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Chroniques du Grand jeu

Raqqa...tastrophe, Kunduz travaux d'Hercule

5 Octobre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Asie centrale, #Etats-Unis

Raqqa...tastrophe, Kunduz travaux d'Hercule

L'Etat Islamique semble sérieusement sur la défensive depuis l'intervention russe qui, contrairement aux frappinettes de la coalition américano-saoudienne dont les bombes tombent mystérieusement à côté de leurs cibles, fait vraiment mal à l'organisation califato-terroriste. Nouvelle journée de frappes russes sur des sites de l'EI, notamment dans la province d'Alep : une vingtaine de chars détruits, une dizaine d'installations dont une où se trouvaient certains commandants militaires... Raqqa, la capitale du califat autoproclamé, ne vit pas ses meilleurs jours. Nous avions déjà vu que les prières de vendredi dernier avaient été annulées par Al Baghdadi de peur des bombardements russes. Il semble maintenant que des membres de l'EI commencent à évacuer leur famille pour les mettre à l'abri à Mossoul, ville irakienne elle aussi contrôlée par l'organisation. D'après l'état-major russe, généralement peu habitué aux gesticulations, Daech abandonne certaines de ses positions et près de 600 désertions ont eu lieu.

Par ailleurs, les bombardements continuent sur les autres groupes djihadistes, Al Qaeda au premier chef, ceux que l'Occident, dirigeants et médias confondus, appelle dans un touchant élan du coeur "rebelles modérés". Lavrov a beau jeu d'ironiser en qualifiant ces doux et introuvables insurgés modérés de "groupes fantômes", ce que font aussi les quelques journalistes européens dignes de ce nom qui subsistent.

A défaut d'autre chose, l'Occident en est réduit à mener sa petite guerre sur le terrain de la com'. La dernière trouvaille en date fait suite à la très brève (quelques secondes) incursion d'un avion russe dans l'espace aérien turc. Moscou l'a reconnu et s'est excusé, Ankara a déclaré que ce n'était pas très grave ("La Russie est amie et voisine, il n'y a pas de tension avec elle" dixit Davutoglu), mais l'OTAN, dont la Turquie est pays membre, a sauté sur l'occasion avec dans son sillage ses faiseurs d'opinion.

Il est vrai que les Russes marquent leur territoire et que leurs avions n'hésitent pas à longer la frontière syro-turque où se trouvent pas mal de bases djihadistes, ce que n'osaient faire les antiquités volantes syriennes. Le message de Moscou est on ne peut plus clair : faut pas nous faire chier, ce que semble avoir parfaitement compris Netanyahu qui assure qu'Israël va éviter tout conflit avec la Russie. On avait connu Bibi plus vindicatif...

Dans les officines occidentales, on entend par contre moins parler des "victimes civiles" supposées des bombardements russes. Faut dire qu'avec l'hôpital de Kunduz bombardé par l'aviation US, le timing n'est pas idéal.

Afghanistan justement...

La prise de Kunduz, verrou stratégique du nord, par les Talibans il y a une semaine a créé une onde de choc. Pour la première fois depuis leur perte de pouvoir en 2001, les étudiants de Dieu contrôlaient une grande ville afghane, repoussant aux calendes grecques tout espoir de pacification du royaume de l'insolence. Depuis, l'armée afghane, habituée aux communiqués euphoriques dont il faut un peu se méfier, a affirmé avoir repris la ville avant que les Talibans ne l'en fassent à nouveau partir.

Quel retournement ! Il y a deux mois, le gouvernement afghan et les rebelles enturbannés négociaient un accord de paix. L'annonce à retardement de la mort du mollah Omar a tout chamboulé, comme nous l'expliquions. Le nouveau chef taliban, le mollah Mansour, était et est toujours vu comme un "mou" par un certain nombre de commandants qui refusent le compromis et même de reconnaître son autorité. D'où sans doute cette fuite en avant, sous forme d'offensive généralisée, afin de tenter de réunifier le mouvement. Prise de Kunduz, avion de transport de l'aviation US abattu... Le taleb se multiplie. Car derrière, il a chaud aux fesses.

Sur la défensive en Syrie du fait des frappes russes, l'Etat Islamique est en pleine bourre en Afghanistan. Un rapport de l'ONU note "une expansion virale de la marque Etat islamique", maintenant signalé dans 25 provinces des 34 provinces afghanes. Des combattants talibans, en désaccord avec leur nouvelle hiérarchie, passent avec armes et bagages à l'EI qui commence à s'attaquer lui aussi sérieusement aux forces gouvernementales. Certes, l'agenda internationaliste de Daech ne correspond en rien aux visées purement nationales des Talibans et cette hémorragie de combattants n'ira jamais très loin. Mais en attendant, Mansour doit donner des gages aux jusque-boutistes et autres déçus de son mouvement.

D'une possible paix, l'Afghanistan est passé en deux mois à une double insurrection qui risque de mettre le gouvernement dans une bien mauvaise passe. La tâche qui s'annonce est proprement herculéenne et il est évident que Kaboul, qui rêve d'entrer dans l'OCS, n'y arrivera pas seul. Qui s'y collera ?

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