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Chroniques du Grand jeu

Poutine a-t-il sauvé la zone euro ?

22 Juillet 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Russie, #Gaz, #Economie

Poutine a-t-il sauvé la zone euro ?

C'est la question que l'on peut se poser à la lecture d'un journal grec qui affirme que le premier ministre Tsipras était tout à fait sérieux quand il parlait de sortir de la zone euro, mais que Poutine a refusé d'accéder à sa demande d'un prêt de 10 milliards d'euro pour financer un retour au drachme.

D'après le sérieux To Vima, Tsipras était prêt à abandonner la zone euro le soir du référendum du 5 juillet. A peine le résultat connu, il a appelé le Kremlin, comme nous l'avions rapporté. Et c'est là que tout s'est joué. Le Grec demandait un prêt d'urgence de 10 milliards afin de garantir les débuts de la nouvelle monnaie. Le Russe a décliné l'offre, poussant Athènes à "capituler" aux demandes de la Troïka (avec quand même un gros réaménagement de la dette). Varoufakis, le flamboyant ministre des finances et co-auteur du "plan russe", démissionne dans la foulée.

Si l'histoire se confirme (rappelons que To Vima est un journal respecté qui n'a rien d'un tabloïd), se pose alors la grande question : pourquoi Poutine a-t-il épargné la zone euro et cette Union européenne qui, sous pression US, avait pourtant sanctionné la Russie ? La réponse est sans doute à chercher dans ce que nous écrivions le 4 juillet :

Vladimirovitch aurait pu jouer un bien mauvais tour à l’UE en poussant la Grèce au défaut, mais il semble qu’il préfère jouer l’apaisement. Après tout, il vient de donner à l’Allemagne le statut de hub gazier de l’Europe avec le doublement du Nord Stream tandis que le Turk Stream est en bonne voie d’être accepté, bien à contrecœur évidemment, par Bruxelles, alors ce n’est peut-être pas le moment de jouer au mauvais garnement.

Le maître du Kremlin voit grand et à long terme. Sur le front occidental du Grand jeu eurasiatique, Etats-Unis et Russie se disputent l'Europe, principalement l'Allemagne. Si mémère Merkel tête le biberon US, il n'en est pas de même de pans entiers de décideurs teutons, notamment les milieux d'affaires, qui ne rêvent que de renouer avec la Russie. Deux semaines avant le référendum grec, Gazprom avait signé avec Shell et E.ON le doublement du Nord Stream, de nombreuses voix s'élèvent pour mettre fin aux sanctions et contre-sanctions. Si Poutine a vraiment épargné l'UE, Berlin se sentira redevable vis-à-vis de Moscou, dans le dossier ukrainien par exemple. Dit cyniquement, la bataille pour l'Europe dans son ensemble est autrement plus fondamentale qu'une bataille de chiffonniers au pied de l'Acropole.

Addendum 23 juillet

Pour être tout à fait complet, notons que le Kremlin a démenti l'info de To Vima selon laquelle Tsipras aurait demandé l'aide russe. Difficile de dire ce qu'il en est réellement dans cette partie de poker menteur. Depuis des mois, les signaux en provenance de Moscou et d'Athènes sont (extrêmement) contradictoires. On se souvient de la visite du premier ministre grec affirmant sa solidarité avec la Russie, alors que dans le même temps, le représentait grec à l'UE votait la prolongation des sanctions anti-russes. On se rappelle également les déclarations d'officiels russes, promesses à peine voilées d'une aide financière russo-BRICS en échange d'un grexit, alors que le Kremlin dit maintenant le contraire. Difficile de faire la part des choses dans ce magma d'intox et de manoeuvres mazarines...

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Rosetta 22/07/2015 18:21

Selon Jacques Sapir, du fait du coup d'Etat financier de la BCE indépendante, la Grèce est actuellement en coma artificiel. Il faudra bien plus que 80 milliards (on parle du double) pour faire seulement repartir l'économie. Un Grexit dans de telles conditions aurait été de la folie. Poutine est quelqu'un de bien informé et il a surement conseillé à Tsipras d'attendre que l'économie de la Grèce sorte du coma artificiel avant d'agir (par surprise serait hautement préférable étant donné la nature tyrannique de l'UERSS).

jean 22/07/2015 20:01

Poutine a bien annulé la dette de Cuba (32 milliards$) et de la Corée du Nord (10 milliards$). La Grèce aurait donc pu constituer une prise très importante mais je pense que Poutine n'a effectivement pas intérêt à se fâcher encore plus avec l'UE.