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Chroniques du Grand jeu

Syrie ra bien qui rira le dernier

22 Septembre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis

Syrie ra bien qui rira le dernier

Après l'Ukraine en 2014, la zone la plus chaude de l'échiquier en cette fin d'été 2015 est incontestablement le Moyen-Orient, particulièrement la Syrie. C'est là que les grandes manoeuvres se concentrent, où les émissaires de l'ombre se croisent et où se joue une partie de l'avenir énergético-eurasien.

Pendant que la "rébellion" syrienne entraînée par les Américains tourne à la farce, la coopération russo-iranienne met les petits génies de Washington dans une impasse. Ceux qui pensaient ou espéraient que la Russie laisserait tomber Assad en sont pour leurs frais ; Poutine a au contraire toutes les raisons d'accroître son aide à Damas :

  • la côte syrienne est une position stratégique en Méditerranée orientale, elle-même zone d'importance dans le Grand jeu énergétique. Avec la base de Tartous, le renforcement russe à Lattaquié ou encore les ports chypriotes utilisés par la marine russe, Moscou se place joliment dans la région.
  • l'Etat Islamique est une menace prise très au sérieux par les Russes qui craignent que la Tchétchénie, dont des centaines de fils font actuellement le djihad en Syrie, se re-radicalise.
  • Moscou s'est toujours considérée comme la protectrice des chrétiens d'Orient, dont le seul espoir en Syrie est le maintien d'Assad au pouvoir.
  • Traditionnellement, la Russie est du côté des chiites face à l'alliance sunnito-US.
  • planter une épine dans le pied états-unien n'est pas non plus pour déplaire dans les couloirs du kremlin...

Ainsi donc, la politique russe en Syrie est claire et cohérente, contrairement à ce que voudrait nous faire croire une certaine mafia médiatique ("Mais que veut Poutine ?", "La curieuse politique russe en Syrie" et autres âneries...)

En face, Washington danse sur un pied puis sur l'autre, bredouillant quelques explications vaseuses et ne sachant pas vraiment quoi faire. Stratégiquement, les Etats-Unis ont tout intérêt à ce que l'EI et autres Al Qaeda gagnent en puissance. Mais comment vendre ça au peuple américain, sans compter le danger réel posés par ces monstres qui se sont depuis longtemps échappés de l'usine américano-saoudienne qui les avait conçus. Ne pas négliger non plus les terribles luttes de pouvoir au sein de l'establishment dirigeant entre la composante néo-cons de plus en plus hystérique et les "faucombes" (sans être faucons, Obama, Kerry & co ne sont pas non plus des colombes).

Israël, lui, joue sa propre partition, de plus en plus déçu par les minauderies washingtoniennes (comme l'Arabie saoudite d'ailleurs). Netanyahou s'est précipité à Moscou pour en savoir plus sur les intentions russes en Syrie. Fait rare, il était accompagné de son chef d'état-major et du chef des renseignements militaires. On imagine aisément qu'ils n'ont pas parlé de la pluie et du beau temps... Premier élément intéressant : Russes et Israéliens vont coordonner leurs opérations militaires en Syrie afin d'éviter tout incident (ceux qui doutaient encore du renforcement russe ont belle mine...) Quant à Poutine, il a fait des déclarations apaisantes envers Tell Aviv, assurant que l'aide russe à Assad ne se retournerait pas contre Israël :

En accueillant Benjamin Netanyahu à la résidence présidentielle de Novo-Ogariovo, à l'extérieur de Moscou, Vladimir Poutine a assuré que son pays agira toujours de manière « responsable » en Syrie. « Nous savons et nous comprenons que l'armée syrienne, et la Syrie en général sont dans un tel état qu'elles ne peuvent ouvrir un second front. La Syrie essaie seulement de préserver son indépendance ».

Même les rivaux traditionnels de Moscou apprécient ce genre de clarté, à cent lieues des effets de manche américains suivis de peu d'effets. Ce n'est peut-être pas un hasard si Saoudiens et Israéliens se rendent de plus en plus régulièrement à Moscou ces derniers mois...

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