Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Djihadistes en pleurs, cheikhs en sueur, sultan mort de peur

6 Février 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Djihadistes en pleurs, cheikhs en sueur, sultan mort de peur

Le château de cartes djihadiste semble en voie de désintégration sur plusieurs points du territoire syrien. Pas une heure ne passe sans que l'on n'apprenne la prise d'une nouvelle ville ou d'un carrefour stratégique. Dans le nord, dans le sud, à l'ouest... partout les positions rebelles s'écroulent.

A Deraa, les troupes loyalistes lancent une grande offensive après avoir pris Al Naymah. Dans la banlieue de Damas, Darayya, point stratégique de la Ghouta tenu par Al Nosra, est totalement encerclé. Au nord d'Homs, les avions russes ont pilonné durant 36 heures consécutives les défenses islamistes afin d'ouvrir la voie à l'armée syrienne. A Deir ez-Zoor, le bataillon qui résiste assez héroïquement à Daech depuis deux ans s'est même permis une petite attaque et a pris un tunnel et une cache d'armes aux hommes en noir.

Mais c'est surtout dans le nord, autour d'Alep, que les terroristes modérés prennent une monumentale fessée : villes et villages tombent littéralement les uns après les autres. La situation change d'heure en heure et il serait trop long de détailler les avancées de l'armée syrienne, du Hezbollah ou des milices chiites (pour ceux que ça intéresse : ici, ici ou ici rien que pour aujourd'hui). Les combats sont meurtriers et les djihadistes se défendent avec l'énergie du désespoir, mais le sort d'Alep est scellé.

La ville qui devait devenir la capitale de la rébellion islamiste alimentée par la Turquie voisine est désormais coupée de tout. Si hier encore, les parrains saoudiens et turcs pouvaient éventuellement nourrir l'espoir de voir rouvrir l'autoroute qui mène aux armes ottomanes, ils ont été froidement douchés : Hezbollah et armée syrienne ont définitivement barré le passage.

Djihadistes en pleurs, cheikhs en sueur, sultan mort de peur

Grosse cerise sur le gâteau, les Kurdes ont également commencé à bouger !

Profitant des victoires du régime, les YPG d'Afrin ont repris, avec l'appui de l'aviation russe, quelques villages à Al Nosra et Ahrar al-Cham, scellant encore un peu plus le sort d'Alep. Il semble que les YPG ne vont pas s'arrêter là... Nous sommes vraisemblablement au début du mouvement de jonction que nous prévoyions entre Afrin et Kobané, réunissant en une longue bande de terre tous les Kurdes syriens, coupant définitivement par la même occasion les communications entre Daech et son parrain turc.

On imagine les nuits sans sommeil du sultan en son vaste palais d'Ankara... L'intervention russe a pulvérisé ses plans syriens : ses petits protégés terroristes sont coupés de maman Turquie tandis que son cauchemar se réalise avec la constitution d'un Kurdistan autonome syrien à la frontière turque, contrôlé par ses ennemis du PYD et arrière-base du mouvement insurrectionnel du PKK dans le Kurdistan turc. Le boomerang est revenu en pleine poire, Erdo-gollum est châtié par là où il a péché.

Est-il assez fou pour intervenir militairement ? Sans doute pas... Damas peut plastronner, par la voix de son ministre des Affaires étrangères : "Que personne ne songe à envahir la Syrie car nous renverrons les agresseurs chez eux dans des cercueils en bois". Il sait bien que la Turquie n'osera pas risquer d'ajouter l'humiliation militaire aux revers diplomatiques et stratégiques.

Et Poutine d'enfoncer le clou où ça fait mal. Les Kurdes syriens ouvriront prochainement une représentation diplomatique à Moscou ! Une nouvelle baffe pour Erdogan. Ah sultan, tu vas longtemps regretter ton immense bourde du 24 novembre...

Partager cet article

Commenter cet article

Jean 08/02/2016 09:09

Dans le dernier JDD, une page entière sur la Lituanie et sa peur d'être attaquée par la Russie. L'hystérie continue...

Observatus geopoliticus 08/02/2016 19:36

Les pays baltes et la Pologne sont à la tête de l'hystérie russophobe. D'autres pays de l'ancien bloc de l'est sont beaucoup plus matures, telle la Hongrie, la Tchéquie ou la Slovaquie.

Bruno 07/02/2016 13:52

Pour continuer sur la propagande anti-russe, j'ai calculé que les frappes russes en Syrie ne font pas plus de morts civils que celles de la coalition occidentale, peut être même moins. Mais les résultats sont autrement plus probants.
https://beerblogsite.wordpress.com/2016/02/07/les-victimes-de-la-guerre-en-syrie/

Francois 06/02/2016 23:33

Cet épisode restera dans l'histoire : comment une dizaine d'avions russes ont pu renverser le rapport de force au moyen orient, puis comment la mort d'un seul homme dans son avion a pu ruiner une puissance et assoir l'envol de l'ours. Vivement la reprise d'Alep

Observatus geopoliticus 07/02/2016 17:54

Vous avez tout à fait raison, cher ami. C'est d'ailleurs ce que j'écrivais dans un article de novembre je crois : rarement un investissement aussi minime aura eu des dividendes aussi élevés. Tout est dans le timing...

Catalina 06/02/2016 20:14

Quand les extréminateurs pleurent, rien ne va plus....
Et ils pleurent aussi pour toutes les femmes violées et les enfants tués?ah, on me dit dans l'oreillette que non...
Ce qui les fait pleurer, c'est que leur dieu s'appelle' Eternel grand absent" et pis, au point où ils en sont, fini, les 56000 vierges !!!lol

Observatus geopoliticus 06/02/2016 21:48

Ils n'auront le paradis ni sur terre ni dans le ciel. Leurs parrains non plus...

Leviathan 06/02/2016 18:50

Ces avancées sont positives pour un règlement rapide (à vrai dire, c'est la seule voie "rapide") du conflit syrien.
Je me délecte par ailleurs de notifier ici la réaction pathétique de notre "représentant" aux affaires étrangères suite à la coupure des lignes d'approvisionnement des terroristes modérés:

"La France condamne l'offensive brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la Russie, pour encercler et asphyxier Alep (nord de la Syrie) et ses centaines de milliers d'habitants"

... Sachant que la moitié d'Alep est sous contrôle du régime et qu'un gros quartier est sous contrôle kurde. Il suffit de regarder une carte de situation pour se rendre compte de la supercherie exagératrice.

Cependant je crains l'intervention ottomane, a minima pour mettre à portée de canon les mouvements des kurdes entre Afrin et Kobané.
De plus, si retraite des terroristes modérés il y a, ils pourraient se replier dans les montagnes, le long de l'Oronte. Je voulais avoir votre avis sur cette zone, je pense au feu sandjak d'Alexandrette et sa minorité alaouite. Croyez-vous que cette zone disputée entre la Syrie et la Turquie depuis bien longtemps puisse être un véritable prolongement de cette guerre civile en Syrie qui tourne à sa fin?

Cordialement.

Observatus geopoliticus 06/02/2016 21:42

Bonsoir cher ami et merci pour votre intéressant message.

Effectivement, le camp du Bien (copyright Langley et affiliés) ne sait plus quoi inventer... C'est un indicateur assez sûr que les choses ne vont plus du tout comme ils voudraient en Syrie. Doigts pointés, air réprobateur, coups de menton etc., les habituelles spécialités de la clique dirigeante occidentale. Mais au-delà ?

Je ne serais pas aussi pessimiste que vous concernant la possibilité d'une intervention turque. Le problème pour Erdogan est qu'il a beaucoup plus à perdre que Moscou et Damas en cas d'escalade. S'il tire sur les Kurdes au canon, ceux-ci répliqueront (sous l'oeil bienveillant de Poutine) et le soutien au PKK s'amplifiera. S'il lance ses F16, ils se feront descendre comme des mouches. Si enfin, ce qui paraît peu probable, on en arrive à une véritable guerre entre Turcs et Russes, ces derniers coupent le gaz, paralysant l'industrie ottomane.

Un repli vers l'Oronte nous ramènerait vers les grands épisodes antiques... C'est d'ailleurs vraisemblablement ce qui arrivera dans quelques semaines. Les terroristes modérés contrôlent Idlib, la guerre n'est pas finie. Ce qui me pousse à ne pas trop m'aventurer quant à votre dernière question. C'est encore loin de nous et beaucoup de choses peuvent se passer d'ici là.

Bien à vous et au plaisir de vous lire

MBM 06/02/2016 17:07

C'est la déserdoganisation totale.

Observatus geopoliticus 07/02/2016 18:02

Le terme "terroriste modéré" est évidemment ironique. Cela fait plusieurs mois que ce blog l'emploie.

Oui, nous pouvons parler de bourde du sultan au vu de la réaction plus que mitigée de l'OTAN et des USA. Ses relations avec Poutine n'étaient pas excellentes. Accords sur certains points mais désaccords profonds sur d'autres, dont le dossier syrien. Finalement, les seconds auront été plus forts que les premiers.

bozi lamouche 07/02/2016 14:21

bonjour,
Ah il y a donc bien des terroristes modérés ?... bon soit.
Je reste néanmoins toujours perplexe sur cette "bourde"...Erdogan jouait sa partition et ses liens avec Poutine était excellent... et patatra ... une bourde ??

Observatus geopoliticus 06/02/2016 21:32

Erdogangster n'y est plus du tout...