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Chroniques du Grand jeu

Jeu de go à Alep

7 Août 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Jeu de go à Alep

Premier jeu de stratégie de l'histoire de l'humanité. le go se moque pourtant du calcul : la position d'un pion évolue au fur et à mesure que l'on pose les autres, leur relation de plus en plus complexe formant des labyrinthes évolutifs et imprévisibles, des serpents s'entourant l'un l'autre.

Le champ de bataille d'Alep ressemble étrangement à un goban où loyalistes et djihadistes se contournent et s'encerclent à tour de rôle. Hier encore, les forces syriennes ceinturaient les rebelles à Alep Est. L'offensive réussie des barbus (flèche en vert sur la carte) perce le blocus mais isole à son tour les gouvernementaux à Alep Ouest en coupant leur voie de ravitaillement ! En quelques heures, suivant les préceptes multimillénaires du go, l'assiégeant devient l'assiégé...

Jeu de go à Alep

De manière assez ironique, les deux parties d'Alep sont en réalité maintenant cernées du fait de l'incroyable enchevêtrement des lignes. Si l'offensive djihadiste a été suffisante pour isoler (momentanément ?) la partie occidentale de la ville, la voie ouverte vers la section rebelle orientale est bien trop petite et sous le constant bombardement russo-syrien pour être d'une quelconque utilité aux barbus.

Ces derniers ont concentré d'importants effectifs et payé le prix fort (des centaines de morts) pour effectuer cette incertaine percée, mais des renforts massifs arrivent du côté gouvernemental afin de les repousser. Moment important dans cette guerre syrienne.

Partout ailleurs, ça avance : nord de la province de Lattaquié où une embûche aurait d'ailleurs laissé (le conditionnel est de mise) une cinquantaine de djihadistes sur le carreau, Deraa où des centaines de rebelles se sont rendus pour bénéficier de l'amnistie présidentielle, Darayya à l'ouest de Damas. Quant aux Kurdes, ils ont enfin mis la main sur Manjib, après deux mois de combats acharnés contre Daech. Ce qui donne une idée de la difficulté de reprendre Alep, ville dix fois plus grande...

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Jean-Pierre 09/08/2016 22:30

Apparemment ce sont les troupes de choc du Hezbollah qui ont été en première ligne lors de la percée des djihadistes , il se murmure sur les réseaux dits sociaux que l'aviation russe n'a pas offert de couverture aérienne aux chiites libanais afin de ne pas froisser Israël ? Est ce crédible ?

Observatus geopoliticus 09/08/2016 23:03

Non, ça n'est pas crédible, surtout à Alep qui est très loin d'Israël ; Tel Aviv n'a que faire de ce que peut faire le Hezb à Alep...
La percée djihadiste s'est faite grâce à de gros effectifs (10 000) et au prix de pertes énormes (2 000 morts), face à des loyalistes qui étaient en sous-nombre.

Yom 08/08/2016 09:37

Je continue, de temps à autres, à regarder Arte Journal, avec la méfiance de mise qui doit désormais s’appliquer à tout journal TV. En fait je continue à regarder les « infos » TV plus pour observer les éventuelles évolutions dans leur traitement de l’information que pour l’information elle-même, que je viens plutôt chercher sur des sites comme celui-ci (j’en profite au passage pour me joindre à nouveau à la litanie des remerciements).

J’ai l’impression que les choses s’améliorent un peu de ce point de vue, même si c’est encore bien timide. Il est trop rare qu’on nous informe à la TV de l’évolution de la situation militaire en Syrie. Et le fait que pour une fois que cette situation est mentionnée, ce soit à l’occasion de ce « siège brisé » (comme ils décrivent ce qui s’est passé) pourrait paraître tendancieux.

Mais en fait j’ai été plutôt agréablement surpris du fait que cette nouvelle ait été annoncée sur un ton assez neutre avec une formulation laissant même envisager que cela pourrait être une plutôt mauvaise nouvelle, là où il y a quelques mois on aurait probablement annoncé avec triomphalisme un succès des « combattants de la liberté » (un poing levé et avec un portrait du Che en incrustation subliminale …).

Non, si je me souviens bien, la formulation ressemblait à : « Un peu partout en Syrie, Daesh perd du terrain. En revanche à Alep, une coalition de rebelles et de djihadistes a réussi à briser le siège de la ville par les forces gouvernementales. »

Notez le « en revanche » qui met la seconde phrase en opposition avec la première, donc en opposition avec ce que tout spectateur aura perçu comme une bonne nouvelle. Notez également que cela met Daesh et « une coalition de rebelles et de djihadistes » plus ou moins dans le même panier, en ce qu’elles ont en commun d’être combattues par les « forces gouvernementales », qui bénéficient au passage d’une appelation moins stigmatisante que celle de « forces du régime ». D’ailleurs, « une coalition de rebelles et de djihadistes » ne sont plus du tout des combattants de la liberté et les « forces gouvernementales » se retrouvent donc implicitement avec le meilleur rôle dans cette histoire.

Bref, je me fais peut être des illusions, mais peut être que c’est le début d’un glissement. Peut être quelques donneurs d’ordres en haut lieu ont-ils compris qu’il était temps de doucement reverser la vapeur et qu’après avoir des mois durant fait passer Bashar El Assad pour le diable en personne, il était temps de préparer l’opinion à l’idée que, finalement, il restera en place avec la bénédiction de nos chères élites qui devront à nouveau le fréquenter pour, peut être, obtenir une part du gâteau de la reconstruction du pays.

Dans un ans, on l’aura toujours soutenu …

Tani 07/08/2016 17:37

J'aime beaucoup ce blog et les articles qu'on peut y trouver. Pourtant encore une fois vous me faites raler !
Une carte c'est bien, une carte légendée c'est mieux. Un petite légende tres simple et si possible lisible permet de se faire une idée immédiate de la situation.

Observatus geopoliticus 07/08/2016 20:32

Cher ami râleur,
le problème est que je ne fais pas moi-même les cartes, je les pioche à droite et à gauche. Je peux y ajouter une flèche par ci, un peu de couleur par là, mais ce serait plus difficile de faire une légende.
Sur la dernière, qu'est-ce que vous voudriez savoir ?

theuric 07/08/2016 16:33

Pendant que le gouvernement syrien, aidé de ses nombreux alliés, détruit jour après jour les fous de dieu que le triumvirat infernal avait mis en place, les U.S.A. et ses supplétifs que nous sommes, l'Arabie-Séoudite et ses amis qataris et une Turquie du sieur Erdogan qui semble enfin commencer à se sortir des nombreux bourbiers dans lesquels elle s'était mise.
Triumvirat qui, dorénavant, a lâché cette sensément opposition modérée, enfin plus ou moins ainsi que celle qui ne le serait pas, ou un peu, plus ou moins, différemment... enfin, on ne sait plus qui modère quoi et qui, lâchage qui, ma foi, s'est déjà fortement payée dans notre beau pays de quelques centaines de morts qui ne demandaient rien à personne.
Bref, pendant que le gouvernement syrien termine de juguler les délires occidentaux, ottomans et arabiques avec l'aide des russes, iraniens et de bien d'autres comme le Hezbollah, en Europe et en France de bien étranges événements surviennent, non pas d'ordre guerrier, mais les pieds dans de chaudes pantoufles, dans les salons feutrées des douces et profondes moquettes des chancelleries, ou devant caméras et micros de journalistes qui, parfois (non souvent), rechignent à laisser passer l'info.
Ainsi apprend-on, par hasard, que pour Monsieur Hollande, notre cher Président de la République, la Russie ne représenterait pas un danger pour la paix dans le monde et, même, qu'elle serait un partenaire important pour la France, et ceci lors du dernier sommet de l'O.T.A.N. (je ne savait pas cette organisation si haute, peut-être est-ce pour cela que ses participant tendent à ne pas manquer d'air?)( informations puisées dans Sputnik, nos médias étant passé de médiatiques à médiateurs).
Le même, quelques temps auparavant, ayant annoncé son véto futur d'une signature du T.T.I.P./T.A.F.T.A. (il va falloir m'expliquer la différence).
Diantre, serait-il devenu masochiste voire suicidaire, de mou deviendrait-il dure à cuire, un tatoué, un mec à la redresse, ou saurait-il que désormais il pourrait tabler d'une protection pour nous invisible?
Faudrait-il qu'elle soit puissante pour qu'il puisse se permettre un tel affront vis à vis de l'empire U.S.?
Pour moi, c'est le type même d'événement, provenant d'une personnalité plus que prudente (je le sais puisque je fonctionne de même), qui ne peut que me conduire qu'à d'infinies méditations.
Il en est de même de la suite du brexit qui vit paraître une parfaite inconnue, Thérésa May, en tant que nouveau premier ministre britannique.
Son premier discours, que j'ai retrouvé dans le site de l'U.P.R., pourrait sembler purement électoraliste, faisant état des difficultés des plus pauvres et faibles et de délaisser les intérêts des plus riches, mais songez que la votation anglaise est de type uninominal à un tour, or, dans ce cas, de seules promesses électorales ne peuvent que desservir les candidats, il faut des faits aux électeurs, des preuves, puisque il suffit, aux-dits candidats, d'une vingtaine de pourcents pour être élus, contrairement à la France et son système uninominal à deux tours.
Ce qui fait que nous pouvons avoir confiance dans les propos de cette dame, les élus anglais ne pouvant faire que ce qu'ils disent et dire ce qu'ils font et feront.
Mais que cela veut-il dire?
Mon interprétation serait qu'il y a désormais outre-Manche confrontation entre l'économie monétariste représentée par la City et celle industrielle qui, à mon sens, aurait mis en place ce brexit.
Ce discourt, lu entre les lignes, ne pouvant que présager une fermeture des frontières, décision nécessaire à une réindustrialisation et une refondation agricole du pays, ainsi qu'à un nouveau rapprochement d'avec le Commonwealth.
En mettant en relation ces deux affaires pouvant sembler sans grande importance, nous pouvons y percevoir tout un tas de petites choses.
Comme l'affaiblissement de l'empire qui n'arrive plus à tenir ses troupes otanesques, d'ailleurs le rapprochement Turquie-Russie le montre allègrement.
Les faiblesses de l'Union-Européenne, logique si nous songeons autant à cet affaiblissement U.S. qu'à celui du gouvernement allemand dû à ce que Madame Merkel se soit empêtrée avec ses migrants, ainsi et surtout à une gouvernance administrative de l'U.E. ne recevant plus d'ordre cohérent de quiconque et qui fait donc n'importe quoi, sans même tirer sur le pianiste Junker honorant Bacus et sa libre libation des liquidités.
En fait, je me demande quel politique européen un tant soit peu sérieux ne voudrait pas que notre chère union ne se désagrège en douceur.
Bon, la question de l'O.T.A.N. reste pour l'instant en suspend, il est vrai, mais même les isolationnistes américains ne peuvent pas ne pas s'être aperçu que celle-ci les tire par le fond, la désindustrialisation internationale actuelle a tout de même commencé peu de temps après la ruine de la Grèce par le F.M.I., certes, mais aussi et surtout par la troïka, non?
D'ailleurs même les polonais ne savent plus à quel saint se vouer, entre une U.E. qui part à vau-l'eau, à des U.S.A. éreintés qui, avec la précédente, a laissé les néonazis d'opérette ukrainiens mette le souk à leur frontières et des russes de bien mauvaise mémoire.
En fait, j'ai l'impression qu'en même temps que le Proche-Orient se pacifie, avec il est vrai de grandes difficultés et encore beaucoup de batailles et de morts, l'Europe, elle, entre dans une période de turbulence, même si cela n'est pas encore vraiment visible, bien que...

Observatus geopoliticus 07/08/2016 21:14

Le principe des vases communicants en quelque sorte, l'Europe devenant un trou noir attirant les problèmes... Une phrase est très juste dans ce que vous dites, cher Theuric : ne plus savoir à quel saint se vouer. On a de plus en plus l'impression qu'ils en sont tous là et tous en même temps. Même la tête de l'empire est perdue, malmenée, divisée.
En tout cas, merci pour ce vaste commentaire qui appellerait de plus vastes réponses encore.

Jean Pierre 07/08/2016 16:20

Merci pour vos articles.
Plusieurs questions :
- la propagande pro US et pro DAESH proclame sur les différents réseaux sociaux la victoire des "rebelles" qui auraient porté un coup très dur voir décisif contre les troupes loyalistes ? Qu'en est il réellement à l'heure actuelle ?
- les bombardements russes sont ils vraiment efficaces ?

Je viens de voir que selon les médias turcs une agent du gouvernement US venait d'être sauvée par les forces spéciales turques dans une zone de la frontière syrienne contrôlée par DAESH

Observatus geopoliticus 07/08/2016 21:07

Tout à fait d'accord avec vous, cher Steph.
Rien de dramatique pour l'instant, surtout que ça progresse à grandes enjambées partout ailleurs. Mais c'est tout de même un peu embêtant tactiquement car susceptible de rallonger la libération d'Alep.
Je ne crois pas aux deuxième et troisième hypothèse que vous présentez, beaucoup plus à la première.
Bien à vous

Observatus geopoliticus 07/08/2016 20:30

Bonjour Jean-Pierre,
j'essaie de répondre à vos trois questions :
- pas du tout. La percée djihadiste est embêtante sur le plan tactique à court terme mais ne change pas grand chose au final. Partout ailleurs, les loyalistes bousculent les barbus : Ghouta orientale, Darraya, Deraa, Lattaquié, Alep nord même.
- globalement oui, très efficaces même. Mais dans le combat urbain de proximité, beaucoup moins.
- parlez-vous de l'opération anti-terroriste à Adana ?

Stef 07/08/2016 18:42

Je pense qu'il faut rester confiant. D'abord il convient de garder à l'esprit que les troupes syriennes ont refermé l'étau sur Alep récemment et sans donc avoir eu le temps de bien consolider leur position. Ensuite, les meilleures troupes syriennes sont là: plus exactement, les Tigres sont, sauf erreur, sur la partie qui semble la plus faible a priori: le nord ouest. Du coup c'est le sud est qui devenait la partie la plus faible et c'est là que, bien renseignés les terroristes (que certains étourdis appellent "rebelles") ont attaqué. Je rappelle qu'ils ont attaqué et attaqué encore sans arriver à grand chose sauf samedi, au prix de pertes considérables.
Une fois cela posé, comment envisager l'avenir? Je vois trois explications:
La première finalement correspond aux éléments que j'ai placés ci-dessus: par manque de temps pour organiser la défense, les troupes syriennes ont dû reculer (mais tout n'est pas perdu pour autant, ce n'est même pas une bataille perdue). Dans cette hypothèse, les syriens ont été en infériorité relative mais ont reculer pour limiter les pertes. Je signale qu'on est simplement revenu à la situation initiale, quoique pas tout à fait car l'étau est toujours présent en étant à peine ouvert (alors qu'il était grand ouvert avant l'offensive).
J'en viens alors à une deuxième hypothèse: sans doute vous souvenez-vous de Debalstevo et du fameux chaudron que les "rebelles" (de vrais "bons" rebelles dans ce cas) ont fini par réduire tout en ayant laissé quand même sortir quelques mercenaires et barbouzes occidentaux (dont on a pu mesurer l'incompétence). Il est possible que ce soit la même situation à Alep, le chaudron sera réduit, je n'en doute pas un instant, mais on peut se demander s'il n'y a pas eu une sorte d'accord plus ou moins tacite avec les "occidentaux" (voire la Turquie?) pour laisser partir les mercenaires et autres forces spéciales qui, à n'en pas douter, épaulaient les islamistes. L'avenir nous dira si la petite ouverture ainsi ménagée va se refermer très vite, ce qui serait logique. Ce qui ne va guère dans ce sens pourtant, c'est l'intensité des combats, qui serait largement inutile sauf pour donner le change et montrer au peuple que les troupes se battent vaillamment mais ça reste peu pertinent. Pourtant dans l'autre sens, il ne faut pas oublier que ce sont les meilleures troupes syriennes qui sont là (épaulées par les troupes iraniennes, libanaises et palestiniennes). Je vois mal ces troupes, désormais bien armées et coachées par les Russes, se faire avoir facilement.
La troisième hypothèse ressemble un peu à la deuxième mais sans l'idée de laisser sortir quiconque: ce serait une sorte de porte ouverte et d'invitation à venir dans le chaudron (sans le présenter ainsi évidemment) avant que, soudain, il ne soit refermé et que la mécanique Debalstevo se répète. A mon sens, la position syrienne est très forte, dès lors qu'elle tient bien la partie nord ouest.
Pour terminer, je ne sais pas si vous avez vu des vidéos des troupes syriennes. Ce qui m'a frappé c'est l'âge de certains combattants: la cinquantaine pour ne pas dire plus. On pourrait penser que l'armée est à bout de souffle. Je ne le pense pas, je crois plutôt que ces gens, comme dans le Donbass d'ailleurs où on a pu observer la même chose, se battent pour leur pays. C'est pour ça qu'ils ne peuvent pas perdre.

Tof 07/08/2016 14:11

Merci pour ces informations très précises sur l'évolution du conflit à Alep. Quel plaisir de lire à chaque fois vos articles dont les journalistes occidentaux devraient s'inspirer. Mais on connaît les vraies raisons de leur silence ou lorsque c'est le cas, d'une désinformation de leur part.

Observatus geopoliticus 07/08/2016 14:41

Merci à vous, cher ami. Ce blog n'est que le reflet de la qualité de ses lecteurs.