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Chroniques du Grand jeu

Les terroristes modérés en difficulté

31 Janvier 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie

Les terroristes modérés en difficulté

Les mouchoirs sont de sortie dans les chancelleries occidentales et pétromonarchiques, et il nous semble même entendre quelques sanglots étouffés : leurs si chers terroristes modérés sont partout sur le reculoir en Syrie.

Au sud, l'armée loyaliste a repris il y a quelques jours Cheikh Meskine, une ville stratégiquement importante, coupant plus ou moins les voies de communication des djihadistes dans la province de Deraa. Nous avions d'ailleurs vu que la Jordanie voisine, dans un retournement de veste digne d'elle-même, n'était plus très chaude pour soutenir la rébellion et avait ordonné à ses protégés de ne plus s'en prendre au régime mais à Al Nosra si chère au coeur de Fabius.

A la frontière libanaise, dans les montagnes du Qalamoun globalement mais pas totalement reconquises par le Hezbollah, EI et Al Nosra se sont à nouveau écharpé alors que les poches insurgées se réduisent sans cesse.

A Deir ez-Zoor, enclave loyaliste en plein territoire de l'Etat Islamique, l'armée a repoussé la grande attaque daéchique que nous prévoyions dernièrement. Si l'agence de presse officielle exagère sans doute un peu, il est certain que les petits hommes en noir ont subi des pertes et en ont été pour leurs frais. Là comme ailleurs l'aviation russe a été déterminante.

En parlant de cela, c'est comme si on y était :

Mais c'est surtout au nord que la dynamique du combat a profondément changé. A Alep, l'un des principaux groupes insurgés, jusque-là soutenu par la Turquie et les Etats-Unis, bat en retraite. Chose intéressante : ils affirment ne plus recevoir de munitions et d'armements. Conséquence des bombardements russes ou bisbilles avec leurs parrains ? Toujours dans la région d'Alep, les salafistes d'Ahrar al-Cham et les qaédistes d'Al Nosra, pourtant alliés dans l'Armée de la conquête soutenue à bouts de bras par notre amie l'Arabie saoudite, se bagarrent comme des chiffonniers. Le fait est rapporté, ô divine surprise, par le Monde, à qui il arrive parfois de faire de l'information (ça doit être les bonnes résolutions de 2016). Au fait, où sont donc passés les fameux "rebelles modérés" ?

Et comme dans la province de Lattaquié, les loyalistes reprennent localité sur localité, les bastions insurgés d'Idlib et Jisr Al-Choughour, adossés à la Turquie, sont sur la défensive, commençant à être pris en tenaille par l'ouest, le sud et l'est. La coalition syro-russo-irano-hezbollahi s'approche avec gourmandise de la frontière turque, rendant de plus en plus difficile l'approvisionnement des terroristes modérés. Pas étonnant que le sultan commence à avoir des sueurs froides...

C'est dans ce contexte qu'a eu lieu avant-hier l'incident que tous les médias ont rapporté, à savoir une possible nouvelle incursion d'un avion russe dans l'espace aérien turc. Ankara postillonne et convoque l'ambassadeur russe, Moscou balaie d'un revers de la main et parle de "grossière propagande". Ce qui est intéressant ici, c'est que si violation il y a eu, la chasse turque s'est bien gardée cette fois d'abattre l'avion. Faut dire que c'était un Sukhoi 34 protégé par un halo de S-400 et non un vieux Sukhoi 24 solitaire... Et puis le sultan n'a peut-être pas envie d'aller plus loin dans l'escalade avec l'ours vu l'avalanche de sanctions qui lui est tombé sur le crâne.

Les Russkovs doivent maintenant se sentir forts sur la frontière syro-turque. Les batteries de S-400 n'hésiteront pas à descendre les F16 ottomans comme des mouches. C'est sans doute cela qui explique ce qui s'est passé le 23 décembre... Les lecteurs se souviennent sans doute qu'Erdogan avait lancé un ultimatum aux YPG kurdes syriennes : "ne traversez pas l'Euphrate ou nous vous bombarderons". Eh bien, fait passé inaperçu de tous (y compris de votre serviteur, je dois l'avouer avec honte), les YPG ont bien traversé l'Euphrate le 23 décembre et commencé à faire mouvement pour sceller la frontière afin de couper Daech de la Turquie. Ankara n'a pas réagi ! Erdo-gollum a dû ravaler sa fierté devant les missiles russes pointés sur ses avions.

Guère étonnant dans ces conditions que les Turcs aient fait des pieds et des mains pour que les Kurdes syriens soient exclus du nouveau round de négociations à Genève. Moscou a beau jeu de demander leur participation, se les attachant ainsi encore un peu plus. Il est vrai que sans eux, Genève 3 est une coquille vide. Cela ne gêne pas plus que ça Damas : au vu de la nouvelle dynamique du conflit, le temps joue maintenant pour Assad et ses alliés.

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AlainCo 12/02/2016 11:22

en passant, merci pour ce site relayé par les crises.

vous comme les-crises, strategika51, dedefensa, et même jacques sapir, ^tes classé conspirosphere
http://archive.is/vvpf9

j'aime pas les conspiration parce que ca cache justement les vrais et très banals , jeux géopolitiques.

tout est public, et c'est juste les média qui nous font ignore les évidences simples et habituelles.

tout au plus je vous accuserait de prêter un peu trop d'intelligence aux USA, et même à Poutine, qui n'est un géni que par comparaison avec les girouettes décérébrées démagogiques soumise aux politiquement corrects.

Observatus geopoliticus 12/02/2016 23:16

Ah oui, cher ami, dès que l'info ne cadre pas avec la doxa de la petite clique médiatique, c'est du conspirationnisme...

Je ne pense pas prêter trop d'intelligence aux deux grands (la Chine est le troisième, qui reste un peu en retrait pour l'instant) qui luttent pour le contrôle de l'Eurasie. Ce sont eux qui donnent le la.

Bien à vous

Jean 01/02/2016 23:37

Pensez vous que la Chine pourrait prochainement s'engager contre l'EI , comme le supposent certains observateurs ?
Et merci pour vos billets toujours très intéressants.

Observatus geopoliticus 02/02/2016 21:25

Merci, cher ami.
Concernant la Chine, c'est difficile à dire... Si elle intervient en Syrie, ce sera forcément aux côtés de Moscou. Or Pékin entretient des relations énergétiques avec l'Arabie saoudite et le Qatar (même si les Chinois pourraient facilement remplacer ce pétrole par du pétrole russe ou autre). De plus, le Xinjiang chinois est toujours susceptible de tomber dans la violence (il paraîtrait que les Turcs ont quelques relais parmi le séparatistes).
Pour toutes ces raisons, je pense que Pékin soutiendra en paroles Moscou mais n'interviendra pas directement. Je peux évidemment me tromper...

EM 01/02/2016 13:47

Bonjour,
toujours autant de plaisir à vous lire, d'autant que les nouvelles rapportées, bien que dramatiques, sont paradoxalement moins inquiétantes que la doxa que l'on peut lire ailleurs. Si le but recherché, comme c'est probable, est de redessiner cette partie du monde, il y aura sur place des gagnants et des cocus. Toute la question est de savoir sur quel acteur les parties dominantes peuvent s'entendre comme dénominateur commun.

Observatus geopoliticus 02/02/2016 21:22

Les Américains font un tel grand écart qu'ils risquent bientôt de se rompre les os...

EM 02/02/2016 17:07

L'appui au Kurdes par les US est-il compatible avec le maintien de la Turquie dans l'OTAN ? Je sais bien qu'on fait miroiter une association avec l'UE au sultan, mais tout de même.

Observatus geopoliticus 01/02/2016 14:22

Bonjour cher ami.
C'est là toute la question, isn't it ? Russes et Américains se battent pour se gagner les bonnes grâces des Kurdes. Pour le reste, le camp occidentalo-pétromonarchique l'a plutôt mauvaise car il ne reste plus grand monde sur le terrain avec qui ils puissent ouvertement s'allier sans s'attirer les foudres de leur opinion publique. L'axe russo-irano-syrien semble bien plus solide.
Bien à vous

Kevin 01/02/2016 10:43

Bonjour,
Si les Kurdes participent aux négociations, la création d'un Kurdistan indépendant en Syrie sur les territoires repris à l’EI serait alors envisageable? J'imagine que c'est ce que les Kurdes veulent avant tout, et ce que les Turcs essaient d'éviter à tout prix...

Observatus geopoliticus 01/02/2016 14:19

Bonjour,
avant toute chose, il faudra déjà extirper Daech, Al Nosra et leurs dérivés, ce qui prendra du temps. Comme je l'avais dit dans un article précédent, Assad n'est pas non plus très chaud de voir les Kurdes s'autonomiser et c'est Poutine qui, semble-t-il, l'a convaincu d'être plus souple. JE ne crois pas à une indépendance formelle de Rojava (Kurdistan syrien), plutôt à une autonomie poussée dans un système éventuellement fédéral.
Bien à vous

roro 01/02/2016 07:21

bonjour,

"Le fait est rapporté, ô divine surprise, par le Monde, à qui il arrive parfois de faire de l'information"
pas vraiment, pas encore, vu le titre (et le contenu) de l'article:
"Les négociations attisent les tensions entre brigades islamistes en Syrie"
... comprendre que ce n'est pas les avancées de l'AAS soutenue par la RUAF qui sont les causes, ni même le "blocage" du ravitaillement en armes et munitions, etc.
Non puisque les Russes frappent essentiellement des civils, ainsi que les militaires "pro-Assad" ...

Observatus geopoliticus 01/02/2016 14:16

Certes, cher ami, ce n'est pas encore parfait, il ne faut pas trop en demander à l'imMonde... Mais enfin, c'est déjà mieux que l'habituel blabla sur les "rebelles modérés" qui n'existent que dans l'imagination des petits propagandistes de cette feuille de chou.