien
  7. Kurdes irakiens vs milices chiites irakiennes
  8. Kurdes vs Kurdes
  9. Sunnites irakiens vs chiites et/ou Kurdes irakiens
  10. Guérilla daéchique vs tout le monde

Certaines hypothèses se recoupent plus ou moins (1. et 2. ou 6. et 7. par exemple) et quelques simplifications ont été faites, mais il est intéressant de voir pour une fois la machine médiatique pondre autre chose que l'habituelle gelée prête-à-penser et, au contraire, montrer toute la complexité de la situation.

Nous avons parlé de 1. & 2. à de multiples reprises. Contrairement à ce que Washington avait publiquement déclaré, les YPG kurdes ne se sont pas retirées de l'ouest de l'Euphrate, semblant d'ailleurs de ce fait désobéir à leur branche politique, le PYD. La situation est assez confuse et les escarmouches continuent, même si elles ont semble-t-il baissé d'intensité ces derniers jours.

Puisque l'on parle de la frontière syro-turque, une petite note personnelle pour rendre hommage à la "Penelope Cruz kurde", morte dans un combat contre Daech.

Une de perdue, dix de retrouvées

Nous nous sommes également étendus plusieurs fois sur l'hypothèse 3. et l'affaire d'Hassaké, plus grave que d'habitude et qui a vraisemblablement été l'étincelle qui a rabiboché Damas et Ankara. Quant à 4. et maintenant 5., elles semblent exclues.

6. & 7. sont en stand-by et n'interviendront, si elles ont lieu, qu'une fois Daech annihilée en Irak. Ce qui est sûr, c'est que des combats ont déjà eu lieu à plusieurs reprises entre milices chiites et kurdes et que, plus généralement, la tension est bien réelle, notamment autour du pétrole de Kirkuk.

La division inter-kurde pouvant mener à l'hypothèse 8 a été abordée à de nombreuses reprises sur ce blog :

Rappelons que les Kurdes sont actuellement grosso-modo divisés en deux camps totalement antagonistes :
- Kurdes syriens (PYD et sa branche armée YPG) + Kurdes turcs (PKK) + une partie des Kurdes irakiens (PUK). Férocement anti-turcs, relativement anti-américains et pro-russes.
- l'autre partie des Kurdes irakiens (PDK de Barzani qui a la haute main sur Erbil et le Gouvernement Régional du Kurdistan irakien, GRK). Pro-turcs, plutôt pro-américains.

Pas plus tard qu'hier, le PYD a encore accusé Barzani d'avoir supporté l'incursion turque de Jarablous afin d'empêcher l'établissement de Rojava. Ambiance, ambiance... Les pseudos-intellectuels ou journalistes qui évoquent "les Kurdes" en général, comme si c'était un tout uni, n'ont visiblement jamais mis les pieds dans la région qui se rappelle encore la violente guerre civile entre les deux Kurdistans irakiens dans les années 90. Celle-ci cessait quand les chars de Saddam montraient le bout de leur canon puis reprenait comme si de rien n'était quand les Irakiens repartaient.

L'hypothèse 9 paraît peu probable étant donné l'affaiblissement des sunnites qui auraient plutôt intérêt à faire oublier l'épisode daéchique. Quant à 10., c'est plus que possible. Depuis un an, à mesure que son territoire se réduit, l'EI est déjà en partie redevenu ce qu'il était à la base : un groupe djihado-terroriste perpétrant attentats et menant guérilla. S'en débarrasser définitivement sera difficile et sanglant.

Avec en plus le risque de voir surgir ces autres conflits latents : dix guerres pour le prix d'une. La boîte de Pandore a été deux fois ouverte, en 2003 (Irak) et en 2011 (Syrie). Se refermera-t-elle un jour ?

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manassas 14/09/2016 10:10

Finalement, au vu des récents développements dans le sud de la Syrie, ça serait plutôt un conflit Israel - Syrie qui resurgirait avec le contentieux du plateau du Golan comme pomme de discorde.

Observatus geopoliticus 14/09/2016 20:10

Attention de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le "printemps arabe" égyptien n'a strictement rien à voir avec Israël. Pareil pour la Libye ou le Yémen.

Chris 14/09/2016 18:00

Mais les conflits ouverts au Moyen-Orient sont pour les beaux yeux d'Israël !!!

Cet Israël qui purule et métastase toute la région depuis depuis plus d'un siècle et dont De Gaulle avait fait un portrait saisissant toujours actuel, lors d'une conférence de presse du 27 novembre 2016 :

https://www.youtube.com/watch?v=sFy2lDpE12U

De Gaulle avait refusé la bombe atomique à Ben Gourion, non sans raison, alors que la France était fournisseur d'armement à son pays.

Observatus geopoliticus 14/09/2016 17:55

Moui mais les Russes veillent ; ils ont l'oreille des deux camps.

simplet 12/09/2016 20:07

Peut-être serait-il bienvenu en ce moment très important (à mon sens) que vous évoquiez ou/et donniez votre sentiment relatif à la pneumonie du mannequin de TENA senior qui était paraît-il en excellente santé vu qu'elle pouvait ouvrir d'une seule main un bocal de cornichons. On y a trouvé Bill depuis.
Il n'est pas déraisonnable de penser qu'elle n'ira pas pas jusqu'à l'élection et encore moins de la gagner.
Cela signifierait qu'ils devraient trouver un autre candidat démocrate. Je doute que Bernie soit apprécier pas les néocons. Qui donc ? Ou abandon faute de combattant au potentiel suffisant ?
Cela signifierait aussi un gros changement étatsuniens au moyen-orient. Quelle en serait la nouvelle direction?
Et que feront les cocus wahhabites de cette crise électorale en développement les menat à l'inverse de ce qu'ils désiraient les pauvres portes torchons , en perdant au passage quelques dizaines de millions de dollars. Ils pesaient beaucoup dans ce chaudron du diable qu'est le nord syrien. C'est à dire conflit entre ottoman, kurdes de toutes obédiences, sémites tout aussi divers et variés, entre américain du pentagone, américain de la CIA, et autres cowboys de la zone sauvage de Washington? Sans parler du bon larron moscovite...
Bref votre clairvoyance est la bienvenue devant cette transition de boxon à super boxon.

Corpz 14/09/2016 16:46

Je paris sur une victoire d'Hillary Clinton à la présidentielle américaine. À dans 2 mois !

Observatus geopoliticus 12/09/2016 21:52

Ha ha, Bill le cornichon... Je dois vous avouer que je ne sais pas du tout quelles sont les conditions d'un remplacement de candidat au Parti démocrate au cas où l'hilarante ne pourrait plus mettre un pied devant l'autre (pneumonie : LOL)
Une chose est sûre : entre ses malencontreuses insultes envers les électeurs de Trump et ses pas de samba, elle est mal en point.
Quant aux Saoudiens, pfff... il m'ont l'air perdu, les pauvres petits wahhabites. Le problème, c'est que depuis le changement de direction sultanesque mais aussi les fortes rumeurs selon lesquelles Riyad aurait été d'une manière ou d'une autre complice du putsch manqué, le Seoud n'a plus beaucoup de crédit à Ankara et n'a presque plus les moyens d'être en contact avec ses chers djihadistes modérés.

Ady85 12/09/2016 18:43

Une question que je me pose depuis longtemps : pourquoi la Russie plonge toujours dans ces conneries de cessez le feu, sachant très bien que cela ne sert qu'aux barbus afin qu'ils puissent reprendre leurs souffle et se réorganiser ?

Observatus geopoliticus 14/09/2016 17:56

Oui mais le point principal n'est pas abordé : ça saucissonne la rébellion et met les USA devant le fait accompli, à savoir que la grande majorité est djihadiste.

Zuglub 12/09/2016 21:57

Parce que ça aide les loyalistes syriens à se réorganiser, entre autres.
Le souvent excellent Moon of Alabama http://www.moonofalabama.org/ en parle, et je vais tenter de traduire -non sans ajouter mes points de vue et analyses- les 3 points positifs et négatifs de ce cessez-le-feu dont il parle :

Points négatifs :
●Ce cessez-le-feu comme le premier en février arrive juste au moment où les loyalistes avaient un sérieux avantage et étaient sur le point de lancer de nouvelles offensives.
●Ça donne aux rebelles l'occasio de se réorganiser et réarmer, alors que notre fidèle Observatus signalait leurs dérouillées à Alep toujours plus violentes.
●Ça réduit considérablement la souveraineté du régime d'Assad et ressemble pour Washington un peu à un "Hey Assadounet, t'as la légitimité d'un grain de maïs sur la place St Marc, bien à toi." Et à Moscou à un "Hey la poutine, ton allié tu devras lustrer mes fesses avant que je le reconnaisse comme État souverain." De là à dire que Washington va faire pression pour oblitérer des cartes occidentales la Syrie, il n'ya qu'un pas.

Points positifs :
●Le gouvernement syrien pert la capacité de résoudre purement militairement le conflit et devra donc s'orienter vers une voie politique et diplomatique. (En quoi ce point est positif, je me demande...)
●Ça donne aux loyalistes la possibilité de réarmer et moderniser leur armement.
●(trasuction approximative) Ce cessez-le-feu pourrait permettre des conflits dans certains endroits si nécessaire. Entendez contre Daesh ou tout groupe que Moscou et Washington aura désigné comme von pour la guillotine. Il y aura bien quelques Kurdes sur lesquel tester les nouvelles armes signé Russie d'Assad.

Observatus geopoliticus 12/09/2016 21:40

Comme Florian, je vous répondrais que c'est loin d'être une connerie même si ça en a l'air à première vue. Ce cessez-le-feu va au contraire clairement dans le sens syro-russe : http://russia-insider.com/en/the/ri16401
C'est d'ailleurs pour cela que Damas l'a immédiatement accepté tandis que les "rebelles" le rejettent.

FlorianGeyer 12/09/2016 19:48

Je ne pense pas que ce soit des "conneries" dans cet Orient compliqué...
Le dernier cessez-le-feu a donné lieu a des tractations et des retournements de vestes. Au contraire, les barbus pourraient prendre prétexte de l'arrêt des combats pour négocier et préparer une sortie "par la petite porte", certes pas la majorité mais au moins une partie d'entre eux (les cadres je dirais).

Yom 12/09/2016 17:29

Mouais. Ces guerres en perspective ne me semblent pas, pour la plupart, mériter d’être qualifiées de nouvelles.

Elles existaient déjà sous forme larvée avant l’épisode Daech ; c’est juste que les caméras occidentales s’en détournaient. Comme vous le faite remarquer, les kurdes s’entretuaient joyeusement déjà sous Saddam, lequel maintenait également l’hégémonie de la minorité sunnite irakienne sur la majorité chiite à coups de canons …

Quant à la Turquie contre les kurdes syriens, ce n’est pas si fondamentalement différents de ce qu’ils font déjà avec les kurdes turcs. Du moins du points de vu PYD / YPG / PKK / PUK, c’est probablement du pareil au même : la Turquie fait la guerre à leur Kurdistan.

Les deux vrais nouveautés seraient les hypothèses 4 et 5 ; mais vous déclarez les exclure.

A mon (humble) avis, les USA et la Russie vont chercher à s’affronter au cours d’une grosse guerre par alliés interposés, comme lors de la guerre de Corée. Personnellement je donnerais un ticket gagnant pour une grosse guerre bien sanglante entre l’Arabie Saoudite (soutenue par les USA et l’OTAN) et l’Iran (soutenu par la Russie et l’OCS, et donc la Chine).

A moins que le divorce Séoud / USA ne soit consommé d’ici là …

Si cela arrive, je vois déjà les grosses disparités entre les positions officielles des chancelleries occidentales et les opinions publiques de ces mêmes pays. Je rêve déjà d’une déculottée monumentale prise par les saoudiens … sous les viva des rues occidentales et malgré les grises mines des chancelleries.

Observatus geopoliticus 12/09/2016 21:42

Pas vraiment. Jusqu'il y a peu, les structures étatiques maintenaient ces conflits latents sous l'éteignoir. La seule chose qui les empêche d'éclater désormais est le point de fixation créé par l'EI. Qu'il vienne à disparaître et un certain nombre de ces conflits pourront se réchauffer.