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Chroniques du Grand jeu

Dernière chance pour les Turco-saoudiens, les Américains dansent sur un pied

14 Février 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Dernière chance pour les Turco-saoudiens, les Américains dansent sur un pied

C'est maintenant ou jamais pour les sponsors de l'islamisme s'ils veulent avoir une chance de peser sur les destinées syriennes, alors que les forces loyalistes avancent partout : à Deraa, à l'est d'Alep, dans la province de Lattaquié, vers Idlib, vers le califat autoproclamé de Daech et, plus important peut-être, au nord d'Alep. La libération (lire ce beau reportage) de la grande ville du nord constituerait un coup mortel à la rébellion djihadiste.

Ankara et Riyad le savent et jouent leur joker. Les Turcs continuent leurs bombardements au mortier contre les YPG et même l'armée syrienne qui est tout prêt de la frontière turque dans la province de Lattaquié. A défaut de faire voler ses avions et changer quoi que ce soit à Alep, le sultan loco envoie ses obus aux abords de la frontière. Stratégiquement, c'est plutôt insignifiant sauf pour l'avancée des Kurdes. Il met par la même occasion l'OTAN dans une sacrée m....

Les Américains ne savent plus sur quel pied danser, pris qu'ils sont dans les méandres de leurs contradictions. Ils condamnent les bombardements de leur allié turc mais demandent aussi à leur autre "allié", les YPG, de ne pas "profiter des circonstances pour gagner du terrain". Des déclarations mi-chèvre mi-chou qui ne satisfont personne. Washington risque de perdre le PYD, bras politique des YPG, qui a d'ailleurs très vite fait savoir qu'un retrait de la frontière et un arrêt des opérations étaient hors de question.

Chose intéressante, Erdogan semble être en passe de réussir l'exploit de créer un sentiment d'unité (contre lui !) Salih Muslim, l'un des leaders du PYD, a affirmé que la Turquie n'avait pas à se mêler des affaires internes de la Syrie et a prévenu Ankara qu'une intervention turque verra "tous les Syriens se lever contre elle". De même, Jaysh al-Thuwwar, un groupe allié aux YPG et soutenu par les USA car initialement anti-Assad, a averti la Turquie : "Si vous manigancez dans notre chère nation, nous défendrons notre pays et notre peuple". Bien malgré lui, le sultan donne un petit coup de pouce à Assad dans l'optique d'une éventuelle "réconciliation nationale".

Reste à savoir ce que vont faire les Russes et les Iraniens. Stratégiquement - offensive kurde visant à sceller la frontière mise à part - les obus ottomans ne changent pas grand chose. Les Sukhois continuent de pilonner les djihadistes partout dans le pays selon les recommandations de la résolution onusienne et Moscou déclare tout de go, et avec raison, que le cessez-le-feu ne s'applique pas à ses opérations contre les groupes terroristes et affiliés. [En passant, notez l'imperceptible changement de ton des médias occidentaux ; dans son titre, Reuters utilise des guillemets pour qualifier les rebelles de "modérés"].

Reste à châtier les Turcs s'ils ne se calment pas rapidement et permettre aux Kurdes de sceller la frontière, empêchant le ravitaillement de Daech. Et là, il y aura peut-être du nouveau. Aujourd'hui, Obama a appelé Poutine pour discuter de la Syrie tandis que Lavrov et Kerry ont fait de même. Assurance américaine que l'OTAN ne soutiendra pas le trublion turc en cas de conflit ouvert avec la Russie ? Promesse que le dément d'Ankara n'ira pas plus loin ? A suivre...

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EM 16/02/2016 23:35

Entièrement d'accord avec votre dernière phrase. Au cas ou ce n'était pas clair: je pense que vous avez absolument raison et je l'espère, ma foi, absolument. Mais. Les gestes de l'UE envers Erdogan ne prouvent-ils pas que les "bons" ont de sérieux doutes sur la rationalité du sultan. Et donc: que se passe t"il si la Turquie envoie des chars en Syrie ? Mettons, juste après l'élection américaine ?

Observatus geopoliticus 17/02/2016 13:11

Il est évident que le camp du Bien est de plus en plus embarrassé par le vilain petit canard turc et ne sait plus trop s'il convient de le ramener au bercail ou de l'exclure...
Si la Turquie envoie des chars en Syrie, il est vraisemblable qu'ils se feront pulvériser par l'aviation russe. A moins qu'ils n'agissent sous couvert du parapluie d'une énième coalition contre Daech. Mais Américains et Russes se partagent le ciel au-dessus de l'EI et, malgré toutes les petites attaques verbales, se sont entendus pour ne pas se marcher (pardon, voler) dessus... Je crois qu'aucun des deux n'acceptera un troisième larron.
Bien à vous, cher ami

EM 15/02/2016 12:18

On sent du désespoir chez Erdogan. Ce qui, avec le jeu des alliances, et l'hystérie collective des mass medias, rend la situation EXTREMEMENT dangereuse. Les gens désespérés ne voient plus que l'abime, et ils foncent dessus. En même temps, les US ont souvent joué à la stratégie du cinglé (dite aussi "de la petite brute du préau") sur la scène internationale, dans l'espoir d'obtenir quelque chose....Le Sultan s'en inspire peut être. Auquel cas ils s'attendent à ce que Russie et Iran fassent des concessions que la situation sur le terrain ne justifie peut être pas. Mais si ces deux pays n'obtempèrent pas...

Observatus geopoliticus 16/02/2016 16:45

Le sultan est l'X de l'affaire et ses "alliés" occidentaux commencent à être secrètement excédés de son irrationalité. Mais même hystérique, il ne fera que ce qu'il pourra faire, c'est-à-dire pas grand chose au final...
Son seul atout est le chantage aux réfugiés sur les Européens. Pas un hasard si mémère Merkel vient d'émettre l'idée saugrenue d'une zone d'exclusion aérienne au nord de la Syrie.

EM 15/02/2016 19:27

D'accord avec vous sur la situation sur le terrain, et puissiez vous avoir raison sur l'issue finale. Mais qui peut dire ce que fera Erdogan, qui en ce qui me concerne ne peut plus être considéré comme rationnel, confronté à la possibilité d'un soutien multilatéral aux kurdes ?

Observatus geopoliticus 15/02/2016 14:29

Tout à fait d'accord sur le désespoir du sultan. Toutefois, si les tirs turcs sont de claires provocations, ils n'ont pas de réelle portée stratégique. Les Kurdes syriens continuent d'avancer...

Clara 14/02/2016 23:38

"La Turquie va continuer à combattre les Kurdes du Parti de l'Union démocratique (PYD) en Syrie, a affirmé dimanche le Premier ministre truc, Ahmet Davutoglu à la chancelière allemande Angela Merkel, en dépit des appels internationaux pour qu'Ankara mette fin à ses bombardements.

La Turquie "ne permettra pas au PYD de mener des actions agressives. Nos forces de sécurité ont répondu de manière adéquate et continueront à le faire", a déclaré M. Davutoglu à Mme Merkel au cours d'une conversation téléphonique, selon des propos rapportés par le bureau du Premier ministre turc dans un communiqué."
source AFP

Observatus geopoliticus 15/02/2016 14:22

Il y a les déclarations et il y a les faits... Dans les faits, Ankara ne peut pas grand chose ; ces bombardements sont des provocations mais n'empêchent pas la progression des forces loyalistes ni même des Kurdes qui viennent d'entrer dans Kafr Naya.

Key 14/02/2016 21:33

Maintenant cela peut tres tres mal finir comme se tasser tranquillement.
Les réponses à nos questions se trouvent dans les discussions Obama Poutine ,
ceci dit je n'arrive pas à comprendre le comportement d'Erdogan et cela m'amene à pense qu'il est toujours soutenu par Washington et que c'est un piège.
par Washington pour pousser les russes à la faute

Observatus geopoliticus 15/02/2016 14:21

Si seulement c'est vous qui écriviez dans les journaux officiels et non des pisse-copies idiots. En huit lignes mordantes, vous avez parfaitement résumé la situation, cher Chris.

Observatus geopoliticus 15/02/2016 14:18

Mmm... Je doute qu'Erdogollum soit vraiment soutenu par Washington. Déjà en novembre, lorsqu'il a abattu l'avion russe, les Américains ont été curieusement neutres et semblaient prendre leurs distances. Le sultan est dans la position de la bête blessée qui grogne une dernière fois avant de trépasser.

Chris 14/02/2016 22:08

J'ai le même sentiment. Si j'étais les Russes, je resterais sur le qui-vive, ce qu'ils font probablement lorsqu'ils avertissent que le cessez-le-feu ne s'applique pas à leurs opérations contre les groupes terroristes et affiliés.
Je m'inquiète par contre des Saudi qui prétendent se joindre à la coalition des fourbes US pour contrer Deach, alors qu'ils en sont complices, géniteurs et protecteurs : ils sont capables de bombarder autant Deach que l'armée syrienne, leurs alliés iraniens et Hezbollah, relançant ainsi la guerre en Syrie.
Quant à Erdogollum, il semble que son récent succès électoral, ses pertes de revenus pétroliers et trafics en tout genre et coup de poker migrants/EU ont été fatal à sa raison... ou copie-t-il par mimétisme l'hystérie des néocons (mais cependant vrais) qu'ils soient US, british, franchouillard ou golfeux.