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Chroniques du Grand jeu

Réponse du berger à la bergère ou propagande as usual ?

24 Juillet 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Russie

Réponse du berger à la bergère ou propagande as usual ?

Le 14 juin, le notoirement russophobe Washington Post révélait que des hackers liés au gouvernement russe avaient piraté pendant un an les ordinateurs du Parti démocrate US, notamment les dossiers concernant Donald Trump. Résumé en français de l'affaire :

Les pirates informatiques ont œuvré pendant près d'un an avant d'être stoppés. Ces hackers, liés au gouvernement russe, ont massivement fouillé et volé des données dans les ordinateurs du parti démocrate américain à Washington.

Parmi les données volées figurent les volumineux dossiers de recherches sur le passé de Donald Trump, selon le Washington Post qui a révélé l'affaire mardi 14 juin. Ces enquêtes approfondies sont menées par des collaborateurs du parti qui épluchent chaque recoin de la vie du candidat, dans le but de trouver des vulnérabilités politiques. Tous les partis mènent ce genre de recherches.

Des informaticiens du Comité démocrate national (DNC), les instances nationales du parti, ont donné l'alerte à la fin du mois d'avril, selon le quotidien. Le DNC a ensuite demandé à la société CrowdStrike d'intervenir pour identifier l'ampleur de l'intrusion et sécuriser le réseau.

Selon Dmitri Alperovitch, cofondateur de CrowdStrike, deux groupes russes distincts et bien connus s'étaient introduits à l'intérieur du réseau. Il s'agit de Cozy Bear, dont l'intrusion remonte à l'été 2015, et de Fancy Bear, qui a œuvré à partir d'avril 2016.

Cozy Bear a pu intercepter toutes les communications du parti. En 2014, ce même groupe avait réussi à pénétrer dans les systèmes de messagerie non classifiés du département d'État et de la Maison Blanche. Fancy Bear, lui, a ciblé et volé les dossiers relatifs à Donald Trump.

"Les deux intrus exécutent des missions d'espionnage politique et économique au profit du gouvernement de la Fédération de Russie et sont liés de près aux puissants services de renseignement russes", écrit ce responsable sur le site de l'entreprise.

Si c'est vrai, voilà une délicieuse réponse du berger à la bergère. Les Etats-Unis ont passé ces dernières décennies à tenter d'influencer nombre d'élections dans des pays considérés comme stratégiques, utilisant toutes les ficelles - noyautage des médias, pression des ONG américaines, mise sur pied de "mouvements populaires spontanés", soutien sans faille aux "opposants", accusations de fraude... Bref, l'habituel cocktail des révolutions, ou en l'occurrence des élections colorées. La Russie elle-même a senti l'ingérence US lors de l'élection présidentielle de 2012.

Cruel retour de bâton ! Alors que l'empire tangue, que sa politique étrangère se délite, qu'il est divisé comme jamais dans son histoire (la guerre Pentagone-CIA par groupes syriens interposés restera dans les annales) et qu'un candidat, Trump, clive totalement l'establishment et la société, voilà que Moscou rend la pareille à Washington.

Le piratage du Parti démocrate, qui montre entre autres le sabotage de la candidature de Bernie Sanders par l'appareil du parti ou la collusion avec certains médias "indépendants" (défense de rire), met l'hilarante Clinton dans une situation encore un peu plus difficile après le scandale du mois dernier. Pour son directeur de campagne, c'est en trop : Moscou est derrière afin de favoriser l'élection de Trump, réputé bien plus proche des vues russes (ce qui est totalement vrai). La chose n'est donc pas invraisemblable.

Sauf que... c'est peut-être l'inverse !

L'excellent Zero Hedge donne une version totalement différente. Les pirates n'auraient rien à voir avec les services russes, il s'agirait en réalité d'un certain Guccifer 2.0, hacker roumain fameux dans le milieu et qui a donné une interview pour expliquer en détail comment il a procédé. A la question "Travaillez-vous pour les Russes ?", il a nié catégoriquement : "Je n'aime pas les Russes et leur politique étrangère, je déteste qu'on me relie à eux."

Si cette version est la bonne, cela signifie tout simplement que le système donne dans l'habituel russian-bashing, alertant le bon peuple sur le terrible cyber-danger russe (tiens, tiens, la lutte contre la menace cyber de l'ours ne fait-elle justement pas partie des grandes résolutions de l'OTAN ?) Bref, propagande as usual, ce qui là non plus n'est pas invraisemblable.

Difficile, dans ce flot d'info et d'intox, de démêler le vrai du faux. A vous, chers lecteurs, de vous faire votre propre opinion...

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Jean 26/07/2016 22:55

Bernie Sanders s'est fait copieusement siffler par ses partisans en appelant à voter Hillary Clinton

edouard 26/07/2016 10:41

Merci à l'animateur, auteur de ce site, indispensable à la compréhension de la géopolitique.....
On saura que les Russes sont rancuniers et s'ingèrent quand Obama verra, au décollage, son avion percuté par une déneigeuse sur l'aéroport d'Hawaï.

Observatus geopoliticus 26/07/2016 21:33

Ha ha ha, excellent, Edouard. Et merci pour vos compliments.

Ady85 25/07/2016 20:27

Il est vrai qu'entre "la Russie n'est derrière rien" et "la Russie est derrière tout", il doit bien y avoir un juste milieu.

Mais il est vrai qu'il est difficile de se faire une idée de l'aide que peut apporter la Russie. A quels pays ? A quels mouvements ? etc...

Byblos 25/07/2016 15:10

Vous écrivez ceci qui m'a frappé : «...un candidat, Trump, clive totalement l'establishment et la société...».
Comme c'est vrai :
1- D'une part l'establishment parfaitement représenté par une Hillary Clinton liée sinon soumise aux puissances d'argent parfois étrangères au pays tant elles sont «globalisées», et qui joue à fond la carte de la démagogie auprès des groupes les plus vulnérables, ceux-là mêmes dont elle n'a rien à cirer.
2- D'autre part la société US admirablement caricaturée dans l'ignorance, la vulgarité, la grossièreté de ce personnage de BD.
3- Enfin le clivage. Le fossé, le canyon, l'abîme devrait-on dire entre cet establishment et la société US. Seul point où ils se retrouvent quelque peu : leur commune LAIDEUR.

Observatus geopoliticus 26/07/2016 21:34

Ceci dit, ce grossier personnage de BD est infiniment plus pertinent et cultivé en politique étrangère que l'establishment censé tout savoir...

amn14 25/07/2016 08:12

sauf que Guccifer n'est pas un veritable hacker, c'est juste un petit fouineur malin qui a fait des recherches sur la famille Clinton, ensuite a introduit successivement des mots de passe contenant ces elements. Il l'a reconnu lui-meme dans une interview. Le fait qu'il ait eu acces a ces documents (qu'il a essaye de vendre par la suite) est plus du a la betise de Clinton, qui a choisi des mots de passe stupides, qu'au suppose genie dudit hacker

Observatus geopoliticus 26/07/2016 21:36

Je vous crois sur parole, n'était pas spécialiste de la chose informatique.

Chris 25/07/2016 00:35

Je croyais Guccifer "suicidé" dans sa cellule ?

Alaric 27/07/2016 14:24

@ Chris
"A nouveau" dans le panneau ? le fn ou le fdg n'ont jamais été au pouvoir ...

sinon j'imagine que vous soutenez que ces partis font semblant d'être anti UE/OTAN et pro russe ?
Si l'empire américain était assez puissant pour monter une fausse opposition de cette sorte il serait invulnérable , on voit bien que ce n'est pas le cas actuellement (défaite en Syrie , brexit ... )

Chris 27/07/2016 11:29

@Alaric Pour la prétendue différence du FN/FdG de l'UMPS, vous repasserez ! Une illusion d'optique savamment entretenue par la presse oligarchique atlantiste : je crains qu'en 2017, les Français ne tombent à nouveau dans le panneau...

Observatus geopoliticus 26/07/2016 21:35

C'est effectivement le plus étonnant : le système impérial tangue de l'intérieur. Mais somme toute, n'est-ce pas le lot de tout empire ? Pensons aux guerres civiles romaines il y a deux millénaires...

Alaric 25/07/2016 13:51

Décidément les hackeurs meurent rarement dans leurs lits, Tron également "suicidé " en 98 ...

Sinon le système politique américain m'étonne beaucoup depuis la montée en puissance de Trump, jamais je n'aurais pensé que le consensus bipartisan démocrate-républicain puisse être menacé de l'intérieur.

D'habitude les deux partis s'entendent sur une politique et les différences entre eux sont en fait minimes , comme l'umps en france ... eux n'ont même pas d'équivalent du FN / front de gauche pour une vraie opposition ...

Observatus geopoliticus 25/07/2016 01:14

Guccifer 2.0, celui qui se prétend son successeur...