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Chroniques du Grand jeu

Le point d'ébullition ?

13 Février 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Europe

Nous vivons des heures passionnantes et peut-être un peu dangereuses...

A Munich, lors de la Conférence annuelle sur la sécurité, Medvedev vient de déclarer que le monde était entré dans une "nouvelle Guerre froide", blâmant les Etats-Unis et l'expansion continuelle de leur instrument militaire, l'OTAN :

"Parfois, je me demande si nous sommes en 2016 ou en 1962."

Bonne question...

Le secrétaire-général de l'OTAN a, lui, défendu son dinosaure par l'habituelle rengaine que l'on entend depuis 50 ans :

"La rhétorique, la posture et les manoeuvres de la Russie sont destinées à intimider ses voisins, sapant la confiance et la paix en Europe."

Si on pouvait le croire avec certaine raison du temps de l'URSS, personne ne peut être dupe de la politique américaine aujourd'hui. Les récents délires sur la possibilité pour les Russes de "prendre les pays baltes en trois jours" avaient évidemment pour seul but de justifier le renforcement de l'OTAN en Europe de l'est. Les observateurs sérieux, dont le respecté National Interest, peuvent bien se gausser de ce prétexte imbécile et fallacieux, qu'importe, puisque les vassaux européens de l'empire et leur mafia médiatique feignent d'y croire.

Mais revenons à notre conférence de Munich... Lavrov et Kerry se sont écharpés sur la Syrie, le Russe déclarant que Washington avait renié ses engagements et l'Américain critiquant le choix des cibles russes. Kerry est ici d'une mauvaise foi criante. La résolution 2254 du Conseil de sécurité de l'ONU, votée à l'unanimité, intimait aux Etats membres de "combattre l'Etat Islamique, Al Nosra et autres groupes terroristes affiliés ou non à ces deux groupes". C'est exactement ce que Moscou fait à Alep, les légendaires "rebelles modérés" n'étant qu'une vue de l'esprit.

Alep justement. Les petits protégés djihadistes de l'axe américano-turco-saoudien sont au supplice. Les qaédistes d'Al Nosra, grands amis de Fabius, ont même dû dégarnir leurs positions d'Hama pour renforcer celles de la grande ville du nord. Pas sûr que ça change quelque chose sinon de faciliter encore plus la reprise du centre du pays, dont Hama fait partie, par les forces loyalistes.

Les YPG encerclent désormais Azaz, bastion islamiste à 5 km de la Turquie et point d'entrée du ravitaillement des rebelles. La situation est désespérée pour les djihadistes non-EI, pris entre trois feux : les Kurdes à l'ouest, les loyalistes au sud et Daech à l'est :

Le point d'ébullition ?

De désespoir, mais prête à prendre tous les risques, la Turquie a bombardé les YPG qui font mouvement autour d'Azaz. Précision importante : ces bombardements ont été le fait de l'artillerie à partir du sol turc et non de l'aviation, clouée au sol par les S-400 russes. Mais la situation est tout de même dangereuse. Comment vont réagir Russes, Syriens et Kurdes, et dans une moindre mesure les Américains dont l'allié canonne l'autre allié ?

Si les Russes pilonnent l'artillerie turque sur son propre sol, c'est la guerre ouverte. Si les forces syriennes ou les Kurdes réagissent en faisant de même (dans quelques jours, le temps qu'ils arrivent à portée de tir ou qu'ils aient l'armement lourd nécessaire), c'est l'escalade. Les Américains réussiront-ils à calmer leur imprévisible allié ? Erdogan est dans une impasse, acculé ; sa seule voie est la fuite en avant.

Comme pour les Saoudiens. Englués dans le conflit yéménite, harakirisés par la dégringolade des cours du pétrole qu'ils ont eux-mêmes provoquée, ils voient avec horreur cinq ans d'efforts presque anéantis en Syrie. Les deux "loosers" (dixit Téhéran) se rapprochent toujours plus, quitte à monter tous deux sur le même Titanic.

Ankara et Riyad seraient tombées d'accord pour permettre aux avions saoudiens d'utiliser la base turque d'Incirlik tandis que les deux sponsors de l'islamisme renouvellent leur menace d'intervenir au sol en Syrie, Daech étant toujours l'amusant prétexte. Si le premier volet fera long feu (tsss tsss... S400...), le deuxième devient intelligible quand on est au courant des derniers développements : l'armée syrienne a atteint un important point stratégique dans la province de Raqqah et n'est plus qu'à une cinquantaine de km de la capitale de l'Etat Islamique :

Le point d'ébullition ?

La course à Raqqah est lancée et chacun tente de placer ses pions dans l'optique de l'après-Daech. Est-ce pour faire littéralement faire chanter Damas que les Saoudiens souhaitent être présents en Syrie orientale comme le pense Moon of Alabama, voire carrément créer un sunnistan indépendant ? Sans doute pas. L'intégrité territoriale de la Syrie a été officiellement reconnue par tous les acteurs du conflit et les Etats-Unis perdraient toute crédibilité internationale s'ils laissaient faire leurs alliés wahhabites, dont toutes les ressources militaires sont d'ailleurs scotchées au Yémen. Il s'agit plus vraisemblablement de peser sur l'après-guerre et avoir voix au chapitre sur les négociations futures alors que l'axe Damas-Moscou-Téhéran est en position de force.

A moins que tout cela ne soit qu'écran de fumée et opération de com' pour sauver la face. Les prochains jours, les prochaines heures même, nous en diront plus...

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Pierre Bourdon 13/02/2016 23:43

"Nous vivons des heures passionnantes et peut-être un peu dangereuses..."

Erdogan comme la Famille Saoud sont coinçés, ils ne peuvent attaqué la Syrie de front sans se faire massacré par l'aviation russe et l'armée syrienne. Je suis d'avis que les USA retiendront leurs amis à ne pas se lancer dans dans un conflit qu'ils perdront à coup sûr. La Russie a démontré depuis la Crimée en 2014, son excellent système de brouiilage des radars qui deviennent litéralement aveugle, qui a aussi servi à une "téléportation " d'avions de combats en Syrie sans qu'aucun système adverse le décelle. Ajouter à cela les frappes des missiles guidées de longues portées qui ont été lancé de la Mer Gaspienne et tout le travail contre DEASH fait depuis fin septembre. La Russie a démontré sa supériorité au niveau diplomatique, électronique et militaire, les USA n'ont tout simplement pas le choix de négocier et de s'entendre en secret ( la plupart du temps ) pour sauver la face. Aussi plusieurs articles de Thierry Meyssan me confortent en se sens, il y a déjâ plusieurs ententes secrètes entre Poutine-Lavrov et Obama-Kerry, mais pour la galerie médiatique, c'est une autre histoire.

En fait, je le souhaite de tout cœur, si non, c'est un conflit majeur.....et très destructeur.

Pierre Bourdon 15/02/2016 14:16

http://www.voltairenet.org/article190253.html

Observatus geopoliticus 14/02/2016 19:05

Me méfie (c'est un euphémisme !) de Meyssan et je ne le prendrais pas comme référence géopolitique...
Turcs et Saoudiens jouent leur va-tout. C'est tout ou rien et c'est maintenant.

Chris 13/02/2016 23:24

http://www.romandie.com/news/Washington-exhorte-la-Turquie-a-cesser-de-frapper-les-Kurdes-et-le-regime-syrien/676376.rom
Les Etats-Unis ont exhorté samedi la Turquie à cesser ses tirs d'artillerie visant des forces armées des Kurdes de Syrie et celles du régime syrien, dans le nord de ce pays en guerre.
Nous avons pressé les Kurdes syriens et d'autres forces affiliées aux YPG (les Unités de protection du peuple kurde liées au PYD, le Parti kurde de l'union démocratique, Ndlr) à ne pas profiter de la confusion en s'emparant de nouveaux territoires. Nous avons aussi vu des informations concernant des tirs d'artillerie depuis le côté turc de la frontière et avons exhorté la Turquie à cesser ces tirs, a protesté le porte-parole du département d'Etat, John Kirby"

Chris 13/02/2016 23:01

Erdogan ne cherche-t-il pas la couverture OTAN ?

Observatus geopoliticus 14/02/2016 19:03

M'étonnerait que l'OTAN le suive dans cette folle aventure...

jean 13/02/2016 21:02

Toujours passionnant, merci pour votre travail !
"Erdogan est dans une impasse, acculé ; sa seule voie est la fuite en avant."
Qu'est ce qu'il cherche Erdogan en bombardant les YPG ? Le conflit mondial ? Quelle sera la réponse russe?

Observatus geopoliticus 14/02/2016 19:02

Merci, cher ami.
Une bête blessée est dangereuse et c'est exactement la position d'Erdogollum. Il joue son va-tout et il le sait...