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Chroniques du Grand jeu

Casse-tête

29 Juin 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Histoire

Casse-tête

"Vers l'Orient compliqué, je volais avec des idées simples" (De Gaulle, Mémoires de guerre).

On ne saurait mieux dire, Charles... Le Moyen-Orient, plus qu'aucune autre région du monde, est un noeud gordien, un enchevêtrement d'alliances et de contre-alliances, un embrouillamini d'affinités et de querelles. En voici un bon exemple. S'il n'a que peu d'incidences géopolitiques, il illustre à merveille l'extraordinaire complexité du Moyen-Orient sur laquelle doivent surfer avec précaution les grandes puissances qui prétendent y intervenir. On comprend mieux les sueurs froides des envoyés américains ou russes dans la région ; les Chinois, eux, préfèrent éviter de s'en mêler : ils font confiance aux Russes et achètent leur pétrole sans se poser de questions.

Il y a deux jours, le gouvernement autonome du Kurdistan irakien a demandé à la Turquie et à l'Iran de cesser leurs bombardements, respectivement sur le PKK (Kurdes de Turquie) et le PDKI (Kurdes d'Iran), mouvements séparatistes qui se réfugient régulièrement en Irak dans les ténébreux monts Qandil.

Casse-tête

Si personne n'ignore le combat du PKK, le PDKI est moins connu. Ce parti et sa lutte sont pourtant bien plus anciens (fondé en 1945 contre 1978 pour le PKK). Notons également que la seule réelle expérience de Kurdistan indépendant de toute l'histoire du peuple kurde n'eut lieu ni en Irak, ni en Syrie, ni en Turquie, mais bien en Iran lorsque fut créée l'éphémère République de Mahabad au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Depuis, le sentiment séparatiste n'a jamais vraiment disparu chez les Kurdes d'Iran et des escarmouches éclatent régulièrement, même si elles se faisaient beaucoup plus rares à partir des années 90 (on peut d'ailleurs se demander ce que cache la reprise des combats...) Ce qui nous amène aux incidents actuels qui ont tout de même fait une dizaine de morts parmi les Peshmergas et douze chez les Gardiens de la révolution, entraînant en représailles le bombardement par l'Iran des monts Qandil où se sont réfugiés les séparatistes.

Jusqu'ici, rien que de très banal concernant le Moyen-Orient. Mais la suite est plus intéressante, car nous assistons à une triple ironie absolument délicieuse :

  • Le gouvernement autonome du Kurdistan irakien se voit obligé de défendre par défaut deux mouvements qu'il déteste (ce qui est dit long sur l'"unité" présente ou future des Kurdes, aussi probable que l'existence de sauterelles sur Jupiter)
  • La Turquie et l'Iran bombardent ensemble les mêmes montagnes alors qu'ils ne peuvent pas se blairer par ailleurs. En Syrie, les deux pays se font d'ailleurs la guerre par factions interposées.
  • Et le meilleur : le PKK et le PDKI, réfugiés dans les mêmes montagnes, sont ennemis depuis presque toujours et, quand ils ne sont pas bombardés par un tiers, se canardent avec allégresse.

Si le Moyen-Orient n'existait pas, il faudrait l'inventer...

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Kevin 30/06/2016 16:20

ca me rappelle aussi l'excellent "L'odyssée d'Asterix", ou il voyage au moyen-orient...
https://kokomag.files.wordpress.com/2012/06/odysee.jpg
en somme, en 2000 ans, rien n'a changé ;-)

Observatus geopoliticus 30/06/2016 22:17

Ha ha, je ne le connaissais pas celui-là. Excellent.

Henrietta Croce 29/06/2016 23:39

Bonsoir,

Bah ? Je ne vois rien de compliqué là dedans moi.
Au contraire, c'est très clair et d'une simplicité enfantine : tout le monde déteste tout le monde. ^^

Pierre 01/07/2016 18:30

Oui! À la fin des temps, le monde devient fou! Tous les partis en jeux se voient confrontés à leurs propres incohérences pseudo-rationnelles millénaires qu'ils projettent chez l'autre, quel qu'il soit d'ailleurs, en passant sous silence bien sûr, qu'en attaquant tout ce qui est extérieur à soi, que c'est leur propre image dans le fond qu'il affuble de tous leurs maux.

C'est l'écroulement de la tour de Babel, cette pyramide Luciférienne, où plus personne ne se comprends plus: la fameuse citation de la "Guerre de tous contre tous" où plus personne ne réalise encore, que l'autre en face, cet autre fictif, n'existe pas réellement, et que malgré nos différences superficielles reliés à l'âme et au corps physique que nous occupons, nous sommes tous fondamentalement un en essence, issus du même Esprit.

Ce brassage des évènements et des individus est nécessaire et l'indice que nous sommes tous en pleine phase d'alchimisation et de retournement ultime de nos incongruité vers la Source réelle de notre Être, quel que soit le nom que nous lui donnons.

À la fin de ce théâtre funeste sur ce monde, nous rirons tous de cet arnaque qui nous aura tous pris l'émotion et fait souffrir; parce que nous-mêmes, l'avions soutenu et donné vie en nous et à l'extérieur de nous. Ce monde passera, mais nous tous ne passeront pas, car nous sommes déjà des immortels de toute éternité au-delà de ce théâtre.

Alors, n'ayons pas peur, tout se passera très bien! Je me surprend à rire de toute cette déconfiture de notre civilisation; c'est vraiment un fouillis monumental: une poule sans tête qui court dans tous les sens.

Kevin 30/06/2016 16:19

haha, j'ai pensé exactement la meme chose! :)