Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques du Grand jeu

Détalibandade

3 Décembre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Asie centrale

Détalibandade

Rien ne va plus pour les Talibans en Afghanistan... Non pas que le mouvement soit sur la défensive face aux troupes gouvernementales, bien au contraire. Le problème est que l'on ne peut justement plus vraiment parler de mouvement tellement ça part dans tous les sens.

Nous étions restés fin octobre sur une offensive talibane généralisée, parfois d'ailleurs doublée d'attaques de l'Etat Islamique qui monte en puissance dans le Royaume de l'insolence. Mais nous avions également vu que la mort du Mollah Omar avait provoqué d'immenses remous au sein de la mouvance taleb, le nouveau chef, le Mollah Mansoor, n'étant pas accepté par une partie des combattants. Depuis, la fragmentation s'est amplifiée dans des proportions parfois étonnantes.

Ainsi, une faction dissidente est allée jusqu'à se faire le champion du... droit des femmes ! Ce n'est pas une blague. L'ancien gouverneur Mohammed Rasool, proche du Mollah Omar, a déclaré être favorable à l'éducation et au travail des femmes ainsi qu'à des négociations de paix avec Kaboul (après le départ des Américains, condition sine qua non qui reste commune à tous les Talibans).

C'est d'ailleurs ce même Rasool qui avait été nommé nouveau leader du mouvement taleb par certains groupes n'acceptant pas la nouvelle direction. Il y a un mois, de violents combats ont même eu lieu dans le sud du pays entre ces deux factions rivales, faisant la bagatelle de 50 morts dans les deux camps.

Pire! selon les dernières informations, le chef contesté, Mollah Mansour, a été gravement blessé au cours d'une fusillade lors d'un différend entre commandants talibans. Son sort est pour l'instant inconnu : les autorités afghanes annoncent sa mort, les Talibans "officiels" démentent. Mais une chose est sûre : son incapacité, temporaire ou définitive, à être aux commandes favorisera le fractionnement grandissant du mouvement. Nous en saurons plus dans quelques mois, après la traditionnelle trêve hivernale.

Le tout prend place dans le contexte de l'influence grandissante de Daech en Afghanistan, qui sera d'ailleurs sans doute amplifiée par les échecs et la disparition programmée du califat syrakien.

Au lendemain de l'annonce en juillet de la mort de Mollah Omar, nous écrivions :

Ce qu'on appelle "islamisme" est tout sauf uni. Sans entrer dans le détail des innombrables écoles et obédiences qui passent leur temps se chamailler - et quand ces gens-là se chamaillent, c'est généralement à la kalachnikov -, on peut très schématiquement diviser le mouvement en deux : les islamistes "nationaux" et les islamistes "internationalistes". Les premiers ont un agenda purement national et se moquent comme d'une guigne des rêves de califat universel ou de terrorisme global : Hamas palestinien, Talibans afghans et pakistanais, Armée Islamique en Irak dans les années 2000... Les seconds, djihadistes planétaires, passent d'un pays à l'autre, d'un combat à l'autre : Al Qaida et plus récemment Etat Islamique. Ces deux branches de l'islamisme n'ont jamais fait bon ménage et ça ne date pas d'hier. On se rappelle par exemple durant la décennie 2000 les combats enragés entre Al Qaida en Irak et l'Armée Islamique d'Irak ou le massacre de centaines de djihadistes qaédistes par les Talibans dans les zones tribales pakistanaises. Aujourd'hui, l'Etat Islamique s'en prend régulièrement aux rebelles syriens pourtant islamistes eux aussi, le Hamas combat l'émergence de l'EI dans la bande de Gaza, tandis que les Talibans et ce même EI s'envoient des bourre-pifs en Afghanistan. Ce ne sont pas seulement deux mouvements concurrents qui s'affrontent, ce sont deux conceptions du monde, toutes deux islamistes certes, mais très différentes par ailleurs. Penser que les commandants talibans, qui sont avant tout afghans et ont une vision nationale ou régionale de leur combat, vont passer en masse à l'EI après l'annonce de la mort du Mollah Omar paraît quand même tiré par les cheveux...

Les spécialistes sont d'accord sur le fait que les différences idéologiques majeures entre Talibans et EI empêcheront une trop grande porosité entre les deux entités. Mais Daech n'est jamais aussi fort que lorsqu'il profite du chaos général. Or, avec la fragmentation du mouvement taliban, l'incapacité du gouvernement de mettre fin à l'insurrection et les féroces luttes claniques, l'Afghanistan est en voie d'implosion, en plein coeur de l'Eurasie...

Partager cet article

Commenter cet article

Hagar 06/12/2015 22:06

Monsieur, Ce blog n'a pas d'orientation ! Ouf ! Vous me rassurez, j'avais l'impression idiote qu'il était franchement pro-russes, et pro-Poutine. C'est probablement uniquement parce que Poutine a raison, donc vous ne pouvez que soutenir ses thèses.
Personnellement, cela m'est un peu égal, quoique ... En effet, je suis pro-français, sans doute parce que comme mon père j'ai servi pendant des années sous le drapeaux tricolore, et que mes enfants sont français. J'avoue que je m'interroge sur l'avenir de mon pays. Je suis même inquiet. En effet, républicain, bêtement démocrate, je me demande si c'est un chouette avenir de voir des grandes démocraties comme la Chine, la Russie, et l'Iran gagner la partie. Je n'ai pas non plus très envie que me enfants mangent du poulet au chlore et du bœuf aux hormones. Mais ce n'est pas le sujet de votre blog, géopolitique donc uniquement factuel.
Que vont faire les Russes en Libye et en Afrique ? Cela les intéresse-t-il ou au contraire pense-t-il que les gens de l'ouest auront un vilain os à rogner qui ne leur laissera pas voir ce qui se passe plus à l'est ?
Dans tous les cas, merci pour votre blog ! J'ignore si vous avez raison, mais votre point de vue permet d'élargir le champs de réflexion.
A, au fait, pour Hagar c'est celui de Dik Browne que j'apprécie particulièrement.

Observatus geopoliticus 07/12/2015 07:27

Voilà un commentaire bien vindicatif pour "remercier". Ce blog n'est pas une tribune, je l'ai expliqué à plusieurs reprises ; encore faut-il le suivre... Je vous encourage cordialement à faire quelques recherches dans les archives, par exemple le billet "Rappel sur le Grand jeu". Extrait :

"Je ne suis pas plus pro-ceci qu'anti-cela, je constate des faits. Nous sommes en présence d'une lutte à mort entre :
• un agresseur - les Etats-Unis, puissance maritime hystérique car déclinante, qui allume partout où il est possible des feux afin d'isoler le Heartland et d'empêcher ou de retarder l'intégration de l'Eurasie.
• un agressé - la Russie, qui ne cherche noise à personne mais se trouve, de par sa position géographique privilégiée, au cœur de l'Eurasie et constitue "mécaniquement" l'ennemi naturel, absolu, de la puissance maritime."

Que l'agresseur soit plutôt pas mal sur le plan intérieur ou que l'agressé soit un peu rude ne me concerne pas ; je ne m'occupe que des relations internationales entre eux, pas de la salade intérieure de ces Etats. Il y a 2 500 ans, Athènes était déjà "plutôt pas mal" sur le plan intérieur mais insupportable sur le plan extérieur ; je n'aurais pas spécialement aimé vivre à Sparte à l'époque, mais en tant qu'observateur neutre et objectif, j'aurais évidemment constaté que Sparte était l'agressé dans cette affaire. Comme quoi, plus ça change...

Une dernière demande : vous semblez avoir des informations que les autres n'ont pas sur "les Russes en Libye ou en Afrique". Je serais très curieux que vous développiez...

Mamed 06/12/2015 00:54

Sil vous plait. Que je sois sur de l'orientation du blog. Jugez vous le hamas comme organisation nationaliste soit mais malgre tout terroriste ? Merci

Observatus geopoliticus 06/12/2015 07:03

Ce blog n'a pas d'orientation, cher ami, il n'est ni pro-ceci ni anti-cela, il essaie humblement de décrire le monde.
Le Hamas est un mouvement islamiste (vous l'appelez "religieux") qui utilise le terrorisme comme un moyen de lutte à des fins politiques et nationales. C'est très différent d'organisations comme Al Qaeda ou Daech pour lesquelles le terrorisme, c'est-à-dire la terreur, est une fin en soi.
Bien à vous

Mamed 06/12/2015 00:53

Autant pour moi... je vois que je m'intéresse, et cela d'après votre commentaire, à un site qui utilise les termes dans leur sens propre et non extrapolé. Islamiste est souvent corrélé à integriste et ceka d'autant plus que le hamas est classe comme organisation terroriste au niveau international. Je pense quil faut etre prudent avec les termes sujets aux extrapolations car la masse ne fait pas la différence.
Je suis fidele à votre blog et tire un enrichissement et une satisfaction à vous lire.
La Palestine est un sujet à part dans la géopolitique du fait de la désinformation et des termes négatifs matraques par les médias mainstream.
Merci pour ces riches informations.
Cordialement

Mamed 05/12/2015 15:14

Le hamas est un partie résistant religieux.je ne suis pas pratiquant bien que croyant. Le hamas est un parti quon veut faire passer pour terroriste mais sil vous plait dites moi quand ont ils tué des innocents autres que des israéliens dont leur etat souverain est en guerre....
Le cnr de jean moulin etait il un parti résistant. Jaime votre blog mais nentrez pas dans le jeu de dupe des médias. Merci

Observatus geopoliticus 05/12/2015 16:28

Il serait bon que vous soyez plus attentif quand vous lisez un article. Je classe justement le Hamas dans la catégorie des "islamistes nationaux" qui n'ont que faire du djihad global et du terrorisme international type Al Qaeda ou EI. Leur résistance est purement nationale, politique presque. Et depuis quelques mois, le Hamas lutte dans la bande de Gaza contre Daech qui cherche à s'y implanter.
En quoi êtes-vous en désaccord ? Je ne comprends pas votre commentaire...